La Traque : critique lente et furieuse sur Netflix

Mathieu Jaborska | 28 avril 2020 - MAJ : 10/05/2020 12:59
Mathieu Jaborska | 28 avril 2020 - MAJ : 10/05/2020 12:59

Thriller futuriste corréen mettant en scène Choi Woo-shik, vu notamment chez Bong Joon-ho (Parasite, Okja), et réalisé par Yoon Sung-hyu (La Frappe), La Traque a su faire parler de lui grâce à quelques problèmes juridiques fâcheux avant de débarquer tranquillement sur Netflix. Toute cette agitation en valait-elle vraiment le coup ?

CHASSE GARDÉE 

L’arrivée de Time to hunt (titre original) en France relève presque du miracle. Présenté à la Berlinale, le film devait sortir en Corée sous la houlette du distributeur Contents Panda. Néanmoins, Netflix s’est également montré intéressé et a promis aux producteurs de le diffuser à travers le monde. Forcément, un tel choix n’a pas plu aux détenteurs des droits d’exploitation, qui ont alors lancé une bataille juridique complexe. Finalement, après quelques reports, un accord a été trouvé et la plateforme a pu sortir le long-métrage où elle le souhaitait. Une telle passe d’arme, prouvant une fois de plus le poids écrasant du N rouge sur les réseaux de distribution classiques pourrait présager l’arrivée d’une petite bombe, comme l’industrie coréenne a l’habitude de nous en envoyer.

La promesse était ambitieuse : fable d’anticipation, film de braquage et poursuite endiablée dans des rues pourries jusqu’à la moelle étaient au programme, le tout dans un carcan d’une durée impressionnante de 2h14. Et curieusement, alors que son public attendait logiquement une œuvre construite et complexe, Yoon Sung-Hyun préfère oublier tout ça et coller au maximum à son titre pour accoucher d’une longue chasse à l’homme boostée au suspens pur et à rien d'autre. La vision d’un futur dystopique, pourtant exposée avec fierté dans les premières minutes, n’apparaît très vite que comme un cadre plus pratique que signifiant. Elle justifie en réalité l’esthétique globale et les enjeux : la volonté de s’échapper d’un enfer tout de gris, les rues sans foi ni loi et la perte de valeur de l'argent.

 

photoDes flingues, des lumières oranges et beaucoup de poussière

 

Tout dans la mise en scène et dans le développement de l’intrigue, très long, trahit une volonté de faire preuve de l’humilité des thrillers d’antan. L'histoire s'y prête : des petites frappes cambriolent un établissement de jeu gardé par de sombres individus et font face à des conséquences pas jojo. Le cinéaste filme la séquence de braquage avec une jubilation non feinte, respectant minutieusement les étapes de la préparation au passage à l’acte, avant de lancer ses 4 jeunes protagonistes dans une descente aux enfers interminable et vaporeuse.

Réalisation pesante et plans embués à l’extrême sont les principales armes déployées ici. Dès lors qu’un impitoyable tueur se lance à la poursuite des jeunes un peu bébêtes, l’action se retrouve noyée dans un brouillard permanent, arpenté en long, en large et en travers par un peu tout le monde, à pied ou en voiture. Du suspens, du suspens, des fusillades à l’aveugle et encore plus de suspens, juste pour le plaisir de perdre ces délinquants naïfs dans un labyrinthe dont l’esthétique ne peut que charmer la rétine du spectateur. On ne voit rien, sinon des nappes de plus plus brumeuses et colorées au fur et à mesure que le directeur de la photographie cède à ses pulsions visuelles. Le futur promis est vite oublié au profit d’une course trouble, avec toujours en point de mire un paradis, une utopie.

 

photoDes flingues, des angles morts et beaucoup de suspens

 

DESTINATION FINALE

Yoon Sung-Hyun se perd en même temps que ses personnages dans ces limbes visuelles, se confortant beaucoup trop dans la simplicité que nécessite ce genre de récit. Ainsi, il annihile purement et simplement toute forme d’émotion, en voulant se concentrer sur la traque et rien que sur la traque. Les fusillades finissent par se perdre dans toutes ces gesticulations floues. A force de chercher à tendre les nerfs de son public, le cinéaste finit par lui couper l’envie de s’impliquer, d’autant plus que la durée conséquente de la chose ne la rend pas moins austère.

