Je veux juste en finir : critique psychorrifique sur Netflix

Geoffrey Crété | 4 septembre 2020 - MAJ : 04/09/2020 12:47
Geoffrey Crété | 4 septembre 2020 - MAJ : 04/09/2020 12:47

Scénariste (Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Adaptation, Confessions d'un homme dangereux) ou réalisateur (Synecdoche, New YorkAnomalisa), Charlie Kaufman ne laisse pas indifférent, et a pris pour habitude de jongler avec les genres. Avec Je veux juste en finir sur Netflix, il continue à plonger dans le puits de la tristesse existentielle, dans un exercice aux portes de l'horreur, mené par Jessie Buckley et Jesse Plemons, et également Toni Collette et David Thewlis.

MES BEAUX-PARENTS ET MOI

Je veux juste en finir, c'est l'histoire d'une femme qui rend visite aux parents de son petit ami, dans une ferme isolée au milieu d'une tempête de neige, et se demande si elle aura le courage de le quitter. Ça, c'est la théorie, et la face émergée de l'iceberg cauchemardesque du troisième film de Charlie Kaufman. Car ce qui se joue derrière ce point de départ digne d'une comédie avec Ben Stiller, c'est évidemment bien plus. Tellement plus que le voyage devrait en laisser plus d'un sur le côté de cette interminable route enneigée, sorte de Styx glacée que le couple traverse tandis que le doute et les interrogations se multiplient, jusqu'à tout avaler autour d'eux.

Où pouvait donc aller Charlie Kaufman après Synecdoche, New York, un premier film déjà sous forme de film ultime ? Avec Anomalisa, co-réalisé avec Duke Johnson, il avait tenté de marier la douceur apparente de l'animation à son regard infiniment triste sur l'humain. Avec Je veux juste en finir, adapté du roman de Iain Reid, il s'aventure aux frontières du cinéma de genre, et avance toujours plus loin sur la route de l'expérimental, avec une assurance et une liberté tour à tour fascinantes et déconcertantes. Le risque d'aller trop loin est là, mais celui de flirter avec la magie aussi.

 

photo, Jessie Buckley, Jesse PlemonsFargo : edition dépression

 

LA MÉCANIQUE DU CHAOS

Je veux juste en finir frappe d'abord par sa précision éclatante. Jeu entre la voix off et les dialogues, cadrages précis, décors épurés, mouvements mesurés : Charlie Kaufman touche ici un degré de maîtrise étourdissant, d'autant plus que ce n'est jamais dans l'esbroufe, mais au contraire dans une douceur discrète. Le montage est particulièrement impressionnant, créant ça et là des décrochages et des ruptures qui posent de premiers indices troublants sur la situation. Le film avance à un tempo très particulier, n'ayant jamais peur d'étirer un plan ou couper une action pour créer le malaise.

Quelque part entre Wes Anderson, David Lynch et Roy Andersson, Charlie Kaufman a choisi une approche ludique du cinéma pour remettre en scène ses obsessions noires et questionnements inquiétants sur l'existence, l'identité et la création. Le film semble ainsi constamment prêt à s'écrouler et muter pour devenir autre chose, le rire et l'angoisse se disputant l'écran. Alors qu'un dîner familial, une simple porte, un étrange message vocal ou un stand de glaces absurde deviennent le centre de l'attention, Je veux juste en finir semble capable de glisser aussi bien vers Hérédité ou The Visit, qu'American Beauty et Six Feet Under.

Kaufman joue intelligemment de ce trouble jusque dans la dernière ligne droite, plaçant le spectateur dans une position délicieusement inconfortable de malaise, mi-flippant mi-comique. À chaque instant, quelque chose pourrait imploser dans ce couple, cette famille, cette voiture, cette maison, et ce monde grotesque. Au spectateur de se préparer au chaos, et se laisser tomber dans le puits d'Alice au pays des enfers.

