Convoi exceptionnel : critique en corbillard

Simon Riaux | 13 mars 2019 - MAJ : 14/03/2019 20:23
Simon Riaux | 13 mars 2019 - MAJ : 14/03/2019 20:23

On attendait des nouvelles de Bertrand Blier depuis Le Bruit des glaçons et son enivrante danse macabre, soit un peu plus de 9 ans. Avec Convoi exceptionnel, le cinéaste culte de Buffet froid, Les Valseuses et Tenue de soirée (on revient sur sa folle carrière par ici) fait encore la part belle à la mort, invitée ici en qualité d’ambassadrice ultime de ses névroses et fantasmes, sous les yeux de deux quidams ahuris.

LES CÔTELETTES SONT CUITES

Deux quidams, et à eux seuls une promesse, puisque les deux rôles principaux du film sont tenus par Christian Clavier et Gérard Depardieu. Soit un habitué de l’orfèvre Blier (c'est leur neuvième film ensemble), colosse du cinéma hexagonal devenu ogre en déshérence, et un bleu-bite, fantôme d’acteur comique à la carrière tumorale, en quête de rédemption filmique. À l’écran, dès la première image, le duo n’advient malheureusement jamais dans le cœur du spectateur.

 

photo, Gérard Depardieu, Christian Clavier Gérard Depardieu et Christian Clavier

 

Sitôt la première séquence et son jeu de piste méta (les héros courent après un scénario et ses auteurs omniscients), le constat est implacable. La mélodie Blier dissone, jamais les comédiens ne trouvent leur tempo, et les répliques claquent puis retombent, comme autant de balles tirées à blanc. Ni la poésie, ni la provocation, ni même l’irrésistible sensualité du verbe de Blier ne sont de la partie. Tout tourne à vide, et si la mort sature chaque scène de sa présence, ce n’est pas tant du fait de ses multiples incarnations au gré du scénario, mais bien par le vide qui préside au film.

Personnages et dialogues dévitalisés ne sont pas les seuls motifs de regretter la maestria passée du maître. D’ordinaire si chirurgical dans son découpage, capable de créer l’émotion dans le mouvement ténu d’un corps, d’habiller l’image d’une photographie complexe, l’artiste semble absent à lui-même. Image numérique baveuse, lumière d’un ennui pas si poli, montage ronronnant… Techniquement le film fait dans la relache embarrassante, piétinant l’héritage des Valseuses avec la grâce d’un gros intestin rompant soudain.

 

photo, Audrey Dana Audrey Dana, maîtrisse de cérémonie noire

 

LE PRURIT DES GLACONS

Pendant la majeure partie de ce Convoi exceptionnel, la putrescence attaque jusqu’à l’idée du cinéma de Blier. La misanthropie contrariée se fait bougonnerie gâteuse, la misogynie de façade se mue finalement en machisme recuit… Tous les affolants paradoxes de Calmos, Buffet froid ou Tenue de soirée se retrouvent ici sabrés, ramenés à de trop petits dénominateurs communs.

Et puis soudain, quand tout semble perdu, Alexandra Lamy entre en scène. Le temps d’une séquence, le temps d’évoquer un adultère par-delà la mort et une partouzerie endeuillée. Alors, le cadavre remue, Clavier s’exclame, et Depardieu émeut. Soudain, le réalisateur paraît retrouver des couleurs. Et le récit, qui commençait à sentir gentiment le natron, parvient de nouveau à gratter, dégueule de joie mauvaise, décoche quelques flèches poétiques et désenchantées, comme s’il lui était impossible de s’achever sur tant de médiocrité.

 

photo, Gérard Depardieu, Christian ClavierUn duo mal accordé...

 

Une bonne demi-heure de Blier excuse-t-elle 40 minutes de ratage total ? Valent-elles mieux que beaucoup de séances confortablement médiocres ? À chacun d’en décider. Mais quand s’amorce l’ultime mouvement de Convoi exceptionnel et que soudain les rôles s’inversent, on aura bien du mal à ne pas jouir, avec deux acteurs soudain brillants, de la poétique partition que leur offre le film avant de se taire.