Heureusement, le savoir-faire technique qui s’étale à l’écran crève trop les yeux pour totalement se désintéresser de la destinée de ces 4 jeunes sots, peut-être trop peu caractérisés par rapport au temps passé à l’écran. Les bastons sommaires captivent bien moins que les trajets en voiture, dans des tunnels rouges interminables.

 

photoDes flingues, des lumières oranges et un bad guy vénère

 

Mieux, quand tout ce brouillard se dissipe sur les derniers instants, la véritable destination de ce voyage apparaît enfin, redonnant un sens précis à l’expression « descente aux enfers ». Ce que Jun-seok et ses amis se mettent à comprendre, c’est que malgré leur situation, l’enfer n’est ni géographique, ni temporel. L’enfer, c’est justement ce brouillard permanent, dans lequel le groupe s’est empêtré, persuadé qu’ils ne pouvaient pas connaître pire. Finalement, il est question de ce qui se passe quand on met les pieds dans le monde criminel : un cauchemar dont il est impossible de se dégager, un trip sans répit pour les cinéphiles. Dommage que le trip en question soit un peu trop appliqué pour vraiment captiver.

 

Affiche officielle

Résumé

Plus proche du film de genre sur-esthétisé à la Winding Refn que de la fable d'anticipation pertinente, La Traque s'embourbe un peu dans ses intentions louables. Reste une descente aux enfers aussi simple que honnête.

Lecteurs

(4.0)

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commentaires

Serievore
30/04/2020 à 11:49

Genial ce film,une vraie surprise. Et malheureusement, je suis avec le temps devenu hyper blase cote films.
Je m attendais a un pur film d action du genre the raid, ou ca tire partout en mode cascade action.
Ce qui est bien, si c est bien fait. Mais pas vraiment le genre de film ou on ressent des emotions.
Alors que celui ci, m a fait decouvrir une emotion que j ai recherche dans tellement de films differents sans jamais la retrouver : la peur de la balle.
De nos jours, ca tire partout, et soit personne ne meurre, soit il y a 200 morts dans le film.
Ici a part vers la fin, ou cinema oblige on retourne un peu vers ce schema la, on ressent une angoisse, voir peur reelle par moment. On craint la balle, on craint le tueur. On se sent traque. Et c est genial.
Alors il y a plein d incoherences, ces 4jeunes qui preparent leur coup bien avant, ne pensent pas a changer de telephone, font des erreurs a tout va, vont se planquer avec toujours leurs telephones, et avec une voiture de flic equipee d un gps, etc... Pas dur a retrouver du coup.
Mais bon, on pardonne car la tension est la, presente, omnipresente.
Le non dit, ou le non montre, impacte encore plus a l ecran.
Une vraie surprise. Et une fin qui met en appetit pour une suite.
Je met parfois des heures(quand c est pas des jours,) pour trouver un nouveau film que je n ai pas vu et qui me donne envie. Alors quand je tombe par hasard sur un film qui me surprend, je dis juste bravo.
N hesitez pas, c est sur netflix, alors tenter ca coute juste un clic

Abder
30/04/2020 à 05:02

Je suis exactement d'accord avec toi @Sess
Le film est pas du tout intéressant au début et même l'histoire d'amitié elle est nul et surjouer.
Le film est trop long et il y a que la fin qui vaut le coup.

Lola
30/04/2020 à 00:53

Film génial super hypnotisant mais j'espère qu'il y aura un deux parce que je veux savoir si l'autre il lui pète la gueule ou pas c'est ce qui m'intéresse le plus si son pote qui a encore encore et est toujours vivant

Victor Hugo Lloris
29/04/2020 à 04:13

"une volonté de faire preuve avec fougue de l’humilité des thrillers d’antan"
"un établissement de jeu gardé par de sombres individus et font face à des conséquences pas jojo"
Merci et bravo a Kevin Baudelaire

Arno
28/04/2020 à 18:51

Bonne petite surprise ! je suis rester scotcher.
Il n'y a pas a dire les coréens savent faire des film !

Sess
28/04/2020 à 18:45

C'est convenu et moyennement captivant. Début laborieux. Trente dernières minutes sympas.
Vite vu, vite oublié.
5/10

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