Tenet : critique mindfuck

Simon Riaux | 11 juin 2021 - MAJ : 11/06/2021 20:19
Simon Riaux | 11 juin 2021 - MAJ : 11/06/2021 20:19

Tenet, ce soir à 20h50 sur Canal+ Cinéma.

Comparé dès le dévoilement de ses premières images et de son synopsis à Inception, précédent film de Christopher Nolan qui entrelaçait un certain cinéma d’action avec les obsessions spatio-temporelles de son auteur, Tenet a suscité une immense attente. Alors qu’il est arrivé en salles en août 2021 à l’issue d’une saison estivale marquée par une pandémie qui aura poussé les salles de cinéma au bord du gouffre, le film était-il le messie annoncé ?

INDECEPTION  

Pour qui supporte mal certains tropismes du cinéaste, Tenet risque d’agacer tant Christopher Nolan donne parfois le sentiment d’avoir laissé libre cours à certains de ses tics les moins intéressants, notamment lors des dialogues qui lardent le récit. Sans doute désireux de bien nous faire comprendre combien son concept l’autorise une nouvelle fois à manipuler les notions de temps, de cause, de conséquence et donc à décortiquer ce qui fait la matière première d’une histoire, le réalisateur, ici seul crédité à l’écriture, n’y est pas allé de main morte. 

Échanges faussement cryptiques, semi-explications sibyllines et sentences incroyablement pompeuses abondent, et quand nos héros débattent à coup d’allégories bien épaisses, on se demande parfois si on assiste à la naissance du rejeton monstrueux de Vincent Lagaf et Stephen Hawking. Un procédé d’autant plus problématique que Nolan appuyant le moindre de ses effets de manche, il grille souvent ses cartes, et amenuise d’autant les nombreux rebondissements que voudrait nous ménager le récit. 

 

photo, John David WashingtonUn héros presque aussi perdu que le public

 

Un sentiment d’autant plus handicapant que le film est inutilement long, ses 2h30 cherchant vainement à maquiller ce qui est, en essence, un simple buddy movie d’action tombé amoureux de Mission : Impossible. Et entre deux morceaux de bravoure ou allers-retours géographiques, le temps paraît parfois long, notamment quand on sent le cinéaste placer sans finesse tous ses fusils de Tchékov (éléments voués à ne révéler leur sens que bien après leur introduction dans le dispositif).  

Ces faiblesses, parfois criantes, menacent de devenir assourdissantes quand le compositeur Ludwig Göransson s’oublie sur son clavier. Abandonnant parfois des lignes mélodiques intéressantes et puissamment immersives pour singer les plages sonores qui ont fait la réputation du choucroutier électronique Hans Zimmer, il souligne chaque intention, plus qu’il ne les transcende, sans aucun égard pour les tympans des spectateurs. 

 

photo, John David Washington, Robert PattinsonUne rencontre qui va faire des étincelles

 

TRÈS STELLAR 

Pourtant, on aurait tort de bouder son plaisir tant  Tenet  marque également une avancée notable dans le cinéma de Christopher Nolan. On sait l’artiste amateur de cinéma d’action et de la franchise James Bond, et plus que jamais, il lâche ici les chiens, pour nous amener jusqu’à un climax tonitruant en mode Retour vers le Futur de Call of Duty.

Sa caméra profite des jeux temporels pour redéfinir les mouvements des personnages et déjouer ainsi la gestion de l’espace traditionnelle, qui mit si souvent sa mise en scène en défaut. Et dans les joutes très physiques qui parsèment le film, on la sent enfin en mesure de nous asséner quelques jolis coups de boule. 

 

photo, John David WashingtonRespirez à fond

 

Il peut donc s’autoriser une créativité bienvenue sitôt que le récit s’emballe, jusqu’à nous embarquer dans une danse improbable, quasi expérimentale, où cohabitent à l’intérieur de chaque plan des temporalités contraires, qui se soutiennent, se contredisent ou s’affrontent. Le ballet est improbable, singulier, et nous offre plus d’un moment de vertige, de pur spectacle suspendu, où toute recherche de cohérence et d’efficacité narrative s’efface devant un spectacle purement sensoriel.

Et c’est peut-être la première fois que le réalisateur trouve un point d’équilibre entre l’émerveillement qu’ambitionne le cinéma de divertissement grand public et sa fascination pour un espace urbain ultra-contemporain. Des coques fuselées de catamarans lancés à pleine vitesse en passant par les coursives anxiogènes d’un port-franc, son langage s’est considérablement affiné. 

 

photo, John David Washington"Et ça, c'est de la balle"

 

LE PRESSE TIGE 

Et si Christopher Nolan caractérise toujours ses personnages féminins avec la grâce d’un lamantin en descente de white spirit, la liberté avec laquelle il appréhende ici l’action se retrouve dans celle avec laquelle il aborde la tonalité de son récit. Il parvient à alterner entre de réels moments d’angoisse quand les événements donnent le sentiment de se précipiter et que son héros nage à contre-courant d’un flux générateur d’une angoisse sourde, et de vrais moments de légèreté.  