En témoigne une incroyable scène finale, où Depardieu paraît lutter avec son oreillette, s'arrachant à des années de distanciation, pour renouer soudain avec l'acidité salvatrice d'un de ses pères de cinéma. Et quand l'artiste esquisse un demi-sourire d'assassin, c'est tout le film qui semble renaître.

 

Affiche

Résumé

La dernière demi-heure émerveillera peut-être les fans hardcore du réalisateur, pour peu qu'ils n'aient pas déjà quitté la salle, ou avalé leur poids en barbituriques.

commentaires

Marc
24/03/2019 à 10:51

Sa sent le sapin pour le prochain film de BLIER ! on lui à refuser plusieurs scénario dans la geule. Allez Bertrand On est pas bien là ? À la fraîche, décontractés du gland... Et on bandera quand on aura envie de bander . Salut l'Artiste

Pablo34
20/03/2019 à 21:20

Séance quittée au bout de 60mn. Quelle piège à spectateurs ! À croire que ces artistes avaient besoin de mal occuper leurs temps inter scénarios !!!! À éviter, à se détourner... heureusement que la carte pass autorise ce genre de nullité.

Ka
20/03/2019 à 09:20

Jamais vu un film aussi nul, mais où était la poésie et le pseudo humour ?? Et la vision des femmes dans ce film ???? Quelle œuvre misérable, celle d’un vieillard sénile certainement...

corinne
17/03/2019 à 21:23

" En attendant Godot" " revisité de nos jours, par Blier...avec une petite différence c'est qu'ici, ils sont tous morts (même les scénaristes) Une vision de l'autre côté du miroir aussi absurde et vide que devant ....Bon...rien de bien nouveau sous terre. Si, une nouvelle sous le soleil: Je me suis rendue au cimetière pour demander son avis à Beckett ( sur le scénario, le montage, le jeu des acteurs etc) ...il s'est retourné dans sa tombe :(

fred02
17/03/2019 à 13:17

Je trouve certaines critiques un peu dures tout de même, étant fan de Blier j'attendais avec impatience ce film, surtout 9 ans après son dernier (plutôt réussi). L'impression d'ensemble qui se dégage est certes mitigée, surtout en comparant avec des films comme Buffet froid. D'ailleurs il existe de nombreux points communs avec le chef d'oeuvre de sa carrière : humour noir, un peu absurde, le côté méta... Mais en moins bien il faut le dire. Les dialogues fusent parfois mais comme des petites pépites lancées un peu au hasard, sans qu'il y ait de réel lien entre les scènes. Le tandem Depardieu/Clavier fonctionne plutôt bien, Clavier me semblant meilleur dans le registre dramatique que comique. Le problème étant peut-être que certains rôles secondaires me semblent un peu justes pour rentrer totalement dans l'univers de Blier (on regrette les Carmet, Serrault, Dewaere...), époque oblige mais bon, faut pas être passéiste on va me dire ! Sinon que dire ? Un début de film plutôt surprenant et réussi, assez percutant comme très souvent avec Blier (les fameuses attaques chères au réalisateur), une partie centrale moins intéressante, un peu longue et manquant de rythme, et une fin meilleure et assez originale.

Doudou
17/03/2019 à 08:13

Il y a longtemps que je n'avais pas vu un film aussi complexe,j'ai essayé de comprendre le scénario au départ en me disant que ça avait un point avec la mort,nos vies,puis j'ai plus rien compris,ni queue ni tête,la majorité des spectateurs ont quitté la salle.
Heureusement que les rôles étaient joués par deux bons acteurs

Vesty00
17/03/2019 à 00:46

Une idee de depart a fort potentiel a t on un destin ,ou un libre arbitre.Qui organise nos vies?Et qui dirige l organisateur?Y a plein de questions suggerees.On aurait avoir des reponses claires,c un gachis ,esperons ques des producteurs reprennent l idee et y mettent les moyens.Ce film aurait pu etre enorme.

Saladtomatognon
16/03/2019 à 21:54

Content d avoir une arte ugc j aurai râlé de payer 10 euros pour ce truc .Bertrand ressaisit toi !!

poulet
16/03/2019 à 19:37

Assez poussif mais une très bonne recette de poulet

Boubouche 86
16/03/2019 à 06:19

Un super navet ! Pour un mauvais pot au feu ????

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