Captive State : critique District naze

Geoffrey Crété | 26 mars 2019 - MAJ : 26/03/2019 12:18
Geoffrey Crété | 26 mars 2019 - MAJ : 26/03/2019 12:18

Avec ses airs de District 9 et World Invasion : Battle Los AngelesCaptive State avait de quoi laisser espérer une alternative moins hollywoodienne aux blockbusters d'invasion alien. Avec son budget confortable mais intermédiaire (25 millions), et Rupert Wyatt aux manettes (La Planète des singes : Les Origines), la curiosité était réelle. La déception aussi.

INVAZZZZZION

Passé une intro fort intrigante, qui installe l'apocalypse et la hauteur de la menace (notamment dans un plan marquant), Captive State déroule son univers en un générique bourré d'informations, digne d'un jeu vidéo basique. La Terre a été envahie par de mystérieux aliens, qui ont vite convaincu les gouvernements de se rendre pour survivre. Ces extraterrestres dirigent donc la planète, depuis leurs vaisseaux ou des complexes sous-terrains. Chicago n'y échappe pas, avec un leader de l'espace qui veille sur le maintien de l'ordre, avec le soutien des autorités humaines et une technologie de pointe pour contrôler les masses.

La grosse et simpliste métaphore de la guerre, avec résistants et collabos, arrestations violentes et prisonniers politiques, est plus qu'évidente. Captive State va suivre Gabriel, un de ces résistants qui a perdu ses parents, et son grand frère et figure de la rebellion dans la lutte. 

Le reste sera beaucoup moins clair et palpitant, avec une équipe qui monte longuement une opération explosive pour attaquer l'ennemi. Et surtout, avec l'impression qu'il se passe plus de choses dans le résumé du générique, que dans les 3/4 du film après. Ce film d'invasion alien manque cruellement d'invasion et d'alien, et s'étire inutilement avec la conviction d'avoir quelque chose de profond et sérieux à raconter.

 

photo, Ashton SandersAshton Sanders face au vide de l'intrigue

 

ALIÉNATION

Rupert Wyatt et sa co-scénariste ont préféré écarter les affrontements dantesques, les combats visqueux, et les visions spectaculaires, car leur intérêt n'est pas là. Le risque était de plonger l'amateur d'action dans un profond coma, puisque c'est bien sûr à des années lumière de World Invasion : Battle Los Angeles, film de guerre extraterrestre au budget de blockbuster, ou même de productions plus petites comme District 9 et Cloverfield, avec lesquels il pourra être assimilé de loin dans la promo. 

Mais le problème de Captive State n'est pas qu'il résiste aux figures normalement imposées du genre. C'est qu'il ne propose rien de suffisamment fort, clair et percutant à la place. Cette posture de petit malin, qui semble crier qu'il y a mieux à filmer et montrer que des aliens et des tirs laser, est le piège dans lequel le film s'enterre.

 

photo, John GoodmanGoodman, bad film

 

Captive State s'accroche au point de vue des humains, pour raconter le sacrifice et la détermination de la résistance à abattre un ennemi sans visage. Pourquoi pas sur le papier. Sauf qu'à l'écran, c'est interminable et étonnamment mal mené. 

Les personnages sont peu attachants et à peine définis au nom de ce parti pris narratif, si bien que l'équipe est à peine identifiable. Ashton Sanders, John Goodman et la pauvre Vera Farmiga ne peuvent rien y faire. Les enjeux restent tellement abstraits que la majeure partie de l'histoire semble aussi basique que soporifique. Voulant plonger tête baissée dans l'opération, espérant créer un sentiment d'urgence, le réalisateur se fourvoie, et filme un long et morne tunnel.

 

photoGens anonymes dont on se fout 

 

ATTENTAT-IVE

Rupert Wyatt a certainement réalisé le film le plus fade de la trilogie moderne de La Planète des singes, quand son remake The Gambler est simplement passé inaperçu. Il n'y a donc pas de réelle surprise réelle face à ce Captive State qui manque cruellement d'éclat ou d'idée, et flirte même avec l'amateurisme.

Qu'un des rares plans à effet digne d'un film de science-fiction soit recyclé deux fois, avec la même sensation d'un vrai problème de finesse dans le rendu, en dit long sur les limites de l'entreprise. Le budget est un facteur, mais ne saurait être l'explication absolue. Monsters, premier film de Gareth Edwards, avait coûté 50 fois moins, mais savait jouer de ses limites grâce une mise en scène précise, et un travail impressionnant sur le son, l'obscurité et les cadrages. 

C'est tout ce qui manque à Captive State, qui échoue à bien des niveaux. Pas inintéressant mais loin d'être remarquable, le design des aliens n'a que deux ou trois occasions pour exister à l'écran, et il est alors desservi par un montage et une photo maladroits, voire illisibles. 

 

photo C'est beau, sauf quand ça bouge et que ça réapparaît 

 

Le reste du temps, Wyatt peine à vitaliser son récit enfermé dans des intérieurs ou extérieurs grisâtres. La direction artistique manque terriblement d'identité et de parti pris, et se repose sur une poignée d'images beaucoup trop faibles et isolées pour donner vie à ce monde.

