Anna, Lucy, Nikita et les autres : mode d'emploi des gros clichés d'un mauvais film de Luc Besson

Simon Riaux | 12 juillet 2019 - MAJ : 12/07/2019 16:52
Simon Riaux | 12 juillet 2019 - MAJ : 12/07/2019 16:52
Réalisateur perçu comme incroyablement novateur durant les années 90, il a imposé un style tonitruant, techniquement à la pointe du cinéma français, et aux ambitions divertissantes qui tranchaient alors radicalement avec le tout-venant de la production hexagonale. Mais depuis quelques années, de déroutes financières en cataclysme artistique, l'aura de Luc Besson, réalisateur et producteur, s'est ternie.
 
S'enfermant dans un système et dans une recette toujours plus simple, l'artiste et industriel a sorti ces derniers jours Anna, proposition de film d'action qui évoque un décalque, non seulement de Nikita, mais de l'ensemble de ses fabrications récentes. Alors que nous revenons dans notre critique sur l'échec du film, on s'attarde un instant sur les stéréotypes qui ont dévitalisé les longs-métrages EuropaCorp, et qu'on espère ne plus voir de si tôt.
 
 

photo, Sasha Luss"Tout, tout est fini entre nous"

 

LA TRIPLETTE MANNEQUIN/TUEUSE SUPER HOT

 
De Nikita aux Transporteur, en passant par From Paris with love ou encore 3 Days to Kill ainsi que Colombiana, la femme Bessonienne s'est progressivement déshumanisée. Si la fragilité d'Anne Parillaud, tueuse en permanence au bord de la crise de nerfs, avait des airs très artificiels, l'héroïne avait au moins pour elle une sensibilité débordante. Des failles qui sont devenues des clichés à part entière, pour finalement s'avérer artificielles puis se gommer. Le parcours de la femme Bessonienne, liane infinie au corps supposément parfait, mais irréel, revêche, mais si portée sur le massacre de masse qu'elle en devient glauque, ressemble à celui de Lucy.
 
Soit la métamorphose d'un être humain en machine anonyme, dont la seule marge de progression semble être dans l'annihilation de l'émotion au profit d'un ballet de mort.
 
 

photoMannequinat option troussage hôtelière et carnage filmique

 

LA FEMME "FORTE"

 
Hier, c'était une criminelle toxicomane enrôlée par les services secrets, littéralement la clé pour sauver l'univers, ou encore Jeanne d'Arc et Aung San Suu Kyi. C'était Isabelle Adjani en iroquois qui venait cracher symboliquement à la face des bourgeois, et se jouait avec malice de tous. Aujourd'hui, c'est une pauvre fille transformée en mule par la mafia coréenne, une aventurière de l'espace qui rêve de se marier, ou encore la mannequin Sasha Luss qui joue une pauvresse de l'URSS chopée par un agent secret qui la transforme en fausse mannequin qui piège de gros porcs.
 
Non seulement la recette s'épuise et Besson s'autoparodie (consciemment ou inconsciemment), mais le scénariste et réalisateur semble emprisonné dans le passé : le cliché de la femme badass tourne désormais dans le vide. Dans les années 90, Nikita était un personnage fort et spécial dans le paysage, et Leeloo apparaissait comme un être unique en son genre, sortie d'une BD pour s'imposer d'emblée sur grand écran. Aujourd'hui, la femme forte est devenue un stéréotype usé jusqu'à la moelle, repris dans tous les sens (pensée pour Colombiana, production Besson co-signée de sa plume), et qui a donc besoin d'autres arguments et raisons pour exister dignement. Une jolie femme capable de tabasser des hommes, ça n'est plus un pitch. Pire encore : ce qui semblait être moderne et féministe dans ces personnages d'hier, apparaît maintenant régressif et désuet.
 
