Hypnotique : critique qui va continuer de fumer sur Netflix

Raphaël Iggui | 27 octobre 2021 - MAJ : 27/10/2021 15:23
Raphaël Iggui | 27 octobre 2021 - MAJ : 27/10/2021 15:23

The Open House était déjà un concentré de paresse et de platitude, mais le duo de réalisateurs Matt Angel-Suzanne Coote n'avait visiblement pas dit son dernier mot puisqu'ils reviennent sur Netflix avec Hypnotique, thriller mollasson mettant Kate Siegel aux prises avec un hypnothérapeute manipulateur dans un face à face digne d'un combat de pouces entre manchots. Attention spoilers !

Les cons ça hypnose tout

Utiliser la peur, l'effroi, le sang, les tripes pour aborder des thématiques sociétales, c'est aussi vieux que le cinéma d'horreur. Récemment, Get Out abordait le racisme systémique envers les Afro-Américains à sa manière tandis que le remake 2021 de Candyman abordait le phénomène de la ghettoïsation et de la discrimination urbaine sous l'angle de la gentrification. On pourrait remonter jusqu'à Halloween et l'hypocrisie des faubourgs banlieusards, La Colinne a des Yeux sur l'illusion de la notion de civilisation, Massacre à la tronçonneuse et le capitalisme sauvage...

En bonne pilleuse de tombes cinématographique, Netflix s'est évidemment rapidement tournée vers le genre, peu coûteux, mais généralement rentable. La plateforme usine donc des créations horrifiques originales à la chaîne, tentant de les infuser plus ou moins adroitement de thématiques dans l'air du temps. Rien que ces quatre derniers mois, on a ainsi eu le droit à la trilogie Fear Street (homosexualité et déclassement social), Personne ne sort d'ici vivant (l'immigration illégale comme carburant d'un capitalisme sauvage), Killer Game (racisme, privilège blanc) et désormais Hypnotique et sa tentative de discours sur une masculinité toxique et violente.

 

photo, Jason O'MaraDocteur Folamour

 

Alors qu'elle est en pleine dépression suite à une fausse couche et une rupture, Jennifer (Kate Siegel) se voit conseiller un mystérieux hypnothérapeute par son amie Gina (Lucie Guest), le docteur Colin Meade (Jason O'Mara). Alors qu'elle commence à aller mieux après plusieurs séances, d'étranges événements commencent à envahir sa vie, qui pourraient bien avoir un lien avec Meade, bien moins bienveillant qu'il n'y paraît...

Inutile de garder le suspense plus longtemps, puisque la promotion l'a éventé depuis belle lurette : Meade est évidemment le grand méchant de cette histoire, profitant de sa capacité à contraindre uniquement par sa voix pour prendre le contrôle et abuser de femmes laissées totalement à sa merci. Jamais il ne sera d'ailleurs inquiété malgré une ordonnance restrictive et les dénonciations d'une patience, les preuves étant bien sûr insuffisantes pour pouvoir le faire condamner.

 

photo, Jason O'MaraHarvey Weinstein Origins

 

Déjà, Hypnotique pouvait se vanter d'un double concept plutôt malin. D'un côté, on y retrouve le film d'horreur basé sur l'hypnose qui offre une avalanche de possibilités scénaristique et d'idées de mise en scène peu exploitées jusqu'ici par le cinéma d'horreur. Parmi les tentatives, on ne compte guère qu'un Hypnose et les visions dérangées de Kevin Bacon ou Hypnotic (2002) où Goran Visnjic traquait un tueur d'enfants satanistes dans Londres. 

De l'autre, on retrouve la thématique d'une domination patriarcale toxique, imposant son contrôle et sa violence concrète comme symbolique à des femmes l'ayant intériorisé. Une thématique qui se mariait parfaitement avec le thème de l'hypnose, son fonctionnement, les mécanismes mentaux, les verrous... et le contrôle de l'esprit offert sur un plateau, l'abandon total du patient au spécialiste. Spoiler : le film se rate sur les deux plans, sacrifiant toutes ses bonnes idées pour devenir un film nul de la fin des années 1990.

 

photo, Jason O'Mara, Kate Siegel"Quel traumatisme d'enfance vous fait porter des crocs aussi moche ?"

