Anna, Lucy, Nikita et les autres : mode d'emploi des gros clichés d'un mauvais film de Luc Besson

Simon Riaux | 7 mars 2021 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 7 mars 2021 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Lucy, ce soir à 21h05 sur TF1.

Réalisateur perçu comme incroyablement novateur durant les années 90, il a imposé un style tonitruant, techniquement à la pointe du cinéma français, et aux ambitions divertissantes qui tranchaient alors radicalement avec le tout-venant de la production hexagonale. Mais depuis quelques années, de déroutes financières en cataclysmes artistiques, l'aura de Luc Besson, réalisateur et producteur, s'est ternie.

S'enfermant dans un système et dans une recette toujours plus simple, l'artiste et industriel a sorti ces derniers jours Anna, proposition de film d'action qui évoque un décalque, non seulement de Nikita, mais de l'ensemble de ses fabrications récentes. Alors que nous revenons dans notre critique sur l'échec du film, on s'attarde un instant sur les stéréotypes qui ont dévitalisé les longs-métrages EuropaCorp, et qu'on espère ne plus voir de si tôt.

 

photo, Sasha Luss"Tout, tout est fini entre nous"

 

LA TRIPLETTE MANNEQUIN/TUEUSE SUPER HOT

De Nikita aux Transporteur, en passant par From Paris with love ou encore 3 Days to Kill ainsi que Colombiana, la femme Bessonienne s'est progressivement déshumanisée. Si la fragilité d'Anne Parillaud, tueuse en permanence au bord de la crise de nerfs, avait des airs très artificiels, l'héroïne avait au moins pour elle une sensibilité débordante. Des failles qui sont devenues des clichés à part entière, pour finalement s'avérer artificielles puis se gommer. Le parcours de la femme Bessonienne, liane infinie au corps supposément parfait, mais irréel, revêche, mais si portée sur le massacre de masse qu'elle en devient glauque, ressemble à celui de Lucy.

Soit la métamorphose d'un être humain en machine anonyme, dont la seule marge de progression semble être dans l'annihilation de l'émotion au profit d'un ballet de mort.

 

photoMannequinat option troussage hôtelière et carnage filmique

 

LA FEMME "FORTE"

Hier, c'était une criminelle toxicomane enrôlée par les services secrets, littéralement la clé pour sauver l'univers, ou encore Jeanne d'Arc et Aung San Suu Kyi. C'était Isabelle Adjani en iroquois qui venait cracher symboliquement à la face des bourgeois, et se jouait avec malice de tous. Aujourd'hui, c'est une pauvre fille transformée en mule par la mafia coréenne, une aventurière de l'espace qui rêve de se marier, ou encore la mannequin Sasha Luss qui joue une pauvresse de l'URSS chopée par un agent secret qui la transforme en fausse mannequin qui piège de gros porcs.

Non seulement la recette s'épuise et Besson s'autoparodie (consciemment ou inconsciemment), mais le scénariste et réalisateur semble emprisonné dans le passé : le cliché de la femme badass tourne désormais dans le vide. Dans les années 90, Nikita était un personnage fort et spécial dans le paysage, et Leeloo apparaissait comme un être unique en son genre, sortie d'une BD pour s'imposer d'emblée sur grand écran. Aujourd'hui, la femme forte est devenue un stéréotype usé jusqu'à la moelle, repris dans tous les sens (pensée pour Colombiana, production Besson co-signée de sa plume), et qui a donc besoin d'autres arguments et raisons pour exister dignement. Une femme capable de tabasser des hommes, ça n'est plus un pitch. Pire encore : ce qui semblait être moderne et féministe dans ces personnages d'hier, apparaît maintenant régressif et désuet.

 

Photo Zoe SaldanaFemme vénère numéro 14

 

Si l'idée du cerveau qui tourne à 100% pour donner des capacités surhumaines apportait une dimension amusante à Lucy, Anna, elle, n'a rien d'autre que son allure et ses guns. Abstraction totale qui révèle tous les mauvais motifs post-ado de l'écriture (elle est belle, mais badass, fragile, mais cite Tchekov, toute mince, mais capable de mettre des gorilles à terre, porte de beaux sous-vêtements, mais te tape si tu la touches...), cette héroïne n'a plus rien à mettre pour cacher le vide qui préside.

