Venom : critique spider-étron

Geoffrey Crété | 27 novembre 2018 - MAJ : 03/05/2020 19:10
Geoffrey Crété | 27 novembre 2018 - MAJ : 03/05/2020 19:10

Alors que l'homme-araignée s'est payée une énième jeunesse du côté de Marvel avec Spider-Man : Homecoming et des apparitions aux côtés des Avengers, son univers est un filon à exploiter. Arrive alors Venom, centré sur l'ennemi de Spider-Man aperçu dans Spider-Man 3. Sous les traits de Tom Hardy, il a droit à son propre film solo, réalisé par Ruben Fleischer (Bienvenue à Zombieland). Précédé de mois de signaux contradictoires sur la nature du film et de premiers échos désastreux côté Etats-Unis, le résultat fut à peu près aussi médiocre que redouté.

BUSINESS-MAN

Le raison d'être de Venom s'appelle business : celui de Sony, qui a passé un accord avec Marvel Studios pour (encore) relancer Spider-Man, au sein du MCU. Un deal qui a commencé avec Captain America : Civil War, comprend deux aventures solo, et deux Avengers. En attendant la suite puisque Spider-Man : Far From Home était censé signer la fin du partenariat, Sony n'avait pas le droit d'utiliser le Peter Parker incarné par Tom Holland de son côté. Peu importe : la marque prime, et l'exploitation de l'univers de l'homme-araignée a commencé.

Avant Morbius avec Jared Leto et d'autres projets annoncésVenom est donc le premier à débarquer, sans Spider-Man. Un comble pour ce personnage créé par Todd McFarlane et David Michelinie, étroitement lié au super-héros, et qui avait moyennement convaincu dans Spider-Man 3. Mais la version de Sam Raimi sera de toute évidence réévaluée après le visionnage du film de Ruben Fleischer (Bienvenue à ZombielandGangster Squad), où Tom Hardy incarne le reporter Eddie Brock. 

Alors que ce "loser" beau gosse et tatoué affronte une espèce d'Elon Musk, il rencontre donc Venom, le symbiote venu de l'espace. Le début d'une grande aventure, où deux têtes apparemment arrachées ne sauront abîmer la belle amitié un peu drôle et mignonne entre les deux "héros". Rire jaune.

 

photo, Tom Hardy Perception du loser, par Hollywood

 

PISSER DANS LA TOILE

Voilà donc le premier problème : ce Venom, alien belliqueux et sauvage, transformé ici en gentil ami cosmique, blagueur et aussi méchant qu'un sale gosse dans une cour d'école. Non seulement la bestiole est d'une laideur affolante, avec une surdose de CGI qui donne souvent la nausée, mais elle passe de créature diabolique à pote un peu lourd en quelques scènes.

 

photo, Tom HardyTom Hardy interprétant à la perfection Tom Hardy avec une moto

 

Entendre Venom dire qu'il est prêt à défendre la Terre parce qu'il a trouvé en Eddie un bon ami, qui lui ressemble et réchauffe son petit cœur visqueux, devrait provoquer quelques rires jaunes chez les amateurs de comics. Et le constant monologue intérieur entre Eddie et Venom, étalé dans les 3/4 des scènes, est au mieux lourdingue, au pire grotesque. Quand ce Venom compare un méchant gangster qu'il menace de bouffer à "un étron dans le vent", toute la problématique de la tonalité du film (un temps vendu comme Rated R, mais finalement PG-13 : quasi tout public) devient douloureusement évidente (et on ne voit vraiment pas qui rira à cette blague à part un fan trépané d'Elton John).

Il n'y a aucune intention de rendre justice au personnage ténébreux, qui est remixé et adouci pour servir un projet de franchise évidemment étalé jusqu'au générique de fin - avec la même finesse que The Amazing Spider-Man : Le destin d'un héros lors d'une scène post-générique qui a tout d'une parodie.

 

photoMoi, Venom, justicier des épiceries de quartier

 

Détacher Venom de Spider-Man mais garder Eddie Brock, alors qu'ils sont tous les trois liés dans les comics, a forcé les scénaristes à réécrire en partie l'histoire. Brock est bien un reporter qui perd son travail et sa fiancée, mais sa haine envers Peter Parker, pourtant fondatrice, ne peut exister ici. Transformé en Elise Lucet de San Francisco, il est construit par rapport à Carlton Drake, une sorte d'Elon Musk au nom de rappeur (moitié frangin du Prince de Bel-Air / moitié étudiant à Degrassi), qui fait office de pseudo bad guy avec-un-plan-pour-sauver-l'humanité-en-la-détruisant.

