Le Chant du loup : critique-torpille dans la tête

Geoffrey Crété | 13 décembre 2018 - MAJ : 02/01/2020 21:20
Geoffrey Crété | 13 décembre 2018 - MAJ : 02/01/2020 21:20

Personne ne l'a vu venir, et pourtant. Premier film d'Antonin Baudry, scénariste de bandes dessinées qui a co-écrit l'adaptation de son Quai d'OrsayLe Chant du loup est un gros et beau pari pour le cinéma français. Budget de 15-20 millions, casting de premier ordre (Omar SyReda KatebMathieu Kassovitz, autour de François Civil), et ambition claire pour ce thriller sous très haute tension, qui plonge dans l'univers des sous-marins.

CREUX DE LA VAGUE 

Le Chant du loup semble sortir de nulle part et ne rentrer dans presque aucune case classique. Un premier film signé Antonin Baudry, ancien diplomate et auteur de bandes dessinées qui a fait ses premiers pas au cinéma en co-écrivant l'adaptation de son Quai d'Orsay ; un budget de 15-20 millions d'euros, mais pas au service d'une comédie bardée de valeurs sûres ou d'une marque connue ; des acteurs populaires (Omar SyReda KatebMathieu Kassovitz) mais réunis autour d'un François Civil encore (trop) méconnu ; et un thriller dans le monde des sous-marins, décor trop peu exploré au cinéma.

 

photo, François Civil, Omar SyVas-y petit !

 

Le pari est donc risqué, surtout après les contre-performance des contemporains Taxi 5, qui n'a pas été à la hauteur des scores de la saga, et de L'Empereur de Paris, un échec clair et net. Et alors que bien des spectateurs regrettent le manque de diversité et d'ambition du cinéma français, Le Chant du loup est celui d'une certaine grâce.

Thriller sous très haute tension d'une maîtrise impressionnante, mené d'une main de fer, c'est une claque d'autant plus belle qu'elle était inattendue, et qu'elle a tous les ingrédients pour réconcilier deux parties du public souvent désaccordées.

 

photo, François Civil, Mathieu Kassovitz, Omar Sy François Civil en pleine ascension après le récent Burn Out

 

SOUS L'OCÉAN

Les vingt premières minutes annoncent la couleur. Un sous-marin se cache dans des eaux interdites tel un prédateur, prêt à récupérer des plongeurs au nez et à la barbe de soldats étrangers. Mais quelque chose d'autre rôde, et très vite la panique s'installe. L'opération de sauvetage et de bravoure prend des proportions folles, et c'est avec une roquette que le pire est évité.

En quelques scènes, Antonin Baudry fixe le cap de son ambition. Et hormis quelques éléments plus faibles (une réplique par ci, un plan par là), Le Chant du loup sera solide, nerveux, tendu et spectaculaire, à l'image de cette introduction. C'est cette justesse qui impressionne dans ce premier film, lequel prend souvent des airs de longs couloirs traversés en apnée, sous la pression d'une intrigue implacable, dirigée par des personnages dessinés avec peu de choses si ce n'est énormément d'adresse.

 

photo, Reda KatebReda Kateb, impeccable comme toujours

 

Antonin Baudry est parfaitement à l'aise dès qu'il s'agit d'orchestrer la tension, voire l'angoisse, mais ne court jamais après le sensationnalisme gratuit. Son film n'est pas une démonstration vaine à l'américaine, et c'est au contraire avec une apparente facilité qu'il mène la barque. Il est aussi très adroit lorsqu'il s'agit de dépeindre la personnalité de son héros incarné par l'excellent François Civil, être à fleur de peau qui semble toujours au bord d'un précipice.

Qu'il soit doté d'une ouïe extraordinaire permet un design sonore captivant et immersif, d'ailleurs assuré au Skywalker Ranch de George Lucas, preuve d'un savoir-faire évident. Le réalisateur s'est d'ailleurs entouré d'une belle équipe, avec Tomandandy à la musique, et Saar Klein (passé sur La Ligne rouge, Le Nouveau Monde et La Mémoire dans la peau) en duo avec Nassim Gordji Tehrani sur le montage. La photo de Pierre Cottereau mérite elle aussi d'être saluée, tant elle joue habilement des ambiances anxiogènes au fond des eaux, tout en créant un pur espace de cinéma aux teintes bleutées.

Et dans les moments intimes avec la magnétique Paula Beer, par petites touches qui n'embarrassent jamais le récit, le réalisateur fait là aussi preuve d'une retenue et d'une sobriété, qui témoignent de son souci de l'humain dans ces coursives et tempéraments d'acier.

