Black Christmas : critique féminazerie

Simon Riaux | 11 décembre 2019
Simon Riaux | 11 décembre 2019

Un slasher féministe radical, repensant la domination du patriarcat pour mieux la renverser, et dans une orgie de boyaux, redécorer nos sapins de Noël d'une ire féminine surpuissante ? C'est précisément ce que n'est pas Black Christmas de Sophia Takal, remake opportuniste d'un classique du slasher, porté par Imogen Poots.

GIRL POWDER

En octobre 2018, Jason Blum, créateur de Blumhouse, studio spécialisé dans les films d’horreur à micro-budget, expliquait qu’il n’avait pas encore produit de jeu de massacre réalisé par une femme, car ces dernières n’étaient pas nombreuses à travailler derrière la caméra, et encore plus rares à désirer se frotter au cinéma de genre. Déclaration imprécise, voire franchement inexacte, qui devait déclencher une tempête d’indignation, amenant le producteur à présenter ses excuses et à clarifier un chouia ses propos. À peine un an plus tard, voici donc que débarque le remake de Black Christmas, slasher séminal de 1974, réalisé par Sophia Takal.

On y retrouve quelques éléments du film original, à savoir une sororité transformée en turbine à andouillettes à la veille de Noël, des meurtres, et donc un tueur. Voilà pour ce qui est du recyclage de Bob Clark, le film ayant des airs de pur objet programmatique, voire de saut périlleux marketing, totalement voué à féminiser l’image de l’entreprise Blumhouse et de son patron, tout en siphonnant un public féminin adolescent susceptible d’être charmé par une relecture pop et dans l’air du temps d’un vieux jeu de massacre.

 

photo, Imogen PootsUn tueur vraiment archer

 

Et sur le papier, le cahier des charges de Black Christmas n’a rien d'indigne. Revisiter les règles du slasher et y repenser les répartitions des rôles entre hommes et femmes pourrait être un angle parfaitement légitime. D’ailleurs quoiqu’on pense du Halloween 2018, David Gordon Green y travaillait avec beaucoup de malice les clichés du genre en matière… de genre. Hélas, tout indique que Sofia Takal est aussi à l’aise avec ce Black Christmas qu’un raton laveur avec un milkshake à l’azote liquide.

 

BLOODY KAMOULOX

Commençons par un point fondamental : Black Christmas est incapable de proposer de bonnes scènes de meurtre. Première source de plaisir et de frisson dans un slasher, les mises à mort se révèlent d’une grande pauvreté, mais surtout d’une timidité ridicule. N’espérez pas voir de l’étudiante démastiquée, du professeur masculiniste éparpillé aux quatre vents ou un quidam faire de la corde à sauter avec ses entrailles. Il faudra ici se contenter de molles empoignades, au gré de sursauts faciles, assénés par un tueur générique ou nos héroïnes révoltées, devant une caméra amorphe, qui ne développe aucun concept, ne surprend jamais, ni ne réfléchit en termes de style ou de suspense.

 

photoUn scénario écrit à la hache

 

Et on arrive là au grand ratage du film, qui tente de pirater le logiciel slasher pour y greffer une vengeance féminine et solidaire. Problème, ce type de retournement n’est pas nouveau (tout un pan du slasher des seventies est même construit autour, à commencer par La Colline a des yeux) et paraît ici nourri par un cahier des charges complètement artificiel. Le film se refusant à tout délire gore ou brutal, il ne pourra évidemment pas jouer la carte de la jubilation ni du délire de cruauté que son programme appelle, rejouant une sorte de Maman j’ai raté mon Lexomil, à la laideur et à la fadeur proverbiales.

Et là aussi, Black Christmas s’embourbe tragiquement, ne comprenant jamais qu’en croyant massacrer une série de stéréotypes discutables, il en valide d’autres. Ainsi, on se désole de l’écriture de nos héroïnes, notamment celle interprétée (avec talent, comme toujours) par Imogen Poots, transformée en chandail humain caractériel.

Au final, les hommes sont aussi bêtes et méchants que dans les ancêtres du genre, et les femmes trouvent toujours transcendance et validation pour peu qu’elles renoncent à la légèreté et au sexe. Seules une poignée de répliques en forme de slogan et une attaque superficielle sur les fraternités étudiantes tiennent lieu de discours. Voilà qui est bien peu, quand le gâteau à la viande se révèle si sec et rance.

