The Aeronauts : critique monte-en-l'air

Christophe Foltzer | 23 décembre 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Christophe Foltzer | 23 décembre 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Il nous faisait de l'oeil depuis un petit moment ce The Aeronauts de Tom Harper avec Felicity Jones et Eddie Redmayne. Cela nous promettait un biopic pas comme les autres tout autant qu'une aventure vertigineuse. A présent disponible sur Amazon Prime, il est temps de voir si ce n'était pas que du vent...

SOUS UN CIEL D'ACIER

Lorsqu'on aborde le genre du biopic, on lève tout de suite certaines barrières parce qu'on s'attend toujours aux mêmes défauts : une biographie qui verse volontiers dans l'hagiographie, un pensum bien moral qui nous conforte dans le fait que la vie d'une figure connue et respectée ne peut que s'envisager sous le prisme d'une bien-pensance de rigueur et un peu gênante, une histoire qui ne va surtout pas déranger tout autant qu'un bel exemple pour la jeunesse.

 

The AeronautsUn départ en fanfare

 

Sur le papier, The Aeronauts de Tom Harper, c'est tout ça. Dans les faits, c'est bien autre chose. Mais partons de la base, son histoire : le film nous raconte le pari fou d'un scientifique, James Glaisher qui, sans aucune expérience, se lance dans une expédition à haut risque avec la tête brûlée Amelia Wren, dans l'Angleterre de 1862 : battre le record de vol en montgolfière de 23 000 pieds (ndlr : un peu plus de 7 km de hauteur pour vous faire une idée) et mettre la honte aux Français, tout en posant les fondations de ce qui sera plus tard la météorologie.

Alors que personne ne croit au projet, que tout le monde se moque de lui et que, pourtant, l'expérience attire les curieux, le duo s'envole pour une ascension courte, certes, mais particulièrement intense qui, paradoxalement, va les amener au plus profond d'eux. Ils en reviendront probablement changés à jamais. Mais encore faut-il qu'ils redescendent !

 

The AeronautsDéfier les conventions

 

AU-DESSUS, C'EST LE SOLEIL

Un principe simple et limpide donc que Tom Harper maitrise pourtant parfaitement et n'hésite pas à densifier, à complexifier via un traitement symbolique assez dévastateur. Cette montée vers les étoiles, il nous la décrit autant comme une descente en soi, une grosse introspection tributaire de l'altimètre qui fait du film un objet sacrément passionnant.

Bien sûr, techniquement, The Aeronauts est incroyable, vertigineux et épatant, à un ou deux fonds verts près, et nous réserve des séquences proprement hallucinantes et haletantes qui relèvent de l'inédit. Si l'on excepte des changements de formats d'image un peu violents au début et qui exigent que l'on s'y fasse pour vraiment entrer dans le film. Un choix artistique évidemment voulu, confrontant la liberté des cieux et à l'espace étriqué et étouffant du monde des hommes.

 

The AeronautsLibres comme l'air

 

Si la montée ne dure qu'un peu plus d'une heure, le film agrémente ses séquences folles en revenant dans le temps, en montrant comment tout le monde en est arrivé là et ce qui motive cet exploit, ou cette folie. Et c'est dans ce parallèle entre une montgolfière qui transperce les cieux et un couple qui plonge dans ses ténèbres que le film de Tom Harper touche au but, emporte le spectateur et émeut.

Il faut dire qu'il est aussi servi par un excellent casting, réunissant à nouveau Eddie Redmayne et Felicity Jones dans des numéros de haut niveau, incarnant totalement leurs personnages et complètement dévoués à leur histoire tumultueuse.

 

The AeronautsSale temps pour les rêveurs

 

ABOVE AND BEYOND

La grande force du film, c'est de donner au ciel la possibilité de devenir un vrai personnage, tour à tour hypnotisant, magique et terrifiant, de faire de lui le miroir des aspirations des protagonistes, tout autant qu'enfin l'endroit où ils peuvent se libérer des conventions, du passé, mais surtout d'eux-mêmes.