 

photo, François CivilDans les bas-fonds marins

 

L'ENFER DU DEVOIR

Mais Le Chant du loup n'est pas simplement là pour le spectacle. Derrière la tension maximale et les machoires serrées, Antonin Baudry dresse un portrait glacial des forces en présence sur la scène internationale. Les visages et nationalités comptent moins que l'idée qu'un pays peut créer son propre ennemi et monstre, dans une escalade militaire et politique qui vire à la farce tragique.

Le scénario n'y va pas de main morte pour mettre en scène cette impasse effrayante, mais le cinéaste s'emploie à ne jamais perdre de vue ses personnages, qui restent les phares dans l'intrigue, même dans ses rares moments trop appuyés. Et autour de François CivilMathieu KassovitzOmar Sy et Reda Kateb en imposent sans effort.

C'est non pas dans une explosion mais dans un murmure que ce chant se termine, avec une émotion très belle lorsqu'il replace sa machine sonore de héros sur un plan humain. Une ré-humanisation douloureuse et un superbe point final à ce beau film d'aventure, qui donne un puissant premier signal pour le cinéma français. Ne reste plus qu'à voir si le public entendra ce Chant, et y répondra.

 

Affiche

Résumé

Sous l'océan, personne ne vous entend trembler. Premier film, premier choc pour Antonin Baudry, qui orchestre un thriller sous très haute tension, superbement mis en scène, et mené d'une main de fer. 

Autre avis Alexandre Janowiak
Le Chant du Loup n'échappe pas à quelques lacunes scénaristiques et manque de subtilité dans le déroulé de son climax. Mais pour un premier film, c'est une vraie belle réussite immersive, captivante et pleine de tension. Le sound design est exemplaire et le casting parfait (Civil !). Fort.

commentaires

Seb90
15/12/2019 à 08:26

Même si le côté immersif et réaliste est bien reproduit, et les qualités techniques du film sont très bonne. Deux scènes qui gâchent le film, attention spoiller, Tire sur la sécurité du lance roquette et Omar sy qui va toquer à la porte du sous marin adverse !! Mais bien sûr

Rorov94
14/12/2019 à 19:55

D'autres auraient appelé ça une prophétie...

Rorov94
14/12/2019 à 19:54

@&rorov
Si tu est si intelligent,lis les post antécédents avant de poster.
Je te renvois à mon post du 04/02/2019 à 15h32.
Glisse le curseur vers le bas si tu sait lire...
Je sais,ça fait mal mais ça cicatrise...t'inquiète,j'me retire!

Esquimau en zone blanche
14/12/2019 à 17:12

Hélas les dialogues sont inaudibles, comme beaucoup de films français. Une bonne prononciation devrait être la base pour un acteur, non?

Rorov94
14/12/2019 à 13:22

EL merci de censurer mais les gens répondent quand même!!!

Flash
14/12/2019 à 10:06

@Rorov faire un flop au box office ne veut pas forcément dire que le film est nul (ex La porte du Paradis), l'inverse marche aussi.


14/12/2019 à 08:09

&Rorov94

Si tu es si intelligent, il fallait le dire avant que ce film allait être un flop, non ?

Flash
13/12/2019 à 22:43

La bonne surprise de l'année 2019 du côté français, avec l'Intervention.
Malgré une histoire d'amour sans grand intérêt, le film est une franche réussite, même Omar sy n'est pas horripilant pour une fois.

Grand Monarque
13/12/2019 à 19:57

et bien dans un sous marin nucleaire français,ou des portes avions nucleaires français (mince il n'y en a qu'un seul!) ou des rafales de chez Dassault on ne prend pas des types comme Omar SY ou mr Kassovitz lol, les patriotes ont les reconnait de loin , erreur de casting fondamentale credibilite ZERO pour genre de rôle pour les deux precités, les militaires ont bien rigolé, mais de temps en temps, les français font de bons films comiques,il faut le reconnaitre
du reste, les confreres critiques de Ecran Large ne partagent pas tous leur l'enthousiasme ..;les gens du "nouvel observateur" ont une vision du film a laquelle je souscris plus volontiers:
"Non seulement l'intrigue est risible, mais, franchement, Omar Sy en commandant du sous-marin "l'Effroyable" et Mathieu Kassovitz en amiral-commandant-la-force--océanique-stratégique, c'est l'erreur de tir totale. On cherche le gag. Il n'y en a pas."

Hanndy
16/03/2019 à 00:48

Très grosse surprise, je trouve le film bon, plongé absolument dans le film, il ne s'écarte pas de son sujet , impeccable , 9/10 !!

Plus

votre commentaire