 

Image 569242Femme vénère numéro 14

 
Si l'idée du cerveau qui tourne à 100% pour donner des capacités surhumaines apportait une dimension amusante à Lucy, Anna, elle, n'a rien d'autre que son allure et ses guns. Abstraction totale qui révèle tous les mauvais motifs post-ado de l'écriture (elle est belle, mais badass, fragile, mais cite Tchekov, toute mince, mais capable de mettre des gorilles à terre, porte de beaux sous-vêtements, mais te tape si tu la touches...), cette héroïne n'a plus rien à mettre pour cacher le vide qui préside.
 
Que Luc Besson ait casté une mannequin apparue dans Valerian et la Cité des mille planètes, qui a autant d'expérience comme actrice que Rie Rasmussen sur Angel-A, mais moins de talent, est presque la cerise sur le gâteau de la clarté.
 
 

Photo  Scarlett JohanssonVoilà qui est très très fort

 

LES CONCEPTS EN CARTON

 
Chez Europacorp, on ne nous prend pas pour des billes. La preuve, même le film d'action le plus décérébré possède un concept un peu malin. Dans Anna il s'agit de celui de la poupée russe, l'héroïne étant littéralement "une femme, dans une femme, dans une femme". Sauf que comme trop souvent, le film en use grossièrement, pour justifier des allers-retours temporels qui masquent mal la vacuité du scénario.
 
Et que dire de ce Jason Statham, de plus en plus bastonneur et de moins en moins Transporteur, de cette Lucy qu'on nous annonce super intelligente, mais dont on a bien du mal à voir un symptôme de synapse, Liam Neeson qui abandonne de plus en plus vite ses talents d'enquêteurs pour se transformer en bourrin de l'espace dans la trilogie Taken... Ces productions qui nous font miroiter des idées dont elles ne savent pas quoi faire, ça commence gentiment à nous courir sur le haricot.
 

Image 329004Gros bourrin cherche mannequipute

 

LES TITRES PRÉNOMS

 
Nikita, LéonLucyAnnaAngel-A... Bon au moins on sait à qui on a affaire, mais cette multiplicité de prénom use. Elle provoque un effet de masse aux conséquences désastreuses.
 
Premièrement, elle a tendance à uniformiser des personnages différents. Deuxièmement, on ne va pas se mentir, ces titres, surtout mis bout à bout, sont loin d'être mémorables. De même, les derniers entrants de cette liste étant nettement moins bons que les premiers, leur réputation a tendance à les contaminer et ternir, lentement mais sûrement, leur éclat, tout en diminuant le souvenir d'une proposition unique et inoubliable.
 
Et enfin, ces enchaînements de prénoms ont un effet pervers, celui de rappeler instantanément les nombreuses caricatures de la maison Europacorp, dont plusieurs observateurs ont pointé du doigt la lourde tendance à avoir recours aux formules, répétées ad nauseam.
 
 

Photo Anne Parillaud Nikita, première de son titre

 

LES BASTONS ABSURDES

 
On ne crache jamais sur une bonne baston des familles. Mais dans Anna on dépasse le point de non-retour que Lucy tutoyait déjà gentiment. L'énorme succès avec Scarlett Johansson criait déjà haut et fort combien la surenchère techniquement inaboutie menaçait le cinéma de Luc Besson, désormais grand ordinateur de choucroutes garnies au plomb, plutôt que d'expérimentations spectaculaires. Dans Anna, au cours d'une scène débutant dans un restaurant et évoquant directement Nikita, le cinéaste montre clairement ses limites.
 
 

photo, Luc Besson"Voilà, là tu lui arraches la colonne vertébrale en toussant"

 
Son héroïne doit exécuter un contrat, mais se retrouve rapidement avec la moitié de la Mère-Patrie sur le dos, obligée de découper de l'homme de main au large. On n’aurait rien contre, mais malheureusement, on n’y croit pas une seconde.
 
C'est bien beau de donner le premier rôle à Sasha Luss, mais personne ne peut croire décemment que la top model taillée à la serpe ait en réserve suffisamment de puissance pour démembrer du russe en costar, égorger des gens avec un chargeur vide, ou tout simplement mettre des dizaines de brutes KO instantanément. Là où Nikita - et plus récemment Red Sparrow ou encore Atomic Blonde - mettaient justement en scène les limites physiques de leurs personnages, Besson donne l'impression de s'en moquer et zigouille totalement la suspension d'incrédulité.
 
