À genoux les gars : critique préliminaire

Créé : 19 juin 2018 - Simon Riaux

Traiter, dans le cadre d'un cinéma tentant d'embrasser le réel, des rapports entre hommes et femmes et plus précisément de la domination masculine, relevait à la fois du défi funambule et de l'exercice kamikaze. Deux figures de haute voltige qu'Antoine Desrosières et ses comédien(ne)s exécutent d'éclatante manière.

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PAR OÙ T'ES RENTRÉ... 

Yasmina est une lycéenne qui sort depuis peu avec un jeune garçon, meilleur ami du copain de sa soeur. En l'absence de cette dernière, les jeunes hommes abusent d'elle et initient un stratagème de chantage sexuel. Difficile d'imaginer qu'avec de tels prémices À genoux les gars parvienne à maintenir son cap à mi-chemin entre comédie vénère, gouailleur réquisitoire anti-patriarcal et quête d'identité sexuelle. Et pourtant...

 

photo a genouxUne belle bande de jeunes

 

Fort d'une caméra qui scrute chaque micro-expression de ses personnages, Antoine Desrosières se fond avec une aisance brute dans un flot continu de mots et de maux, qu'il embrasse avec une sincérité désarmante. Non content d'explorer avec son héroïne une situation sociale et sexuelle explosive, il le fait avec la volonté d'accoucher d'images chocs, pour ne pas dire impensables, au détour de séquences dont l'audace graphique, thématique et politique surprend systématiquement.

Ses anti-héros sont mûs par leurs contradictions et leurs paradoxes. Ils dressent, avec une gourmandise d'autant plus importante qu'elle confère au projet sa vertigineuse impertinence, un portrait passionnant de la jeunesse française et de son rapport à la norme, au sexe et à la liberté. Charpenté par ses protagonistes gouailleurs, veules, habeleurs, aux hormones bouillonnantes, le film peut ausculter aussi bien la volonté de domination médiocre de petits mâles dressés à terroriser leurs congénères, tout en rappelant que la bienveillance et le respect est toujours capable de se nicher dans les abris les plus insoupçonnés.

 

photoDrôle d'endroit pour une rencontre...

 

Combat contre l'humiliation, comédie de moeurs qui adresse avec un enthousiasme kamikhaze le parcours initiatique de qui veut jouir la tête haute. A genoux les gars fait figure d'ovni de par sa bonhommie, son audace et sa crudité esthétique.

Antoine Desrosières perd parfois un peu le contrôle, ne parvient pas toujours à canaliser l'énergie qui déborde de ses comédiens, mais ce qui affaiblit une poignée de séquences trop verbeuses, ou de passages à la scénographie trop statique permet souvent de doper la dramaturgie, et aboutit à de purs éclats bruts de comédie humaine.

 

photo a genoux"Qu'est ce que tu fais avec ton coussin ?"

 

...ON T'A PAS VU SORTIR

À genoux les gars est probablement une des productions hexagonales contemporaines à avoir le mieux abordé la question de la réification de la femme par l'homme. Une orientation qui ne verse jamais dans le sermon pontifiant, préférant explorer les paradoxes, surprises et questionnements inhérents au genre, au consentement et au plaisir avec un humour féroce, aussi direct qu'un coup de boule et frontal qu'une blague de cul narrée par un archidiaque beurré à la suze.

Ainsi, le film se métamorphose jusqu'à devenir l'improbable mariage entre le Club des 5 et un Gaspar Noé dopé au Carambar. Face à une créativité et un courage politique aussi radicaux, on est presque instantanément emporté par cet hilarant et révoltant maelstrom. Et si le métrage souffre ici ou là de petites pétouilles techniques et approximations esthétiques, son énergie éclatante les réduit à néant.

 

photo a genoux

Résumé

Mêler féminisme, politique, questionnement sexuel et comédie gouailleuse ressemblait à un impossible défi, que Desrosières relève avec un humour décapant.

commentaires

Faboloss 19/06/2018 à 13:30

@afr , c'est à dire ?

Afr 19/06/2018 à 13:04

Le cinéma français en perdition...

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