Anna : critique dans une critique dans une critique

Simon Riaux | 21 mai 2021 - MAJ : 21/05/2021 16:44
Simon Riaux | 21 mai 2021 - MAJ : 21/05/2021 16:44

Anna, ce soir à 21h05 sur Canal+.

Industriellement, Anna se voulait un projet au genre identifié, codifié, capable de rassembler un large public au cœur de l’été, sans miser le budget somptuaire d’un Valerian et la Cité des mille planètes et donc capable d’offrir un peu d’oxygène à Europacorp et son fondateur Luc Besson. Mais tous les plans ne se déroulent pas sans accro.

GIRLS JUST WANNA HAVE GUN

Il faut quelques minutes à peine à Anna pour introduire copieusement son héroïne. Mannequin longiforme aux airs d’adolescente vaguement pubère, dénuée de toute forme de personnalité ou caractère, machine à tuer du mâle priapique, objet de désir ultime, intellectuelle capable de citer Tchékov dans le texte, mais finalement petit oiseau aspirant à voler de ses propres ailes. Anna n’est pas une femme forte, c’est un catalogue de fantasmes adolescents perdus entre un boulard lituanien et Steven Seagal.

Plus problématique, quelques mois seulement après les nombreuses accusations de violences sexuelles à l'encontre de Luc Besson, cette actualité contamine nécessairement le film d’action qui se déroule sous nos yeux.

 

photo, Sasha Luss Sasha Luss avec un gun

 

La nature de pur objet sexuel voué au pilonnage en hôtellerie d’Anna saute aux yeux grâce au scénario, qui feint l’intelligence en éclatant sa chronologie, mélangeant époques et rebondissement. L’intrigue singe alors une complicité qui n’est jamais sienne, s’interdit de provoquer la moindre empathie, aucune passerelle émotionnelle ne pouvant plus atteindre le spectateur. Seuls comptent les regards concupiscents de comédiens en descente de carambars, les jambes d’Anna, le regard vide de Sasha Luss, les gros guns qui font boum-boum et les petits déshabillés dont elle se pare pour transformer en lasagne la moitié de l’Occident.

On a longtemps présenté Luc Besson comme un grand technicien, particulièrement doué pour orchestrer des séquences d’action. Si ce fut vrai un temps, ce talent paraît désormais totalement évaporé. Coincé entre la volonté stérile de recréer ses propres films (Nikita) et le clonage servile des réussites du moment (John WickAtomic Blonde et Red Sparrow en tête), l’ensemble tourne à vide et manque cruellement d’identité. De bien beaux greffons, sans-coeur pour les animer, et c'est là une des grandes ruines du projet : son incapacité à trouver son rythme, son tempo, à pulser.

 

photo, Sasha Luss Sasha Luss avec une échelle

 

HIT AND PISSE

Pudding d’action bourrin qui ferait passer Lucy pour une fantaisie bergmanienne, Anna consacre tristement l’atomisation du cinéma de Besson, mais lui ouvre les portes d’une autre forme de divertissement, dont l’artiste s’est maintes fois approché, sans parvenir toutefois à l’embrasser : le turbo-nanar.

Rien ici n’a de sens, tout est outré, jusqu’à la tumeur, jusqu’à l’explosion, jusqu’à l’absurde. Pour autant, le film ne se dépeint jamais d'une gravité de façade, qui étouffe toute fantaisie réelle, consacrant, jusque dans les carnages hors sujets de l'héroïne, ou au cours d'une romance lesbienne embarrassante, une inconscience, que seuls les grands empereurs du naze ont pu toucher du doigt.

 

photo, Sasha Luss Sasha Luss avec un reflet

 

Enfin, le cinéaste se lance à corps perdu dans le fond de cuve du ridicule, passant de dialogues stupides, aux pires stéréotypes sur le milieu de la mode (oui, Anna est mannequin à ses heures), avant de nous offrir une scène « rapprochée » entre Sasha Luss et Cillian Murphy aussi émoustillante qu’un numéro hivernal du Journal de la Santé. À condition de supporter la misogynie spectaculaire du métrage, on tient là un beau moment de déviance filmique.

