Climax : very bad cri-trip

Mise à jour : 17/09/2018 15:22 - Créé : 17 septembre 2018 - Geoffrey Crété

Cinq films. Cinq expériences. Quasiment cinq polémiques, scandales, révélations, coups de génie ou d'horreur, selon les avis. Révélé par Seul contre tous en 1998, propulsé par Irréversible en 2002, Gaspar Noé est parmi les réalisateurs les plus iconoclastes et turbulents du cinéma (français). Et Climax, avec notamment Sofia Boutella, ne risque pas d'enterrer la hache de guerre filmique.

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ENTER THE DANCE

Il y a d'abord une pure vision de cinéma, où une caméra de démiurge filme un décor et une situation parfaits pour exciter l'imaginaire et placer un genre. Puis, des visages qui s'enchaînent et des voix qui se suivent pour se raconter, et imposer en quelques secondes des personnalités fascinantes. Enfin, il y a cette introduction démente, cette transe sur Supernature de Cerrone, qui donne le vertige.

En trois mouvements, Gaspar Noé présente le programme de Climax, son cinquième film, arrivé particulièrement tôt puisque trois ans le séparent de Love, quand il en avait attendu huit après Irréversible pour revenir avec Enter the void. Et au menu, il y a du cinéma pur, qui s'amuse avec la forme et les couleurs et les mouvements, pour plonger le spectateur dans un puits d'adrénaline et de terreur ; il y a aussi des acteurs incroyables, de pures gueules de cinéma menées par Sofia Boutella, qui rappellent le génie du cinéaste en la matière ; et enfin, il y a la danse, pièce maîtresse de cet orgasme auto-proclamé, moteur à combustion des corps et des âmes réunies dans ce décor digne d'une maison hantée. Il y a un peu de tout dans Climax, mais surtout un plaisir intense, et une sensation extrême de cinéma.

 

photo, Sofia BoutellaMiroir miroir, dis-moi qui est la plus folle 

 

PROMENONS-NOUS DANS LES WATTS

Si le cinéma de Gaspar Noé a bien souvent été comparé à des trips, Climax est avec Enter the Void celui qui le mérite le plus. L'histoire importe moins que l'énergie, la pulsion de vie et de cinéma qui prend d'assaut l'écran et le spectateur. Des premiers instants aux ultimes images, le public est précipité dans un puits vertigineux et sensoriel d'1h30 environ, où il perdra ses repères et s'accrochera aux corps, aux mots, aux visages. Le plan-séquence sur la première scène de danse est un signal envoyé au cerveau reptilien, pour annoncer que l'expérience sera enivrante au possible.

A l'écran, l'intrigue tourne autour d'un groupe de danseurs réunis par une chorégraphe dans une maison isolée, pour préparer une tournée américaine. Le réconfort après l'effort va prendre une sale tournure à cause d'une sombre affaire de sangria, qui va transformer la soirée en nuit d'enfer. En réalité, il y a là un prétexte pour filmer les hommes comme les bêtes qu'ils sont - bêtes de scène, de sexe, d'amour, de violence.

Sous les yeux du spectateur, c'est donc un film et des personnages qui s'effritent quasi en direct, suivis, épiés et caressés par une caméra virevoltante qui les accompagne aux portes de l'enfer. De la douceur candide à la brutalité la plus inouïe, Climax offre une vision électrisante de l'usine atomique que sont les relations humaines.

 

photo La scène de danse renversante

 

MUSIQUE D'ANTICHAMBRE DE L'ENFER 

Si ce drapeau français est accroché comme décor du chaos, et que c'est un "film français et fier de l'être" revendiqué dès le générique, c'est que Climax se présente aussi comme l'expérience d'un dérapage collectif, selon le réalisateur. On y parle choc des cultures et des éducations, sexualité sous différentes formes, amours et désamours, maux familiaux et sentimentaux, pour peindre un vivre ensemble qui passe de l'idylle à l'horreur.

