Oro, la cité perdue : mystérieuse critique d'Or

Simon Riaux | 1 août 2018 - MAJ : 01/08/2018 12:20
Simon Riaux | 1 août 2018 - MAJ : 01/08/2018 12:20

L’amateur de films d’aventure à l’ancienne vit une période troublée, dont les héros ne s’embarquent plus dans de tragiques épopées mais se battent dans des centres urbains génériques. Ils n’explorent plus guère que des dimensions parallèles turbo-quantiques au lieu de temples maudits, se disputent pour récupérer des artefacts dessinés par des créateurs de jouets, quand d’antiques trésors oubliés les attendent. Heureusement, Oro, la cité perdue d'Agustín Díaz Yanes arrive.

 

A LA POURSUITE DU DIAMANT VERT

Nous y suivons, en 1538, la lente descente aux enfers d’une troupe de conquistadors, perdus en Amazonie, sur les traces d’une mystérieuse Cité d’or. Officiellement sous les ordres de la couronne d’Espagne, ils doivent affronter la concurrence d’autres escouades prêtes à tout, l’hostilité d’une nature méconnue et les multiples dangers qui entament progressivement la rationalité des explorateurs.

Si Aguirre, la colère de Dieu a cristallisé à la perfection le dédale métaphysique de ces aventuriers opportunistes, rares sont les films à avoir osé succéder au chef d’œuvre de Werner Herzog. Récemment, The Lost City of Z est venu brillamment ressuscité cet héritage, mais a surtout rappelé à l’amateur d’épopées cruelles combien le genre s’était tari.

 

photo"Promenons-nous dans les bois..."

 

Pas étonnant du coup que Agustín Díaz Yanes débarque avec des airs de quasi-sauveur. Il fut le metteur en scène de Capitaine Alatriste, formidable récit épique avec Viggo Mortensen, aussi beau qu’oublié. À bien des égards, il était l’artiste idéal pour nous plonger au cœur de l’enfer vert et du cimetière narcissique de ses conquistadors.

 

photoUn dernier verre avant la guerre...

 

MONEY MONEY MONEY

Ainsi, c’est avec une générosité évidente qu’il se plaît à organiser une visite guidée des atrocités du défrichage de bout du monde. Amateurs d’attaques animales, fans de garrotage forestier, habitué du zigouillage d’autochtones et autres plaisanteries aventureuses, vous en aurez pour votre argent avec Oro, la cité perdue.

 

photo, Óscar JaenadaChevalier ou forban ?

 

Agustín Díaz Yanes maîtrise parfaitement la gamme de la spirale infernale, et c’est un bonheur de le voir dérouler sa trame, avec la précision d’un métronome. Si on devine qu’il était bien loin de bénéficier d’un budget illimité, la réussite de l’ensemble est d’autant plus impressionnante. Alternant malicieusement entre décors naturels et brève incursion en studio, le métrage immerge presque instantanément au cœur du labyrinthe verdoyant où ses héros vont s’égarer.

Très classique et rarement surprenant, Oro, la cité perdue parvient néanmoins à étonner grâce à sa distribution. Le réalisateur connaît l’histoire et le parcours de ses protagonistes, et se plaît à raconter quelque chose du panache hispanique, de l’hubris colonialiste et de son destin funeste, grâce à des caractères très finement troussés, incarnés par Raúl ArévaloBárbara Lennie ou encore José Coronado.

Ainsi, à la manière de ces boucaniers qui, malgré l’évidence, se persuadent qu’ils conquerront des montagnes d’or pur, on peut sans mal faire abstraction du peu d’originalité de ce périple et jouer avec délectation à se perdre dans les arcanes d’un somptueux enfer.

 

Affiche

Résumé

Une grande aventure classique, un genre de plaisir cruel et labyrinthique devenu si rare, qu'on ne peut qu'apprécier l'épopée et le portrait critique de la vista ibérique proposés par le réalisateur.

Lecteurs

(3.7)

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commentaires

amdsfilms
01/08/2018 à 23:59

Vous êtes sympa :)

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