Great White : critique qui tire à blanc

Mathieu Jaborska | 8 juin 2021
Mathieu Jaborska | 8 juin 2021

Produit par les aquaphiles derrière le dernier film d'Andrew TrauckiBlack Water : Abyss, l'Australien Great White entend bien souligner ses similitudes avec son essai le plus abouti : The Reef. Mais quoiqu'en dit sa promotion, la réalisation de Martin Wilson navigue en eaux bien plus tièdes.

Le Reef du passé

Mine de rien, aussi modeste soit-il, The Reef a définitivement laissé son empreinte sur le genre si délicieusement bancal de la sharksploitation. Ses nombreux défauts étaient largement compensés par une approche inédite, déjà expérimentée dans Black Water, consistant à ne quasiment utiliser que de véritables images de squales et à laisser le montage faire le reste. Et c’est peu de dire que l’originalité est une denrée rare dans ces eaux troubles, surtout quand elle repose sur la dextérité de la mise en scène.

D’où l’enthousiasme autour de ce Great White, qui semblait a priori être un des premiers rejetons assumés de la petite piqûre d’adrénaline australienne. Outre le titre, traduisant une volonté de revenir aux origines de la terreur inspirée par le superprédateur, monstre de cinéma par excellence, le pitch renvoyait directement aux idées de Traucki : suite à quelques déconvenues, un groupe de cinq naufragés se retrouve perdu au beau milieu de l’océan et cerné par un requin affamé. Il va donc devoir braver la terrible immensité de la mer pour rejoindre la terre ferme.

 

photo"À partir de maintenant, on se jette nous-mêmes à l'eau quand on voit un requin"

 

Malheureusement, la comparaison s’arrête là. Car le scénario de Michael Boughen a beau tenter de crédibiliser les bestioles en elles-mêmes (exit les monstres de 150 mètres popularisés par les transgressions biologiques des Dents de la mer, les requins ne dépassent pas les six mètres), il se laisse aller à des absurdités parfois très drôles, de la première attaque, improbable, aux nombreux rebondissements de l’intrigue, en passant par une résolution complètement surréaliste. Faire crier les requins, il fallait oser.

Et voilà le drame de ce Great White : ni assez rigoureux pour flanquer la frousse, ni assez délirant pour amuser, il patauge entre deux eaux, emporté par les courants de ses inspirations. Tout le film souffre de ce tiraillement, puisqu’on passe brutalement d'effets numériques hideux à stock-shots plutôt bien insérés, de superbes plans d’ensemble en plongée extrême à cafouillages visuels flagrants.

La confusion de ton étouffe de fait les bonnes idées de la mise en scène, qui joue parfois avec ludisme de sa proximité avec la surface, menaçant d’immerger complètement le cadre pour révéler la présence ou l’absence des assaillants, presque aussi déterminés que l’antagoniste des Dents de la mer 4Great White échoue à imiter The Reef, autant qu’il échoue à s’en éloigner.

 

photoRequin-quai

 

Just another shark movie

Ce sentiment d'oscillation ne serait pas aussi évident si le reste du long-métrage ne s’employait pas à répliquer sans imagination les codes surannés du genre. Dès la scène d’introduction, qu’on croirait volée à un Destination Finale au rabais, rien n'est fait pour donner le change au pauvre spectateur. Ainsi, la très longue exposition renie son identité australienne pour se conformer au pire de la série B institutionnelle américaine. Au programme : érotisme de téléfilm, photographie publicitaire, puritanisme gras ("je suis enceinte, on doit se marier!") et manichéisme ridicule.

La galerie de personnages présentée est probablement la plus grande faiblesse du long-métrage. Chacun correspondant à un archétype (le blond californien balèze, la petite amie blonde californienne fragile, le second couteau brave, mais inutile, le turbo-connard 2000…), on devine dès leur première rencontre le schéma de survie. Peu de suspense, donc, quand les choses se gâtent, si bien que le bingo du film de requin fauché et balisé se remplit très (très) vite, bien aidé par des dialogues qui ne brillent pas par leur spontanéité.

 

photoPince-mi et pince-moi...

 

Forcément, quand l’aventure se mue en survival psychologique au détour d’une interminable (mais plutôt bien éclairée) séquence de nuit, le fan de squale est officiellement perdu, pour peu qu’il croie encore au sérieux de la proposition. Car les réactions particulièrement stupides du panel humain présenté valent parfois tout de même le coup d’œil. Mention spéciale à la partie sur la rame, aussi ratée au niveau de la tension que complètement non-sensique pour quiconque dotée de quelques notions de physique ou d’un cerveau en état de marche.

Si le genre nous a offert quelques très bons films récemment (The Reef, donc, mais aussi Instinct de survie47 Meters Down et dans une moindre mesure la dernière suite de Peur bleue), sa réputation désastreuse continue à souffrir des objets comme Great White. Un film qui partage finalement les défauts de Black Water : Abyss puisque coincé entre la rigueur de son modèle et la décomplexion pure, il botte en touche, alors qu’étendre sur 1h30 la générosité de son climax rigolo aurait suffi au bonheur de beaucoup d’amateurs de série B.

Great White est disponible en VOD en France depuis le 3 juin 2021

 

Affiche

Résumé

Malgré quelques séquences et idées divertissantes, Great White hésite trop longtemps entre survival tendu et jeu de massacre stupide pour convaincre.

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Lecteurs

(1.5)

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commentaires
Bea
09/06/2021 à 22:57

Des scènes où j'ai juste eu l'impression qu'ils faisaient exprès de tomber à l'eau.
Bref, rien de neuf dans ce film, pas d'émotions, mal fait. C'est un raté. Dommage. Cela dit, j'ai déjà vu, bien pire.

Kingeddie
09/06/2021 à 10:14

"On reconnaît la rouquine aux yeux du père et le rouquin aux dents de la mère"
Pierre Desproges

Rick Hunter
09/06/2021 à 01:42

Visiblement, ce n'est pas ce film qui va nous REQUINquer.

Anne Halle
09/06/2021 à 01:30

@Jedoled. Tu oublies le très flippant " 47 Meters Down ".

Jedoled
09/06/2021 à 00:55

Depuis "Les dents de la Mer", seul "Open Water" a fait honneur au genre.

Rico
08/06/2021 à 17:36

Chaque film "de requin" foiré est pour moi un crève coeur. Et ce n'est pas Instinct de Survie qui relevait le niveau à mon sens. Bon. Au suivant ;-) !

Marty b
08/06/2021 à 17:10

Mouais ... Alors non, c'est super mal écrit . On comprend clairement qu'il fait réference aux requins de la saga jaws et non aux suites improbables et cie .

Clarence79
08/06/2021 à 17:03

Nul de chez nul , le film avec la surfeuse est largement supérieur, c est du Z. Meme pas un bis

Simon Riaux - Rédaction
08/06/2021 à 17:02

@Marty

Encore perdu.

Mathieu écrit que le film rompt avec les proportions délirantes, non pas des requins des Dents de la Mer, mais de celles que les premières outrances des Dents de la Mer ont permises. Avec ses successeurs donc.

Ce n'est pas un reproche. Juste un constat. Après les Dents de la Mer, les bébêtes ont tendance à grandir dans leurs représentations. Pas ici.

Marty
08/06/2021 à 17:02

A quel moment dans les dents de la mer, les requins sont des transgressions génétiques de 150 mètres ?

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