Batman : The Long Halloween - Partie 2 : critique qui a la tête comme une citrouille

Arnold Petit | 25 août 2021
Arnold Petit | 25 août 2021

Après une première partie sortie le 23 juin (dont vous pouvez retrouver notre critique ici) et une sortie en VOD le 10 août, Batman : The Long Halloween - Partie 2 débarque le 25 en DVD et Blu-Ray. Et la déception est à la hauteur de l'attente pour cette conclusion de l'adaptation animée du comics de Jeph Loeb et Tim Sale.

MORT DE PEUR

Quand Warner Bros. Animation a annoncé une adaptation de Batman : Un Long Halloween, l'excitation était aussi grande que l'inquiétude. Avec son histoire labyrinthique dans l'univers de Batman et son atmosphère entre polar, film noir et hommage au Parrain, le comics de Jeph Loeb et Tim Sale (dont on a parlé ici) contient tout ce qu'il faut pour être porté à l'écran. Mais le studio s'était déjà montré capable du pire (Batman : The Killing Joke, Batman : Silence) comme du meilleur (les deux parties de Batman : The Dark Knight Returns) en adaptant les chefs-d'oeuvre consacrés au Chevalier Noir.

Et finalement, l'appréhension a gentiment laissé place à une certaine surprise, presque agréable, en découvrant Batman : The Long Halloween - Partie 1. Même s'il était d'abord chargé de présenter les personnages et de poser le contexte, ce premier film restait fidèle au scénario de Jeph Loeb sans y être soumis et possédait des qualités visuelles flagrantes, alors qu'il avait choisi de troquer les magnifiques dessins de Tim Sale pour le style générique du nouvel univers d'animation DC.

En revanche, l'histoire n'était pas aussi grandiose que dans l'oeuvre originale, la faute à un format trop court. L'intrigue manquait de cohérence, les personnages n'avaient pas le temps de se développer et le rythme déjà soutenu laissait présager que la suite serait aussi condensée, voire plus.

 

photoAttaque fougère

 

Et c'est encore ce qui frappe devant Batman : The Long Halloween - Partie 2 : tout va bien trop vite. Sans perdre une seconde, le récit reprend quelques semaines après la fin de la première partie, puis essaie de gagner du temps avec une ellipse, introduisant au passage toute une galerie de super-vilains sortis de nulle part. Les meurtres commis par Holiday s'enchaînent les uns après les autres et le mystère s'éclaircit petit à petit à mesure que Batman poursuit son enquête. Alors que de nouveaux suspects comme Sofia Falcone apparaissent inopinément, le film continue d'installer cette atmosphère pesante de thriller policier, mais suit la résolution de l'affaire avec assez peu d'intérêt, finalement.

Comme dans la première partie, l'histoire a été modifiée pour changer certains éléments, rallonger des passages et ajouter des sous-intrigues. Autant de petits détails qui empêchent le film de se concentrer pleinement sur les meurtres commis par Holiday et sur ses personnages. Les scènes défilent à un rythme délirant en s'efforçant de coller au scénario de Jeph Loeb, mais là encore, le travail d'adaptation et d'écriture est raté.

Plutôt que de rester fidèle à l'oeuvre originale et montrer le meurtre de Thomas et Martha Wayne une énième fois, mais sans exprimer le deuil, la solitude ou la torture de Bruce Wayne (comme dans le comics), il aurait certainement été plus judicieux de consacrer ce temps à d'autres scènes qui auraient apporté de la fluidité à la narration. Des moments qui auraient défini les relations entre les personnages, prouvé leur évolution, installé une certaine tension et que la première partie avait déjà supprimés au profit de scènes d'action sympathiques, mais dispensables.

 

photo"Derrière toi, c'est affreux !"

 

SCHIZOPHRENIA

Et pourtant, quand il le faut, Batman : The Long Halloween - Partie 2 est parfaitement capable de s'éloigner du récit de base pour trouver ses propres idées et savamment les exploiter. Après une première partie qui dévoilait sa nature instable et son obsession pour Carmine Falcone et la pègre de Gotham, ce deuxième film s'intéresse encore plus à Harvey Dent et à sa transformation en Double-Face, avec un traitement assez similaire à celui de Batman, la série animée (la meilleure adaptation de l'univers du Chevalier Noir encore à ce jour).

Comme dans la série de Bruce Timm et Paul Dini, le film dépeint le personnage comme bipolaire et montre qu'Harvey Dent a toujours possédé cette autre facette, une part d'ombre, exacerbée par sa frustration aussi bien dans sa vie personnelle, auprès de Gilda, que dans sa vie professionnelle, en tant que procureur de Gotham. Cependant, comme avec le reste, l'adaptation n'a conservé que l'essentiel de Batman : Un Long Halloween et a sacrifié toute la richesse de l'oeuvre de Jeph Loeb et Tim Sale, et du personnage.

