Cendrillon : critique privée de bal sur Amazon

Déborah Lechner | 6 septembre 2021
Déborah Lechner | 6 septembre 2021

Après avoir été victime de la crise sanitaire mondiale, Amazon Prime Video a joué les princes charmants en sauvant la nouvelle adaptation de Cendrillon produite par Sony Pictures, qui a probablement plus sa place sur une plateforme de streaming qu'en salles.

LOVE SAVED THE DAY, but

Que ce soit avec Comme CendrillonLes 12 coups de Minuit ou même le film d'animation Cendrillon au Far West, on compte déjà pas mal de relectures modernes et d'adaptations libres du célèbre conte de Charles Perrault (et plusieurs dont on se serait bien passé).

En plus de susciter quelques appréhensions, l'idée de Sony de dépoussiérer l'histoire de la future princesse en haillons n'a donc rien de bien original, de même que sa réinterprétation plus progressiste, La légende de CendrillonElla au pays enchanté ou À tout jamais, une histoire de Cendrillon ayant déjà tâté le terrain. Le film réalisé par Kay Cannon (Contrôle parental) trouve pourtant une certaine singularité qui lui permet de ne pas totalement disparaître dans la masse d'adaptations.

 

photo, Camila CabelloLa nouvelle incarnation de Cendrillon 

 

Pour réactualiser le conte, Cendrillon plonge ainsi son héroïne Ella (Camila Cabello) dans un royaume moyenâgeux imaginaire, multiculturel et anachronique, qui verse cependant plus dans le burlesque que la parodie. Le film reprend les étapes obligatoires du récit d'origine, ponce les tropes du conte de fées et recycle les mêmes personnages archétypaux (piochant du côté de La Belle et la Bête ou d'Aladdin), mais avec un esprit méta et humoristique où tout le monde a plus ou moins conscience d'être au service d'une comédie musicale. Malheureusement, le tempo comique a parfois du mal à tomber juste, plongeant plus souvent dans l'absurde que le ton décalé recherché. 

Là où le film est plus intéressant, c'est pour son positivisme féministe assumé. Pour l'intrépide Ella, le rêve d'une vie n'est pas l'amour comme le chantait la Cendrillon de Disney en 1950, mais plutôt d'aller au bout de ses ambitions, sans que celles-ci dépendent forcément d'un homme. Plutôt que de trouver un bon parti pour se sortir de sa condition, elle souhaite s'émanciper par ses propres moyens en devenant styliste et en ouvrant sa  boutique de robes, ce que les femmes ne sont pas autorisées à faire, jusqu'à ce qu'elle renverse le système patriarcal et redore la moralité datée du conte.

 

photoDe "célibataire" à "c'est compliqué"

 

C'est dans cette même démarche que le film réhabilite la belle-mère dont le premier mari a broyé son désir de devenir pianiste, mais aussi les belles-soeurs plus bêtes que méchantes, et donne au prince Robert (Nicholas Galitzine) une mère et une soeur cadette, qui est plus apte à régner que son frère ou son père. Afin de ne pas renoncer à sa vocation, Ella nage un peu plus à contre-courant en refusant carrément le statut de princesse que lui propose son beau prétendant, qui finira quant à lui par accepter leur union libre pour la soutenir dans son projet d'entrepreneuriat.

Une façon de préserver le romantisme de l'oeuvre, tout en requalifiant Cendrillon en carriériste épanouie aussi bien sur le plan sentimental que professionnel, mais aussi de mettre en parallèle les aspirations des personnages féminins et leur place de second plan dans la société. C'est peut-être du girl power un peu niais et amené dans de gros sabots en bois, plutôt que d'élégants escarpins en verre, mais le message reste rafraîchissant.

 

photoUne diversité qui faisait forcément défaut dans le conte d'origine

 

DÉSENCHANTÉE

Malheureusement, les bonnes idées ne font pas obligatoirement de bons films et Cendrillon souffre de plusieurs défauts majeurs, à commencer par l'aspect cinématographique très faible au niveau de la mise en scène et de l'environnement trop artificiel dans lequel évoluent les personnages.

