Batman : The Long Halloween retour sur une nuit d'horreur à Gotham City

Prescilia Correnti | 31 octobre 2019
Prescilia Correnti | 31 octobre 2019

Halloween c’est l’occasion pour certains de se faire peur en se racontant une histoire d’horreur. Pour d’autres, c’est une journée à vivre l’horreur dans la poisseuse ville de Gotham City.

Beaucoup d’éléments qui se retrouveront dans Batman Begins ou encore dans la série Gotham puisent leur inspiration auprès du comics de Frank Miller : Batman : Year One. Des petits gangsters qui ont évolué pour tenir un rôle important dans Year One viennent finalement à trouver leur place dans les films de Christopher Nolan et de la série de Bruno Heller. Batman : The Long Halloween, c’est l’étape qui vient après. C’est la transition qui s’opère dans Gotham et qui voit des super-méchants devenir la force suprême en inculpant la peur dans la ville.

Dans notre comics en question ce changement est incarné par un homme en particulier, personnage clef de l’histoire : Harvey Dent. Si The Killing Joke nous racontait comment le Joker sombrait dans la folie en une journée, The Long Halloween se charge, lui, de mettre en avant ce qui deviendra l’un des méchants les plus charismatiques du panel du Chevalier Noir : Double-Face.

 

comicsBienvenu dans The Long Halloween

 

A LONG NIGHT

Si vous lisez ces lignes, c’est que de près ou de loin vous avez forcément dû entendre parler du comics Batman : The Long Halloween. Et si vous êtes un fan de Batman, alors là, on ne se pose même plus la question. Cependant, pour ceux et celles qui ne connaîtraient pas encore cette aventure, sachez que c’est Jeph Loeb et Tim Sale (une équipe qu’on aime d’amour) qui l’ont élaborée au milieu des années 90. De 1996 à 1997 (aux États-Unis), les deux artistes vont se lancer dans une sombre aventure qui deviendra au fil du temps l’une des plus grandes épopées de l’histoire de Batman.

Faisant suite aux spéciaux d'Halloween Batman : Legends of the Dark Knight, The Long Halloween comprend treize numéros qui traversent les premières années de la carrière de Batman. Le Chevalier Noir arpente les ruelles à la recherche de petits mafieux et criminels tandis que de l’autre côté Harvey Dent est en mission pour débarrasser la ville des patrons du crime rivaux qui dirigent la ville. Les deux, aux côtés de Jim Gordon, créent un trio de justice pour arrêter le crime dans la ville.

Cependant, quelqu'un d'autre saute sur l'occasion. Un tueur dénommé Holiday, parce qu’il ne tue que pendant les vacances, commence à frapper les membres de la mafia pendant les vacances. L'intrigue s'épaissit et tout le monde devient suspect.

 

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Telles sont les lignes écrites sur les premières pages de Batman : The Long Halloween, et elles établissent l'objectif primordial de l'œuvre ainsi que le but ultime de Batman. Oui, Holiday et Double-Face sont les principaux ennemis de Batman tout au long de cette histoire. Cependant, le plus grand ennemi de Batman réside sans doute dans l'ambition presque impossible qu'il s'est fixée : exterminer le mal qui coule dans la ville de Gotham.

The Long Halloween, c’est donc une grande histoire remplie de personnages fascinants et intrigants, de développement des schismes personnels, couplé à du mystère, de l’action et même, de la romance. Bref, tout ce qui fait la recette d’un bon livre et ici, d’un bon comics.

 

comicsQuand ton chat s'apprête à te faire une attaque éclaire

 

UNE HISTOIRE À DOUBLE TRANCHANT

Le chapitre d'ouverture de Batman : The Long Halloween, "Crime", commence par Bruce Wayne disant face au lecteur : "Je crois en Gotham City." La couleur est lancée. Cette histoire, ainsi qu'une multitude d'autres comics sur notre justicier masqué, ont établi le concept de Gotham City fonctionnant comme un cloaque de crime qui engloutit l'innocence et la pureté, pour ne laisser transparaître qu'une insalubrité infectieuse, polluant la moindre parcelle de bonté et de justice dans le coeur des habitants.

En raison de cette représentation de Gotham, le plus grand défaut de Batman réside dans sa croyance en sa ville. Dans cette histoire, Jeph Loeb et Tim Sale démontrent que le mal n'est ni objectif ni tangible. Un thème qui s'illustre à merveille à travers la corruption de Harvey Dent. Quant à Batman, il y perdra ce qu'il a de plus cher. 

 

comics"Je crois en Gotham City" 

 

Dans ce premier numéro, le trio composé donc de James Gordon, Batman et Harvey Dent se rencontrent pour conclure un marché afin de faire tomber Falcone et toutes ses relations, mais sans franchir la ligne qui sépare le bon et le mauvais.

