Batman : The Long Halloween - Partie 1 : critique même pas peur

Arnold Petit | 25 juin 2021 - MAJ : 26/06/2021 06:45
Arnold Petit | 25 juin 2021 - MAJ : 26/06/2021 06:45

Après avoir déjà adapté (avec plus ou moins de succès) d'autres comics cultes ayant bâti la mythologie de Batman, comme Batman : Année Un, The Dark Knight Returns ou The Killing Joke, Warner Bros. Animation s'est frotté à un autre classique autour du Chevalier Noir : Batman : Un Long Halloween de Jeph Loeb et Tim Sale (génial duo qui s'est également illustré avec Batman : Amère Victoire et Batman : Des ombres dans la nuit, mais aussi chez Marvel avec Daredevil, Spider-Man ou Captain America). Disponible depuis le 23 juin en VOD, DVD et Blu-ray, l'adaptation animée est-elle aussi grandiose que l'oeuvre originale ? Pas exactement, mais tant pis.

LA CHUTE

Batman : Un Long Halloween est un comics fondateur dans l'histoire du Chevalier Noir, considéré par beaucoup comme un des plus grands récits consacrés au héros de Gotham City (et on revient dessus en détail).

Dans ses premières années en tant que justicier masqué, Bruce Wayne forme une alliance fragile avec Jim Gordon et Harvey Dent (quand il était encore procureur) pour faire tomber Carmine Falcone, le Parrain de la pègre de Gotham. Mais quand une série de meurtres perpétrés uniquement les jours de fête frappe la mafia, alors Batman se lance dans une enquête sinueuse pour retrouver ce tueur, baptisé Holiday.

 

photoTrois hommes pour une seule croisade

 

Entre polar, film noir et hommage appuyé au Parrain de Francis Ford Coppola (avec certaines scènes du film reprises à l'identique), l'oeuvre de Jeph Loeb et Tim Sale raconte à la perfection tout ce qui compose l'univers de Batman, sa cité ténébreuse, ses flics, ses criminels, ses héros et ses méchants, des plus emblématiques à ceux qui moisissent au fond d'une cellule de l'asile d'Arkham. Et au milieu de cette fresque aussi épique que tragique, l'histoire s'intéresse tout particulièrement à Harvey Dent, à sa famille, sa collaboration avec Gordon, son amitié naissante avec Batman et, bien sûr, sa métamorphose en Double-Face, allégorie de l'échec du système judiciaire et de la fin d'un espoir pour la ville et le Chevalier Noir.

Après Superman: Man of Tomorrow, qui servait d'origin story au Kryptonien pour le nouvel univers étendu d'animation de DC (notre critique ici), le réalisateur Chris Palmer et le scénariste Tim Sheridan ont donc été chargés de revenir sur les débuts de Batman et la naissance de celui qui deviendra un de ses plus grands ennemis. Vu la densité folle du récit original rien qu'au niveau de la caractérisation des nombreux personnages, il n'est pas étonnant que Warner Bros. Animation ait choisi de le scinder en deux parties, comme pour les adaptations de The Dark Returns ou de La Mort de Superman (Le Règne des Supermen faisant office de second chapitre).

 

photoFace, tu demandes à Alfred de faire ma lessive pendant un mois

 


LA NUIT DES MASQUES

Cette première partie de Batman : Un Long Halloween reste relativement fidèle à l'oeuvre originale et reprend tout ce qui compose l'intrigue de base, mais aussi des répliques et des cases du comics (et même quelques dessins de Tim Sale pour un superbe générique). Batman apprend encore de ses erreurs, Catwoman joue au chat et à la souris avec lui (littéralement), Jim Gordon sacrifie sa vie de famille pour son travail et le film fait preuve d'attention sur la lumière et dans la composition de ses plans, pour installer une tension ou annoncer la transformation d'Harvey Dent en ne le montrant que de profil.

 

photoL'Almanach ou Hannibal Lecter ?

 

Dans l'ensemble, l'atmosphère désespérée et oppressante est assez bien retranscrite, avec un Gotham City sinistre, où la lumière ne provient que des fenêtres et des lampadaires. Cependant, le film a aussi effectué quelques petits changements par rapport au comics original, pas forcément bénéfiques. La plupart de ses modifications ont été faites pour déjouer les attentes de celles et ceux qui ont lu le comics (surtout concernant l'identité du tueur), moderniser l'histoire ou allonger des passages de sorte à étoffer des personnages secondaires, comme Gilda, la femme d'Harvey Dent, mais au détriment de plusieurs éléments.