Problème : cet antagoniste interprété par Riz Ahmed, censé être un bon acteur, est d'une platitude effarante. Brock est donc une coquille vide, un électron qui n'a aucun socle pour exister, et n'a jamais l'ampleur d'un héros - et encore moins celle d'un anti-héros. 

 

photo, Tom HardyLa clause colère du contrat de Tom Hardy

 

VENAUFRAGÉ

Mais à l'heure où l'héritage des comics se dilue dans la production industrielle de super-héros, la question de la fidélité n'est plus la priorité du grand public. Reste alors le désir d'en prendre plein les yeux, d'être emporté dans un tourbillon d'effets et d'action, et être surpris par un univers où presque tout est possible.

De ce côté, Venom ressemble à un navire sans capitaine, créé pièce par pièce par différents départements, avant d'être assemblé sur une chaîne d'usine et tartiné de couches numériques en post-production. Il n'y a aucune cohérence dans le film, qui hésite entre le blockbuster générique (le héros, la fille, le méchant et l'avenir de l'humanité) et le buddy movie mutant (Eddie et son poto le symbiote, qui vont se donner des leçons pour grandir), et touche du bout des doigts la violence largement vendue en promo (les têtes apparemments dévorées par Venom sont tellement hors-champ que les dialogues doivent lourdement insister dessus).

 

PhotoManger une tête sans le montrer ni le suggérer : beau défi

 

L'action ne rattrape pas le film : elle le plonge dans le purgatoire des superproductions dont le budget (une centaine de millions ici) semble indécent vu le rendu à l'image. Le spectacle de Venom se résume ainsi à une course-poursuite et deux ou trois combats impersonnels, avec à peu près zéro intention de mise en scène. 

Quand un affrontement dans un hall d'immeuble enfumé ressemble à la scène la plus originale, c'est que quelque chose cloche. Et quand des drones high tech sont littéralement jetés sur le héros, sans aucune logique que celle de créer de beaux éclairs bleus, c'est que plus personne ne semble aux commandes.

 

photo, Michelle WilliamsAttention, scène d'action : "Les figurants courent et Michelle Williams aussi"

 

VENOMDEDIEU

La promo avait grandement misé sur Venom, mais Ruben Fleischer échoue même de ce côté. Les réactions d'Annie ou de la femme de l'épicerie, lorsqu'elles découvrent l'alien pour la première fois, sont si ridicules qu'elles précipitent le film vers la comédie. Le caractère effrayant et monstrueux du symbiote ne compte que sur la débauche d'images de synthèse, avec ce même sentiment d'images et mouvements approximatifs qui habillent trop de blockbusters.

Sans regard de cinéaste, et malgré la présence de Matthew Libatique (Mother !Black SwanThe Fountain) à la photo - d'où quelques scènes joliment éclairées -, Venom est réduit à un amas de CGI luisant, totalement déconnecté de l'univers réaliste et fade du film. Le climax est une apothéose à ce niveau, avec un affrontement illisible où la réalité s'évanouit pendant quelques minutes, laissant place à un moment de non-cinéma totalement vidé d'énergie, de sens, et d'intérêt. Le bestiau a beau être imposant et avoir une grande gueule, il n'y a jamais de sensation de puissance, de pesanteur, ou d'agilité.

 

photo, tom hardy Dark Side of the Power Ranger

 

La menace qu'il est censé représenter illustre à merveille la débilité d'un scénario sans queue ni tête, où le symbiote rejette à peu près tout le monde sauf les personnages principaux, pour la seule et unique raison que cela arrange l'intrigue. Cette vague histoire de fusée et d'invasion de symbiotes, balancée en trois répliques dans un labo, permet de confirmer que le film ne raconte rien. Et s'y prend en plus très mal.

Enfin, le cas Tom Hardy, qui semble se battre contre tout le reste du film pour un numéro comico-guignolesque entre le kamikaze, le sabotage, et le happening post-moderne. Face à un Riz Ahmed neurasthénique et une Michelle Williams tellement pro qu'elle suscite moins de pitié que prévu malgré un rôle en carton, il est donc le gros mystère de Venom.

Peut-être que le film était conçu comme une comédie violente et décalée dans une autre dimension. Dans la nôtre, l'acteur semble se promener avec une pancarte qui indique que rien ne va dans cette superproduction, et qu'il a donc délibérément choisi de tout court-circuiter. Ça ne sauve pas Venom, mais ça en fera peut-être un futur cas d'école vertigineux, à ranger aux côtés de Green Lantern.

