Uncut Gems : critique diamant de brute

Simon Riaux | 29 janvier 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 29 janvier 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Joshua et Ben Safdie comptent parmi les cinéastes les plus intrigants en activité. Emblématiques d'une scène indépendante new-yorkaise attachée à ses racines underground, ils ont été mis en lumière par le Festival de Cannes et s'aventurent aujourd'hui du côté de Netflix (et A24), à l'occasion de leur film le plus ambitieux à ce jour : Uncut Gems.

LES DIAMANTS (ne) SONT (pas) ÉTERNELS

Une image sombre s’illumine, soudain traversée d’éclats irisés. Ce qui évoque d’abord un amas de galaxies, les jets de photons d’une supernova à la dérive prend bientôt l’aspect de reflets chatoyants, évoquant les facettes de pierres précieuses imbriquées.

Le spectateur un temps fasciné par ce kaléidoscope luminescent découvre bientôt que ce luxe aveuglant n’est pas celui d’une joaillerie, mais un aperçu des entrailles d’Howard, bijoutier anesthésié à la faveur d’une coloscopie. En quelques secondes à peine, les frères Safdie livrent une note d’intention malicieuse et étonnante, à l’image de l’éreintante échappée new-yorkaise qui s’annonce.

 

photo, Adam SandlerHoward en son royaume

 

Howard vend des pierres précieuses, espérant réaliser le gros coup, la vente suprême dont il a toujours rêvé. Mais surtout Howard parie, empreinte et ment. Emporté bien avant l’entame du récit dans une spirale d’arnaques et de boniments, il voit son écosystème se retourner contre lui, alors même qu’il s’apprête à enfin clore la vente de sa vie. La course contre la montre qui s’engage alors ne s’interrompra qu’avec l’ultime plan d’Uncut Gems, nous laissant exténués et fascinés par la profusion d’idées et d’énergie déployée par le duo de cinéastes. Le bluffeur court, charmé par ses propres simulacres, incapable de comprendre que le seul hameçon sur sa route est niché dans ses tripes, et ne lui offre aucune échappatoire.

Car les auteurs de Mad Love in New York et Good Time, s’ils se sont toujours situés dans la continuité d’un Cassavetes, désireux d’émuler le bouillonnement créatif de la scène new-yorkaise des années 70, semblent avoir atteint un degré de maîtrise qui les autorise à livrer un récit d’une intensité toujours grandissante. Collés aux flancs d’un manipulateur raté, qui tente d’échapper à un châtiment inéluctable par la grâce de son bagout, les frangins passent tout le film pied au plancher, toujours en surmultipliée.

 

photo, Adam SandlerUn trio de fous furieux qui vont vous vriller le système nerveux

 

PIERRE VICIEUSE

Alors que chaque nouvelle séquence dévoile l’étendue de la toile où s’englue notre héros, déclenchant une nouvelle accélération, la caméra des Safdie parvient miraculeusement à toujours capturer l’urgence, sans jamais céder à l’hystérie.

Au commencement est toujours le verbe, délivré en répliques ciselées, au débit de mitraillette, que se force d'épouser le montage, comme pour mieux harponner ces silhouettes fatiguées, ces âmes corrompues, ces corps dont on ne sait s'ils désirent ou s'ils dérivent, vers un point d'incandescence appelé à tout avaler. Les deux frères parviennent à donner de la chair à un récit dont la tonalité fataliste laisse peu de place à la surprise (à deux très notables exceptions), et ce, grâce à leur fascinante attention aux détails.

 

photo, Julia FoxJulia Fox et Adam Sandler, tous deux en état de (dis)grâce

 

Capable d’écrire avec une finesse douloureuse des explosions de tension tétanisantes, ils font d’un épiderme recouvert d’une pellicule de sueur froide une arène tragique, un visage happé par les néons d’une piste de danse. Et ce quand ils ne transcendent pas des morceaux aussi invraisemblablement peu cinématographiques que L’Amour Toujours de Gigi d’Agostino, avant de traiter l’apparition d’un milliardaire libidineux comme un improbable génie échappé d’une lampe. Les contraires s'attirent et s'allient, formant rapidement une gangue dont on ne peut s'échapper, à la manière d'Howard, fuyant soudain une réunion de famille pour mieux se jeter dans la gueule du loup, qui le recrachera à son point de départ, tel un Sisyphe de pacotille.