L'histoire, aussi énergique soit-elle, défile à mille à l'heure et toutes les situations problématiques se dénouent en l'espace de 30 minutes, générique compris, donnant l'impression que le film a entamé un sprint final après avoir chanté pendant une heure. Et même si le film tente d'installer une complicité et une bienveillance entre le prince et Ella, leur romance est elle aussi trop précipitée pour ne pas sonner faux, alors même que le film a été vendu comme une comédie musicale romantique.

 

Charlotte Spencer, Idina Menzel, Maddie BaillioPoker face 

 

En ce qui concerne les musiques, le répertoire manque de chansons originales et repose paresseusement sur de nombreuses reprises contemporaines pour varier les genres et tempos (Rhythm Nation, Somebody to Love, Perfect ou encore Seven nation armies), même si le film peut compter sur les voix puissantes de Camila Cabello, Billy Porter ou Idina Menzel pour donner du souffle à l'ensemble. Malgré les costumes travaillés d'Ellen Mirojnick et les maquillages et coiffures aux airs baroques de Sharon Martin, les séquences musicales sont quant à elles filmées comme des clips musicaux génériques. 

De même, la plupart des acteurs secondaires n'ont pas l'air plus impliqués que ça, notamment Pierce Brosnan qui n'a pas poussé la chansonnette (du moins pas sérieusement), ce qui n'est peut-être pas si mal après ses vocalises bruyantes dans Mamma Mia !. Enfin, les strass, paillettes et autres couleurs criardes ont du mal à combler le manque de féerie de ce conte modernisé, mais trop désenchanté. 

Cendrillon est disponible sur Amazon Prime Video depuis le 3 septembre 2021 en France

 

photo

Résumé

De bonnes idées et des partis pris intéressants par rapport au conte original, mais une exécution beaucoup trop laborieuse pour que la nouvelle adaptation de Cendrillon soit une réussite.

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Lecteurs

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commentaires
Tintin
25/09/2021 à 18:26

Personnellement je trouve ce film brillant, tant par son interprétation que par son rythme ...les couleurs, les costumes et les décors tourbillonnent comme un feu d'artifice...On y croit.. Il y même, dans certaines scènes, de l'émotion..
La distribution est forte, la chorégraphie, vive, rappelle certaines mise en scène à la Mike Jackson...

En conclusion c'est un très bon film, lequel, en ces périodes tourmentées, m'a mis en joie..

Greenday
08/09/2021 à 17:24

C'est la faute de l'homme si la belle-mère est méchante.
Ouf, le woke est sauf !

Fanlo
08/09/2021 à 10:58

Film divertissant qui n'a pas d'autre objectif que nous changer les idées.

Gemini
07/09/2021 à 13:59

Navet ultime. Passez votre chemin. Les pauvres enfants...

Retro
07/09/2021 à 13:50

pas vu le film...mais dans le trailer...la fée homme dit je suis la marraine ... ok donc ont dit parrain lol

Jazz
06/09/2021 à 20:46

Question bête peut-être, mais pourquoi la fée est-elle un homme ?

Y Boy
06/09/2021 à 20:27

@Gege "faire défaut", ce n'est pas "être un défaut"... mais personne n'est dupe de ton approche pseudo-outrée.

Ethan
06/09/2021 à 17:11

Bebel,
L'homme de Rio
Triste nouvelle

Gee
06/09/2021 à 15:23

Vu en famille, bon moment, pas inoubliable et assez divertissant. J'en attendais pas moins.

Grift
06/09/2021 à 15:18

Vous ne parlez pas du tout de Camila Cabello. Un des principaux enjeu du film, et donc un sujet de la critique intéressant me semble-t-il, c'est pas de savoir comment elle s'en sort ?

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