Voyage vers la Lune : critique du Disney Pixar de Netflix

Mathieu Jaborska | 23 octobre 2020
Mathieu Jaborska | 23 octobre 2020

Quand Netflix s'est lancé dans l'animation, la perplexité a envahi les amoureux de cet art. Mais Klaus a enchanté tout le monde, au point de prétendre à une nomination aux Oscars. Après La Famille Willoughby cette année, la plateforme collabore avec Pearl Studio et Sony Pictures Imageworks pour un Voyage vers la Lune qui s'inspire ouvertement des derniers chefs-d'oeuvre de Disney et Pixar. Le résultat est-il à la hauteur de ses ambitions ?

10 nez

N’y voyez pas là une tentative de convoquer des références putassières : mise à part une séquence en 2D au début qui semble vaguement s’inspirer du sublime conte de la princesse Kaguya, Voyage vers la Lune est bel et bien la réponse de Netflix au succès toujours renouvelé des films d’animation produits par Disney et son pendant à récompenses Pixar. Il se veut en effet une synthèse des deux modèles, souvent copiés, rarement égalés.

Pour ce qui est de l’influence de Disney, elle ne fait aucun doute, et ce dès les premières minutes. Avec un cynisme assez décourageant, le scénario se déroule en accumulant les poncifs dictés par la firme aux grandes oreilles depuis des décennies. On suit une gamine chinoise étrangement anglophone qui doit faire face à la mort d’un parent proche. Accompagnée par toute une ribambelle de faire-valoir animaliers, trop mignons ou très rigolos en fonction de son humeur, elle affronte cette épreuve et rechigne au changement. Mais lorsqu'elle s’envole dans une aventure inspirée de son mythe préféré où se morfond une princesse éplorée, mais badass, tout change. Elle apprend alors à tourner la page et... on connait la suite.

 

photoUn conte très beau, mais vite expédié

 

Non pas que l’équipe d’Ecran Large soit particulièrement hermétique à un modèle qui a de nombreuses fois prouvé son efficacité, mais le fait que les ingrédients parfaits d’une recette Disney soient balancés à l'écran avec un tel systématisme a tendance à donner l’impression d’une copie maladroite, cherchant plus à voler l’émotion qu’à la susciter. D’autant plus que le film n’emprunte pas forcément le meilleur à son modèle.

On y croise notamment une insupportable voix off chantée, déballant, dans un geste d’une fainéantise impressionnante, les enjeux de l’intrigue et les tourments intérieurs de son héroïne au moment où se pointe le deuxième acte. Une maladie directement héritée des comédies musicales de l’âge d’or de la boîte de Mickey, ou même des propositions plus contemporaines. Ce n’est pas un hasard si le duo de réalisateurs (Glen Keane et John Kahrs) était précédemment à la tête de l’animation sur la superproduction Raiponce.

 

photoApollo 11 ans

 

Très mécanique, le scénario multiplie les personnages secondaires cartoonesques et les quêtes initiatiques en 1h40, un délai bien trop court pour ne pas laisser apparentes les ficelles énormes avec lesquelles il manipule les personnages. Le récit cumule les passages obligatoires, se bousculant jusqu’à un climax émotionnel qui massacre les quelques pistes symboliques qui restaient pour friser l'overdose démonstrative embarrassante.

Voyage vers la Lune ne se regarde pas principalement pour sa narration, donc, même si l’ambiguïté de certains personnages l’emporte par instants. La déesse en particulier échappe plutôt vite à son statut de proto-princesse fantastique, tendance reine des neiges tombée dans un tube de gouache, pour laisser filtrer une semi-colère éloignant l’ensemble des griffes du manichéisme.

 

photoSliping dog

 

moonrise kingdom

En fait, Voyage vers la Lune ne se consomme pas. Il se contemple. Techniquement très honnête, mais très loin de se frotter aux masterclass récentes insurpassables que sont Coco ou Les Indestructibles 2, le film se rattrape très largement sur une direction artistique si soignée qu’elle en vient à tout engloutir, tel le plus coloré des trous noirs de l’univers.

Alors que l’exposition très mécanique de la première partie du récit plombe un peu l’excitation du spectateur, l’aspect visuel décolle en même temps que son héroïne, à l’occasion d’un lancement de fusée tout simplement spectaculaire se concluant sur une intrusion du fantastique ne s’embarrassant d’aucune pincette.

 

photoFilm d'artifices

 

Car la Lune visée, astre froid et désertique à première vue, se mue vite en terrain de jeu abstrait pour animateur, rappelant forcément les mondes enchâssés de Pixar, et plus particulièrement ceux de Coco, de Vice Versa, et même celui des bandes-annonces du Soul qu’on ne pourra malheureusement pas voir dans les salles obscures.

Dommage d’ailleurs que Voyage dans la Lune ait subi le même traitement, tant la générosité qu’il déploie aurait magnifié un écran de cinéma. Et là où les décors fantasmagoriques de Pixar sont forcément conditionnés par une intrigue complexe, le long-métrage de Pearl Studio peut compter sur son absence de cadre précis pour faire de la surface de la Lune un bac à sable où s’épanouissent leurs idées les plus dingues.

 

photoOui, c'est bien la lune

 

Et c’est là que l’aspect musical du long-métrage paie, puisqu’après s’être tapé des complaintes récitant le scénario d’un air mélancolique, deux morceaux font très bon usage des expérimentations esthétiques lunaires, servis par une mise en scène qui lâche les chiens. Le premier participe à la sidération que suscite cet environnement où les styles graphiques s’entremêlent. Le deuxième nous embarque dans la partie de ping-pong chantée à la fois la plus absurde et la plus endiablée de l’histoire du cinéma d’animation (même si on peine à trouver un concurrent, les suggestions sont les bienvenues).