On frémit avec eux, on suffoque en leur compagnie, on a froid, on a mal, le film touche une part sensorielle de notre être avec une facilité déconcertante et nous emporte littéralement au septième ciel par moments.

 

The AeronautsUn instant de pure magie

 

Il y a dans The Aeronauts cette idée de grandeur d'un cinéma qui semble oublié depuis quelque temps, qui en appelle à une dimension symbolique suprême, qui nous parle d'un fait réel pour, au final, toucher ce qui fait l'humain en son coeur. Une forme de transcendance de son sujet qui force le respect.

Et si l'on pardonne sans problème les quelques scories qui agrémentent l'aventure, on ressort de The Aeronauts émus, groggy, tout aussi épuisés que les héros, mais avec l'étrange sensation d'avoir accompli, nous aussi, un exploit surhumain. Comme si cette montée avait également ouvert des vannes dans notre esprit, laissé passer de l'air, au prix de grandes souffrances. C'est fort.

 

The Aeronauts

Résumé

S'il ne se prive pas de tomber dans quelques écueils du biopic, The Aeronauts est une sacrée expérience sensorielle, émotionnelle et humaine. Un de ces films qui nous hantera encore après le visionnage et vers qui on reviendra volontiers lorsque l'on doutera à nouveau de nous-mêmes. Une bien belle aventure.

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commentaires
B. Durden
25/12/2019 à 13:37

(Je me suis un peu loupé avec le champ "Pseudo"... Les derniers messages à l'attention de Numberz et Christophe Foltzer étaient bien de moi.)

@ Christophe Foltzer
25/12/2019 à 13:23

Amen !

Christophe Foltzer
25/12/2019 à 10:48

C'est beau, tous ces remerciements dans les commentaires d'un de nos articles, ou d'une de nos critiques. C'est ce qu'on appelle probablement "l'esprit de Noël" :)

En tout cas, ça fait plaisir. Qu'on soit d'accord ou non.

@ Numberz
25/12/2019 à 10:44

À mon tour de vous remercier pour le conseil de lecture ; les dessins et couleurs de cette BD me donnent suffisamment envie pour que j'y prête une attention toute particulière (sans compter le thème, naturellement).

Numberz
25/12/2019 à 08:20

@durden

Merci pour le lien. Un film sur ce personnage aurait été fort intéressant, plus qu'une place dans aeronauts. Même si évidemment il est fort dommage de l'avoir remplacé. Après je remarque aussi que plusieurs personnes à l'origine se trouvait dans le ballon, la ils ne sont que deux. Mais belle histoire que ce monsieur.
D'ailleurs, je vous conseille une bd un peu sur ce thème. Et vous reconnaîtrez au passage les traits de Coxwell au travers d'un personnage. Il s'agit de "le château des étoiles" par Alex Alice. C'est fabuleux.

B. Durden
24/12/2019 à 16:36

@ Super Bulot

Merci pour votre message.
Je vous rejoins concernant votre avis sur M. Riaux, mais il faut tout de même noter que parmi son flop de 2019, on retrouve le film de l'inénarrable Fourest (cf. la vidéo mise en ligne aujourd'hui même).
Je pense que son cas n'est pas totalement désespéré car un vrai de vrai, un "pur prosélyte de ce féminisme d'arrière garde" comme vous le citez si justement, ne pourrait pas ouvertement dire que le film de Fourest est une daube. Le penser, oui, mais l'affirmer oralement... Non.

À moins que je ne me trompe et que la période festive dans laquelle nous nous trouvons ne m'aveugle et me rende particulièrement magnanime et bienveillant à l'égard de notre chroniqueur barbu à lunettes préféré...

Peu importe, très bonnes fêtes également à vous tous.
Oui, tous.

Super Bulot
24/12/2019 à 15:07

@B. Durden

Bravo pour votre argumentation à laquelle je souscris entièrement.
Malheureusement vous avez perdu votre temps : faire preuve de réflexion et de rhétorique sur ce sujet contre m. Riaux, qui est un pur prosélyte de ce féminisme d'arrière-garde, est inutile. L'aveuglement idéologique l'emportera toujours chez lui et notamment la certitude absolue que l'égalité et la parité ne peuvent naître que du remplacement d'une "tyrannie" par la "tyrannie" opposée.
Joyeux Noël à tous (même à m. Riaux)!