 

Bored Collector

En termes de thriller pur, Hypnotique se situe dans le haut de la fosse sceptique tant sa réalisation a moins de relief qu'une sole anorexique. On retrouvait déjà le duo de réalisateurs Matt Angel et Suzanne Coote à l'oeuvre sur The Open House en 2018 qui mettait aux prises Dylan Minette avec un scénario confus de Home Invasion et une mise en scène indigne d'un spot gouvernemental. Et notre association de malfaiteurs a encore frappé puisqu'Hypnotique fait tout son possible pour ne pas développer une seule idée de mise en scène originale.

Cette dernière est moins impersonnelle que purement illustrative, comme si Coote et Angel paniquaient dès qu'ils se permettaient plus qu'un champ-contrechamp. La fameuse hypnose qui n'est d'ailleurs pas tant le coeur du film qu'un prétexte à une intrigue de thriller banal, revenant au détour de quelques scènes dont l'intérêt est encore porté disparu.

 

photo, Lucie Guest Pierrette Parker 

 

Coote et Angel ne ménageant jamais de tension par leur mise en scène, le peu de meurtres et autres tentatives ne vous arrachera jamais de la confortable léthargie dans laquelle le film vous installe. Et ce n'est pas un pauvre plan en double focale en hommage à Brian de Palma qui va donner un quelconque caractère poisseux, pervers ou malaisant à Hypnotique qui reste désespérément sage dans son message, désamorçant jusqu'à sa propre charge politique.

Le long-métrage refuse d'aboutir ce personnage d'über-mâle guidé par son hubris, ivre d'une hyper sexualité et abusant de son emprise pour offrir un antagoniste basique constitué par les rejets de scénarios de thriller post-Seven des années 1990. Ainsi, si Meade manipule ses patientes, c'est en vérité pour tenter de retrouver sa femme en ancrant des souvenirs au fond de leur mémoire. Et s'il les tue, c'est parce qu'elles ne parviennent pas à satisfaire ses attentes. Une idée potentiellement intéressante, mais réduite à une portion congrue de dialogues. 

 

photo, Kate Siegel, Lucie GuestOn vous défie de ne pas finir comme elles 

 

Jason O'Mara (Life On Mars, Terra Nova) a beau déployer ses meilleurs oeillades et sourires assurés faussement rassurants, le charisme de l'acteur ne peut compenser l'écriture erratique du film en général. Au lieu d'orchestrer un face à face entre une héroïne devant surmonter ses propres traumatismes pour s'en sortir et cet hypnothérapeute ivre de sa propre puissance, Hypnotique s'encombre d'un poids mort scénaristique avec un personnage supplémentaire totalement superflu en la personne du détective Wade Rollins (Dulé Hill, immortel Gus de Psych).

Le film condamne d'ailleurs l'hypnose à rester un élément du décor alors qu'il devrait constituer l'arrière-plan de l'entièreté du long-métrage. Hypnotique tente de faire de Meade un personnage terrifiant plutôt en parlant de lui qu'en le montrant faire. L'absence d'une exploration approfondie des mécanismes de l'hypnose associée à des énormités scénaristiques jamais expliquées (une patiente se transformant en meurtrière sauvage, les souvenirs implantés dans la tête des patientes, le savoir-faire pervers hérité du père, etc.) empêche toute implication dans l'histoire. La routine au royaume des téléfilms de luxe Netflix

 

photo, Dulé Hill, Kate Siegel, Lucie Guest"Bonjour, je voudrais déclarer le vol de 90 minutes de ma vie"

 

Teleflix 

Hypnotique n'est finalement qu'un énième produit correspondant à la formule de la maison-mère Netflix et son saint quatuor "problématiques sociétales dans l'air du temps + concept malin plein de potentiel + star(s) maison + traitement télégénique et superficiel" aboutissant souvent au même constat : un beau gâchis. Un défaut partagé par la plupart des productions horrifiques de la plateforme.

On a notamment l'impression d'assister à un déroulé ultra programmatique, comme si l'ensemble des scènes tenait à une feuille de route à organiser, avec des clichés griffonnés partout sur la carte. L'héroïne doit avoir l'air dépressive, mais pas trop ? Pas de soucis, sa première réplique sera sur la bouteille de vin qu'elle a bu sur le chemin et elle arrivera toute décoiffée à une soirée. Le docteur Meade exerce une forme d'attraction sur ses patientes qui doit transparaître à l'écran ? Faites-en parler une discrètement à son mari en sa présence tout en le regardant avec des yeux langoureux. 

