Venom : critique spider-étron

Mise à jour : 03/10/2018 18:24 - Créé : 3 octobre 2018 - Geoffrey Crété

Alors que l'homme-araignée s'est payée une énième jeunesse du côté de Marvel avec Spider-Man : Homecoming et des apparitions aux côtés des Avengers, son univers est un filon à exploiter. Arrive ainsi Venom, centré sur l'ennemi de Spider-Man aperçu dans Spider-Man 3. Sous les traits de Tom Hardy, il a droit à son propre film solo, réalisé par Ruben Fleischer (Bienvenue à Zombieland). Et après des mois de signaux contradictoires sur la nature du film et de premiers échos désastreux côté Etats-Unis, le résultat est à peu près aussi médiocre que redouté.

Affiche
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BUSINESS-MAN

Le raison d'être de Venom s'appelle business : celui de Sony, qui a passé un accord avec Marvel Studios pour (encore) relancer Spider-Man, au sein du MCU. Un deal qui a commencé avec Captain America : Civil War, comprend deux aventures solo, et deux Avengers. En attendant la suite puisque Spider-Man : Far From Home est censé signer la fin du partenariat, Sony n'avait pas le droit d'utiliser le Peter Parker incarné par Tom Holland de son côté. Peu importe : la marque prime, et l'exploitation de l'univers de l'homme-araignée a commencé.

Avant Morbius avec Jared Leto et d'autres projets annoncésVenom est donc le premier à débarquer, sans Spider-Man. Un comble pour ce personnage créé par Todd McFarlane et David Michelinie, étroitement lié au super-héros, et qui avait moyennement convaincu dans Spider-Man 3. Mais la version de Sam Raimi sera de toute évidence réévaluée après le visionnage du film de Ruben Fleischer (Bienvenue à ZombielandGangster Squad), où Tom Hardy incarne le reporter Eddie Brock. 

Alors que ce "loser" beau gosse et tatoué affronte une espèce d'Elon Musk, il rencontre donc Venom, le symbiote venu de l'espace. Le début d'une grande aventure, où deux têtes apparemment arrachées ne sauront abîmer la belle amitié un peu drôle et mignonne entre les deux "héros". Rire jaune.

 

photo, Tom Hardy Perception du loser, par Hollywood

 

PISSER DANS LA TOILE

Voilà donc le premier problème : ce Venom, alien belliqueux et sauvage, transformé ici en gentil ami cosmique, blagueur et aussi méchant qu'un sale gosse dans une cour d'école. Non seulement la bestiole est d'une laideur affolante, avec une surdose de CGI qui donne souvent la nausée, mais elle passe de créature diabolique à pote un peu lourd en quelques scènes.

Entendre Venom dire qu'il est prêt à défendre la Terre parce qu'il a trouvé en Eddie un bon ami, qui lui ressemble et réchauffe son petit cœur visqueux, devrait provoquer quelques rires jaunes chez les amateurs de comics. Et le constant monologue intérieur entre Eddie et Venom, étalé dans les 3/4 des scènes, est au mieux lourdingue, au pire grotesque. Quand ce Venom compare un méchant gangster qu'il menace de bouffer à "un étron dans le vent", toute la problématique de la tonalité du film (un temps vendu comme Rated R, mais finalement PG-13 : quasi tout public) devient douloureusement évidente.

Il n'y a aucune intention de rendre justice au personnage ténébreux, qui est remixé et adouci pour servir un projet de franchise évidemment étalé jusqu'au générique de fin - avec la même finesse que The Amazing Spider-Man : Le destin d'un héros lors d'une scène post-générique qui a tout d'une parodie.

 

photoMoi, Venom, justicier des épiceries de quartier

 

Détacher Venom de Spider-Man mais garder Eddie Brock, alors qu'ils sont tous les trois liés dans les comics, a forcé les scénaristes à réécrire en partie l'histoire. Brock est bien un reporter qui perd son travail et sa fiancée, mais sa haine envers Peter Parker, pourtant fondatrice, ne peut exister ici. Transformé en Elise Lucet de San Francisco, il est construit par rapport à Carlton Drake, une sorte d'Elon Musk au nom de rappeur, qui fait office de pseudo bad guy avec-un-plan-pour-sauver-l'humanité-en-la-détruisant.

Problème : cet antagoniste interprété par Riz Ahmed, censé être un bon acteur, est d'une platitude effarante. Brock est donc une coquille vide, un électron qui n'a aucun socle pour exister, et n'a jamais l'ampleur d'un héros - et encore moins celle d'un anti-héros. 