Si les Safdie encapsulent si puissamment la frénésie new-yorkaise, c’est que leur big bang de film gravite autour d’un astre volcanique, à savoir un Adam Sandler dont on ne sait trop s’il est sur le point d’imploser ou de repeindre toutes les vitrines de Diamond District de ses entrailles viciées. La partition déroulée par le comédien avec une intensité qu’on ne lui connaissait pas nous renvoie toujours aux prémices du film, cette plongée frissonnante dans un boyau malade, se tordant pour exister et refusant jusqu’au dernier photogramme de se retirer du jeu. C’est ce vrombissement unique qui, à la manière d’un stroboscope lancé à pleines balles, fait d’Uncut Gems une envoûtante réussite.

 

Affiche française

Résumé

Comme en transe, les frères Safdie refaçonnent Adam Sandler à l'occasion de ce film noir crapoteux et envoûtant, qui nous plonge dans le New York de Cassavetes, revisité par un déluge d'acides.

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Lecteurs

(3.7)

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commentaires
Binjch
05/05/2021 à 16:54

Génial on est mal à l'aise tout le film! A réserver aux mazos bien qu'il y ait plus de moments de respiration que dans un "happyness" de Solonz. Sandler est solaire, son jeu efface la sordidité de son personnage (qui lui-même est pardonné par sa volonté de vie) Du coup la descente aux enfers à des airs de film d'aventure. Musique géniale, photo parfaite sans faire vidéoclip. Pour moi un chef d'œuvre.

Kikoo
03/02/2020 à 11:04

"Capable d’écrire avec une finesse douloureuse des explosions de tension tétanisantes, ils font d’un épiderme recouvert d’une pellicule de sueur froide une arène tragique, un visage happé par les néons d’une piste de danse."
Ahahah, cette phrase.
Faut corriger ses fautes d'accord et arrêter de se regarder écrire, Simon !

Pat Rick
02/02/2020 à 19:58

Pas mauvais mais ce n'est pas la claque annoncée.

Chris
02/02/2020 à 13:14

Excellent film vraiment et Adam Sandler est exceptionnel dedans, le genre de film dont on ne sort pas indemne et auquel on pense encore longtemps après l'avoir vu.

Jefx
02/02/2020 à 00:26

Ennuyant a mourir en vf

Babar77
01/02/2020 à 15:13

Vu à l'instant mais que c'est nul. ça n'est pas possible. Comment peut on aimer une telle nullité. Aucune consistance. Totalement creux.

StarLord
01/02/2020 à 13:47

Je n’ai pas du tout aimé. Ce film ma fatigué ça gueule dans tous les sens pendant 2h c’est insupportable. Le seul point fort: Julia Fox absolument magnifique ^^

MystereK
31/01/2020 à 07:34

Il y a beaucoup de film d'Adam Sandler que je n'aime pas, où son jeu est très fade, mais lorsque le réalisateur est bon ou qu'il décide de se donner de la peine, il fait des merveilles. Je me me réjouis de voir ce film dans les plus brefs délais.

Ken
30/01/2020 à 21:03

Rare sont les moments où je suis en désaccord avec vos critiques, pour le cout là j’ai absolument pas aimé ce film si fade rempli d’insultes avec une histoire très bof trop de dialogue sans réelle sens, d’un ennui a dormir devant. Y’a que Adam qui s’en sort bien car il joue pour une fois un rôle loins du bouffon de service. Ma note 3/10

M1pats
29/01/2020 à 19:14

@Rorschach

Je t assure que j ai lu ça plusieures fois et vu à la télé même, a l epoque ou la presse us a critiqué le succès de Kev Adams ça sortait des ils osent parler alors qu ils ont Adam Sandler

Punch drunk love, Reign over me, funny people, et la Uncut Gems et ça compare à Kev Adams

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