Anna : critique dans une critique dans une critique

Simon Riaux | 3 juillet 2019 - MAJ : 03/07/2019 17:57
Simon Riaux | 3 juillet 2019 - MAJ : 03/07/2019 17:57

Industriellement, Anna se voulait un projet au genre identifié, codifié, capable de rassembler un large public au cœur de l’été, sans miser le budget somptuaire d’un Valerian et la Cité des mille planètes et donc capable d’offrir un peu d’oxygène à Europacorp et son fondateur Luc Besson. Mais tous les plans ne se déroulent pas sans accro.

GIRLS JUST WANNA HAVE GUN

Il faut quelques minutes à peine à Anna pour introduire copieusement son héroïne. Mannequin longiforme aux airs d’adolescente vaguement pubère, dénuée de toute forme de personnalité ou caractère, machine à tuer du mâle priapique, objet de désir ultime, intellectuelle capable de citer Tchékov dans le texte, mais finalement petit oiseau aspirant à voler de ses propres ailes. Anna n’est pas une femme forte, c’est un catalogue de fantasmes adolescents perdus entre un boulard lituanien et Steven Seagal.

Plus problématique, quelques mois seulement après les nombreuses accusations de violences sexuelles à l'encontre de Luc Besson, cette actualité contamine nécessairement le film d’action qui se déroule sous nos yeux.

 

photo, Sasha Luss Sasha Luss avec un gun

 

La nature de pur objet sexuel voué au pilonnage en hôtellerie d’Anna saute aux yeux grâce au scénario, qui feint l’intelligence en éclatant sa chronologie, mélangeant époques et rebondissement. L’intrigue singe alors une complicité qui n’est jamais sienne, s’interdit de provoquer la moindre empathie, aucune passerelle émotionnelle ne pouvant plus atteindre le spectateur. Seuls comptent les regards concupiscents de comédiens en descente de carambars, les jambes d’Anna, le regard vide de Sasha Luss, les gros guns qui font boum-boum et les petits déshabillés dont elle se pare pour transformer en lasagne la moitié de l’Occident.

On a longtemps présenté Luc Besson comme un grand technicien, particulièrement doué pour orchestrer des séquences d’action. Si ce fut vrai un temps, ce talent paraît désormais totalement évaporé. Coincé entre la volonté stérile de recréer ses propres films (Nikita) et le clonage servile des réussites du moment (John WickAtomic Blonde et Red Sparrow en tête), l’ensemble tourne à vide et manque cruellement d’identité. De bien beaux greffons, sans-coeur pour les animer, et c'est là une des grandes ruines du projet : son incapacité à trouver son rythme, son tempo, à pulser.

 

photo, Sasha Luss Sasha Luss avec une échelle

 

HIT AND PISSE

Pudding d’action bourrine qui ferait passer Lucy pour une fantaisie Bergmanienne, Anna consacre tristement l’atomisation du cinéma de Besson, mais lui ouvre les portes d’une autre forme de divertissement, dont l’artiste s’est maintes fois approché, sans parvenir toutefois à l’embrasser : le turbo-nanar.

Rien ici n’a de sens, tout est outré, jusqu’à la tumeur, jusqu’à l’explosion, jusqu’à l’absurde. Pour autant, le film ne se dépeint jamais d'une gravité de façade, qui étouffe toute fantaisie réelle, consacrant, jusque dans les carnages hors sujets de l'héroïne, ou au cours d'une romance lesbienne embarrassante, une inconscience, que seuls les grands empereurs du naze ont pu toucher du doigt.

 

photo, Sasha Luss Sasha Luss avec un reflet

 

Enfin, le cinéaste se lance à corps perdu dans le fond de cuve du ridicule, passant de dialogues stupides, aux pires stéréotypes sur le milieu de la mode (oui, Anna est mannequin à ses heures), avant de nous offrir une scène « rapprochée » entre Sasha Luss et Cillian Murphy aussi émoustillante qu’un numéro hivernal du Journal de la Santé. À condition de supporter la misogynie spectaculaire du métrage, on tient là un beau moment de déviance filmique.

 

photo, Helen Mirren Helen Mirren, probablement

 

Il faut remercier en premier lieu les comédiens. Sasha Luss tout d’abord, qui déploie une énergie stupéfiante pour ne jamais dépasser l’expressivité d’un porte-serviette. Luke Evans mérite probablement un Oscar pour son imitation de Québécois imitant un Ecossais imitant un tuto d’apprentissage du Russe en trois shots, mais ne peut faire de l’ombre à Cillian Murphy, qui confirme ici combien il est délicat de préserver son expressivité quand on se nourrit principalement de ciment à prise rapide.

Tout au sommet, trône l’inénarrable Helen Mirren, bouleversante en hybride d’Ana Wintour et de centrale de Tchernobyl. Tous secondent avec génie l’entreprise d’autosabotage de Luc Besson.