Que Luc Besson ait casté une mannequin apparue dans Valerian et la Cité des mille planètes, qui a autant d'expérience comme actrice que Rie Rasmussen sur Angel-A, mais moins de talent, est presque la cerise sur le gâteau de la clarté.

 

Photo  Scarlett JohanssonVoilà qui est très très fort

 

LES CONCEPTS EN CARTON

Chez Europacorp, on ne nous prend pas pour des billes. La preuve, même le film d'action le plus décérébré possède un concept un peu malin. Dans Anna il s'agit de celui de la poupée russe, l'héroïne étant littéralement "une femme, dans une femme, dans une femme". Sauf que comme trop souvent, le film en use grossièrement, pour justifier des allers-retours temporels qui masquent mal la vacuité du scénario.

Et que dire de ce Jason Statham, de plus en plus bastonneur et de moins en moins Transporteur, de cette Lucy qu'on nous annonce super intelligente, mais dont on a bien du mal à voir un symptôme de synapse, Liam Neeson qui abandonne de plus en plus vite ses talents d'enquêteurs pour se transformer en bourrin de l'espace dans la trilogie Taken... Ces productions qui nous font miroiter des idées dont elles ne savent pas quoi faire, ça commence gentiment à nous courir sur le haricot.

 

Photo Scarlett JohanssonC'est donc ça, être intelligent

 

LES TITRES PRÉNOMS

Nikita, LéonLucyAnnaAngel-A... Bon au moins on sait à qui on a affaire, mais cette multiplicité de prénom use. Elle provoque un effet de masse aux conséquences désastreuses.

Premièrement, elle a tendance à uniformiser des personnages différents. Deuxièmement, on ne va pas se mentir, ces titres, surtout mis bout à bout, sont loin d'être mémorables. De même, les derniers entrants de cette liste étant nettement moins bons que les premiers, leur réputation a tendance à les contaminer et ternir, lentement mais sûrement, leur éclat, tout en diminuant le souvenir d'une proposition unique et inoubliable.

Et enfin, ces enchaînements de prénoms ont un effet pervers, celui de rappeler instantanément les nombreuses caricatures de la maison Europacorp, dont plusieurs observateurs ont pointé du doigt la lourde tendance à avoir recours aux formules, répétées ad nauseam.

 

Photo Anne Parillaud Nikita, première de son titre

 

LES BASTONS ABSURDES

On ne crache jamais sur une bonne baston des familles. Mais dans Anna on dépasse le point de non-retour que Lucy tutoyait déjà gentiment. L'énorme succès avec Scarlett Johansson criait déjà haut et fort combien la surenchère techniquement inaboutie menaçait le cinéma de Luc Besson, désormais grand ordinateur de choucroutes garnies au plomb, plutôt que d'expérimentations spectaculaires. Dans Anna, au cours d'une scène débutant dans un restaurant et évoquant directement Nikita, le cinéaste montre clairement ses limites.

 

photo, Luc Besson"Voilà, là tu lui arraches la colonne vertébrale en toussant"

 

Son héroïne doit exécuter un contrat, mais se retrouve rapidement avec la moitié de la Mère-Patrie sur le dos, obligée de découper de l'homme de main au large. On n’aurait rien contre, mais malheureusement, on n’y croit pas une seconde.

C'est bien beau de donner le premier rôle à Sasha Luss, mais personne ne peut croire décemment que la top model taillée à la serpe ait en réserve suffisamment de puissance pour démembrer du russe en costar, égorger des gens avec un chargeur vide, ou tout simplement mettre des dizaines de brutes KO instantanément. Là où Nikita - et plus récemment Red Sparrow ou encore Atomic Blonde - mettaient justement en scène les limites physiques de leurs personnages, Besson donne l'impression de s'en moquer et zigouille totalement la suspension d'incrédulité.