L’inventivité de cette section centrale fait vite oublier les lourdeurs qui desservent Voyage vers la Lune. Taillé pour la compétition, il ne risque pas de remporter beaucoup de trophées louant son originalité. En revanche, les esthètes récompenseront à coup sûr ses audaces abstraites et plurielles, si Soul ne rafle pas tout, bien entendu.

Voyage vers la Lune est disponible sur Netflix depuis le 23 octobre 2020

 

Affiche

Résumé

Certes, cette nouvelle production Netflix caricature la formule des films d'animation en vogue. Mais l'expérience visuelle qu'elle propose justifie à elle seule le voyage du titre.

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commentaires

Lili
05/11/2020 à 15:44

Mes filles adorent (5 et 7 ans), et c'est le public cible. Pas de méchanceté, un sujet sensible, des personnages attachants, de l'émotion. Visuellement très bon. L'héroine principale n'est pas une princesse qui veut se trouver un prince, c'est une petit fille pleine de rêve qui travaille et essaie encore pour y arriver et ce qu'elle découvre là haut est au delà de ces espérances. Et ma plus petite connais la chanson pop de Shanga par coeur <3 .. je n'ai pas adhéré à 100% , étant une adulte. Je crois que les critiques devraient aussi être écrite par des enfants. ;) Bref, foncez.

againthewolf
03/11/2020 à 21:51

Quel film... Quelle daube !!! à quand des films d'animation sans chansons complétement pourraves. Perdu mon temps et heureusement pas mon argent...

Alex styles
29/10/2020 à 12:46

Perso, j'ai trouvé ça réellement mauvais. J'ai été jusqu'à la fin pour accompagner mes enfants (bref j'ai fait du social). Mais entre les chansons interminables et mauvaises, le scénar indigent, je me suis bien fait chier. Même visuellement, la majeure partie du film sur la lune est quelconque. Mettre Pixar dans la même phrase que ce film est bien trop flatteur, de mon point de vue. Je ne conseille pas.

Madolic
26/10/2020 à 10:34

@Poussy14
"Nous avons ici un scénario intelligent, qui traite simplement du deuil... et je ne crois pas que ce soit justement le genre de sujet très traité, encore moins pour les enfants."
Là-haut & Nemo rien que ça ...

Dann
26/10/2020 à 01:53

J’ai bien aimé

Poussy14
25/10/2020 à 16:08

Nous n’avons donc pas vu le même film.
Nous avons ici un scénario intelligent, qui traite simplement du deuil... et je ne crois pas que ce soit justement le genre de sujet très traité, encore moins pour les enfants. Et certains, même des adultes avaient justement peut-être besoin que l’on en parle.
Nous avons une esthétique et un soin du details justement rarement inégalée. J’ai l’impression que vous avez justement trop vu de Pixar pour ne pas savoir faire la différence.
Nous avons une histoire sans un méchant, qui nous raconte autre chose que ce que nous avons habituellement.
Et nous avons des personnages Plus adorables les uns que les autres, sans tomber dans gnangnantude justement.
Une scène finale à couper le souffle.
Vous devriez peut-être le revoir.
Personnellement, enfants et parents nous avons eu la larme à l’œil à plusieurs moments.

Olivier637
24/10/2020 à 13:57

J ai l’impression que toutes les productions Netflix sont notées 3* sur EL depuis quelques mois

Daddy Rich
24/10/2020 à 11:16

Je ne suis franchement pas très dessin-animé! Que ce soit, du Disney, du Pixar ou n'importe lequel!
J'ai arrêté passé 13 ans! Et mes souvenirs se limitent à Rox & Rouky, Les Aristochats, et Bernard & Bianca...
Mais depuis, que j'ai des enfants (7 et 9) j'ai été par "obligation" entraîné dans un univers auquel je n'arrive pas habituellement seul à rentrer dedans! (passé 10 minutes, les dessins-animés pour jeune public m'ennuient très rapidement!)
Et depuis quelques temps, j'ai découvert de jolies perles...
Biensur les Disney à la mode (mais moi La Reine des neiges et En Avant... très peu pour moi!), mais j'avoue avoir pris un certain plaisir devant la saga Toy Story!
Puis un autre appelé Vice-Versa et sinon un truc sympa "Home" je crois!

Mais j'avoue aussi, que les derniers Netflix m'ont agréablement surpris!
D'abord le MAGNIFIQUE Klaus! Un bijoux!
Puis la aussi La Famille Wilhougby ! Et dans une certaine mesure j'ai trouvé le POKEMON esthétiquement splendide! (après je n'en connais pas plus de cet univers, pour dire si le film était bon ou pas! Mon fils lui a adoré!).
Hier, mes enfants ont regardé ce Voyage vers la Lune et... la magie a opéré!
De mon côté, j'ai aussi suivi cette très intéressante aventure, moins cul cul la praline et surtout moins de bons sentiments que chez Disney!
Ma petite critique "négative"... Trop de chansons brise tympans, à la sauce Disney! (mais visiblement ma fille a kiffé! Mon fils, moins la musique criarde!)
Il n'en reste pas moins un très bon film d'animation qui va ravir les plus jeunes et ne pas trop ennuyer les plus... vieux! ;-)

Ozymandias
24/10/2020 à 05:44

J'en espérais plus, dommage. Je vais le tenter tout de même évidemment !

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