 

affiche française

Résumé

Il faudra vraiment être affamé de slasher pour supporter ce remake creux, persuadé de proposer une relecture féministe, quand il se perd dans des contresens aussi artificiels que ses rares accès de violence.

commentaires

Simon Riaux - Rédaction
13/12/2019 à 12:36

@Albert Fish

Oh bah il nous joue aussi parfois des tours !

Albert Fish
13/12/2019 à 12:03

Merci EL, je ne peux pas répondre avec votre anti spam foireux.

Laule
13/12/2019 à 02:07

Ok les mascus fragiles. Gépalu.

Geoffrey Crété - Rédaction
12/12/2019 à 15:28

@sylvinception

Euh, non, je vais parler pour moi, là encore.
Je sais, c'est étonnant et insoluble, mais Simon et moi sommes deux entités différentes.

Simon Riaux - Rédaction
12/12/2019 à 15:19

@Ben

Hello,

Je vais vous répondre, mais je crois que mon opinion ne différera pas beaucoup de ce que vous a écrit Geoffrey, dans le sens duquel j'abonde tel un ruisseau primesautier.

Quelques petites précisions. Si on a toujours tenu à laisser une grande liberté dans les commentaires, on opère néanmoins régulièrement, de la modération. Ensuite, oui, maîtriser mieux ce flux et éviter que trois épanchent leur névroses en squattant les commentaires, ça fait bien sûr partie de nos chantiers en cours.

Quant au titre de la critique, il s'agit juste d'un gros calembour, qui essaie de triturer, dénaturer, et donc moquer un terme actuellement répandu et ignoble. On a toujours apporté une grande importance à l'humour, à la dérision, l'auto-dérision, tout ça en le mariant, si possible avec un peu d'impertinence avec ce qui se joue autour de nous.

Il y a quelques années, on se moquait méchamment de la direction de la cinémathèque jouant les boucliers de Polanski, tout récemment, on s'est payé la fiole des mascus fragiles dans une brève sur le prochain Bond... Bref, même si les débats sont sources de tension, d'agacements ou touchent à des concepts graves, on essaie d'arriver dedans comme dans un jeu de quille, en tout cas c'est un peu comme ça que j'envisage l'humour.

Le film : il me semble que la critique dit bien que la mise en scène et le scénario sont nazes. Mais le film n'est pas que cela. il a la prétention d'être politique et inscrit dans une actualité, c'est donc un des morceaux par lesquels je m'en empare, puisque lui-même se présente ainsi.
Le film a quand même été produit pour servir de surface de communication à son producteur, heureusement qu'on peut le remettre en contexte et critiquer cette genèse. Qu'elle ne soit pas unique n'interdit pas de l'analyser.

Quant au "si vous faisiez plus de qualité, on serait nombreux à payer", c'est un peu comme l'argument "les gens qui téléchargent sont aussi ceux qui achètent le plus de DVD" : c'est joli, on a envie d'y croire, mais c'est faux.
Dans les domaines où existe déjà quantité d'information "gratuites", espérer percer avec une information payante est économiquement proche de l'absurdité. Et surtout, le temps et les moyens que réclameraient une bascule comme celle que vous appelez de vos voeux excèdent de très loin son potentiel d'audience, à fortiori d'audience payante.

Et puis tout simplement, les Avengers et autres grosses machines nous excitent aussi hein.

Et entendons-nous bien, on peut toujours s'améliorer. On essaie, on avance, des fois on se plante, des fois on met longtemps à progresser. Mais voilà, on essaie de le faire avec vous.

sylvinception
12/12/2019 à 13:58

"et on aime autant parler de Marvel que de Malick. "

Parlez pour vous, cher Simon!!

