Bad Boys for Life : critique toute flinguée

Simon Riaux | 17 janvier 2020
Simon Riaux | 17 janvier 2020

Après le départ de Joe Carnahan, scénariste et réalisateur initial du projet, une quasi-annulation avant un sauvetage in extremis, auquel succéda une campagne promotionnelle désincarnée, personne ne croyait plus en Bad Boys for Life avec Will Smith et Martin Lawrence. Et si le film de Bilall Fallah et Adil El Arbi n’évite pas les lourdeurs héritées de sa genèse et de son ADN de franchise exploitée industriellement, il s’avère une surprise à bien des égards.

BAD BOYS OF THE BIBLE

Peu après son retrait, Carnahan avait révélé être très satisfait de son script, mais diverger profondément avec la vision de Will Smith, star de la franchise, producteur de cet opus, et in fine seul maître à bord. Et dès l’ouverture de Bad Boys for Life, on voit bien en quoi le seigneur de Bel-Air a tenté de domestiquer l’écriture hargneuse de l’auteur.

Nous retrouvons ainsi notre duo de flics sapés comme jamais, au beau milieu d’une course poursuite filmée et montée avec des moignons d’enfant mort. Rythme épais, effets de styles lourdingues, vannes mécaniques… on craint le pire quand Smith et Lawrence se perdent en joutes sous Xanax, indignes de L'Arme fatale 4.

 

photo Bad boys for life"On va vous prendre une salade de quinoa, et une pizza senior à la graisse de dauphin."

 

La caractérisation des deux héros est d’ailleurs un autre problème de taille. On sent que Will Smith n’assume plus du tout le côté Bad Boys, et tel un Tom Cruise soldé, veut à tout prix nous redire combien ses valeurs, l’ordre, le seigneur et la sainte famille sont désormais au centre de son univers.

Pourquoi pas, mais cette affirmation contredit totalement les innombrables tentatives du scénario de ressusciter l’énergie pétaradante de nos deux héros ou leur goût pour la transgression. D’où une avalanche de dialogues platement filmés, où nos héros sont tiraillés entre leur nouvel ADN conservateur, et les oripeaux de leur énergie d’antan. Et les entendre se décrire en « Bad Boys of the Bible » a quelque chose de singulièrement pathétique.

 

photo, Will SmithUnited colors of tête de con

 

Dans ce contexte, la performance de Martin Lawrence est aussi affligeante que l’acteur s’avère maltraité par le film. Que l’artiste ait perdu tout tempo comique, un peu forcé sur les sandwichs aux nouilles arrosés de crème de cortisone, c’est indiscutable, mais l’acharnement de Bad Boys for Life à humilier son personnage le ferait presque oublier.

Stupide, pleutre, fragile, privé de vie sexuelle et possiblement impuissant, le récit ne lui épargne aucun affront, comme pour mieux lui signifier qu’il n’est plus que toléré dans ce temple à la gloire de Will Smith, entamant la sympathie de l’entreprise.

 

photo, Vanessa HudgensHigh Cop Musical

 

MAD BOYS

Et pourtant, le métrage se révèle étonnamment satisfaisant. En grande partie grâce au sérieux des réalisateurs Adil El Arbi et Bilall Fallah, qui font de leur mieux pour dynamiser toutes les scènes d’action. Chacune contient au moins une idée purement ludique, un plan inattendu, ou un concept qui sort du tout-venant.

Grâce à un recourt modéré au numérique et un soin appréciable apporté aux cascades, le film se pare d’airs d’actioner à l’ancienne. Des qualités qui s'imposent dès que les méchants entrent en scène, tant ils bénéficient de l'emphase de la caméra et d'un goût pour la violence qui tranche fortement avec la production hollywoodienne contemporaine.