 

Affiche

Résumé

Un blockbuster creux, laid, grotesque, qui cherche son identité et sa raison d'être dans tous les sens, et bafoue aussi bien les comics que les spectateurs venus chercher un bon spectacle. Ou quand l'usine à franchise tourne tellement à vide, qu'elle se transforme en cirque du vide.

Autre avis Mathieu Jaborska
Totalement inoffensif et même pas spectaculaire pour un sou, Venom est surtout une belle arnaque n'ayant d'autre but que de soutirer le maximum d'argent aux amateurs de super-méchants. Tous les Tom Hardy du monde ne pourraient sauver une telle coquille vide, naviguant en pilote automatique entre les money-shots sans âme motivant son existence.

commentaires

Flo
31/01/2020 à 12:56

« Vous m’avez dit de pas dire Hardy !?!!! » ????

« …les choses vont commencer à s’envenimer… », comme on disait dans Spider-Man 3.
Car déjà, il faut dissiper un malentendu entre ceux qui se disent que Venom n’est qu’un Super Vilain, le meilleur Ennemi Juré de Spider-Man… Et ceux qui se disent « oh que c’est complexe, que c’est sombre »… Alors qu’en fait non. C’est pas comme ça que ça a été créé, et que ça s’est perpétué.
Avant Venom, c’était (déjà) une idée commerciale avec la costume vivant de Secret Wars… et sa ligne de jouets.
Puis une idée (de lecteur) d’avoir pour Spider-Man un équivalent de Bizarro ou Man-Bat.
Alors OK, au début ça marchait très bien avec sa thématique du harceleur, plutôt intéressante… Mais le succès aidant, ils en ont fait une sorte de Punisher bis en monstrueux. Et voilà Venom en grosse star auprès d’autant les ados que les enfants, le faisant même apparaître dans les séries animées de Spidey les plus Tout Public. CQFD.

D’où un film se contentant finalement de la même chose, contrairement à un Deadpool poussant sa logique plus loin:
c’est un personnage vraiment très populaire auprès de beaucoup de gens ? Il le restera ici en gardant son capitale « sympathie », son côté loser musculeux « mais c’est pas sa faute, c’est les autres », sans choquer…
Donc oui, comme dans les comics Eddie Brock est bien un con, égoïste, crasseux, souvent grotesque, qui a beaucoup de bagout. Ce qui explique la présence de Tom Hardy, et de Riz Ahmed (lui aussi un bon tchatcheur) en antagoniste: Venom, c’est du comic bavard, bourrin mais assez inoffensif en fin de compte… Et c’est assez dingue de se dire qu’on avait aimé ça jadis, et de le retrouver tel quel sur grand écran.

Mais c’est tout, ça s’arrête là, y a pas grand chose à dire de plus, si ce n’est une petite « surprise » de voir le film prendre tout de même le temps de construire la vie privée de Eddie, de montrer comme son ego fout en l’air toutes ses qualités, comment en vérité il ne pense qu’à lui avant même sa compagne, etc… Ça aurait pu être un bon petit film dramatique déguisé en blockbuster.
Sauf que cela est un peu amoindrie par le fait que l’introduction n’est pas centrée sur Eddie mais sur l’arrivée des Symbiotes, et donc sur l’Action SF… introduction arrivée « en retard », tant c’est une scène qu’on aurait pu avoir dès Spidey 3.
De quoi en faire un film lui même un peu en retard, à l’instar d’un Justice League. Si c’était fait il y a 10 ans, OK… Aujourd’hui, avec tout ce qu’on a eu entre-temps comme films, c’est un peu court là…

Alors oui, on a des scènes passant comme des vignettes obligées, avec tout ce qu’on se doute d’y avoir (ça lorgne même trop sur TASM à certains moments), fan service compris (caméon SPOILER Lady Venom), scène gaguesques également mais gênantes et inutiles ici… Vraiment tout comme le comic, avec juste comme moments modernes le coté « morfal » du Symbiote venant plus de la période Mac Gargan, et une stylisation à la Clayton Crane.
Mais le tout censuré, comme dans les 90’s, où rien ne gicle… on comprend tout ce qui se passe hein ? Mais c’est comme du cartoon à la Woody Woodpecker, et avec un personnage humain bien plus abasourdi que vénère (comme si on racontait son histoire entre les cases de Amazing Spider-Man Vol 300)… ça tombe un peu à plat.