Geoffrey Crété - Rédaction
12/12/2019 à 13:43

@Ben

Si vous nous lisez régulièrement, vous savez qu'on prend très souvent le temps de longuement répondre aux lecteurs :)

Simon répondra mieux que moi sur "Féminazerie" mais il s'agit non seulement d'humour (chose présente dans l'ADN du site), mais aussi d'un regard critique sur cette utilisation légèrement artificielle et cynique du féminisme. On a écrit un long article sur le sujet, pour prendre le temps de traiter la question de manière nuancée, sans guerre de camps facile.
https://www.ecranlarge.com/films/dossier/1149239-charlies-angels-sos-fantomes-le-feminisme-hollywoodien-poison-du-box-office

Ce film étant clairement conçu et vendu sur cette note féminine, très mal traitée et pensée, c'est donc une des portes d'entrée pour la réflexion critique.
On ne donne aucune "munition", déjà parce que c'est inutile de croire que ces énergumènes extrémistes ont besoin de munition, mais aussi parce qu'on refuse de ne plus toucher à un certain humour ou certains mots en réaction à ces positionnements grotesques et violents.
Par ailleurs, on a beaucoup écrit sur ces masculinistes, commenté leurs agressions contre certaines artistes, et on a personnellement été visés et insultés pour ça.
Ceci n'a pas grand chose à voir avec une quête de clic pur, ou au mépris de la réalité. Ceci est notre avis, l'angle critique de Simon.

Pour le fonctionnement du site : très vaste question. On a mis en place un abonnement, on a expliqué la réalité d'un site comme Ecran Large à nos lecteurs. Preuve qu'on cherche des moyens d'envisager le futur.
Mais se passer de pub est actuellement impossible. En revanche, ce qu'on fait, c'est consacre de plus en plus de temps et rédacteurs à des critiques, des dossiers, et quantité d'articles qui prennent 10 fois plus de temps que les news. Que ces articles intéressent moins, soient moins lus, ne relève pas de notre pouvoir. Mais ils sont là, chaque semaine, écrits avec passion. Ils sont de plus en plus nombreux, l'équipe s'est agrandie avec des voix très différentes. L'évolution du site se fait donc bien sur deux mouvements : le traitement de l'actu toujours central, mais jamais au détriment des papiers de fond, plus nombreux chaque année.

D'autant qu'on refuse de hiérarchiser par principe les choses. Traiter l'actu et les blockbusters est certes inévitable, et central pour notre survie. Mais on trouve toujours ça intéressant, notamment pour l'angle business qu'on étudie et analyse régulièrement. Ce sont des sujets qui passionnent de nombreux lecteurs, et on refuse de rejeter ou juger ces personnes. Comme eux, on aime plein de choses, et on aime autant parler de Marvel que de Malick.
Si un lecteur trouve cela vide, vain, ou qu'il se sent comme un pigeon-à-clic, libre à lui de faire ce qu'il fait naturellement : sélectionner, ignorer, lire autre chose. C'est pour ça qu'on propose quantité de sujets sur le site. Notre lectorat est divers et large, à l'image de la cinéphilie moderne.

Pour la modération : on modère chaque jour. Sachez qu'on nous reproche autant de trop modérer que de ne pas assez modérer. On supprime un paquet de choses odieuses au quotidien, et on nettoie des profils qui viennent dévier le débat sur leurs obsessions.
C'est un exercice délicat, pour maintenir la diversité des opinions, laisser les gens s'exprimer, et protéger cet espace d'échange.

Ecran Large, c'est une petite équipe, qui se démène chaque jour pour couvrir un max de sujets, trouver plein de choses à dire et partager sur le cinéma, les séries, les comics, les mangas et les jeux vidéo. Cela ne veut pas dire qu'il faut tout nous pardonner, mais juste, qu'on fait de notre mieux, pour survivre, évoluer, répondre aux attentes de lecteurs toujours plus différents les uns des autres, et accueillir et encaisser la passion de chacun qui peut prendre bien des formes.

Ben
12/12/2019 à 12:31

Écran large, je voudrais comprendre, mais je doute que vous preniez le temps de répondre. Je voudrais comprendre pourquoi sur ce site vous donnez autant de munitions aux masculinistes. Vos articles, comme celui de Simon Riaux plus haut avec son titre comportant le mot "féminazerie" sonne comme "féminazie", terme injurieux équivalent à "yupin" ou "melon" qui sont des insultes racistes utilisées par les crypto faschistes de tous bords.