 

photo, Kate del CastilloUne méchante très méchante

 

Il en recycle d’ailleurs quantité de tropismes aussi débiles qu’attachants. Ici, le moindre impact de balles provoque une explosion, la tôle froissée entame des orgasmes pyrotechniques en cascade, tous les figurants semblent sur le point d’arrondir leur fin de mois en tournant un gonzo dans la cantine d’un parc d’attractions. Trip nostalgique et un peu passéiste, Bad Boys for Life se déroule néanmoins avec assez d’enthousiasme pour être accueilli avec plaisir.

Enfin, on sent encore la patte de Joe Carnahan, tant ce 3e chapitre s’efforce d’injecter de la gravité, des enjeux humains forts, et des bouffées de style excitantes. La violence est toujours graphique, souvent sèche, et les protagonistes n’échappent jamais aux conséquences (physiques ou morales) de leurs aventures, présentes comme passées. Un premier degré inattendu qui confère beaucoup de cœur à l’ensemble et l’autorise même à varier joliment ses décors, précipitant sa fusillade finale dans un trip qui réunit invraisemblablement telenovelas, hommage à Mario Bava et douilles brûlantes. Une folie douce qui ne révolutionne pas le 7e Art, mais nourrira l’amateur d’action affamé.

 

Affiche

Résumé

Issu d'une genèse chaotique, Bad Boys for Life n'assume pas assez la gravité de ses enjeux, et ne sait plus quoi faire de personnages transformés en auto-caricatures conservatrices, mais surprend par la réussite de ses scènes d'action et une poignée d'idées visuelles qui le hissent au-dessus du tout venant.

Autre avis Geoffrey Crété
Écriture poussive des personnages, humour banal, seconds rôles non exploités, imagerie vue mille fois ailleurs : Bad Boys for Life aurait pu être une petite catastrophe sans le style pêchu d'Adil El Arbi et Bilall Fallah, qui donnent quelques couleurs aux scènes d'action et au film, dans ses moments les plus amusants.

commentaires

Marc
02/02/2020 à 15:42

Vu hier soir et c'est génial !!! 2 heures le film passe du rire à l'action et sa en fini pas, quel régale. La fin est plutôt bordélique une révélation qui change la donne . Bref foncer le voir BAD BOYS for Ever et Will Smith il est géniale. . Bon ciné.

Flo
28/01/2020 à 15:07

..."Whatcha gonna do, whatcha gonna do
When they come for you..."


'Pas bien compliqué "Bad Boys", à la base:
Refaire "L'Arme Fatale", mais avec deux flics noirs bordéliques au lieu de un seul + Formatage Simpson/Bruckheimer façon clips vidéos (façon Tony Scott aussi) + les deux acteurs en roue libre comique, sans direction d'acteur... ni scénario compacte.
Dès le moment où on laissa entendre (vers le deuxième film) que Michael Bay est un Auteur, qui communique par l'Image etc... on en oublierait aussi que ses films sont caviardés de tant de mauvais gout que sa maîtrise de l'Image s'en trouve aussi affaibli par le "je m'en foutisme" de ce qu'il essaie de raconter... Surtout quand il ose tout de même des scènes pseudo-dramatiques, qui finissent ainsi par sonner faux.

Mais finalement, les producteurs ont compris que ce n'est pas pour lui qu'on irait voir un (seulement) 3ème film "Bad Boys", mais plutôt pour les acteurs.
Où l'on voit que les "épisodes 3" portent chance à Will Smith - enfin, "Men in Black 3" est le seul exemple. Mais un exemple similaire, puisque dans "BB3" il s'agit là aussi d'explorer l'Héritage que laisse les héros.
Ainsi aussi que leur Vieillesse (beaucoup de "vieilles sagas le font), le prix de la Violence, et surtout leur Vulnérabilité. Sur ces points combinés, on peut même faire le parallèle avec la série dérivée "Los Angeles Bad Girls"...
Et aussi le récent "Gemini Man", mais ici sans se cacher derrière une quelconque technique révolutionnaire.