 

photo, Tom HardyLa clause colère du contrat de Tom Hardy

 

VENAUFRAGÉ

Mais à l'heure où l'héritage des comics se dilue dans la production industrielle de super-héros, la question de la fidélité n'est plus la priorité du grand public. Reste alors le désir d'en prendre plein les yeux, d'être emporté dans un tourbillon d'effets et d'action, et être surpris par un univers où presque tout est possible.

De ce côté, Venom ressemble à un navire sans capitaine, créé pièce par pièce par différents départements, avant d'être assemblé sur une chaîne d'usine et tartiné de couches numériques en post-production. Il n'y a aucune cohérence dans le film, qui hésite entre le blockbuster générique (le héros, la fille, le méchant et l'avenir de l'humanité) et le buddy movie mutant (Eddie et son poto le symbiote, qui vont se donner des leçons pour grandir), et touche du bout des doigts la violence largement vendue en promo (les têtes apparemments dévorées par Venom sont tellement hors-champ que les dialogues doivent lourdement insister dessus).

 

PhotoManger une tête sans le montrer ni le suggérer : beau défi

 

L'action ne rattrape pas le film : elle le plonge dans le purgatoire des superproductions dont le budget (une centaine de millions ici) semble indécent vu le rendu à l'image. Le spectacle de Venom se résume ainsi à une course-poursuite et deux ou trois combats impersonnels, avec à peu près zéro intention de mise en scène. 

Quand un affrontement dans un hall d'immeuble enfumé ressemble à la scène la plus originale, c'est que quelque chose cloche. Et quand des drones high tech sont littéralement jetés sur le héros, sans aucune logique que celle de créer de beaux éclairs bleus, c'est que plus personne ne semble aux commandes.

 

photo, Michelle WilliamsAttention, scène d'action : "Les figurants courent et Michelle Williams aussi"

 

VENOMDEDIEU

La promo avait grandement misé sur Venom, mais Ruben Fleischer échoue même de ce côté. Les réactions d'Annie ou de la femme de l'épicerie, lorsqu'elles découvrent l'alien pour la première fois, sont si ridicules qu'elles précipitent le film vers la comédie. Le caractère effrayant et monstrueux du symbiote ne compte que sur la débauche d'images de synthèse, avec ce même sentiment d'images et mouvements approximatifs qui habillent trop de blockbusters.

Sans regard de cinéaste, et malgré la présence de Matthew Libatique (Mother !Black SwanThe Fountain) à la photo - d'où quelques scènes joliment éclairées -, Venom est réduit à un amas de CGI luisant, totalement déconnecté de l'univers réaliste et fade du film. Le climax est une apothéose à ce niveau, avec un affrontement illisible où la réalité s'évanouit pendant quelques minutes, laissant place à un moment de non-cinéma totalement vidé d'énergie, de sens, et d'intérêt. Le bestiau a beau être imposant et avoir une grande gueule, il n'y a jamais de sensation de puissance, de pesanteur, ou d'agilité.

 

photo, tom hardy Dark Side of the Power Ranger

 

La menace qu'il est censé représenter illustre à merveille la débilité d'un scénario sans queue ni tête, où le symbiote rejette à peu près tout le monde sauf les personnages principaux, pour la seule et unique raison que cela arrange l'intrigue. Cette vague histoire de fusée et d'invasion de symbiotes, balancée en trois répliques dans un labo, permet de confirmer que le film ne raconte rien. Et s'y prend en plus très mal.

Enfin, le cas Tom Hardy, qui semble se battre contre tout le reste du film pour un numéro comico-guignolesque entre le kamikaze, le sabotage, et le happening post-moderne. Face à un Riz Ahmed neurasthénique et une Michelle Williams tellement pro qu'elle suscite moins de pitié que prévu malgré un rôle en carton, Tom Hardy est donc le gros mystère de Venom.

Peut-être que le film était conçu comme une comédie violente et décalée dans une autre dimension. Dans la nôtre, l'acteur semble se promener avec une pancarte qui indique que rien ne va dans cette superproduction, et qu'il a donc délibérément choisi de tout court-circuiter. Ça ne sauve pas Venom, mais ça en fera peut-être un futur cas d'école vertigineux, à ranger aux côtés de Green Lantern.

