Une famille sur le ring : critique dans les cordes

Christophe Foltzer | 27 juin 2019 - MAJ : 27/06/2019 10:57
Christophe Foltzer | 27 juin 2019 - MAJ : 27/06/2019 10:57

Les biopics ont ceci de pratique pour Hollywood qu'ils ne prennent aucun risque. Généralement, le public concerné est déjà acquis à leurs causes et comme en plus la plupart du temps, les personnes dont s'inspire le film sont partie prenante du projet, on se retrouve avec au final un film bien propret destiné à créer une légende glorieuse plutôt qu'à nous raconter la vraie histoire. Et puis, il y a des biopics comme Une famille sur le ring avec Dwayne Johnson, Lena Headey, Nick FrostVince VaughnJack Lowden et l'épatante Florence Pugh.

TOMBSTONE PILEDRIVER

Tout d'abord, il faut recontextualiser quelque peu l'histoire que nous raconte Une famille sur le ring. Soit celle de Saraya-Jade Bevis, alias Britani Knight, alias Paige, jeune catcheuse anglaise venue des quartiers populaires, descendante d'une famille de catcheurs un peu roublards, qui s'est fait repérer par la World Wrestling Entertainment (WWE) en 2011 avant de vraiment marquer le coup en 2014 lorsqu'elle remporte le Championnat des Divas face à AJ Lee.

 

photo, Nick FrostUne famille à la ramasse, mais soudée

 

Une histoire parfaite pour un biopic puisqu'elle en respecte tous les codes : milieu modeste, mais ambitions démesurées, coup du sort, bataille contre les institutions, dépassement de soi pour, finalement accéder à son rêve, grâce à un petit coup de pouce du destin, Dwayne Johnson en l'occurrence. Bref, dans ces conditions, on pourrait s'attendre à un film hagiographique de plus, à la Bohemian Rhapsody. Sauf que non en fait, parce qu'il est écrit et réalisé par le grand Stephen Merchant, dieu vivant de la comédie acide anglaise avec Ricky Gervais.

Et c'est ce qui fait toute la différence. En effet, si le film ne se dépareille pas d'une bonne couche de morale américaine et verse dangereusement dans le sentimentalisme sirupeux dans son dernier acte tout en servant la soupe à la WWE (qui a produit le film, donc c'est logique), Merchant profite de ce cadre rigide et balisé pour le pervertir à la moindre occasion.

 

photo, Florence Pugh, Jack LowdenUn frère et une soeur avec une immense responsabilité sur les épaules

 

LET'S GET READY TO RUUUUUUMBLE

Ainsi, les parents de Paige (merveilleusement incarnés par Lena Headey et Nick Frost) passent pour de gros cons roublards et beaufs au possible qui voient avant tout leurs enfants comme de grosses vaches à lait. Ainsi, la WWE, symbolisée par un personnage d'instructeur incarné par Vince Vaughn, se fait l'écho de la course à la starification impitoyable, des sacrifices terribles que cela demande tout autant que de son côté arbitraire.

Pourtant, le véritable coeur du film n'est pas là et la figure imposée n'intéresse pas vraiment Stephen Merchant. S'il s'y plie par obligation, il préfère nous offrir une véritable étude de personnages terriblement touchante à travers la relation de Paige et de son frère ainé Zak. Il nous propose donc un anti-Rocky, où celle qui ne voulait pas forcément monter sur le ring se voit propulsée espoir ultime d'une famille entière pour sortir de la misère. À l'inverse, celui qui pensait être élu va devoir réapprendre à vivre normalement, dans la banlieue anglaise, avec son bébé à charge et des perspectives d'avenir peu reluisantes.

 

photo Une famille sur le ringRêves de gloire

 

Et on ne peut qu'admirer le talent et l'efficacité avec lesquels cette relation est traitée tout en subtilité, et n'oublie jamais un des deux côtés pour glorifier l'autre ou juger le premier.