Car si "BB3" n'est pas un film visuellement renversant, les réalisateurs Adil El Arbi et Bilall Fallah soignent assez bien son esthétisme et ses moments d'action... Le fait qu'il a cette fois un "vrai" scénario, avec des rebondissements étonnants, vient compenser largement le tout.
Selon le point de vue où on se place, il peut le meilleur volet, tout comme il peut être le plus faible, celui qui se la raconte trop.
Qu'on se rassure, les moments de gags bien débiles et vulgaires sont toujours là, en particulier chez le très "kitsch" Martin Lawrence. Avec juste cette touche de distance qui fait que ce n'est pas trop putassier, qu'il y a du coeur et de l'énergie derrière ça, et une agréable galerie de personnages secondaires et d'antagonistes puissants.
Grâce en soit surement rendu à Joe Carnahan - qui devait le réaliser, et dont il reste la trace visible dans le scénario.

Pas un film qui s'endort trop sur ses lauriers, peut-être parce que ce n'est pas vraiment une "vraie" Franchise, vu le temps passé entre chaque épisode.
Un Temps utilisé à son avantage dans la narration, et avec la complicité du public.
Qu'on n'attende pas trop longtemps le prochain volet, Please ?
:-)

MARMELIN
23/01/2020 à 09:40

@martin : On appelle ça savoir écrire....Ça change un peu des critiques qui veulent se la jouer dans le coup pour séduire le public de Jul ou des fans des chtis a mykonos vs les marseillais a st maclou.

Pour les autres commentaires haineux et non constructifs, pouvez vous m'expliquer votre intérêt de venir systématiquement sur EL pour critiquer ?
Si vous n’êtes pas d'accord avec un avis (et ça m'arrive également) c'est pas grave...vous pouvez donner le votre (ou pas d’ailleurs) sans tomber dans les attaques personnelles ou la méchanceté gratuite.
On vit une drôle d’époque ou beaucoup pensent détenir la vérité et se sentent exister en rabaissant l'autre. Je critique donc je suis !!!

Perso je déteste Allo ciné....ben j'y vais plus !

Simon Riaux - Rédaction
22/01/2020 à 16:50

@Martin

Déso pas déso.

Martin
22/01/2020 à 16:47

@Simon Riaux, mec tu ne sais pas faire des phrases normales???
Ca veux dire quoi "on craint le pire quand Smith et Lawrence se perdent en joutes sous Xanax, indignes de L'Arme fatale 4.".
T'as 150 ans ou quoi? Tes expressions datent de 1820.
Ecris des phrases compréhensibles.

Simon Riaux - Rédaction
22/01/2020 à 11:46

@fuck

Copinage de qui ?
Je veux dire qu'est-ce qu'on aurait à gagner à "copiner" (et avec qui ???), où serait notre intérêt là-dedans ?

fuck
22/01/2020 à 11:42

copinage car le film est mauvais

amdsfilms
21/01/2020 à 21:44

film très sympatique

Geoffrey Crété - Rédaction
19/01/2020 à 20:26

@Aha

La vérité ? On a aimé et défendu Gemini Man, gros bide de 2019 sur lequel on avait écrit notre enthousiasme avant sa sortie, et qui a été atomisé par pas mal de monde. Et quand on a analysé le box-office de ce film, on a bien rappelé et redit que le mettre sur le dos de l'acteur était trop facile. On a trouvé Aladdin bof, mais on citait littéralement Will Smith comme un des meilleurs atouts du film.
Pour citer des exemples récents, qui prouvent à quel point on n'aime pas cet acteur.

Adil El Arbi et Bilall Fallah nous avaient accordé une interview car on l'avait demandé, puisqu'on avait beaucoup aimé leur film.

On n'a rien à "avouer", notre cul est très confortablement posé là. Et alors même qu'on nous reproche d'être trop positif, puis trop négatif sur cette critique, on peut vous donner une autre vérité : peu importe ce qu'on dit et écrit et publie, ça agacera quelqu'un, et sera utilisé pour nous sortir un argument quelconque censé prouver quelque chose. Cela fait partie du jeu :)

Cyril
19/01/2020 à 20:18

Super film

Plus

votre commentaire