 

photo, Sasha LussPan-pan boum-boum

 

LES ACTEURS EN VACANCES

 
Tout a commencé avec Le Cinquième ElémentBruce Willis dans un blockbuster français ? Tout le monde était en émoi. Mais il fallait beaucoup d'imagination pour croire que le pachyderme teint en blond qui occupait pesamment l'écran était bien l'interprète d'Une journée en enfer. Absent à lui-même, le comédien débite ses répliques, visite les décors, mais n'incarne jamais. Depuis ce précédent, on a le sentiment que le célèbre producteur et réalisateur français n'a cessé d'inviter de grandes stars hollywoodiennes au coeur de ses projets. Mais plus pour roupiller que jouer la comédie.
 
 

PhotoBruce Willis, embarquant sur Air Besson

 

Le souvenir de Guy Pearce réduit à du cabotinage extrême dans Lock Out (Sécurité maximale), mimant douloureusement Kurt Russell est une source de souffrances. Mais que dire de John Travolta dans From Paris with love ? Alors oui, on pourra arguer qu'il y a là-dedans une légèreté et des airs de nanars pas foncièrement désagréables. Mais on doute que ce soit l'intention de base de ces productions.
 
De même, rien n'indique que Liam Neeson devait entraîner le héros de Taken vers des sommets de malaise durant le troisième épisode. Bref, des castings prestigieux pourquoi pas, mais pourquoi ne rien leur donner à faire.
 
En témoignent Cillian Murphy et Luke Evans, se débattant dans Anna pour ne proposer... rien moins qu'une remarquable imitation d'AVC.
 
 

En conclusion : rendons hommage à Mozinor.

 

 

commentaires

Geoffrey Crété - Rédaction
15/07/2019 à 18:20

@Fred

Comme explicité dans les critiques d'Anna, Atomic Blonde et Red Sparrow : on voit plus d'idées de mise en scène, de style, de rythme, dans les deux derniers que dans le Besson.
L'argument est très proche oui, mais on a aimé l'allure d'Atomic Blonde, l'action brute et nerveuse, et on en retient pas mal d'images. Dans Red Sparrow, qui est plus un thriller qu'un film d'action, la baston ou la cascade ne sont pas centrales. Mais on a apprécié le côté old school discret et efficace. Aucun de ces deux films n'a été défendu avec passion, nos critiques (3/5) parlent de bien des choses moyennes ou ratées.

La critique n'est pas là pour être en accord avec tout le monde. C'est bien normal et sain d'être en désaccord. Et notre parole n'est pas plus forte ou pertinente que la vôtre - la critique est d'ailleurs très, très souvent divisée, preuve qu'il s'agit bien de la diversité des opinions.

Fred
15/07/2019 à 18:16

Vu et divertissant. Je n'en demande pas plus quand je je vois pas le temps passer. J'arrive pas à comprendre l'article... en quoi c'est plus nul que red Sparrow ou Atomic blonde dans la même veine ? L'argument c'est la limite physique de l'héroïne. ??? !!! Me rappelle d'une baston dans un escalier dans atomic blonde, vu ce que charlize se prend dans la gueule...On rappelle que c'est pas la vraie vie... C'est du cinoche..Vraiment ces critiques, j'ai du mal à cerner...

WalterB
15/07/2019 à 09:06

@Atouslesrageux

Qu'on aime ou pas le ton de l'article, il faut reconnaître que ce dernier n'est ni à charge ni anti-Besson. Argumenté, il met l'accent sur un pb récurrent dans son cinéma, la répétition de schémas scénaristiques peu importe les parties prenantes initiales.