Mais le discours, qui de toute évidence est bien là, n'est jamais brandi comme un étendard. Gaspar Noé ne cherche pas l'adhésion, le respect ou les fleurs. Pas plus là que dans ses précédents films. Sauf qu'ici, il semble s'effacer derrière son oeuvre. Le cinéaste semble oublier sa queue et sa tête (voire son nombril) pour disparaître, et laisser son cinéma prendre vie comme une bête sauvage et indomptable. Il laisse les acteurs et les corps occuper tout l'espace, tout le film, qui semble alors plus léger et vivant dans sa bulle nineties. Climax commence comme une brise d'air frais avant de se transformer en tornade de sueurs et de hurlements.

 

photo, Sofia BoutellaA corps et à cris

 

Et s'il a pu donner la sensation de lâcher un peu la manette de contrôle, c'est qu'il a face à lui des artistes incroyables. A commencer par Sofia Boutella, visage le plus connu de la troupe, qui est absolument démente. Voir la danseuse-actrice refaire une scène à la Possession de Zulawski, où elle réinterprète une crise à la Adjani, est un moment terrassant. Romain GuillermicClaude Gajan MaudeSharleen TempleGiselle PalmerTaylor KastleThea Carla SchottLea VlamosAlaia AlsafirMamadou Bathily... tous sont extraordinaires, identifiables, uniques, et composent ensemble une symphonie aussi excitante qu'enivrante.

La mise en scène, qui enquille des travellings et plans-séquences et effets de montage, n'a pas peur des ruptures de rythme, et donne au moindre rôle une vraie personnalité et couleur, est d'une puissance folle. Et si la toute dernière partie pousse le délire un chouia trop loin et trop longtemps, au point de donner l'impression que le vrai climax est derrière, l'orgasme est bien réel tant le cinquième film de Gaspar Noé se pose comme la quintessence de son cinéma et ses ambitions. Et comme une certaine idée d'un septième art qui repousse les limites, créé son propre langage, et invite le spectateur à aller bien au-delà des sentiers rebattus, pour sentir son coeur s'emballer et ses neurones chauffer.

 

Affiche

Résumé

Plonge dans le Climax de Gaspar Noé, puits vertigineux où les corps et les cris s'emmêlent pour créer un cauchemar au-delà du réel, qui transpire le cinéma et la liberté.

commentaires

STEVE 28/10/2018 à 23:38

D'accord avec Jr Graphic.

J'ai été le voir pour l'expérience et nourrir mon esprit et mes yeux d'un film atypique.
Mais malgré une caméra aérienne et un son qui retranscrivent pas la frénésie et le trip, la provocation est creuse. Et aucun empathie pour personne.

Matt 24/09/2018 à 18:44

Climax est une incroyable expérience de cinéma. Extrêmement bien ficelé sur la forme, mais un peu faiblard à mon sens sur le fond.

Dommage car lors de la séquence de la télévision cathodique où les jeunes se présentent, les ouvrages ainsi que les VHS qui trônent autour du poste TV annonçaient de jolies ambitions narratives en perspective.

Mais qu'il fait du bien d'avoir un film comme celui dans le cinéma français.
Et pis tous ces talents réunis : DEBIE, CERRONE, BOUTELLA, APHEX TWIN (et j'en passe) rules !!!

Jr graphic 19/09/2018 à 07:00

Disons que Climax - pour l’avoir éprouvé - tient plus de l’incroyable expérience de cinéma que du film, car tant le fond que la forme donne envie de gerber dans cette chose. Un des plus mauvais films que j’aie vu et des plus agaçants qui soit, que beaucoup adulent juste parce que ça à les couilles d’être subversif sans jamais assumer un discours. Tellement mal joué que l’on ne s’attache à rien ni personne. On saluera juste le plan séquence d’introduction qui mérite bien des éloges, le reste n’est que pure effet, pure concept, terribles clichés et d’une gratuité abyssale. C’est comme si Pasolini et Tarantino avait donné naissance à un enfant consanguin. Mal fini, difforme, tout en promesse, mais dégueulasse dans le fond. A vivre une fois pour se rendre compte, le considérer comme un objet d’art intriguant et admettre que c’est un très très très mauvais film.

La Classe Américaine 18/09/2018 à 08:21

Ouais, donc en gros, vous vous êtes bien rince les yeux quoi...

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