C'est cette fracture initiale entre deux personnes qui se soutiennent depuis le début et qui doivent à présent apprendre à ne compter que sur eux-mêmes, surtout dans les moments les plus délicats, qui nous touche et atteint un degré d'authenticité humaine rarement vu dans les biopics de récente mémoire.

 

photo Une famille sur le ringPas de place pour tout le monde sur le ring malheureusement

 

GET IN THE RING

Il faut dire aussi que le film peut compter sur un duo de comédiens extraordinaires. Dans le rôle de Zak, Jack Lowden dévoile toute une palette d'émotions et de complexité psychologique qu'on n'attendait pas forcément dans un tel personnage et parvient sans problème à rendre crédible une descente aux enfers un peu caricaturale par instants. Mais c'est vraiment Florence Pugh, découverte dans The Young Lady et bientôt dans Midsommar, qui laisse bouche bée.

La jeune comédienne interprétant Paige s'y abandonne corps et âme et porte à elle seule le film, tant dans les moments d'émotion que dans les matchs de catch, où elle se lance à corps perdu et montre le gigantesque talent qu'elle porte en elle. En ce qui concerne Dwayne Johnson, il ne fait que passer et s'autoparodie comme à son habitude, donc pas la peine de s'appesantir sur son cas même s'il a un rôle déterminant dans l'intrigue.

 

photo, Florence PughIncroyable Florence Pugh

 

Si le film ne dépasse jamais les lois du biopic hollywoodien produit par ceux qui sont à l'origine de l'histoire vraie, Une famille sur le ring fait énormément de bien quand on le voit. Parce qu'il nous change des productions habituelles du genre, parce qu'il est honnête vis-à-vis de son public, sincère envers ses personnages et que, si la bonne morale est sauve et que tout est bien qui finit bien, il n'hésite jamais à explorer les zones d'ombre de ses héros.

Mieux, il pose, mine de rien, de vraies questions de société dans notre rapport à la célébrité et le poids que représente la famille au moment où l'on souhaite prendre son envol. Rien que pour ça, cette biographie acide d'une success-story pas comme les autres mérite d'être vu.

 

photo Une famille sur le ring

Résumé

Une humanité folle, des comédiens extraordinaires, des séquences prenantes et terriblement émouvantes, Une famille sur le ring n'est pas un biopic comme les autres. Respectant à la ligne les codes du genre, il les pervertit en même temps pour nous offrir une très belle histoire, drôle, passionnante et extrêmement touchante.

commentaires

Saiyuk
06/07/2019 à 16:24

Très bon film en effet. Déçu que vous ne parliez pas de Vince Vaughn qui dans un rôle un peu clichés s' en sort très bien

Christophe Foltzer - Rédaction
27/06/2019 à 17:38

@corleone :
Vous venez donc de découvrir notre technique secrète pour que les lecteurs ne lisent pas que les résumés des critiques ;)

Xavier Guyonnaud_85204
27/06/2019 à 16:16

Si vous avez regarder le générique de fin: Tessa Blanchard est la doublure de Florence Pugh et Zelina Vega reprend le role A.J Lee

Roukesh
27/06/2019 à 16:00

Un bon film, sans grandes prétentions, le film tient surtout par ses acteurs, tous très investis, et crédibles dans leurs rôles. Effectivement, il va falloir suivre Florence Pugh qui est impressionnante rôle après rôle.

Opale
27/06/2019 à 15:56

Ah.. Et bien sujet intéressant, acteurs que j'aime bien... Ça donne envie!

Flash
27/06/2019 à 14:59

Du coup c'est pas classé X ce film?

corleone
27/06/2019 à 13:09

c'est marrant en lisant le résumé de la critique qui est tout simplement élogieuse on n'a que 3,5 étoile sur 5... meme dans le résumé de la critique il faudrait sousligné le petit point négatif, m'en vait lire le gros paté de la critique maintenant...

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