Joeph Loeb nous plonge alors dans la vie personnelle de Dent, Gordon et même de Wayne pour nous montrer qu'ils ne sont pas simplement avocat, agent ou justicier, ils sont aussi humains et qu’ils ont beaucoup à perdre dans leur quête. Pour Gordon, sa relation avec son fils. Pour Dent : son mariage branlant. Pour Wayne : sa confiance que Batman fait une différence dans Gotham. Tous les trois œuvrent pour la même cause : la justice.

En tant qu'Harvey Dent, il combat la mafia. Il trouve des moyens de les démonter. Il veut tellement les battre qu'il est prêt à travailler avec Batman, à contourner les règles pour faire tomber les méchants. Dans un dernier moment fort pour les gentils juste avant que les choses ne commencent à mal tourner, Batman et Dent vont brûler l'argent de la mafia. Ils ne trouvent pas Batman, mais ils peuvent trouver Dent... Et tous les trois perdent Harvey Dent au profit de Two Face alias Double-Face.  

 

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TRICK OR TREAT ? 

Dans toute cette péripétie nous retrouvons donc Holiday. Et il n’est ni plus ni moins que la colle qui rassemble les différents éléments de l’histoire principale. Au tout début de Batman : The Long Halloween, tout va bien dans le monde criminel jusqu'à ce que le neveu de Carmine Falcone soit assassiné durant la célèbre nuit du 31 octobre.

C'est aussi la nuit où Dent brûle tout l'argent sale de Falcone dans un entrepôt, ce qui le rend suspect n°1. Le mois suivant, cinq hommes de Falcone sont fusillés, son garde du corps le soir de Noël et son fils, Alberto, le jour de l'An. Jeph Loeb est là, avec nous, à poser les bonnes questions, à approfondir le mystère. Est-ce que Dent passerait vraiment de l'autre côté ? Le principal rival de Falcone, Sal Maroni, pourrait-il être derrière les meurtres ?

C'est probable, jusqu'à ce que SES hommes soient tués le jour de la Saint-Valentin et de la Saint-Patrick, et son père le jour de la fête des Pères. Est-ce que les mafieux pourraient être en train de s'entretuer ? Dent est-il toujours un candidat probable ? Oui et oui, ou du moins, Loeb veut qu'on le pense. Il passe même un numéro entier, le "poisson d'avril", à faire des allers-retours entre Batman et le Riddler pour récapituler tout ce que nous savons jusqu'ici et qui sont probablement les suspects. Plus on s'enfonce dans la longue nuit d'Halloween, plus les enjeux sont élevés, plus la tension s'enlise dans les bas-fonds de Gotham City.

 

comicsUne alliance improbable 

 

Tant de temps et d'énergie sont dépensés à faire tomber le crime de la bonne façon que ce ne sont peut-être que les fous qui ont arrêté de lutter. Harvey, comme le Joker, le comprend et se dit alors que : "si tu ne peux pas les battre, rejoins-les". Car lentement, au fur et à mesure que la foule meurt sous les coups de Holiday, la population de Gotham devient de plus en plus désespérée. Elle-même commence alors à se tourner vers les fous, vers les super-méchants. Bien sûr, l'un des visages les plus reconnaissables de la galerie des criminels de Batman est Catwoman.

Dans Batman : The Long Halloween, Bruce Wayne est en fait en relation avec son alter ego Selina Kyle. Son rôle tout au long de la série est en fait beaucoup plus important que ce que l'on pourrait penser. En tant que Catwoman, elle poursuit une mission personnelle : essayer de confirmer si Carmine Falcone est son père.

 

comicsUn design qui peut rebuter, mais qu'on adore

 

GOTHAM : THE SINKING CITY

Batman : The Long Halloween présente Gotham City comme son propre personnage. Ses vices se manifestent dans la mafia qui contrôle la ville. Ses espoirs se manifestent dans Batman, qui sert de symbole de justice pour les citoyens de Gotham. Maintenant, ses ténèbres peuvent être témoignées dans quelque chose d'entièrement différent. Cette obscurité se trouve, comme le dit le Chevalier Noir, dans "les âmes perdues de Gotham".

Pendant que Loeb concocte un mystère séduisant, Tim Sale, lui, donne vie à ce monde avec des dessins (oui, on aime ses coups de crayon !). La finesse d’exécution de ses traits, les plus petits détails contribuent à nous livrer une ambiance noirâtre qui va de pair avec le mystère qui entoure la ville poisseuse de Gotham. Il équilibre les vibrations gothiques avec des parallèles avec le film noir, élevant la nature sombre et mystérieuse de la narration.

