Tom & Jerry : critique qui veut la peau de Roger, vite

Simon Riaux | 20 mai 2021
Simon Riaux | 20 mai 2021

Comment ne pas être instantanément nostalgique, en retrouvant Tom & Jerry, deux des héros les plus attachants et fous sortis des ateliers de la MGM ? Tout simplement en découvrant l'étendue des dégâts causés à la célèbre paire par leur dernière incarnation cinématographique.

ATONE & JERRY

Orchestrer la rencontre entre des personnages de chair et de sang et de légendaires cartoons est un triple défi. Tout d’abord parce que toute entreprise de ce type doit se confronter à l’ombre tutélaire de Qui veut la peau de Roger Rabbit ? ou dans une moindre mesure Mary Poppins, chefs-d’œuvre du genre, dont le souvenir est encore vif parmi les spectateurs.

Ensuite, quantité de techniques et d’outils utilisés à l’époque pour marier le monde physique et les avatars dessinés sont tombés en désuétude avec l’avènement du numérique, quand elles ne sont pas purement et simplement contradictoires avec les pratiques contemporaines de la production hollywoodiennes. Enfin, la charte esthétique de l’animation 3D, qui a depuis des années maintenant les faveurs de l’industrie comme du box-office, est éloignée de la grande époque des toons. 

 

photoQuand on accouche d'une souris

 

Autant d’écueils qui se dressent sur le chemin de Tom & Jerry, que le film se mange en travers des dents avec un je-m'en-foutisme imperturbable. La comparaison avec le tour de force de Robert Zemeckis est cruelle, mais éclairante. Quand Bob Hoskins faisait les 400 coups avec ce bon vieux Roger, il n’était pas une séquence, pas un plan, qui ne multiplie pas les interactions entre réel et virtuel, qui ne se lance pas d’invraisemblables défis, à coups de mouvements d’appareil sophistiqués ou de jeux de perspectives proprement cauchemardesques pour tout animateur qui se respecte.

Rien de tel ici, et le sentiment d’observer des plans désertés, dévitalisés, au sein desquels ont été greffé grossièrement de lointains échos des héros imaginés par William Hanna et Joseph Barbera contamine tout le film. 

 

photoLa mélodie du malheur

 

CRIME STORY

Mais ce qui rend profondément antipathique l’entreprise, c’est la nonchalance avec laquelle le tout se contrefiche de sa propre indigence. Que les personnages animés soient d’une pauvreté technique sans nom est une chose, mais que le métrage ne donne jamais franchement la main aux protagonistes humains, ne serait-ce que pour cacher sa propre misère, devient très vite rageant.

Le genre même de l’aventure cartoonesque appelle une certaine candeur, que le scénario semble systématiquement confondre avec les conséquences d’une trépanation sauvage. Chloë Grace Moretz ainsi que Michael Peña sont pourtant des interprètes plus que capables, souvent à l’aise avec des partitions hautes en couleur. Mais jamais Tom & Jerry ne cherche à solliciter leur talent. 

 

photoUn chat qui a les dents du fond qui baignent

 

Il faut dire que Tim Story ne paraît pas ici plus investi que lorsqu’il fit jadis subir les derniers outrages aux 4 Fantastiques. Même lors des chutes les plus électriques de Tom, ou alors que Jerry déjoue systématiquement ses tentatives de l’évincer de tel ou tel dispositif, l’encéphalogramme reste dangereusement plat. Tout simplement parce que l’humour de ce duo imaginé dans les années 40 provient de la tradition du slapstick, comique de situation anglo-saxon alliant volontiers catastrophes physiques et élans masochistes. 

Une équation instable, qui réclame un sens du tempo virtuose, ainsi qu’un dosage chirurgical de chaque ingrédient, du moindre bruitage comme de l’utilisation de l’accessoire le plus anodin. Autant d’exigences que Tom & Jerry ne peut jamais honorer, en témoigne une de ses scènes les plus programmatiques, les plus élémentaires, quand nos deux adversaires ruinent gaiement une luxueuse suite. On peine à trouver un mouvement de caméra, un plan ou un enchaînement capable de surprendre, ou simplement d’appliquer la recette dont le projet a hérité. Comme s’il nous suppliait de détourner le regard, et de retrouver ses glorieux ancêtres. 

 

Affiche officielle

Résumé

Aussi iconique que soit ce duo cartoonesque, son héritage ne suffit pas à dynamiser cette embarrassante tentative de recyclage trop limitée techniquement et superficielle dans sa construction pour émuler les succès d'hier.

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commentaires
Roro
27/05/2021 à 15:44

Même mon fils de 5 ans a trouvé le film passablement ennuyeux...

Kyle Reese
20/05/2021 à 15:41

Dommage mais la BA n’annonçait rien de bon.
Même Scooby Doo semble mieux intégré aux décors réel avec un rendu qui passe pas trop mal. La c’est très plat.

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