Shaun le Mouton : La Ferme contre-attaque - critique à la laine fraîche

Simon Riaux | 15 octobre 2019 - MAJ : 17/10/2019 10:16
Simon Riaux | 15 octobre 2019 - MAJ : 17/10/2019 10:16

Avec les aventures de Wallace Gromit, Aardman est devenu un ambassadeur de la technique du stop-motion. Depuis, et en dépit de proposition toujours intéressante, le studio a perdu l’éclat de ses heures de gloire. Obligé de s’allier à des structures extérieures pour pouvoir financer des propositions ultra-ambitieuses, comme Cro Man ou Les Pirates !, il y a sacrifié une partie de son identité. Qu’en est-il de la suite de Shaun le mouton, plus naturellement connecté à l’ADN du studio ?

LA LAINE FRAÎCHE

Nous avions laissé Shaun le mouton il y a 5 ans après un périple qui l’avait mené, accompagné de son troupeau, dans la grande ville. Alors qu’il couve des jours heureux, quoique sous l’œil réprobateur du chien de la ferme, il fait la découverte d’une innocente extraterrestre, échouée sur terre. Désireux de continuer à provoquer des catastrophes, et se divertir tout en bravant l’autorité du toutou qui le persécute, Shaun décide d’aider cette curieuse créature à retrouver les siens.

Voilà pour le point de départ de ce qui va rapidement se transformer en gigantesque hommage à E.T. L'Extra-Terrestre et à Rencontres du troisième type. Bien sûr, les réalisateurs Will Betcher et Richard Phelan connaissent leur sujet et n’en restent pas à ces deux classiques, mais c’est bien le statut des émotions et l’émerveillement spielberguien qui guident en priorité les situations et la mise en scène de Shaun le Mouton : La Ferme Contre-Attaque. Dès ses premières scènes, le film se plaît à truffer son cadre de références, plus ou moins visibles, mais surtout calque plus d’une fois sur le grand réalisateur sa construction de l’action.

 

photoDeux ennemis jurés emportés par une spirale de violence irrépressible

 

La parenté n’est pas nouvelle et dès le premier court-métrage de Nick Park consacré à Wallace et Gromit, on trouvait dans les aventures spatiales du duo une fascination pour Georges Méliès et pour la lucidité extrême des scènes d’action de Spielberg. Deux influences qui explosent tout à fait ici. Sauf qu’elles ne sont pas tant le fruit d’un dépassement technologique tel que l’affectionne Hollywood, mais le fruit d’un artisanat patient, toujours connecté aux origines du cinéma. Muet, le film est en effet réalisé image par image, avec une patience infinie.

 

MOUTON DE PURGE

Pour les amateurs de cette technique, et tous les spectateurs attachés à un cinéma qui prend soin de narrer avant tout par l’image,  Shaun le Mouton : La Ferme Contre-Attaque aura tout d’un ravissement essentiel. Voir ces personnages, tous parfaitement caractérisés, s’animer, alors qu’apparaissent ici et là les empreintes digitales de leurs animateurs demeure un miracle sans cesse renouvelé, magnifié ici par l’humour british insufflé depuis 30 ans par Nick Park, qui veille constamment à l’impertinence de ses créations.

 

photoAu moins, on ne perd pas son temps comme dans X-Files

 

Malheureusement, on se mentirait en prétendant que le studio Aardman retrouve ici la pleine mesure du talent qui fut le sien. Et si les cadres sont toujours composés avec une précision maniaque, on sent combien les ambitions ont été revues à la baisse. Les courses-poursuites échevelées sont désormais bien plus simplistes, on note que les arrière-plans ne jouissent plus du même niveau de détail.

De même, qu’il s’agisse de l’apparence des protagonistes, de leurs actions ou de la manière dont le scénario, clairement destiné aux tout-petits, les avance, on ne trouvera pas l’ombre d’une surprise. Ce nouveau film joue gentiment avec ses classiques sans jamais s'y mesurer, préférant les regarder de loin et leur adresser un clin d’œil. Voilà qui limite grandement la réussite de  Shaun le Mouton : La Ferme Contre-Attaque, jamais raté, mais souvent trop sage, notamment durant son deuxième acte.

 

Affiche

 

Résumé

On a connu le studio Aardman plus créatif, inspiré et ambitieux. Mais cette seconde aventure de Shaun le Mouton reste un très agréable objet de cinéma, grâce à une facture technique aboutie et un esprit toujours aussi malicieux.

Autre avis Mathieu Jaborska
Certes, la science-fiction enlève un peu à la géniale simplicité du premier film. Mais cette suite reste une merveille d'inventivité et d'humour. On signe où pour le 3 ?

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