 

photo, Helen Mirren Helen Mirren, probablement

 

Il faut remercier en premier lieu les comédiens. Sasha Luss tout d’abord, qui déploie une énergie stupéfiante pour ne jamais dépasser l’expressivité d’un porte-serviette. Luke Evans mérite probablement un Oscar pour son imitation de Québécois imitant un Écossais imitant un tuto d’apprentissage du Russe en trois shots, mais ne peut faire de l’ombre à Cillian Murphy, qui confirme ici combien il est délicat de préserver son expressivité quand on se nourrit principalement de ciment à prise rapide.

Tout au sommet, trône l’inénarrable Helen Mirren, bouleversante en hybride d’Ana Wintour et de centrale de Tchernobyl. Tous secondent avec génie l’entreprise d’autosabotage de Luc Besson.

 

Affiche

Résumé

Misogyne jusqu'à la nausée, laid en diable, techniquement limité et rarement spectaculaire, Anna est un Z anachronique mais souvent hilarant.

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commentaires
Lucien Alb
23/05/2021 à 22:46

Suite à la lecture de cette critique, j'ai décidé de regarder Anna pour en avoir le coeur net. J'aime certains films de Besson (J'ai vu Le grand bleu 10 fois au cinéma à la grande époque).
Mais là, j'ai tenu exactement 16 minutes avant de jeter l'éponge.
En dehors de la réalisation bâclée, du montage nul, des dialogues aussi immatures que d'habitude (en même temps, c'est du Besson) et de la direction d'acteurs plutôt calamiteuse, ce qui a fini d'achever ma bonne volonté, c'est que l'histoire n'a absolument aucun sens.
Désolé Luc, j'ai fait l'effort en souvenirs des bons moments passés devant la plupart de tes films (je fais même partie de ceux qui ont apprécié Valérian), mais là c'était trop me demander.
Tu feras mieux la prochaine fois ...

Guéguette
23/05/2021 à 10:14

Film sans intérêt mais qui garde un certain standing dans les scènes d'action...contrairement à AVA avec Chastain qui à ce niveau là était catastrophique!

Toff
23/05/2021 à 02:36

Je m'attendais à voir un Steven Seagal débarquer... Nikita/Anna je suis perdu, j'ai fait un lapsus, dsl.
Les navets se récoltent en hiver me semblait-il. Tout ce pognon dans ce film, je veux bien son banquier, il est sûrement sympa.
Serra à la musique...
Trop recuit, fade et sans assaisonnement. 6 mois plus tôt/3 ans après/ 5 ans avant, j'ai hésité à me faire une frise chronologique pour essayer de comprendre ce qu'

Mauvaise Hélène
23/05/2021 à 00:06

@Mirabelle oui mais Riaux est dans le camps du bien, donc on a mal lu, c'est un être pur.

Miglou
22/05/2021 à 17:18

@Mirabelle
Absolument !!

Mirabelle
22/05/2021 à 16:27

Personnellement, je trouve la critique plus misogyne que le film...

Bullseye
22/05/2021 à 00:17

“Pour autant, le film ne se DÉPART jamais d'une gravité de façade…”

Bob
21/05/2021 à 21:03

Oh mon dieu, la curiosité à finalement pris le dessus et j’ai osé regarder !
Enfin, j’ai pas tenu jusqu’au bout, tout de même…

Tout est atrocement mauvais, c'est complétement crétin, mal foutu et paresseux !
Une honte absolue, Besson devrait se recycler en réalisateur de séries TF1.

Birdy en noir
21/05/2021 à 20:07

Elle m'a bien fait rire moi cette critique... Je n'ai pas vu et ne verrai jamais ce machin, par respect pour tous les bons films que je n'ai pas le temps de regarder.
Besson, la retraite serait salutaire.

Pin pon
21/05/2021 à 19:16

La critique est drôle mais ce film n’en mérite pas tant
C’est du Besson en pilotage automatique qui recycle ses vieilles recettes qui hier faisaient se pâmer les foules et qui aujourd’hui lui valent quolibets et moqueries quand ce n’est pas insulte et procès
Alors oui il les recycle moins bien qu’avant mais on sait qu’on achète du Besson avec tout ce qui va avec ... une vision de la femme qui n’est plus en ligne avec l’humeur du moment, un scénario qui rabâche encore les mêmes thèmes comme un groupe de rock sur ses anciens hits
Il ne faut pas le voir pour ce que cela n’est pas et ne saura plus jamais
Besson est fini et ne tirons pas sur le pianiste

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