Donc ça se laisse voir, tranquillou, fonctionnel mais sans génie car Ruben Fleisher n’a jamais pu confirmer après Zombieland un plus grand talent… Ni Hardy un bonne implication dans des rôles plus Grand Public…
C’est juste à voir comme un épisode en plus… Un de X-Files par exemple, tant on peut même faire des passerelles entre le Symbiote, L’Huile Noire, et même le sang des Aliens dans Prometheus… Pourquoi pas, si Disney et donc Marvel possèdent la Fox ?
Tout ça pour cacher un manque d’imagination surtout…

Bref, c’est du posage classique de bases, ça donne envie de voir une suite tant on a ici comme une « moitié de film »… Mais le personnage lui n’est pas « sali », on le reconnait… il n’avait peut-être pas besoin d’être réinventé de fond en comble pour le cinéma, qui sait ?
Enfin ça, c’est en attendant de savoir si ce qui a été coupé du montage n’est pas un gros bordel, ou juste fait pour un autre type d’exploitation en attendant que ce film là, au générique très long, soit rentré dans ses frais.

Voilà quoi, c’était marrant. ????

Logan San
06/12/2019 à 22:42

Cet article n’est même plus une critique de film. Une critique est censé être un minimum objective et là tout ce que je lis ce sont des paragraphes remplis d’avis personnel. Pour ma part je trouve ça scandaleux de démonter un film de cette manière. Oui, c’est loin d’être le meilleur film de l’univers des comics mais il ne mérite pas ce genre d’article qui est sans intérêt.

Adam
28/11/2019 à 09:23

"transformé en Elise Lucet de San Francisco, il est construit par rapport à Carlton Drake, une sorte d'Elon Musk au nom de rappeur (moitié frangin du Prince de Bel-Air / moitié étudiant à Degrassi), qui fait office de pseudo bad guy avec-un-plan-pour-sauver-l'humanité-en-la-détruisant."
-> je valide les analogies!

Contrairement à l'auteur de l'article, j'ai trouve le symbiote assez bien foutu à l'ecran et la scene du restaurant est quand même pas mal. Et c'est tout... Le reste est un naufrage.
Et la suite ne s'annonce pas mieux avec un nouvel antagoniste qui est le même que le premier mais en rouge...

Je sens qu'on va avoir le même problème sur Black Adam: un excellent mechant sur le papier+un trés bonne acteur dans le vent = une adaptation fade qui n'aura rien à voir.

RonnyBoy
28/11/2019 à 01:29

Tout simplement le pire film Marvel et DC réunis. Quand j'ai été le voir au cinéma, j'ai faillis quitter la salle à plusieurs reprises. J'ai décidé de lui donner une seconde chance en Blu-Ray, que j'avais emprunté à un ami bien sûr, et j'ai autant détesté. Les Batman de Schumacher sont des chefs-d’œuvre à côté de ce Venom.

Geoffrey Crété - Rédaction
27/11/2019 à 21:05

@le Waw

On est ravis si vous avez plus aimé que nous, et pour le reste, comme on le dit souvent : on est toujours trop méchant ou trop gentil (car on nous reproche régulièrement d'être trop bon public sur pas mal de blockbusters ou films de genre, au hasard ;)

le Waw
27/11/2019 à 20:57

Un film sympa qui est certes loin d'être un chef d'oeuvre mais qui comme souvent ici se fait descendre a outrance. Moi je l'ai regardé comme un buddy movies des 90's lambda et basta.

Grand Monarque
27/11/2019 à 20:10

le film n'est pas si mauvais que çà: il ne se prend pas la tête, il ne se prend pas au sérieux, c'est une serie Z friquée qui doit s'apprecier avec un côte cinéphile "profil "déviant genre nanard mais les scenes d'action sont souvent illisibles j'ai vu le film en bluray 1080P, les trucages sont assez degueux,j'ose pas imaginer le carnage en 4K!
j'ai trouve la photo assez mauvaise, pourtant c'est un chef op de reference qui a eclairé la bouse!

Pat
19/07/2019 à 15:59

Ca se laisse voir.

Nomad
24/03/2019 à 09:25

Bon film injustement critiqué. Largement dans la moyenne d'un marvel lambda. Ou alors ce qui est dit par la critique sur ce film l'est tout autant pour les films de super héros en général.

M1pats
24/03/2019 à 06:28

Je l ai finalement vu ce fameux affeux film qui est Venom

C est la dernière fois que je fasse confiance a des critiques avant d avoir vu un film, ou de les laisser m influencer sur quoi regarder ou non

J ai trouvé le film bon dans la moyenne des film du genre avec des super passages et évidement ses défauts, mais jamais de la vie il ne mérite un tel degré de haine, perso je comprend très bien son succès au ciné

Plus

votre commentaire