B. Durden
24/12/2019 à 12:34

(Avant tout je tiens à rectifier la grosse faute de français dans mon premier message : "il est parvenu à sauver", et non "sauvé")

@ Numberz

Voici le personnage incarné par Felicity Jones :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Henry_Coxwell
Cela ne vous prendra que 3 minutes de lecture à tout casser.

@ Simon Riaux

"Du coup, on vous attend sur les quelques dizaines de films inspirés de faits historiques dont les personnages féminins sont devenus des hommes"
> Si ce genre de films était légion, vous en auriez cité une bonne poignée au lieu d'évoquer avec certitude le fait que le cinéma en regorge à foison. Du coup, moi aussi je vous attends.

"ou ont été lourdement réécrits pour avantager les personnages masculins."
> Cela n'a rien à voir avec ce dont je parle, vous digressez. Vous avez le droit hein, mais vous digressez.

"D'ailleurs, vous les connaissez sans doute tous"
> Non. Au même titre que je ne connais pas tous les films exécutant le même procédé que The Aeronauts.
Quoi qu'en y réfléchissant vite fait... Il me vient en tête le personnage interprété par Emily Watson dans la série Chernobyl. Elle joue le rôle d'une physicienne nucléaire enquêtant sur la fameuse catastrophe.
Ce personnage est purement fictionnel car dans la réalité il ne s'agissait pas d'une femme mais d'un homme, Valeri Legassov, accompagné de plusieurs autres scientifiques, tous masculins (ou presque). Certains contestèrent la version officielle des évènements et furent dénoncés, arrêtés et emprisonnés. Selon les créateurs de la série, le personnage d'Ulana Khomyuk (Emily Watson) a été créé pour "les représenter et honorer leur engagement pour la vérité et pour l'humanité".
C'est tellement beau... J'ai envie de chialer bordel.

" il y a fort à parier que vous avez déjà laissé des commentaires outrés sous chacun d'eux"
> Non non, j'avais juste laissé un commentaire quasi identique sous l'article dans lequel vous présentiez la bande-annonce de ce film il y a quelques semaines, c'est tout.
Ah et peut-être un une ou deux autres réflexions du même ordre, mais en toute honnêteté je ne me souviens plus ni du/des film(s), ni du/des contexte(s).
Inutile de m'attribuer des névroses imaginaires, je vous remercie.

"Le cinéma souffre-t-il d'une tendance à féminiser ses personnages ? Non. "
> Encore une fois ce n'est pas vraiment le sujet de mon premier commentaire. Mais puisque vous insistez je me permets d'évoquer là comme ça, pêle-mêle et de tête : Ghostbusters, Ocean's 11, What Women Want, Bedtime Story, After the Wedding, ou bien encore ce qu'Hollywood compte faire prochainement avec le personnage de James Bond.

"Statistiquement, on a transformé des personnages qui n'étaient ni des hommes ni des blancs en hommes blancs, en masse et pendant des décennies. Que cette situation engendre un retour de balancier (qu'on peut analyser et discuter) ne me pose pas de problème, à priori."
> Un titre. Je vous demande juste un titre de film. Et je ne suis apparemment pas le seul ici.
Ensuite concernant le "retour de balancier" qui ne vous pose à priori pas de problème... J'ai du mal à comprendre le raisonnement. En gros si demain la population noire prenait le pouvoir et réduisait les blancs à l'esclavage, l'effet "retour de balancier" ne vous poserait à priori pas de problème non plus ou..?
Sachez également que la quasi totalité des tueurs en série ont subi de profondes douleurs psychologiques et physiques dès leur plus tendre enfance. Là aussi, "retour de balancier" légitime ?
Les exemples sont extrêmes mais vous voyez ce que je veux dire, vous êtes loin d'être stupide. Ce que je veux dire par là est que lorsqu'un comportement semble injuste ou abusif, je pense que la raison impose de réduire voire abolir ce comportement plutôt que d'accepter qu'un retour de balancier vienne "équilibrer" la tendance.