 

photoAïe

 

Double-Face incarne la déchéance sociale et morale d'un homme et d'une ville qui voit alors émerger un nouveau genre de criminels, plus violents, plus sadiques, qui seront désignés plus tard comme des "super-vilains". En basculant dans la folie et en mettant ses actes entre les mains du hasard, Harvey Dent enterre tous les espoirs que Bruce Wayne avait fondés en lui, mais représente aussi ce qu'il redoute le plus, ce qu'il pourrait devenir s'il s'abandonnait lui aussi à cette part d'ombre qu'il contient tant bien que mal depuis qu'il a vu ses parents mourir sous ses yeux.

Malheureusement, cette réflexion sur la justice, la dualité et la nature humaine se perd au milieu des séquences mielleuses entre Batman et Catwoman et de tout ce que le film veut proposer. Le récit rassemblant cinq heures en à peine trois, les personnages n'ont pas le temps d'exister et la mutation d'Harvey Dent en Double-Face finit surtout par ressembler à une mauvaise copie du Bouffert Vert de Willem Dafoe dans Spider-Man. La violence et la classification R-Rated prouvent bien que le film s'adresse d'abord aux adultes, ou du moins à un public mature, mais pour des raisons encore obscures, Warner Bros Animation. persiste à produire les mêmes longs-métrages bâclés de moins de 90 minutes.

 

photoC'est quand même mieux que Tommy Lee Jones

 

L'ANTRE DE LA FOLIE

Alors que le récit original tend vers la fable, voire l'horreur quand Double-Face révèle son visage pour la première fois, le film reste bien plus classique, jusque dans son esthétique. L'obscurité et l'architecture gothique ont cédé la place à des éclairages urbains et un style art déco hérité de Batman : la série animée, tandis que le design monstrueux et caricatural des super-vilains imaginé par Tim Sale a été remplacé par des représentations familières (pour ne pas dire banales). Comble de la paresse : la chanson que chante le Chapelier Fou n'a même pas été traduite et n'est compréhensible qu'avec les sous-titres.

 

photoEt on sert à quoi, nous, au milieu de tout ça, à part à faire plaisir aux fans ?

 

Les hallucinations de Bruce Wayne causées par le gaz toxique de l'Épouvantail se démarquent du reste par leur style crayonné et surréaliste, mais sinon, les aplats de noir, l'iconographie des fêtes de l'année, les passages au noir et blanc pendant les meurtres, le découpage, tout ce qui donnait son âme au matériau de base a disparu. Ce qui ne veut pas dire que le film est laid pour autant, au contraire.

Que ce soit au niveau des décors, de la lumière ou de la composition des plans, Batman : The Long Halloween - Partie 2, comme la première partie, est probablement un des plus beaux films de Warner Bros. Animation. Néanmoins, malgré ses qualités certaines et une nette amélioration par rapport à ce que le studio peut proposer habituellement, il ne se distingue pas particulièrement par son animation, toujours aussi rigide. Comme d'habitude, les scènes d'action ont bénéficié d'un soin tout particulier, mais contrairement à dans la première partie, la plupart sont rapidement expédiées afin que l'intrigue continue sagement de se dérouler.

 

photoC'est la fête, c'est la fête, c'est la fête

 

MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE

Batman : The Long Halloween - Partie 2 n'est pas mauvais et s'avère même plutôt plaisant quand il le veut, mais échoue tout ce qu'il entreprend aussi bien en tant que film qu'en tant qu'adaptation, jusque dans les dernières minutes. Contrairement au comics, le long-métrage révèle clairement l'identité d'Holiday et les motivations du tueur, puis force le trait jusqu'au bout avec un presque happy end où Bruce Wayne et Selina Kyle s'enlacent amoureusement dans le Manoir Wayne, pendant qu'Alfred donne des bonbons à un gamin déguisé en Batman. Un choix osé et justifiable, mais que le film amène de façon grossière et qui dénature complètement le message de l'oeuvre originale.

 

photoLe choix dans la date

 

Après ce qui est arrivé à Harvey, Bruce Wayne s'interroge sur le bien-fondé de sa quête de justice en tant que Batman et ne finit certainement pas en peignoir dans les bras de Catwoman. Même si le justicier a une idée de qui était Holiday et que plusieurs suspects sont présentés aux lecteurs, le comics entretient pleinement le mystère et il n'y a pas de véritable résolution ou de victoire à proprement parler. L'ambiance reste sombre et désespérée, ce que n'ont visiblement pas saisi le réalisateur Chris Palmer et le scénariste Tim Sheridan.