 

Affiche

Résumé

Un blockbuster creux, laid, grotesque, qui cherche son identité et sa raison d'être dans tous les sens, et bafoue aussi bien les comics que les spectateurs venus chercher un bon spectacle. Ou quand l'usine à franchise tourne tellement à vide, qu'elle se transforme en cirque du vide.

commentaires

Quentin 21/10/2018 à 18:27

J'ai trouvé le film plutot bon, j'ai passé un bon moment mais je regrette le manque de violence, et de peur que le symbiote est censé suscité (comme avec l'epiciere) , on sent qu'il manque des scenes donc on pourra peut etre esperer une version longue lors de sa sortie dvd. Le scenario est banale mais l'univers des symbiotes et bien retranscrit MAIS on ne sent pas du tout (peut etre par la suite on le verra) l'influence du symbiote sur son hote, normalement il est impossible de controler a 100 % son symbiote ^^ cest en partie ce qui rend venom violent et dangereux. Pour ce qui est du personnage de Brock il est normal qu'on le reecrive d'une maniere un peu plus sympa dut a l'abscence de spider-man mais comme j'ai dit plus tôt on manque un peu de violence et de mechanceté de la part de venom.

Gagou81 21/10/2018 à 14:28

C est un film moyen, le realisateur ou producteur aurait pu faire mieux,en misant un tantinet sur un scenario plus ficelé,mais bon....Moi ce qui m'a derangé le plus c'est de voir un si bon avteur comme tom hardy jouer un pied .....

Geoffrey Crété - Rédaction 17/10/2018 à 00:03

@Fridrich

Ouèp et ça tombe bien : on répète inlassablement que notre parole n'est pas sacrée, que chacun devrait aller en salles se faire son avis... et puis bon, si quelqu'un vient lire une critique et cherche uniquement à trouver des avis qui vont dans son sens, ou alors ça l'énerve, ça ne relève pas vraiment de notre pouvoir.
On est les premiers à écouter et accueillir l'avis d'autrui avec curiosité, on est les premiers à assumer parfaitement les divergences d'opinion au sein de la rédaction, et on a même une rubrique des "mal-aimés" où on revient sur des films que la critique et/ou le public a injustement boudé selon nous.

Le plus important est donc d'avoir conscience que personne n'a raison ou tort, et que c'est bien intéressant d'échanger des avis, entre cinéphiles, sans en avoir "rien à foutre" de l'autre quand ça nous déplaît.

bounty 16/10/2018 à 21:16

Très bon film signé Marvel, excellent j'adore ;) dommage qu'il y ait des rageux qui font leur caca nerveux sur le contenu du film

Fridrich 16/10/2018 à 19:10

Simon Riaux - Rédaction
Ouèp par contre vos attentes à vous on en a rien à foutre, le plus important c'est que ça plaise à nous pas à vous, c'est pas parce que vous pensez que c'est nul que ça l'est, il y a des films très mal noté qui sont très bien noté par les spectateur et inversement, des films qui ont des succès phénoménaux malgré les mauvaise critique presse, et d'autre qui n'en ont pas malgré les très bonne critique presse

Fridrich 16/10/2018 à 19:06

Eh bien j'aurais pas cru que vous détesteriez autant, comme quoi, marvel aussi peut faire de mauvais truc, pas que dc, mais beaucoup de gens ont plutôt aimer, la note des spectateurs est plus grande, bref, bon je ne l'ai pas vu, je suis pro dc, et pour un pro dc ça fait du bien, mais bon je dis ça plus pour rire

Pulsion73 15/10/2018 à 10:03

Je ne sais pas si le passage au PG 13 a nui à la qualité du film mais il était là surtout pour limiter les dégâts on s'en doute. Sentant que leur film partait en sucette ils ont changé de cap au dernier moment, abandonné le R Rated (raté ?) , pour sauver les meubles en ratissant le plus large possible.

Decoy 14/10/2018 à 16:43

Un film d'action trop générique pour retenir l'attention et manquant sérieusement d'humour.

Percy Leplat 13/10/2018 à 18:13

Une critique très bien construite et justifiée. Certains commentaires en bas de votre texte m'interpellent car leurs auteurs semblent oublier que la critique et l'évaluation sont des gestes éminemment subjectifs. Bonne continuation !

Simon Riaux - Rédaction 10/10/2018 à 15:51

@JOKE

Le film devait être top...
Ce qu'il ne faut pas lire... On ne se prononce jamais sur un film avant sa sortie. On indique tout au plus s'il nous excite ou pas.

Et dans le cas de Venom, on a rappelé en long en large et en travers combien le classement PG-13 était problématique.

Bref, attention à ne pas confondre vos attentes et les nôtres.

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