Les Enfants du temps : critique qui prend l'eau

Simon Riaux | 8 janvier 2020
Simon Riaux | 8 janvier 2020

L’animation japonaise ne cesse de se renouveler, en questionnant une société moderne qui étouffe peu l’humanité de ses membres, d’où le surnaturel est toujours prêt à surgir. Et c’est précisément ce qui nous attend avec le passionnant Les Enfants du temps de Makoto Shinkai.

L’EAU, ÇA MOUILLE

Makoto Shinkai a impressionné son monde avec Your Name, grand film tranchant avec beaucoup des représentations occidentales de l’animation japonaise. Mélange de fresque romantique et de fantastique, le film s’inscrivait dans un registre plus émotionnel et intime que certains héritiers de Miyazaki, à commencer par l’immense Hosoda. C’est cette veine que l’auteur approfondit et perfectionne à l’occasion des Enfants du temps.

Comme précédemment, si le fantastique joue un rôle primordial dans l’intrigue, ce n’est pas tant pour déchirer le réel et permettre de s’en échapper, mais, très littéralement pour l’éclairer sous un jour nouveau. En effet, il est question ici de la rencontre amoureuse et spirituelle, entre un apprenti journaliste et une jeune femme, capable de modifier la météo par la prière. Ou comment une nouvelle génération peut et doit amender un monde morose, toujours au bord de la dépression, de la submersion.

 

photoNevers, Tokyo, même combat

 

Le message est simple, évident, mais grâce à la mise en scène du cinéaste et à une direction artistique fabuleuse de détails, il monte progressivement en puissance jusqu’à trouver, lors du dernier tiers des Enfants du temps, une puissance poétique remarquable. Si la recherche de la lumière, la volonté impérieuse de trouver le salut dans un nuage de photons apparaît si forte et évocatrice, c’est justement parce que le film prend un soin maniaque à capturer la lente désagrégation du Tokyo contemporain.

 

ET LES LARMES AUSSI

Mégalopole nimbée de pluie, où règnent des adultes (plus présents que dans les précédents travaux du réalisateur), dont les vicissitudes semblent condamner jusqu’à la météo, Tokyo est à la fois la scène de l’action et le personnage principal du récit. Makoto Shinkai en capture les détails, les espaces saturés d’artefacts technologiques, l’urbanité débordantes d’accessoires inutiles, avec une précision qui confine à l’ivresse, jusqu’à ce que le soleil vienne rompre cette monotonie gorgée de biens matériels désincarnés.

 

photoUn soin tout particulier apporté à la lumière

 

Comme si le shintoïsme japonais butait sur ce monde moderne, dont les générations précédentes avaient aspiré toute vie, Shinkai s’efforce de traiter les conséquences de sa mécanique fantastique avec un sens du réel bienvenu. Ainsi, sans pour autant refuser une certaine dimension épique, l’intrigue s’efforce de conjuguer le lyrisme de ses situations avec son univers bétonné. Et quand la lumière tant convoitée surgit, c’est pour soutenir un deuil, souligner une émotion, soutenir les âmes. Un choix qui souligne ce qui fait le cœur du scénario, à savoir la chronique balbutiante d’un amour naissant, le désir de s’arrêter sur les non-dits, les bégaiements, les illuminations fugaces.

Les Enfants du temps impressionne par sa maîtrise plastique et touche grâce à l’emphase que son réalisateur dose presque idéalement. Presque, car en optant pour un déroulé narratif qui décide de se priver de véritables conflits, ou d’enjeux trop prégnants, l’histoire prend le risque de se ménager quelques ventres mous, notamment durant la première moitié du film. Mais à condition de dépasser les petits soucis de tempo, nécessaires au métrage pour poser son univers, ses règles et trouver ses marques, c’est une belle surprise qui attend le spectateur.

 

Affiche

Résumé

À condition de laisser à Les Enfants du temps le temps de déployer son univers, le spectateur y découvrira une passionnante romance fantastique, qui puise dans un Tokyo hyper-réaliste l'inspiration poétique et les ingrédients d'une belle fresque.

Lecteurs

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commentaires

Ray Peterson
11/02/2020 à 18:28

Un très bel anim qui se répond avec le film précédent de son auteur.
Assez d'accord sur le rythme lent de la 1ère partie qui accélère enfin après la "contamination" de la fille. Reste quand même que la décision du gamin à la fin est assez gonflée.
SPOIL, au détriment d'un monde plus heureux grâce au sacrifice de la fille il préfère se la garder pour lui et vivre son amour. Un peu égoïste le gars. " END OF SPOIL
Le message écologique poétique du début peut aller se rhabiller !

Stridy
08/01/2020 à 22:37

Je ne comprends pas vraiment le succès de Shinkai.

Les films sont corrects mais ne tiennent pas la longueur, contrairement à Hosoda.

Simon Riaux - Rédaction
08/01/2020 à 20:07

@Chris11

On retrouve la patte du réal et sa veine romantique, mais narrativement, ça n'a pas grand chose à voir.

Le rapport avec Miyazaki me paraît assez oiseux. Sur Voyage vers Agartha, on pouvait voir quelque chose mais là, ça n'a rien à voir.

Calibré pour plaire à tout le monde ? Manifestement le monde n'est pas au courant !

Chris11
08/01/2020 à 18:16

Est-ce comme plusieurs critiques laissent le supposer, une resucée de Your Name, cad un navet japoniaisant, produit industrielle calibré sans âme pour plaire au monde entier, dont le seul réel atout du film réside dans sa qualité graphique? La bande annonce fait flipper en tout cas.
Et son réalisateur qui est déjà comparé à Miyazaki... passez moi un seau que je puisse gerber.

Birdy
08/01/2020 à 17:05

Après la claque Your Name, je suis très très curieux de voir ce film.

Chevalier Shakka
08/01/2020 à 13:57

Justement, je suis curieux en ce qui concerne ce fameux rythme.
J'avais trouvé "Your Name" parfois trop clippesque et ne laissant pas toujours le temps au film de transmettre les émotions voulues (à contrario de ses précédents métrages, comme "5cm par seconde").
Du coup ce "ventre mou" est-il vraiment un problème ? Puisqu'il semble payer au final.

Hâte de le voir en tout cas.

Loran
08/01/2020 à 13:33

RDV pris à 15h00 samedi pour aller voir ce petit bijou, j'avais un peu peur après le Fabuleux Your name (pourquoi ne pas avoir françisé ce titre?), mais votre critique me rassure.

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