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Mulan : critique du joker Disney 2020

Par Geoffrey Crété
27 novembre 2020
MAJ : 10 juin 2023
14 commentaires

Blockbuster à 200 millions censé tout écraser dans les salles de cinéma en mars, Mulan a finalement été rétrogradé sur Disney+, après plusieurs reports dans un cadre de pandémie compliqué à gérer pour les studios. Débarqué sur le service de SVoD de Mickey le 4 septembre aux États-Unis, disponible en France le 4 décembre, le film de Niki Caro mené par Yifei Liu sort donc d’un sacré tunnel. La rédaction l’avait vu en projection en mars, et n’avait pas le droit d’en parler avant fin novembre. Tout ça pour ça ?

Affiche chinoise

HONNEUR À TOUS

Alors que le futur des remakes live de Disney se divisera entre les salles de cinéma et Disney+, Mulan est devenu malgré lui un cas d’école. Pensée comme un équivalent de La Belle et la Bête, Le Roi Lion, ou encore Aladdin pour tout écraser en salles, l’héroïne chinoise à 200 millions se retrouve finalement sur le petit écran aux côtés de La Belle et le Clochard, qui avait été produit dans ce sens avec un budget de 60 millions.

Un destin d’autant plus étrange que son exploitation a été complexe pour ne pas dire chaotique (un achat premium SVoD aux États-Unis, une sortie salles maintenue en Chine, et une arrivée tardive en France notamment), et que Mulan se présentait comme un remake live plus noble que la moyenne. Avec une ambition qui n’est plus (seulement) bêtement financière et technologique, comme Le Roi Lion, le récit d’aventures est une vraie réadaptation du film animé de 1998, réalisé par Tony Bancroft et Barry Cook.

Les grandes lignes restent les mêmes, mais le blockbuster de Niki Caro a une approche plus guerrière, plus réaliste, plus sérieuse, avec néanmoins toute la légèreté niaise incluse dans le package Disney. Il y a la séance d’entraînement et la scène de l’avalanche, mais pas le Mushu tant adoré. Il y a une menace similaire, mais le personnage de Shang Yu est renommé Bori Khan, et une sorcière incarnée par Gong Li apporte un peu de nuance. Il n’y a pas de chansons et beaucoup moins d’humour, mais plus d’action, apparemment. Dans l’océan de facilités automatisées de Disney, Mulan a donc quelques atouts, qui peuvent à la fois intéresser les fans du dessin animé, et intriguer les autres.

 

photo, Yifei LiuPrête à tirer une flèche depuis début 2020

 

TRUE TO YOUR HEART

Mulan reste bien évidemment un produit hyper-calibré d’où rien ne dépasse. Inutile d’attendre un film foudroyant d’originalité, et d’être surpris par le caractère scolaire d’un film Disney à 200 millions. Néanmoins, tout ça est mené avec un certain savoir-faire (à défaut d’inventivité), selon une formule désormais maîtrisée par Disney – catapulter un.e cinéaste venu.e du cinéma indépendant dans la cour du blockbuster.

Révélée par Paï en 2003 (remarqué jusqu’aux Oscars, avec l’actrice Keisha Castle-Hughes), Niki Caro avait discrètement tracé sa carrière (L’Affaire Josey Aimes, The Zookeeper’s Wife) avant d’être choisie pour Mulan. Elle est ainsi devenue l’une des très, très rares réalisatrices à mener un gros budget pour un studio, comme Ava DuVernay et Un raccourci dans le temps chez Disney déjà. Si Mulan est nettement moins gênant et hideux, il souffre globalement des mêmes limites techniques et artistiques, avec notamment le rendu un peu aléatoire des effets visuels dès que l’action s’emballe – et que le relais mis en scène est pris par les techniciens en coulisses, comme sur tout bon blockbuster impersonnel. D’où l’utilisation pas toujours heureuse des ralentis et autres effets de style surannés.

La superproduction a toutefois quelques idées, à commencer par le personnage de la sorcière Xianniang qui amène des couleurs bienvenues, dans le fond comme dans la forme. Deux ombres qui s’unissent pour simplement figurer la métamorphose, un costume vaporeux, et le talent de Gong Li donnent un peu de poids à cette adversaire de Mulan créée pour le film. La touche moderne et féministe passe largement par cette sorte d’alter-ego de l’héroïne, plus intéressante, car moins mécanique que les autres personnages bêtement gentils ou méchants. C’est finalement dans les moments ajoutés entre ces deux femmes que Mulan gagne un peu en émotion.