Il doit cette apesanteur bien sûr à John David Washington qui, à défaut d’avoir un personnage à interpréter, peut éclabousser l'écran de tout le charisme dont il dispose. Et s’il en a à repeindre des kilomètres de pellicule 70mm, force est de constater que Robert Pattinson lui tient la dragée haute. Charmeur et ombrageux, il injecte dans le récit une malice inhabituelle chez Nolan. Signe que le metteur en scène a peut-être trouvé avec  Tenet  un nouvel équilibre, laissant plus de place à ses comédiens, on notera que Kenneth Branagh est par intermittence, presque bon.

 

affiche 31 juillet

Résumé

Pour qui passera outre les habituels tics d'écriture et lourdeurs stylistiques chères à l'auteur, le film réserve de beaux moments d'action quelques plaisantes trouvailles visuelles.

Autre avis Lino Cassinat
Tenet est spectaculaire. Tenet est surtout brillamment angoissant. Tenet est indéniablement un bon moment, un vrai gros plaisir. Mais Tenet est aussi la pire écriture de Christopher Nolan, qui y discourt comme un gourou Wacoan sous LSD généreux en aphorismes techno-mystico-mongoloïdes. Heureusement que ses images parlent pour lui. Tenet mais Tebet.
Autre avis Mathieu Jaborska
Nolan aime les scènes d'action-concept. Il étale donc le procédé sur 2h40 et tartine le tout d'une grosse dose d'espionnage et de baston bourrin qui va assurément laisser ses détracteurs sur le carreau. D'autant plus qu'il replonge sans remords dans ses travers froids et mécaniques. Le plus nolanien des films de Nolan.
Autre avis Alexandre Janowiak
Son début est trop bavard, mais Tenet est un sacré thriller SF inventif et spectaculaire à l'action virtuose, un peu comme s'il mixait l'idée narrative de Memento et le high-concept d'Inception. Reste un sentiment d'incomplétude et mystère, Nolan gardant réflexion et interprétation en maîtres-mots.
Autre avis Geoffrey Crété
Naufrage clinquant et douloureux pour Christopher Nolan qui signe son film le plus fade et bancal, comme un best of du pire de son cinéma. L'idée amusante et très ambitieuse d'une guerre du temps ne peut masquer les problèmes d'écriture, de montage, et la banalité des ficelles narratives (nucléaire, organisation secrète et demoiselle à sauver).
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Lecteurs

(2.5)

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commentaires
[)@r|{
15/06/2021 à 19:05

La réalité inversée à tel un sens ? Ce qui vaut dans un sens vaut dans l'autre. Vous en conviendrez ! Certains lecteurs blu-ray sont équipés de cette fonction.

Regardez les scènes d'action en marche arrière ; donc de la fin vers le début. On applique le principe de la réalité inversée à la lecteur du film.

Ce que vous avez vu en marche avant, vous le verrez en marche arrière et ce que vous avez vu en marche arrière, vous le verrez en marche avant. [c'est excellent] Vous regarderez "TE|\|3T" en réalité inversée. Une autre vision du film. C'est cela le truc.

Finalement, on peut dire que "TE|\|3T" est un film palindrome.

Ciao a tutti !

Birdy en noir
13/06/2021 à 10:54

Nolan voulait faire un James Bond, ça vole pas bcp plus haut, mais c'est 100x mieux fait (excepté Casino Royale et skyfall).
À mon sens, Nolan part d'une idée concept très puissante, qui m'obsède, et cherche l'histoire prétexte après.
Faiblesses du film :
Ses personnages creux et simplement fonctionnels
Son intrigue finalement du banalité gênante (éviter la fin du monde)
Sa musique effectivement pas du tout au niveau des thèmes de Zimmer

Le reste est par contre du très haut de gamme. La direction d'acteurs aurait pu être meilleure si appuyée sur des scènes de jeu plus profondes.

Niko
12/06/2021 à 22:20

Un téléfilm de luxe

Nolan bourrin, je serai Memento
12/06/2021 à 13:24

je l'ai vu au cinoche et j'ai rien compris au film: (j'ai vu en VF)
"musique hyper bruyante et lourdingue, c'était le reglage audio de ma salle qui etait mal étalonné?
qui couvrait les dialogues,
voix recouvertes par les divers effets sonores, les explosions, les bruits d'helico etc;;;
plus les acteurs qui parlent derrier des masques,
je ne sais pas ce que vaut la VO, en terme de gestion duu Don,mais j'achetrai jamais le bluray4k ou 2k!

Alxs
12/06/2021 à 10:19

Concept génial pour une exécution lourdingue. Mention spéciale au dialogue entre le méchant et sa meuf sur le bateau, digne d'un nanar RTL9. On ne peut nier la constance de Nolan dans ses films, qui pourraient être bien s'ils n'étaient pas nazes.