 

photo, David Thewlis, Toni ColletteLe bonheur n'est pas dans le près

 

QUATU-HORREUR

Les acteurs sont un carburant atomique dans ce moteur d'étrangeté, à commencer par Jessie Buckley. Visage le moins connu de la bande (elle a remplacé Brie Larson, castée à l'origine), l'actrice repérée dans Jersey Affair et la série Chernobyl est fantastique. D'un simple bégaiement à un troublant éclat de rire, en passant par un monologue intérieur profondément triste, elle est le phare dans la nuit de ce cauchemar existentiel. Comme sa mise en scène, la direction d'acteurs de Charlie Kaufman est impressionnante de détail, et chaque scène déborde d'éléments, que ce soit dans les silences, les gestes, les mouvements et les interactions faussement ordinaires.

Face à elle, Jesse Plemons trouve un rôle inattendu et particulièrement étrange. Et bien sûr, Toni Collette et David Thewlis s'en donnent à cœur joie dans le rôle des parents. La mère en sévère crise de nerfs de Hérédité retrouve un décor similaire pour une partition encore plus déstabilisante, qui rappelle régulièrement qu'elle est une des actrices actuelles les plus démentes. Face à elle, le caméléon Thewlis joue la pure carte de l'étrange dans plusieurs scènes de haut vol.

Ce quatuor dingue menace constamment de vriller dans une hystérie, une folie, une tragédie ou une comédie, car Charlie Kaufman leur a insufflé cette énergie qui rend captivante n'importe quelle scène a priori triviale.

 

photo, Jessie BuckleyBizarre, vous avez dit bizarre ?

 

CONFESSIONS D'UN HOMME SOUS INFLUENCE

Néanmoins, avertissement : Charlie Kaufman n'a aucunement l'intention de livrer toutes les clés de son film, et laisse intentionnellement beaucoup d'espace pour l'interprétation. Loin de livrer autant de réponses que le livre d'Iain Reid, l'adaptation ouvre en grand les portes de l'étrange au bout d'une heure, et va encore plus loin dans la dernière partie. Lorsque le générique arrive, Je veux juste en finir est loin d'être véritablement fini.

C'est sans nul doute le vrai monstre du film, celui qui avalera une partie du public au fil de 2h10 un peu excessives. Je veux juste en finir n'est pas un film qui caresse dans le sens du poil : il vient perturber, déstabiliser, tester même. Tout comme les personnages, le spectateur glissera malgré lui sur une pente accidentée, quitte à finir la tête dans le mur.

 

Photo Jessie BuckleyWe all scream for ice scream

 

Le monde de Je veux juste en finir est celui d'une douce folie tentaculaire, que plus personne ne prend la peine de regarder, écouter ou affronter. Chacun est trop perdu dans son propre univers intérieur, avec un corps et un esprit embrumés par la dépression, la maladie, ou la peur. La pire des solitudes, c'est celle qu'on affronte face à quelqu'un qui nous regarde, nous parle, nous touche, mais semble être à mille kilomètres. C'est un motif central dans la galaxie Kaufman, et il a grandi tel un ogre au fil de sa filmographie, jusqu'à devenir quasiment apocalyptique ici.

S'il a toujours joué avec la forme narrative dans ses histoires (mise en abyme, narrateur non fiable, rêves et vérité tordue), Kaufman va ici beaucoup plus loin, et s'émancipe de certaines contraintes en cours de route. Le film est clairement découpé en une dizaine de blocs, et une petite poignée de décors, et pourtant le résultat apparaît très vaste et riche. Trop, parfois, peut-être. Le risque de se perdre dans ce labyrinthe est donc réel. Celui de s'y retrouver enfin face à soi-même, aussi.

 

Affiche US

Résumé

Je veux juste en finir est un labyrinthe existentiel drôle et tragique, qui provoque des vertiges de malaise et de tension. A condition de bien vouloir s'y perdre et y trouver ses réponses, c'est une expérience unique, qui rappelle que Charlie Kaufman est un artiste pas comme les autres.