 

comicsOn aime ou pas 

 

Toutefois si vous avez l'oeil expert, les images dans l'ouvrage présentent des similitudes plutôt très reconnaissables avec celles de films noirs les plus populaires d'Hollywood. Plus précisément, Batman : The Long Halloween partage des parallèles avec la série de films Le Parrain dans le style des mafieux et de Harvey Dent. Certes, Batman a l’air énorme, mais il a du style. Certes, chaque méchant voit ses traits plus marqués et exagérés, mais ils ont du caractère.

Pour compléter le portrait de Loeb, Sale intègre continuellement la dualité dans sa représentation de Dent. Il utilise des ombres pour obscurcir un côté du visage de Dent, plus particulièrement dans la séquence où Dent exprime son opinion comme quoi la ligne entre la loi et le crime devrait être franchie. Dent laisse entendre qu'il souhaite insuffler sa propre forme de justice dans le monde, mais il n'en a pas les moyens. L'apparence du seigneur du crime Gotham Carmine "Le Faucon " est presque identique à celle de Marlon Brando dans le portrait de Don Corleone.

De plus, des séquences comme le mariage de Johnny Viti et le meurtre de Johnny dans une baignoire par Holiday ont été clairement inspirées par des scènes du Parrain. Or, si ces parallèles ajoutent à la complexité esthétique de l'œuvre, ils lui confèrent aussi une qualité cinématographique qui élargit l'échelle du récit. On remarquera aussi l’influence de Batman, la série animée. L’histoire est sombre, se déroule exclusivement la nuit ou dans des lieux tapis dans l’obscurité.

  

comicsÀ celui qui aura le plus gros flingue

 

POURQUOI LE LIRE ?

Ces questions sont ce qui fait de Batman : The Long Halloween la plus grande histoire de Batman de tous les temps. L'histoire profonde de Loeb, avec le développement des personnages et les rebondissements de l'intrigue, ne fait que donner vie aux merveilleux personnages, au décor et à l'ambiance de Tim Sale... et vice versa. The Long Halloween est abondant et profond. Il ne se concentre pas seulement sur la galerie des voleurs de Batman. En fait, on peut dire qu'il se concentre davantage sur les personnages "moins théâtraux." 

Pour autant, on ne peut pas négliger l'impact qu'ont eu les meurtres de Holiday sur Bruce Wayne. Finalement, plus qu'une énième histoire sur Batman, c'est une histoire sur l'univers du Chevalier Noir. Sur Gotham. Sur ses multiples personnages qui la composent. Ici, il n'y a pas de victoire, puisque les méchants ont certes été vaincus, mais à quel prix ? Harvey Dent est devenu Double-Face. Bruce Wayne ne sait plus si Batman est une bonne chose et Gordon perd un ami et un allié cher.

 

comicsIls ont quand même de l'allure non ? 

 

Batman : The Long Halloween donnera d'ailleurs naissance à une suite intitulée Batman : Dark Victory, une série qui se déroulera de 1999 à 2000. Bien que la suite ne soit pas tout à fait à la hauteur de son prédécesseur, il s'agit d'une série solide qui revisite le décor Loeb et Sale établi par des experts.

Ce cadre que Loeb et Sale ont créé est unique en son genre. C'est brutal, de s'opposer à Batman de toutes ces façons. Au final, si cet arc reste l'une des histoires les plus populaires de Batman c'est clairement en raison de l'originalité de Loeb et Sale. De la mise en avant d'Holiday qui n'est pas un méchant ordinaire et la structure narrative qui ne l'est pas non plus. Ainsi, Loeb et Sale ont pris de nombreux risques en composant cette histoire peu orthodoxe. Devenue classique. Happy Halloween ! 


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commentaires

Hunter Arrow
01/11/2019 à 14:26

Je ne me suis mis aux comics que récemment et j'ai voulu commencer par du classique. Un Long Halloween étant cité régulièrement, il fut une de mes premières lectures... et je me suis pris une claque magistrale. Le récit est si dense, les personnages tellements fouillés et le dessin de Sale est une merveille, ainsi que son découpage. Sur il faut adhérer à son parti pris plus "cartoonesque" dans les traits et proportions de ses personnages ainsi que le côté dépouillé de ses environnements. Certains préféreront le style plus "réaliste" d'un Jim Lee sur Silence (excellent comics Batman là aussi) ou de Capullo. Mais personnellement Tim Sale a ma préférence. J'aime ses partis pris, son travail sur les ombres et contrastes, son sens cinématographique du découpage. Franchement rien qu'esthétiquement ce comics m'a mis une sérieuse mandale.

Et pour faire suite à ce Long Halloween je recommande chaudement Amère Victoire. Certains le trouvent inferieur, personnellement j'ai autant apprécié.

Madland
31/10/2019 à 14:23

À quand un dossier sur Batman Arkham Asylum,le roman graphique de Morrison et Mc kean?..une beauté visuelle dérangeante et conceptuelle,une histoire qui exploite pleinement la folie de Batman et de ses antagonistes..un chef-d'œuvre organique et orgasmique.

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