Arnaud (le vrai)
12/06/2021 à 08:26

J’ai vu ce film au cinéma et sincèrement je l’ai trouvé assez faible. Le concept se casse malheureusement trop souvent la gueule (voir même n’a aucun sens ... même le plan des « méchants » qu’on ne voit pas est absurde)

Après pour rattraper le tout on a le sens de la mise en scène de Nolan, toujours très bon dans cet exercice avec ses effets de style, ses plans léchés, le son qui ressort au bon moment ...
Et le casting est également pas trop mal

Mais ça rattrape pas un scénario encore une fois sans aucun sens, une logique qui ne marche (je ne demande pas du tout du réalisme à mort, mais quand le concept se casse la gueule en 2s de présentation ben pour moi c’est rédhibitoire)

Clairement pas le meilleur Nolan, je lui préfère de loin un Inception (qui est loin d’être exempt de tout reproche)

Ah et perso je préfère de très loin la Reine Des Neiges a ce film. Bisous les rageuses :)

MystereK
12/06/2021 à 07:01

Y BOY c'est votre problème si vous avez trouvé le film cryptique ou avez des problèmes avec la géographies des lieux, nous sommes beaucoup à ne pas avoir eu ces problèmes et le films est clair dès la première vision, même si une secondes amènent des éléments supplémentaire.

Le reste, c'est de la SF, rien dans la plupart des films de SF n'est logique ou ne fonctionnerait dans la réalité, à commencé par les grand classique comme Star Wars ou Avatar où la science est bien plus mise à mal que dans Tenet. Ma femme étant prof de physique a trouvé Tenet plutôt réussi et convaincant dans son aspect scientifique.

Bizarre cette manie de répéter costument que Nola ne sait pas filmer des d'actions alors qu'elle sont de toute beauté et nous plongent carrément dans le film. J'ai été hapé dès la première minute et j'en suis ressorti comme après une montagne russe, ébouriffé et heureux

Kyle Reese
11/06/2021 à 21:44

@Y boy

«  la physique inversée qui ne fonctionne pas un seul instant (les moteurs des voitures devraient geler si on suit la logique qui est dite, juste ça) » etc…

On peut toujours trouver des failles
à des « high concept » que ca soient les voyages temporels, les plongeons dans les entrailles d’un ordinateur, les voyages interstellaire, un flic cyborg ou un rêve injecté etc.
Le concept de Tenet est suffisamment bien conçut et illustré pour paraître crédible après il faut accepter les règles et se laisser emporter pour en profiter tout en questionnant ce que l’on voit qui est totalement inédit. (G pas arrêté au cours de mes 2 visionnages)
Le combat mano a mano du début dans le couloir est ce que Nolan a fait de mieux dans le genre. Mise en scène top chorégraphie démente qui secoue les neurones. L’ennemi « invisible » de la grande scène finale est aussi voulu, ça donne quelque chose de presque abstrait et encore plus angoissant, la mort peut venir de partout sans qu’on puisse voir d’où elle vient, ni quand et depuis quel sens, il
En découle beaucoup de confusion qui donne un côté surréaliste mais totalement immersif. Comme une sorte de rêve/cauchemar. On se demande d’ailleurs vraiment si on ne se trouve pas dans un rêve à la inception durant une bonne partie du film.
J’ai vraiment ressenti l’imminence de la fin du monde. Une bataille à corps perdu pour la possibilité d’un futur, certes dur mais possible.
Tenet décrit un monde en sursis avec le peuple dans l’ignorance la plus totale de la menace qui plane sur lui. Le méchant a décidé qu’après lui le déluge, mais c’est le destin / le futur qui avait déjà décidé pour lui. Cette opportunité de richesse le rend malade physiquement et psychologiquement. C’est là premières fois qu’un suicide provoquerait la fin du monde. Ce film a une puissance vertigineuse pour peu qu’on se laisse porter je trouve. Reste à savoir à combien de revisionnages le film résistera avant de perdre son effet/charme sur moi …
Généralement avec Nolan, c’est comme les pile wonder, ce dure longtemps

Marrant je trouve que le film a un côté Matrix.
La connection du cortex dans matrix en lieu et place du tourniquet pour traverser le miroir, avec de l’autre les règles physiques qui changent.

Y Boy
14/05/2021 à 23:49

L'écriture pseudo-cryptique aurait peut-être pu passer si Nolan avait su filmer ne serait-ce qu'une scène d'action correctement... mais là c'est juste pas possible : entre les coups portés hors cadre qu'on doit deviner, les soldats qui tirent sur des antagonnistes invisibles, la géographie des lieux incompréhensibles (où vont les personnages, pourquoi font-ils des détours inutiles ?), la physique inversée qui ne fonctionne pas un seul instant (les moteurs des voitures devraient geler si on suit la logique qui est dite, juste ça), et les situations bancales (pourquoi se déguiser en pompier si c'est pour tout défoncer à l'explosif sur l'autoroute ?)...
Nolan a sombré, noyé dans des défauts qui étaient perceptibles depuis The Dark Knight et qui n'ont fait qu'empirer depuis.

Y Boy
14/05/2021 à 23:30

J'ai une recommandation : allez regarder "incompréhensible", de Douglas Compliqué.
C'est mieux.

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