 

Affiche

Résumé

Misogyne jusqu'à la nausée, laid en diable, techniquement limité et rarement spectaculaire, Anna est un Z anachronique mais souvent hilarant.

commentaires

Dae-Soo
13/12/2019 à 19:08

Oula, il y a un paquet de gens ici qui ont oublié de quoi fut capable un temps Luc Besson!! Ou alors vous êtes trop jeunes pour l'avoir vécu.
Anna est un bon divertissement de série B tout au +, comparez-le à n'importe quel Besson jusqu'à Jeanne D'Arc et vous comprendrez à quel point il est merdique.
La mort des parents honteusement pompée sur Da Vinci Code, les scènes à la John Wick molles molles molles, les flash-backs qui se veulent intelligents.. C'est à croire que Besson n'a vu aucun film ces 20 dernières années, et pire, il est totalement inconscient de ses faiblesses.
Non, c'est une vraie bouse ce film pour un Besson.

Taylor
23/11/2019 à 17:53

Quelle critique ronflante au sens propre, comme au sens figuré ! Le cours 101 de comment se servir d’un film pour faire du style littéraire bas de gamme. La preuve qu’il vaut mieux se faire une idée par soi-même.

Ce long-métrage d’action pour moi fut un excellent divertissement, du moment que l’on ne cherche pas à couper les cheveux en quatre par un critique qui souffre de constipation.

noc
11/09/2019 à 22:50

C'est bien écrit (encore que) mais on a pas dû voir le même film. Les figures de style portant de vagues impressions ne font pas une analyse.

Chewie52
13/08/2019 à 09:56

"Luc Besson mysogine", autant qualifier Spike Lee de raciste, tant qu'on y est....

Zarak
13/08/2019 à 05:52

Je ne l’ai pas vu, mais j’ai A-DO-RÉ !!
À quand un remake du Grand Bleu, dans le lac du Der...?
Sinon, Bézon pourrait aussi créer le Grand Black...?

KEVIN DIOLES
04/08/2019 à 00:52

MA NOTE 8/10

KEVIN DIOLES
04/08/2019 à 00:46

ANNA. agent du KGB, veut s'en sortir pour trouver sa liberté hors des frontières de sa patrie. Direction PARIS sous la couverture d'un mannequin ou plusieurs missions suicides lui sont attribuées.ENFIN, JE RETROUVE LA PATTE DE LUC BESSON dans ce film d'action. Une femme peut en cachée une autre comme pour les poupée Russe.Il est vrai qu''Anna cache plusieurs personnages, tout en œuvrant dans les deux quant: le KGB et la CIA. Le film est monté avec des scènes qui avancent et qui reculent, comme sur un échiquier pour mieux gagner, ou pour mieux tuer.Les scènes de combats sont si bien réalisées, que j'avais l'impression de voir une Terminator au féminin, et j'avoue que LUC BESSON à se niveau n'à pas à rougir face à James Cameron ( mais pour le film VALERIAN , il aurait du voir se maître absolu de la science fiction, comme Rodriguez pour ALITA et Miller pour TERMINATOR DARK FATE 2019 l'on fait) Si vous avez aimé NIKITA vous allez vraiment apprécier ANNA dont les créations des missions qui lui s confiées se dévoilent après que l'objectif atteint

xav
03/08/2019 à 23:02

Sans être un chef d'œuvre qui révolutionne le cinéma, c'est un bon divertissant, avec une histoire intéressante à suivre. L'équivalent d'un roman de gare, mais de plutôt bonne qualité. Luc nous a habitué à mieux, à plus innovant et inspiré, ça restera un film mineur dans sa filmographie, mais ce n'est pas mauvais pour autant.

Le jeu de l'actrice principale est bon, quoi qu'on en dise. Le personnage est monolithique, il est joué ainsi. Bien jouer ne signifie pas forcément faire un catalogue d'expression faciale. Les émotions d'Anna transparaissent autrement, on croit toujours à son personnage, et on comprend à chaque fois où elle en est dans son aventure, sauf quand le scénario prévoit qu'on ne sache pas tout.

Le principe de la chronologie éclatée fonctionne bien dans l'ensemble, surtout au début. Mais pour contre, par moment elle est mal employée et nous fait revoir une deuxième version de la même scène dix minutes après la première version.... Même si on comprend bien l'intention, ça reste par moment un peu lourdaud dans l'exécution. Mais les divers plot twists que cela génère sont toujours intéressants.

CHMONARD
28/07/2019 à 14:21

Tout à faire d'accord avec Ricouslo. Je viens de passer un très bon moment en regardant ce film d'action.

Chewie52
16/07/2019 à 17:07

Ha ha. Encore un critique qui ne sait pas reconnaître un bon film quand il en voit un, et fait de belles phrases pour tenter de faire croire à son intelligence.

Plus

votre commentaire