Un peuple et son roi : critique qui tranche dans le vif

Créé : 24 septembre 2018 - Simon Riaux

Encore sonnés par la virtuosité de L'Exercice de l'État, c’est forcément avec une immense curiosité qu’on attendait Un peuple et son roi, nouveau film de Pierre Schoeller. Depuis Versailles, en 2008, le metteur en scène se penche sur des êtres en lutte pour la reconnaissance de leur individualité, leur existence, leur pouvoir au sein d’un univers mouvant. Des thèmes qui trouvent leur aboutissement alors que le cinéaste aborde la Révolution Française.

photo, Adèle Haenel
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SI VERSAILLES M’ÉTAIT BRÛLÉ

Un peuple et son roi retrace les trois années qui ont suivi la Révolution, avant que n’advienne la Terreur, quand cohabitent dans le royaume de France la folle énergie d’un peuple se soulevant, la volonté de contrôle d’une bourgeoisie accédant au pouvoir et la puissance vacillante d’une royauté au bord du gouffre.

Le projet est ambitieux, d’autant plus que Pierre Schoeller ne se contente pas d’aborder la question par l’unique angle « officiel » et si l’Assemblée accueille quelques scènes à l’écriture ciselée, c’est dans les échoppes, dans la rue, au cœur de la nature, que le projet du film éclot. Récit d’un bouillonnement, chronique d’un fleuve de volonté populaire se transformant progressivement en raz de marée, Un peuple et son roi entend représenter équitablement les lavandières affamées, les parlementaires balbutiants, les citoyens s’unissant pour la première fois.

 

photo, Niels Schneider, Denis LavantMarat et Saint-Just (Denis Lavant et Niels Schneider)

 

Et c’est peut-être cette appréciable ambition qui fait du film un objet curieux, toujours le cul entre deux chaises, incapable de trancher entre la dimension épique de son sujet, et les pulsions intimistes chères à son auteur. Aucune de ces deux tendances n’est à proprement parler ratée, et Schoeller impressionne autant quand il montre la liesse des destructeurs de la Bastille, baignés dans un soleil pareil à un pulsar brûlant, ou quand il filme un délire onirique où Louis XVI fait face à une lignée d’aïeux outrés par son échec.

Malheureusement, le métrage a souvent du mal à trouver l’équilibre entre les multiples thématiques qui traversent ses saynètes. La faute à un montage qui donne très clairement l’impression que la fresque a été charcutée par un chirurgien fou afin de ne pas trop s’étaler, comme en témoignent plusieurs plans visibles dans la bande-annonce, et absents de la version découverte en salles.

 

photo, Laurent LafitteLouis XVI, victime collatérale de la naissance de son peuple

 

LOUIS SAIGNE

Ces indécisions et orientations qui limitent l’ampleur d’Un peuple et son roi sont d’autant plus regrettables que le film est traversé de fulgurances incroyables. Toutes les scènes entre Adèle Haenel et Gaspard Ulliel sidèrent d’incandescence, quand il suffit à Denis Lavant d’une poignée de répliques pour électriser le moindre plan. Mais là encore, le montage souvent chaotique pourra donner le sentiment d’assister à une série de sketchs éclatants, mais dépendant plus du talent de leurs interprètes que d’une véritable vision d’ensemble.

Cette dernière n’est pourtant pas absente. Derrière ces innombrables visages, les protagonistes qui entrent dans cette peinture flamboyante, se dessine l’idée du rapport passionnel, organique et parfois funèbre qui lie les français au politique. On sent affleurer de partout dans le récit cette fièvre du verbe, cette capacité typiquement hexagonale à transformer les mots en actes et les concepts en geste.

 

photo, Adèle Haenel, Gaspard Ulliel Adèle Haenel et Gaspard Ulliel

 

C’est là l’immense grâce de ce film parfois bancalUn peuple et son roi parvient à toucher du doigt la passion politique et son emballement, en représentant comme jamais la relation contrariée qui unit le corps des français à son Roi. Et à la faveur d’une séquence bouleversante, où Louis affronte la foule de ceux venus assister à son exécution, Schoeller nous donne à ressentir cette entrée du peuple de France en modernité. Cet instant précis où nous avons collectivement entamé un nouvel exercice de dévotion, non plus pour un souverain au corps exposé, mais pour un monarque immatériel et politique. Ce n’est pas le moindre de ses mérites.

 

Affiche officielle

Résumé

Malgré un montage qui étouffe un peu les grandes ambitions de Schoeller, Un peuple et son roi demeure une fresque passionnante sur notre rapport fiévreux à la chose publique.

commentaires

Théo 25/09/2018 à 13:27

Le le film est clairement charcuté. Il n'y aura pas le deuxième épisode sur la terreur. Dommage

cepheide 24/09/2018 à 20:53

Peut-être une version longue dans les cartons ?

Grunt 24/09/2018 à 19:50

@gG

Bon ben alors si ça a toujours été pareil, il est temps que ça change. Il faut mettre au pouvoir des gens avec de graves carences affectives, les choses tourneront peut-être mieux.

gG 24/09/2018 à 19:24

@Grunt Jamais du ouvrir un livre d'histoire pour dire ça, ou alors quand vous voyez la vérité dans les livres sur les rois de france, votre psychopathie pro-royaliste vous fait voir la vérité comme un mensonge. C'est ce qu'on appelle aborder les choses avec un biais... Ou alors vous croyez que les rois sont les rois de Disney...

Sharko 24/09/2018 à 18:54

Le film devait être un diptyque à 30 M€ et devient un film à 16 M€. Même comme ça, je ne vois pas comment le film peut marcher avec une quasi absence de promotion. On se dirige vers un échec du même genre que La révolution française de Robert Enrico.

Grunt 24/09/2018 à 16:59

Ce qui est bien avec les rois, c'est qu'ils apprécient d'être aimés de leur peuple. Nos représentants élus n'en ont rien à faire d'être populaires, ce sont des psychopathes qui n'ont que le mot "budget" dans la tête.

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