 

photo, Kate Siegel, Lucie Guest"J'ai un diététicien à te conseiller, monsieur Lecter

 

À la manière de Killer Game, Hypnotique semble être sorti à la mauvaise époque, avec ses ficelles ultra-éculées et ses personnages stéréotypés au possible. Le film ne fait d'ailleurs même pas d'efforts pour les développer, comme s'il était conscient que les poncifs sont tellement connus et ancrés dans l'esprit du public qu'il suffirait de laisser tourner un diaporama avec des caractéristiques de personnage plutôt que d'engager directement des acteurs

Wade Rollins est le flic insomniaque, célibataire et obsessif, mais le film ne prend même pas la peine d'installer ces faits. Il les aborde au détour d'un plan ou d'une réplique sans rien approfondir. On pourrait nous opposer que "le but de ces films n'est pas de révolutionner le cinéma, qu'est ce qu'ils sont rabat-joie chez Ecran Large, j'espère qu'ils brûleront en enfer sur un remix dubstep des Choristes, etc.". Et en effet, ces productions Netflix apparaissent ironiquement comme un prolongement logique de son rôle initial : la location vidéo. 

 

photo, Kate SiegelA promising young woman

 

Hypnotique apparaît comme un lointain héritier, plus élégant, moins craspec et moins sincère, des sombres VHS de vidéoclub. À une époque où les productions bis, du B au Z, étaient usinées à la chaîne pour alimenter magasins de location et obscures chaînes câblées. Netflix a juste adapté cette logique à lui-même en devenant son propre fournisseur de programmes d'ampleurs et de formes très différentes, une telle productivité lui assurant pignon sur rue même si tous ces contenus ne portent pas leurs fruits. 

Et au moins, le film offre un joli véhicule à Kate Siegel, en passe de devenir la horror queen de la plateforme. Malgré un rôle conventionnel, l'actrice parvient à donner corps à son personnage et à nous emporter dans ses tribulations presque contre notre gré. On lui souhaite de parvenir à conquérir la tête d'affiche sur d'autres longs-métrages. D'ailleurs, si vous souhaitez la revoir dans de nouvelles aventures horrifiques, on vous conseille plutôt son travail sur The Haunting of Hill House ou Sermons de minuit, deux séries tournées sous la direction de son mari, Mike Flanagan.

Hypnotique est disponible sur Netflix en France depuis le 27 octobre 2021

 

Affiche officielle

Résumé

Hypnotique n'est pas méchant. Hypnotique est juste un téléfilm de luxe estampillé Netflix avec toutes les tares que ça implique. Une sorte de brouillon d'Invisible Man de Leigh Whannell qui abordait plus en détail des thématiques voisines. Au moins a-t-on le droit à un thriller porté par Kate Siegel... S’il faut des Hypnotique pour offrir un tremplin à sa carrière, on est prêt à souffler et se détendre profondément en fermant les yeux sur la qualité.

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commentaires
Sylk
03/11/2021 à 10:17

Juste une perte de temps ce film. Je ne comprends même pas son existence

Tuk
31/10/2021 à 06:46

Ca,ne vole pas haut et la fin est baclée.
Apres je me demande comment le gard savait qu'une araignée pouvait tuer ou encore comment il ssvait les circonstances et le résultat que cela allait donner..

Bob nims
28/10/2021 à 16:37

Mieux que night teeth

Cricri
27/10/2021 à 22:43

Un très bon film. Pour une fois, les acteurs noirs ont tous un rôle normal. Bravo

carker
27/10/2021 à 20:18

une super actrice dans un somnifere classique d'une production netflix un film éclaté voila ma critique de rien les gars c'est gratuit !!!

Raphaël Iggui - Rédaction
27/10/2021 à 17:49

@Trashyboy2

Je me suis mal exprimé visiblement. On a juste rajouté un "attention spoilers" au début de la critique mais on ne va pas la modifier pour autant. Désolé si vous avez été floué sur les motivations de Meade, mais rassurez vous, vous ne loupez grand chose.

Trashyboy2
27/10/2021 à 16:47

@RaphaëlIggui et la partie sur les motivations de Meade?

Raphaël Iggui - Rédaction
27/10/2021 à 15:26

@Trashyboy 2

Bonjour et désolé pour les spoilers, on avait pas conscience que ça révélait autant d'éléments du récit et on vient de le corriger.

Trashyboy2
27/10/2021 à 12:05

Euh... Je veux bien qu'une critique dévoile souvent des éléments de l'intrigue, mais à ce point, c'est abusé!!!

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