Je voudrais donc comprendre l'idée. Oui, nous sommes d'accord, il y a dans le cinéma de masse et donc essentiellement américain un recours à un vernis féministe opportuniste qui recouvre certaines productions pour leur donner une apparence progressiste. Aux USA, ça fonctionne comme ça, on fait des quotas, on va dans le sens du vent. Depuis deux ans, c'est #metoo. On fait du business avant tout et si on peut raccrocher une clientèle féminine en faisant du féminisme de forme, on le fait. Néanmoins, dénoncer ça est une chose, laisser croire que le féminisme se résume à ça en est une autre. Et ce qui me pose problème c'est que vous ne modérez pas les commentaires qui sont systématiquement trollés par des masculinistes et qui nuisent in fine à la qualité du site.

Ce film est-il nul parce qu'il se réclame féministe et qu'en fait Simon Riaux considère que non, ou bien ce film est-il nul pour des raisons qui n'ont rien à voir avec sa revendication politique ?

Moi, j'ai surtout compris que la réalisation est mauvaise et le scénario à chier. Dans ce cas, pourquoi d'entrée de jeu insister sur l'aspect féministe revendiqué par sa réalisatrice ? Et surtout de cette façon ?

Alors je sais bien que Écran large vit de la pub et est donc tributaire des stats dont Google a besoin pour vous reverser un pourcentage des gains publicitaires, mais je trouve que le procédé qui consiste à faire du clic à tout prix au mépris de la réalité de vrais problèmes dans la société française, mais pas seulement, est assez malsain.

Concernant le financement de votre site. D'autres sites web ont décidé de se passer de la pub et de vivre du financement de leur lecteur. Je suis un lecteur quotidien de EL. Vous pourriez passer à une formule comme celle de Nextimpact qui fonctionne très bien. Vous pourriez fournir du contenu de qualité et non poster plusieurs fois par jour des traductions approximatives et peu intéressantes de brèves de couloirs et de rumeurs plus ou moins fondées. Vous pourriez arrêter de relancer sans cesse la machine Endgame, Snyder Cut's, Starwars etc... qui n'est ni informative, ni intéressante. Et qui donne l'impression à votre lectorat d'être pris pour un pigeon-à-cliquer.
À noter que je suis sûr qu'avec une formule sans pub, avec un vrai travail éditorial et rédactionnel de qualité - ce dont vous êtes capables sur certains articles -, une grande partie de votre lectorat, dont moi, serait prêt à payer un abonnement mensuel.
Là, vous vous gâchez et, en ce qui me concerne, vu la teneur des commentaires qui sont de plus en plus squattés par l'Extrème-droite, les nationalistes, les masculinistes, les beaufs et les pré-pubères qui viennent de découvrir que leur entre-jambe est érectile, ça devient pénible d'échanger sur le cinéma et ça ne donne pas envie de revenir.

Ou alors payez-vous des modos dignes de ce nom.

MacReady
12/12/2019 à 00:12

@Albert Fish

Pardon ?
Game of Thrones, qui reste l'une des séries les plus populaires de ces dernières années, n'était-elle pas truffée de seins et nudité féminine ? La nudité masculine n'a jamais été et n'est toujours pas aussi banale, et voir une teub reste toujours bien plus rare. Sauf si on se focalise sur quelques exemples, et qu'on oublie que des clichés ont été revus, mis en perspective et contrebalancés, y'a pas d'extrême. Watchmen ? La teub était là dans le comics, dans le film et donc, sur HBO oui. L'extrême manichéen, c'est plutôt se focaliser sur les quelques preuves de féminisme "à outrance" - et à ce compte, faut le faire sur l'opposé, genre les associations masculinistes qui ont attaqué Mad Max : Fury Road à cause de Furiosa trop présente.

Albert Fish
11/12/2019 à 23:49

Entre les années 80 et aujourd'hui on passe d'un extrême à l'autre. A l'époque c'était femmes à poil ou du moins en tenues sexy à gogo, Benny Hill, Cocorico Cowboy, les mangas, la playmate Canal+ et j'en passe. Aujourd'hui, sans rire c'est des teub de partout, la je viens de mater un épisode de watchmen c'était encore des plans sur teub, dans la plus part des séries il y a au moins un épisode ou on voit une teub ou mieux des coites exclusivement et explicitement masculins, mais rarement des femmes nu. Bref ça plaît ou ça plaît pas, mais on vit bien dans un monde manichéen, sans aucune nuance, à l'image du féminisme à outrance.

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