Enfin, pour ceux qui crient à la cabale journalistique franco-française envers Besson, Quid de la presse américaine? Quid du public Outre-Atlantique? Quid des espoirs que l'on peut avoir quand un type a des propositions de cinéma aussi ambitieuses que le 5ème élément, Valérian, aussi atypique que le Grand Bleu, Léon ou Subway mis côte à côte?
Le défaut pointé ici dans le cinéma de Besson, c'est l'utilisation d'archétypes PROPRES à son cinéma qui commence à le gangréner, à rendre fade et irréaliste ses scénarios, jusqu'à la parodie. Et c'est ça qui est dommage.

bof
14/07/2019 à 23:09

@ Sophie

"Parce que l'archétype du mec badass mannequin qui se prend 10000 coups sans avoir un bleu n'aurait peut être pas été usé, lui, jusqu'à la corde ?"

Et alors? Ce qui est pourri chez les hommes ne le serait pas chez les femmes?

Difficile de nier que les héroïnes d'action de Besson sont devenues des caricatures à l'intérêt très limité. Une vraie régression par rapport à ses anciens films.

Sophie
14/07/2019 à 17:19

Parce que l'archétype du mec badass mannequin qui se prend 10000 coups sans avoir un bleu n'aurait peut être pas été usé, lui, jusqu'à la corde ? Luc Besson choisit des femmes pour assumer ce genre de rôle et soudain l'archétype devient stéréotype. Luc Besson, comme beaucoup d'autres utilisent des clichés qui plaisent et plairont toujours aux foules, et les critiques français resteront des connards machos élitistes, rien de nouveau ici, ni chez Besson, ni ailleurs.

bof
14/07/2019 à 15:54

@ Ghost

Perso, je n'ai vu aucune "aigreur", "rage" ou "méchanceté" dans l'article, que je trouve au contraire bien construit et argumenté dans sa critique du cinéma de Besson. On doit loin de certaines parodies très caricaturales (souvent très drôles, parfois lourdingues) que peut nous offrir le site.

"Le gars crache sur Besson mais j'aimerais bien voir ce qu'il ferait avec une camera.
Ah oups sans doute a t'il fini critique car il n'en a pas les c..... ni le talent haha."

Niveau zéro de la contre-argumentation. Avec grossièreté et attaque personnelle en prime. Hop, poubelle.

bandit56
14/07/2019 à 08:46

perso j'aime les films de besson

Kastorsupreme
13/07/2019 à 18:34

Je sors de voir Anna c’est un bon Besson divertissant
Ce que les gens comme vous trouvaient bien hier ils crachent dessus aujourd’hui
En fait Écran large est pitoyable et minable
Plus de connexion tchao les nazes

Luk
13/07/2019 à 14:08

Par-contre c'est quoi le délire avec les femmes, d'un je pense que "le cliché" est totalement assumé,
mais surtout que faudrait-il ?
voir une petite grosse ou Mimi Mathy filmé pendant 3/4 d'heure à tenter de basculé derrière un bar pendant que sa flingue à tout va, et avec deux flingues dans les mains, l’exploit Lol.

Ghost
13/07/2019 à 11:28

Jprécise qu'à part Leon je ne suis pas fan du travail de Besson. Même si je reconnais ses ambitions (cf Valerian)

Mais le journaliste qui écrit cet article est d'une méchanceté qui pue l'aigreur!
Hallucinant!

Pk tant de rage? Des frustrations persos? Haha

Le gars crache sur Besson mais j'aimerais bien voir ce qu'il ferait avec une camera.
Ah oups sans doute a t'il fini critique car il n'en a pas les c..... ni le talent haha

Non mais serieux critiquer ok. Je déteste les derniers films de Besson. Mais sans hargne.

C'est censé être drôle parfois alors que ce n'est que rage!
Alala...

Dommage de pas faire un article constructif sur sa carrière (avec des critiques bien sur) sans y mettre toute cette méchanceté.

Je lisais d'autres sites et en voyant ce dossier je suis tombé de haut!

Calm, peace!

Si on aime pas ses films au Besson ne pas aller les voir plutôt que lui vomir dessus haha

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