 

photo, Gong LiSauvé par la Gong

 

QUI JE SUIS VRAIMENT

C’est bien peu dans l’océan de banalité qu’est sinon Mulan. Ni fausse note ni éclat durant ces deux petites heures de spectacle, assemblées sur une chaîne de production hollywoodienne classique. La photo signée Mandy Walker (Australia, Jane Got a Gun) est soignée, la musique de Harry Gregson-Williams assure le service, l’actrice Yifei Liu mène la danse martiale, mais difficile d’être véritablement emballé. Tout semble aller, et pourtant, rien ne va rester. Faute d’identité propre, d’ambition réelle et de souffle épique, le blockbuster est condamné à être vu, et poliment oublié.

C’est notamment clair du côté des chorégraphiques, dont l’ambition était certainement de rendre hommage à Ang Lee (Tigre & Dragon), Zhang Yimou (Le Secret des poignards volants, Hero) et Tsui Hark (Zu, les guerriers de la montagne magique). À l’écran, les mouvements sont vite perdus, voire noyés, dans le découpage pas toujours heureux, et la masse numérique des doublures et arrière-plans. Et malgré quelques effets de cadre pour jouer avec la gravité, et un climax joué en équilibré, pas d’effet de vertige ou voltige remarquable dans ces scènes aériennes.

 

photo, Yifei Liu, Jason Scott LeeDes bambous pour les bambins

 

Il faudra ajouter à ça quelques grands moments de niaiserie parfaitement affreux, comme l’héroïne avec ses ailes de phénix, des envolées sentimentales exaspérantes, et beaucoup de dialogues très appuyés. Mulan a peut-être mis de côté pas mal de notes humoristiques et fantaisistes pour emprunter l’apanage d’un film guerrier, il revient systématiquement à sa nature profonde de spectacle enfantin, avec leçons de vie et compagnie.

Un écart qui le place loin d’un Aladdin, d’un Livre de la Jungle ou d’un Roi Lion, tous calibrés pour amuser massivement, et qui explique peut-être aussi pourquoi Mulan laisse une empreinte si peu mémorable.

Mulan est disponible sur Disney+ en France dès le 4 décembre 2020

 

Affiche française

Rédacteurs :
Résumé

Mulan bénéficie de la comparaison avec pas mal d'autres remakes de Disney, qui ont globalement rivalisé de paresse en devenant des bandes démos d'effets spéciaux. Ça n'en reste pas moins un film très classique, sans éclat ni fausse note, qui n'a pas grand-chose à dire de plus.

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Mule Ane

Bien d’accord

Mule Ane

Bien d’accord avec cette critique. Je l’ai trouvé assez mauvais avec quelques scenes stupides, de bien mauvaises scenes de bataille et des combats sans aucune inventivité. Je cherche encore le souffle épique.

V

Mule Ane

Bien d’accord avec cette critique. Je l »ai trouvé assez mauvais avec quelques scenes bien stupides, de mauvaises scenes de bataille et des combats sans aucune inventivité. Rien d’epique dans ce film.

Mieux vaut regarder Tigre et Dragon.

Roukesh

Un bon Téléfilm. C’est insipide, tout se passe très vite, on ne s’attache à rien ni personne. Ha si j’ai apprécié Gong Li, c’est la seule chose que j’ai retenu d’ailleurs.
Quand je pense à ceux qui ont payé 30$, désolé pour eux.

Disney rime avec Money

C’est du bollywood par moment (la scène ou les mongols courent sur les murs pour envahir une citadelle). Du star wars par d’autres (on est dacoord que c’est une jedi dans le film Mulan, elle maîtrise la force, c’est Rey2). Et désolé je sais c’est un argument stupide mais moi les acteurs qui parlent tous anglais limite avec un accent d’aristocrate au milieu de la chine medievale j’ai juste pas supporté, si je n’avait pas voulut me faire un avis sur ce film en connaissance de cause j’aurais abandonnée des les 5 premières minutes. Je ne mentionnerai qu’a peine les affaires de Disney douteuse (tournage et support de la région ou des camps de concentration sont en activité, un acteur, le père de mulan, qui ressemble étrangement au dictateur Chinois) Du coup conclusion :0,5/10,