"Les observateurs qui hurlent leur rage à l'idée de voir un personnage féminin dans la situation du film The Aeronauts sont-ils légitimes ?"
> Alors là vous partez en sucette complet.
Déjà je ne hurle pas ma rage, j'expose un fait que je trouve désolant. Où sont les insultes, les lettres capitales et autres points d'exclamations dans mon message ?
Ensuite pour la notion de "légitimité". Si une personne vous affirme que 2 plus 2 font 4, vous allez d'abord vérifier sa légitimité avant de prendre en compte la nature de ses propos ? Vous allez vous demander dans un premier temps si l'individu ne fait pas une fixette sur les chiffres avant de déterminer la cohérence de sa démonstration ?
À un type qui vous écrit "L'eau, ça mouille", vous lui répondez "Combien de messages as-tu écrit en faveur de l'eau ? Si c'est ton premier, et que tu as déjà écrit aussi 'le feu ça brûle", alors ça va tu es légitime mais sinon, non" ?
Je remarque que vous n'argumentez pas sur le fond de mon premier message, mais me visez personnellement et tentez de me discréditer auprès de vos lecteurs en usant de subterfuges fallacieux qui me feraient passer pour un obsessionnel compulsif.
Je vous rappelle que je n'ai fait allusion - au départ - qu'à un seul et unique film : The Aeronauts. C'est vous qui, ne sachant pas comment argumenter sur le fond, partez dans tous les sens en évoquant des films imaginaires ainsi que mon comportement, qui ne serait à priori pas assez bien-pensant à vos yeux.
Et puis quoi ? Si je critiquais en parallèle des films qui pratiquaient, je vous cite "la logique inverse", mes propos auraient plus de sens ?
Enfin je ne "hurle pas ma rage de voir un personnage féminin dans la situation du film", je trouve pitoyable la disparition pure et simple d'un héros masculin historique au profit d'une femme imaginaire, ce qui n'a rien à voir.
Pour info j'adore les personnage d'Ellen Ripley, Sarah Connor, Beatrix Kiddo ou encore celui du major Motoko Kusanagi, pour ce citer qu'eux (le mot "personnage" est masculin, c'est pas de ma faute hein).
Bon sang, je suis vraiment navré mais je trouve votre niveau d'argumentation particulièrement faible.

"S'ils ne pestent pas contre les dizaines de films qui ont pratiqué et pratiquent la logique inverse, ce sont des sexistes hypocrites et mascus fragiles."
> Ou bien c'est juste qu'ils s'intéressent plus à un sujet qu'à un autre, tout simplement.
OK maintenant je vais suivre votre logique. Imaginez des femmes qui s'insurgent en permanence contre les violences conjugales faites envers les femmes, par les hommes.
Imaginez que ces femmes ne se concentrent QUE sur des femmes battues par des hommes.
Que leur diriez-vous ? "Si vous ne pestez pas contre les femmes qui ont pratiqué et pratiquent la logique inverse (au passage ne riez pas, les hommes battus existent et sont bien plus nombreux que vous ne l'imaginez), vous n'êtes que des sexistes hypocrites et fémis fragiles" ?
Hum ?
Je ne dis pas que tel serait votre discours, je n'ai pas cette prétention. Je me pose simplement la question.


Bref, tout cela n'enlève rien au fait que j'apprécie grandement votre politique permettant à n'importe qui (comprenez des non-abonnés dont je fais partie) de s'exprimer (plus ou moins) librement sur votre site.
Pour ça, chapeau bas.

Louig
23/12/2019 à 23:21

Mais si, quand Evelyne Delhia a été joué par Louis Bodin !!! Vous êtes de mauvaise foi quand même .....

T-Rex
23/12/2019 à 22:37

@ Simon Riaux,
Pareil que Declan, j'attends des exemples de ce que vous avancez !

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