La scène post-générique, avec Flash et Green Arrow qui viennent sonner à la porte, le prouve un peu plus en confirmant que ce diptyque tiré d'un des plus grands comics consacrés au Chevalier Noir servait seulement à introduire Batman dans le nouvel univers étendu d'animation de DC. Et c'est d'autant plus regrettable qu'en rallongeant la durée des deux parties et en supprimant les dernières minutes, il aurait pu être le meilleur film d'animation DC depuis Batman contre le fantôme masqué. En attendant, pour regarder une adaptation d'Un Long Halloween digne de ce nom, autant (re)voir The Dark Knight.

 

affiche

Résumé

Batman : The Long Halloween - Partie 2 souffre d'une narration trop confuse et d'un format bien trop court pour conclure son histoire correctement. Ce diptyque est certainement une des meilleures productions de Warner Bros. Animation dans l'univers de DC, mais une bien piètre adaptation du comics de Jeph Loeb et Tim Sale.

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Lecteurs

(2.3)

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commentaires
Matrix R
26/08/2021 à 19:59

Un scénario étriqué, un Batman mou et un joker moins fou que dab.
Double face est moins flippant
Et le climax trop facile

zetagundam
25/08/2021 à 21:25

@Apola

Merci pour les infos

Moixavier58
25/08/2021 à 21:18

Quand j'ai les vuent au mois de juillet (vive le telechargement pour les avoir sorties a 2-3 semaines d'intervalles) je me suis dit si c'est ça le livre sa vaut pas le coup de le lire (je l'ai en version numerique)

Apola
25/08/2021 à 16:53

Non dans le comics, même si Batman est en difficulté il ne se fait pas sauver par Catwoman toutes les trois cases.
Par contre son travail d'enquêter est tout aussi bâclé.
J'adore le comics in long halloween mais je ne suis pas d'accord avec la critique d'EL sur un point.
Dans le comics, il est établis après coup qu'Holiday était bien Alberto Falcone pour au moins la majorité des meurtres et que Gilda aurait pu en commettre un ou deux (ceux en lien direct avec son mari.
Ici, le scénariste a la bonne idée de lier Alberto et Gilda d'une histoire commune qui permet d'expliquer ses motivations à devenir Holiday.
Car dans le comics c'est assez fiable de ce côté.
Le côté happy End force de l'anime répond à un cahier des charge d'univers étendu pas de quoi gâcher le visionnage du film.
Si une adaptation d'amere victoire voit le jour je serai présent.
On est loin de la catastrophe de Silence en tout cas

zetagundam
25/08/2021 à 12:47

Comme d'habitude, l'animation est au rabais, le graphisme n'est pas désagréable mais le principal problème c'est que le diptyque est beaucoup trop long pour ce qu'il a à raconter car son histoire pourrait facilement tenir sur une durée de 2h00 maximum contre les 2h30 présenté (en supprimant tous les caméos inutiles et autres sous intrigues qui n'apportent rien si ce n'est rajouter du temps de visionnage à l'histoire).
De plus, je ne sais pas si cela vient du comics ,ou des scénaristes, mais la résolution de l'affaire se devine au bout de 30 à 45min (et le comportement de Batman à la fin de l'histoire me laisse totalement perplexe fasse au sort qu'il réserve au coupable) et le début de la seconde partie me semble totalement sortir de nulle part.

Petite question à ceux qui auraient lu le comics, Batman est-il réellement à la ramasse tout le long de l'histoire au point d'être secouru à chaque fois par Catwoman ou est-ce un choix des scénaristes pour rajouter du "féminisme" totalement foireux comme cela est la mode depuis quelque temps ?

Blason
25/08/2021 à 12:39

A Gregdevil, je te recommande the dark knight l'adaptation de la bd de Frank Miller en deux partie, c'est une des meilleurs adaptation, pour le reste on a du bon et du moins bon:

The Death and the return of Superman
Flashpoint
Arkopolis
Suicide Squad Assault sur Arkam ( meilleur version des Suicide Squad)
Suicide Squad Hell To Pay

JR
25/08/2021 à 11:40

Ce graphisme... Les anim DC sont quand même très moches... Comment a-t-on pu passer de Bruce Timm à... Ça?

Gregdevil
25/08/2021 à 11:10

Dommage, le comics est un must have.
La Warner fait n'importe quoi avec ses adaptations, hormis Under The Red Hood et le Fantôme Masqué le reste est mieux divertissant au pir sans intérêt.

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