Malgré une séparation en deux parties, qui permet pourtant de prendre son temps et de creuser la psychologie de chacun d'entre eux, la plupart d'entre eux n'ont le droit qu'à une ou deux séquences qui les définissent, la faute à un format de moins d'une heure et demie et un scénario condensé. D'autres protagonistes, qui deviennent pourtant des suspects dans l'affaire, sont carrément oubliés ou relayés à une phrase d'exposition dans un récapitulatif d'Alfred. Des détails ou des conversations qui définissent les relations et les rapports de force entre eux sont purement supprimés, peu importe leur importance ou leur signification. Et le film ne trouve rien d'autre pour compenser que de rajouter des scènes d'action pas folichonnes.

 

photoBalade au clair de lune

 

Ainsi, toute l'ambition du matériau de base semble donc avoir été abandonnée pour se focaliser seulement sur le mystère autour de l'identité d'Holiday et la transformation d'Harvey Dent, sacrifiant ainsi le portrait de Gotham City et la réflexion sur la justice et la place qu'occupe Batman. Et c'est franchement dommage, parce qu'une demi-heure et quelques dialogues auraient peut-être pu faire la différence entre un film à la fois profond et haletant et un film d'animation DC un peu mieux que les autres. Et étant donné ce qui reste encore à adapter, la deuxième partie devrait se dérouler sur un rythme aussi effréné, si ce n'est plus, ce qui n'est pas forcément rassurant.

 

photoC'est bon, je suis bien inquiétant, là ?

 

CLAIR-OBSCUR

La bande-annonce et les extraits partagés pendant la promotion avaient déjà révélé que le film reprendrait le style aux contours épais du nouvel univers d'animation DC plutôt que le trait marqué de Tim Sale. Une déception pour tous ceux qui espéraient retrouver les jeux d'ombre expressionnistes du dessinateur et son Batman musculeux à l'écran.

Alors que les meurtres d'Holiday se déroulent en noir et blanc dans le comics, ne laissant de la couleur que sur le souvenir que le tueur laisse derrière lui (créant une rupture narrative qui imprime durablement la rétine), le film les intègre en couleur au reste du récit, sans même tenir compte des références cinématographiques que l'artiste convoquait dans ses cases. Avec cette nouvelle charte graphique, les visages sont peut-être plus expressifs, plus tranchants, mais les personnages manquent cruellement de relief, autant au niveau du design de leurs costumes que de leur personnalité

 

photoUn bonbon ou une balle ?

 

L'animation n'est pas toujours au point lors de certains passages, surtout quand ils incluent des véhicules (y compris la sacro-sainte Batmobile). Et pourtant, malgré des défauts béants, Batman : Un Long Halloween est sans doute le film le plus soigné et le plus beau que Warner Bros. Animation ait produit depuis un bon moment (ce qui n'est pas non plus un exploit en voyant d'où il tire son inspiration et à quoi ressemblent les précédents).

Les décors sont sublimes, et si le comics de Jeph Loeb et Tim Sale peut être vu comme la suite de Batman : Année Un, le film marche clairement sur les traces de Batman, la série animée. Aussi bien au niveau de l'esthétique de Gotham, dans cet esprit art déco obscur et granulé, que dans la représentation de certains personnages. Comme Alfred, qui a toujours le bon mot, ou ce Joker parodiant des chansons de Noël et semant la terreur pour le plaisir, à la fois cinglé, sadique et infiniment drôle. Rien que pour cette dernière séquence sous la neige et un feu d'artifice, le film mérite d'être tout pardonné.

 

photoUn chat dans la nuit

 

De manière générale, cette première partie se charge surtout d'introduire tous les personnages et d'installer la toile de fond pour les évènements et les rebondissements de la deuxième, prévue pour le 27 juillet aux États-Unis et le 4 août en France. En espérant qu'elle exploitera ses personnages autrement que pour les faire s'affronter et saura retomber sur ses pattes.

 

Affiche

Résumé

Sans arriver à la cheville du comics dont elle est tirée et malgré des défauts narratifs et visuels, cette première partie de Batman : Un Long Halloween sait fidèlement adapter son matériau d'origine, tout en parvenant à trouver son propre style. Même si elle dépend beaucoup de son esthétique et du succès de sa suite.

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

Lecteurs

(3.5)

Votre note ?

commentaires
Yako
27/06/2021 à 23:24

On voit que c’est les débuts de Batman car j’ai été décontenancé par ses piètres performances de détectives. Moi qui est toujours u Batman comme le meilleur détective. C’est bizarre pour ne pas chelou ☺️

Nanashi
26/06/2021 à 23:19

@PaveLLupin Tout à fait d'accord, ça m'a tellement frustré !

Pavel.Lupin
26/06/2021 à 19:20

Et surtout la VF de Batman est ENFIN reprise par Adrien Antoine. Non pas que Emmanuel Jacomy fasse du mauvais boulot mais c'est la voix de superman nom d'une pipe!

Guigui2000
25/06/2021 à 15:54

Bon bon... Il faut lui laisser une chance mais c'est quand même dommage de ne pas avoir conservé de la patte graphique de Sale qui était(à mon humble avis) à son meilleur sur the long Halloween

votre commentaire