Dans sa dernière ligne droite, Captive State daigne enfin montrer son vrai visage. Sa raison d'être apparaît alors et malgré la lourdeur de l'écriture ("Une étincelle..."), quelque chose se passe. Un vent balaye l'intrigue, permet au spectateur de reconnecter tous ces points qui semblaient si isolés et vains. Mais c'est beaucoup trop tard, beaucoup trop mince, et beaucoup trop déséquilibré pour sauver le film de ses errances et trous d'air. 

Captive State a voulu se la jouer V : Les visiteurs version moderne, en mettant l'accent sur la parabole guerrière, autour du territoire occupé et du terrorisme. La note d'intention est là, mais il aurait fallu un scénario en béton armé, ou au moins des personnages solides, et un univers plus clair et fort, pour lui rendre justice.

 

Affiche française

Résumé

Captive State est piégé par sa posture de petit malin, qui cherche à pirater le genre pour raconter une histoire d'humanité et de résistance. Mais à l'écran, c'est un raté, et un raté assez vilain à l'image.

Lecteurs

(3.2)

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commentaires

Mahdi
08/04/2020 à 00:44

Incompréhension totale en voyant autant de critiques "pro" négatives, rassuré en voyant dans les critiques "amateurs" que je ne suis pas le seul à avoir bien accroché au film.

Si c'était pour voir un énième film boum boum pan pan, c'est loupé. La règle numéro 1 pour pouvoir apprécier un film (ou quoi que ce soit d'autre en fait), C'est de n'avoir aucune attente, une règle pourtant élémentaire que certains ont oublié.

Pour moi, tout y était : métaphore de la guerre, du capitalisme, de la crise écologique, de l'ennemi invisible, avant tout métaphore de la nature humaine elle-même, un vrai scénario puzzle avec un twist, une vraie ambiance et non un simulacre. Que les personnages ne soient ni héros ni charismatique (car c'est une critique que j'ai lu plusieurs fois) est une nécessité scénaristique, de même que l'absence de suite. Le seul défaut, finalement, c'est que ce ne soit pas un film consensuel. Nous n'avons pas les mêmes sensibilités. Tant pis pour les autres, tant mieux pour moi et pour ceux qui ont aimé.

Andarioch
18/07/2019 à 10:00

C'est loin d'être nul.
Certes les personnages manquent dans l'ensemble de charisme mais ils ne sont finalement que le chevilles ouvrières d'un plan qui prend le temps de se mettre en place jusqu'à un final sobre mais efficace, qui donne sens à tous ce qu'on a vu.
Je me suis laissé happer par l'histoire, me foutant royalement de ne pas plus voir les aliens ou des scènes de combat. On est plus dans d'âpres histoire de résistance sans démonstration, avec de l'héroïsme qui joue sur le collectif plus que sur l'acte individuel.
Et bon, qu'on aime ou pas, on ne peut nier la présence d'un vrai scénario méticuleux et carré. C'est suffisamment rare de nos jours pour être appréciable.
Alors même si ça manque un peu de corps je lui colle 3 étoile et demi.

Belordure
07/04/2019 à 15:36

Je pensais voir un petit film bâclé, ce n'est pas le cas. Le scénario est soigné et la réalisation nerveuse, ce film mérite le détour. Les acteurs principaux manquent par contre de charisme (parti pris de montrer des gens ordinaires ou manque d'argent pour embaucher une tête d'affiche?). Du coup, c'est moi qui est l'impression d'être un alien en lisant les critiques unanimement négatives...

host
27/03/2019 à 00:04

En gros, c'est aussi chiant que Falling Skies.

Comme quoi le budget ne fait pas tout, si il n'y a pas d'histoire et si les personnages ne sont pas un minimum cernés au final, il n'y a que du vent. Certains réals pensent leurs films en amont en prenant en compte le budget et font en sorte que le film soit attractif malgré ce facteur, d'autres se servent des ficelles bien connues pour cacher le vide ambiant. Comme dit plus haut sur Monsters. Ce film est le parfait exemple, on sent que le film manque de thunes mais on ne décroche pas un seul instant. On est dedans. Je dirais même, à quoi sert de faire un film de science-fiction, si il n'est pas immersif ?

snake88
26/03/2019 à 14:10

Le 1er planète des singes était excellent !

bubblegumcrisis
26/03/2019 à 13:49

Je ne sais rien de ce Captive State à part sa promo qui est passée de intrigante dans le premier trailer à blockbuster lambda à base d'invasion aliens dans les suivants.

Par contre pour ce qui est de The Gambler avec Mark Wahlberg et Brie Larson, c'est un film que j'ai beaucoup aimé notamment par la justesse des thèmes qui y sont abordés et aussi par la direction d'acteur et une très bonne mise-en-scène. Après que le film soit passé inaperçu, je n'en connais pas les raisons. Je ne connais pas non plus le film original pour pouvoir comparer.

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