 

photo, Sasha LussPan-pan boum-boum

 

LES ACTEURS EN VACANCES

Tout a commencé avec Le Cinquième ElémentBruce Willis dans un blockbuster français ? Tout le monde était en émoi. Mais il fallait beaucoup d'imagination pour croire que le pachyderme teint en blond qui occupait pesamment l'écran était bien l'interprète d'Une journée en enfer. Absent à lui-même, le comédien débite ses répliques, visite les décors, mais n'incarne jamais. Depuis ce précédent, on a le sentiment que le célèbre producteur et réalisateur français n'a cessé d'inviter de grandes stars hollywoodiennes au coeur de ses projets. Mais plus pour roupiller que jouer la comédie.

 

PhotoBruce Willis, embarquant sur Air Besson

 

Le souvenir de Guy Pearce réduit à du cabotinage extrême dans Lock Out (Sécurité maximale), mimant douloureusement Kurt Russell est une source de souffrances. Mais que dire de John Travolta dans From Paris with love ? Alors oui, on pourra arguer qu'il y a là-dedans une légèreté et des airs de nanars pas foncièrement désagréables. Mais on doute que ce soit l'intention de base de ces productions.

De même, rien n'indique que Liam Neeson devait entraîner le héros de Taken vers des sommets de malaise durant le troisième épisode. Bref, des castings prestigieux pourquoi pas, mais pourquoi ne rien leur donner à faire.

En témoignent Cillian Murphy et Luke Evans, se débattant dans Anna pour ne proposer... rien moins qu'une remarquable imitation d'AVC.

 

Tout savoir sur Anna

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commentaires
Simon Riaux - Rédaction
08/03/2021 à 10:48

@Mark09

Ce n'était pas moi, mais je suis sûr que le ou la membre de l'équipe qui l'a effacé avait une excellente raison de le faire.

Mark09
08/03/2021 à 10:43

Riaux supprime les messages qui lui deplaisent
et il l'a fait 1mn apres ma publi un dimanche soir
Rageux.derriere son ecran

Euh....
08/03/2021 à 10:33

cf. la vidéo de Mozinor "La Méthode Besson"

Geronimo
08/03/2021 à 08:51

Dur, dur avec Besson. Perso j'ai toujours passé un bon moment en regardant ces films, et en dehors de peut être des tics de réalisations, j'y vois une admiration et une tendresse pour les femmes en leur donnant des rôles d’héroïnes (déjà avec Jeanne d'Arc). En plus, je pense qu'il manque à votre vision de ces films c'est le laisser allé. L’œil critique est une chose, mais les propos concernant le 5éme éléments me laisse dubitatif fac à votre mauvaise fois évidente.

Mark09
07/03/2021 à 23:23

@bof

On t'a grille riaux derriere ton pseudo!
Toujours à faire le lâche derriere des autres noms héhé
Griiiiiillé

Ethan
07/03/2021 à 22:07

@Chris11
Fallait préciser alors :)
Patrick Poivey, je suis fan

Déçu quand il a du se séparer de la voix de tom cruise

Chris11
07/03/2021 à 21:00

Il y a deux films Le 5e élément : la VO et la VF. Si la VF de ce film est un des très rares contre arguments de poids à la suppression du doublage, la VO du film le rend fade et inintéressant. Bruce Willis en VO y est catatonique, avec un timbre de voix de comateux. Sa voix française, comme celle de Chris Rock font tout le sel du film.

les Bessoneries et moi emoi
07/03/2021 à 20:18

Bruce Willis est plutôt tres bien dans le 5eme elements, je ne vois pas clairement ce qu'il ferait moins bien par rapport a un Die Hard 3..
c'est plutôt la mannequin rouqin Milla Jovovitch qui est nulle ( mais bien gaulée , au moins il 'aura foutu dans son lit:)
en tout cas par rapport au Bruce Willis de laquantaine et de la soixantaine il etait encore tres bien motivé contrairment aux DTV qu'il nous sort depuis 10 ans..
et Puis Luc , il ya aussi ses casserolles se xuelles( le type sort avec des ado de 15 ou 16 balais hein, et des casserolles fiscales ( Macron lui a efface une grosse partie des ardoises//)

Ethan
07/03/2021 à 19:26

Le 5e élément je vois pas ce qu'il va pas avec Bruce Willis. Il est plutôt fun et colle bien avec le personnage.

Ethan
07/03/2021 à 19:11

Anna, Lucy, Nikita sont peut-être d'anciennes relations
Comment va s'appeller la prochaine, là est la question :)

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