Autre avis Alexandre Janowiak
Nouvelle oeuvre radicale, dépressive et audacieuse pour Charlie Kaufman avec Je veux juste en finir. Un joyau déconcertant et terrifiant sur le drame de nos existences, le cauchemar de nos vies et la peur de l'engagement, magnifiant avec poésie la fulgurance, la tristesse et les divagations des pensées de son héroïne. Une pure et folle expérience !

Lecteurs

(2.9)

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commentaires

Iznogoud
11/10/2020 à 16:41

L'histoire démarrait fort bien, L'arrivée à la ferme, où une délicieuse sensation de malaise me laissait présager du meilleur pour le spectateur - et forcément du pire pour l'héroïne -, me conforta dans l'idée que j'étais en train de visionner un véritable chef-d’œuvre : la mise en scène, le jeu des acteurs, les décors, la photo, tout me faisait penser à un Stephen King grand cru classé, réalisé par Hitchcock au sommet de son art. Jusqu'à cette descente répétée de l'escalier, où je ne pus m'empêcher de m'autoféliciter d'avoir compris que la pauvre, n'ayant pas trouvé la force de quitter cet homme qu'elle appréciait, certes, mais dont elle n'était pas amoureuse, avait fini par passer le reste de sa vie dans ce sinistre endroit, en compagnie de ses deux parents devenus grabataires.
La fin me ramena à une autre réalité, encore plus douloureuse : je n'avais rien compris du tout, j'étais un idiot et Charlie Kaufman un génie. D'autres se consoleront en se disant qu'il a surtout un très bon dealer...

Obaba
04/10/2020 à 23:16

Ça commence bien mais ça part loin

Shag on !
02/10/2020 à 12:14

2h15, un film auto-reverse à ressentir plutôt qu'à comprendre, une sensation profonde qui vous touche et vous suit quelques jours : voilà le chef-d'oeuvre à voir maintenant que Tenet a rappeler à vos cerveaux que la narration splittée pouvait surgir l'émotion.

Charlie Kaufman est un génie.

Arnaud Nono
24/09/2020 à 00:43

C’est compliqué de raconter l’ennui et la dépression sans être mortellement chiant.
Les acteurs sont très bons mais preuve en est, cela ne suffit pas à faire un film.
L’histoire est vraiment nulle. Il y’a un genre et un parti pris mais il y’a des limites à tout. Les séquences en voiture sont interminables ´.

Quelque part le film réussi son pari, inspirer l’ennui le plus profond et de vouloir vraiment en finir.
C’est une lutte inexorable contre le sommeil.
Le meilleur du film est sa bande annonce qui m’a trompé.

Tekkel
16/09/2020 à 21:58

J'ai adoré. Je me suis senti mal à l'aise mais sans pouvoir m'arrêter de regarder, captivé et subjugué par ces acteurs, cette bande son, ces décors, cette ambiance tordue... Peu importe si on ne raconte pas tout à la fin. Le lendemain je repensais à ce film et me replongeais dans son univers. Il a réussi à me marquer.

rekiel
12/09/2020 à 02:00

Quand tu n as pus de budget tu prend 3/4 décors différents et pas plus de 6 acteurs. Surtout tu prend une histoire avec une intrigue bien sordide et un scénario inintéressant, et tu t'attend les avis surréaliste des mecs de la com pour sur vendre ton film. Et souvent ça marche

alexercise
12/09/2020 à 01:57

Une grosse daube. On passe par 14 chemin pour une explication final inintéressante et mal ficelé. Je ne comprend pas pourquoi on felicite les réalisateurs sur les prises de vue ou la façon de filmé tellement les décors sont bidons, sombre et ne requiert aucune compétence cinématographique : une vieille bagnole et de la neige, une grange, une vieille baraque et un lycée bien nettoyé : de quoi faire bander tout les bobo parisiens en manque de poésie.
Ne perdez pas votre temps sur ce film !

Fez
10/09/2020 à 21:17

Une grosse m.... bien boueuse ce film, on comprend rien, c'est long, c'est lent ...

Delphine
09/09/2020 à 23:20

Je n ai rien compris

Rom
08/09/2020 à 23:46

Magnifique, flippant, triste, déroutant...

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