Zombi Child : critique mambo

Simon Riaux | 12 juin 2019
Simon Riaux | 12 juin 2019

Imbriquant l'histoire vraie d'un homme transformé en zombi pour être exploité, et l'amitié ténébreuses reliant plusieurs jeunes filles au sein d'un pensionnat, Bertrand Bonello livre un récit hypnothique bourré d'idées de cinéma, auscultant plusieurs genres aux antipodes les uns des autres dans Zombi Child.

TEEN ZOMBI

À la faveur d’une lumière incertaine, mais enveloppante, la caméra de Bertrand Bonello capture un rituel mystérieux, aboutissant à la préparation d’une mystérieuse poudre. L’ouverture de Zombi Child est muette, comme les minutes qui vont suivre, et établit les formidables ambitions esthétiques du film. D’influences bressoniennes en errances pop, le cinéaste mêle rapidement deux temporalités, deux mondes, deux jeux de codes, dont il va extraire un substrat poétique enivrant.

Zombi Child revisite d’une part la biographie de Clairvius Narcisse, zombi au sort documenté, évoqué dans L'Emprise des ténèbres de Wes Craven, dont le fantôme plane constamment sur le métrage de Bonello et d’autre part embrasse un teen movie désenchanté, dans lequel le vaudou s’insinue progressivement. Plutôt que de tirer de cette équation une notice explicative à l'attention du spectateur, un commentaire sociétal simpliste, l'auteur ménage un lieu de trouble, où les motifs, les concepts, les plans et les regards se font écho. À travers les époques, les structures et les affects, ses protagonistes se perdent et s'entrechoquent, dans un ballet d'idées hypnotisant.

 

photoLouise Labeque

 

L’esclavage, l’aliénation, l’appétit de liberté comme d’émancipation irriguent les différents plans du récit, et permettent à ce curieux kaléidoscope de prendre forme. Et si l’impact onirique de l’ensemble s’avère si puissant, c’est justement grâce à ce mariage détonnant, qui n’intimide jamais le réalisateur.

Auteur parmi les plus radicaux et expérimentateurs du paysage hexagonal, Bertrand Bonello passe de l’exploration sensorielle d’Haïti à l’évocation de l’esclavage, en citant ici John Carpenter, par là John Hughes (les dialogues recèlent souvent de petits joyaux d'écriture), avant d’inviter le spectre de Brian De Palma le temps d'un travelling en salle de bains.

 

photoClairvius Narcisse

 

CLAIRVIUS AU BAL DU DIABLE

Zombi Child pourra laisser sur le côté les amateurs d’un cinéma politique bien élevé et idéologique, comme il risque d’agacer les gardiens d’un cinéma de genre se vivant comme pure expérience récréative. Il serait dommage pour autant de ne pas aborder cette œuvre protéiforme avec la même curiosité bienveillante qu’exigeait le formidable Nocturama.

À nouveau, le réalisateur aborde simultanément et sans les intellectualiser artificiellement, des thèmes à priori aussi éloignés que les liens entre plusieurs jeunes filles, pensionnaires de la maison d’éducation de la Légion d’honneur (fondée par Napoléon) et la survie d’un homme devenu zombi dans la société haïtienne, le considérant à peine comme du bétail.

Avec un appétit de cinéma désarçonnant, mais in fine passionnant, l’artiste mélange ses deux récits, les entremêle via le montage. Ses oeuvres ont souvent été duales, hantées par l'idée de mort, d'enfouissement (voir les séquences dansées, presque d'outre-tombe, qui ponctuaient L'Apollonide - souvenirs de la maison close), autant de thématiques qui semblent véritablement éclore ici, sans jamais renier la jeunesse orageuse que sait convoquer Bonello.

 

photo Un pensionnat pas tout à fait comme les autres

 

Ces unions échouent parfois à laisser entrevoir un sens clair, mais elles possèdent toujours une énergie cinégénique qui permet au métrage de croître longtemps après sa découverte. Le dispositif cherche au moins autant à établir le discours du film (dont la note d’intention est délivrée par le rôle que tient l’historien Patrick Boucheron) qu’à lui ménager un espace de vie propre.

Ainsi, les effets de superposition, les incursions du contemporain, les morceaux de Damso, comme les irruptions de romantisme noir, libertaires, laissent finalement la place à une rêverie qui n’appartient qu’au spectateur, terrain idéal pour des vertiges évocateurs, fragiles, mais stupéfiants.

 

Affiche

Résumé

Teen movie, exploration de la condition d'esclave, rêverie fantastique et hommage cinéphile, Zombi Child est tout cela à la fois. Si le film brouille parfois un peu trop les pistes, il recèle quantité de trouvailles de cinéma à l'impact saisissant.

commentaires

Simon Riaux - Rédaction
13/06/2019 à 16:05

@anonyme

Il me semble (et à pas mal d'autres je crois), que Bonello réalise une rêverie autour des figures de l'aliénation et de la soif de liberté.

D'un côté l'aliénation de Narcisse, transformé en zombi, de l'autre cette jeune femme que son amour perdu/rêvé aliène. Tous deux se heurte et se frotte aux problématiques liées à la domination (par un système, par leurs sentiments) et à la volonté, au désir de les épouser ou de s'y plonger.

Ils sont les facettes d'une même pièce, reliées dans le temps par la famille de la nouvelle venue dans l'établissement scolaire, et par la symbolique, l'établissement en question ayant été ouvert Napoléon, qui rétablit l'esclavage.
Après, oui, le film joue clairement la carte de l'errance et de l'évocation, plus que du récit tenu, carré.

anonyme
13/06/2019 à 15:31

Je suis passé complètement à côté du film, j'essaye désespérément de trouver ce que le réalisateur à voulu raconter, mais je n'y arrive pas.
Même du point de vue onirique je ne trouve rien à me mettre sous la dent.
Quelques beaux plans, particulièrement le tout premier et la scène vaudou finale mais ce sera tout pour moi.
Ennuyé pendant la séance mais curieux de comprendre ce que pas mal de critiques ont compris/aimé au final, je n'arrive pas à ressentir quelque chose de concret pour ce film. Dommage.

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