La Forme de l'eau : critique hydrophile

Mise à jour : 17/03/2019 23:37 - Créé : 11 mars 2018 - Lino Cassinat
Lino Cassinat | 11 mars 2018 - MAJ : 17/03/2019 23:37

Lauréat du Lion d'Or à Venise, puis oscarisé, La Forme de l'eau est le triomphe de Guillermo del Toro, et on ne peut que se joindre à l'enthousiasme général face à cette tendre déclaration d'amour aux exclus sous forme de romance monstrueuse.

Affiche française
348

ELISA, SAUTE MOI AU COU...

Elisa Esposito (Sally Hawkins) est une femme de ménage muette (mais entendante) travaillant de nuit dans un centre de recherche spatiale. Handicapée par son infirmité, son manque de confiance en soi et sa condition sociale, elle a pour seuls amis sa collègue Zelda (Octavia Spencer), femme de ménage afro-américaine qui lui sert d’interprète au travail, et son voisin Giles (Richard Jenkins), un illustrateur vieillissant vivant difficilement son homosexualité.

Cependant, tout change après un incident au cours duquel elle crée un lien avec une mystérieuse créature amphibie. Elisa décide de la faire sortir afin de lui éviter les traitements brutaux du chef de la sécurité Richard Strickland (Michael Shannon), qui lui en veut personnellement, et va progressivement tomber amoureuse du monstre…

 

Photo Sally HawkinsSally Hawkins, comme le reste du casting, est parfaite

 

... DANSE LA JAVANAISE...

Pour lister rapidement ce qui ne va pas, certaines répliques sonnent un peu faux, certaines situations sont amenées de manière un peu artificielle et le scénario fait quelques petites digressions sympathiques mais pas toujours nécessaires au récit dans sa globalité. En dehors de ça, La Forme de l’eau est une éclatante réussite, dont les quelques petites scories sont négligemment balayées par les nombreuses et grandes qualités du film. La première d'entre elle est notamment la direction artistique, riche en détails et absolument irréprochable, jusque dans sa musique - mention à la séquence Gainsbourg, un des sommets du film (reprise par Madeleine Peyroux).

Point primordial de l'esthétique de n'importe quel film de monstre, la créature incarnée par Doug Jones (un fidèle du réalisateur) ne souffre d'aucun défaut et si son design est somme toute assez classique, elle reste très réussie et son animation est parfaitement aboutie. Le film doit beaucoup au talent de Guillermo Del Toro pour créer des univers accrocheurs et des ambiances particulières, servis avec élégance par son style sombre et ses discrets mouvements d’appareil.

Le travail photographique est une grande réussite dans le sens où il est un écrin finement ciselé et pourtant totalement voué à être un support pour le récit - pour le raconter au mieux, se mettre à son service, et faire en sorte de ne pas nous ennuyer une seule seconde.

 

PhotoLe meilleur dans tout ça, c'est que ce n'est pas un effet numérique, c'est un costume.

 

Curieusement, cette histoire n’a justement pas grand chose d’original à raconter dans les grandes largeurs, et on pourrait même la résumer assez sommairement en quelques lignes. De la même manière, la psychologie des personnages n’a rien de révolutionnaire. Mais ce qui rend le film si attachant, c’est bien le regard tendre et humaniste de Guillermo Del Toro.

Celui-ci a toujours filmé des freaks, des mis au ban ou des proscrits, avec humanité et compassion au cours de sa carrière. Mais ici, cette tendresse est particulièrement communicative. Impossible de ne pas tomber sous le charme de tous les personnages du film. Le réalisateur arrive même à insuffler une humanité folle à son antagoniste principal au détour d’une scène incroyablement tendue avec son supérieur hiérarchique. L’exploit est d’autant plus fou que Strickland est vraiment un infect personnage dès sa première apparition ; et plus le film avance plus il prouve qu’il est bien le seul dans cette histoire à agir avec monstruosité.

 

Photo Sally HawkinsF... U... C...K...

 

... ET DIT FUCK YOU

Mais surtout, impossible de ne pas tomber pour Sally Hawkins et son monstre à elle. La trajectoire d’Elisa Esposito est le moteur vrombissant du récit, et voir cette figure de perdante totale à la limite de la misère sexuelle s’affirmer, dire « Fuck you » et prendre son existence en main, est profondément émouvant. À ce titre, le film est certes une course-poursuite, certes un film de monstre, mais c’est avant tout un film d’amour. Compte tenu des faiblesses d’écriture de Guillermo Del Toro, c’est dans ce genre naturellement enclin à la niaiserie qu’on pouvait craindre de le voir se planter, mais la démonstration de talent est magistrale.

Pas un instant on ne tombe dans la mièvrerie ou dans la facilité, et cela est probablement rendu possible par le courage qu’a le film d’aborder sans fard et avec une grande justesse LE thème sous-jacent à l’amour, à savoir la sexualité. C’est ce qui rend le film si intime et puissant : ce chemin qui permet de créer une connexion forte, presque privée, entre le spectateur et une femme de ménage muette dont tout le monde se fiche, parce qu’il rend tangible et fait ressentir à fleur de peau la triste solitude d’Elisa quand elle n’a personne, et son bonheur infini quand elle est amoureuse.

 

Photo Sally Hawkins"En dansant la javanaise, nous nous aimions..."

La Forme de l'eau est probablement un film qui va marquer un tournant dans la carrière de Guillermo Del Toro. Pas tant pour la nouvelle reconnaissance critique et peut-être un premier Oscar à la clé, mais plutôt parce que, si le film a l’air d’un récit Del Toro pur jus, sa trame est tissée de fils thématiques jusque-là encore assez inédits chez le réalisateur de L'Échine du Diable et Hellboy.

Certes, il n’est pas nouveau pour ce cinéaste de mettre face-à-face des protagonistes exclus (comprenez, des monstres) et des antagonistes incarnant une figure d’autorité et/ou une puissance normative (ce système est d’ailleurs ici extrêmisé, avec une handicapée, un nerd russe, un vieil homosexuel et une femme noire contre un militaire blanc viril), mais c’était auparavant au travers du prisme de peurs enfantines, comme l’abandon par exemple.

En se penchant ici sur l’altérité, la solitude, la vieillesse, l’amour et la sexualité, Guillermo Del Toro explore cette fois des angoisses plus matures, et, en filigrane, s’aventure même avec brio sur les terres du racisme, de l’homophobie et du sexisme, sans pour autant livrer un tract politique, ce qui achève de rendre le film vraiment brillant.

 

Affiche française

Résumé

Meilleur film du cinéaste depuis Le Labyrinthe de Pan, La Forme de l'eau est aussi son oeuvre la plus rebelle et pourrait être son premier film d’adulte.

commentaires

Rudy Mako
13/03/2019 à 17:20

Comment adouber un film dont le thème est centré sur une relation sexuelle entre une femme et un monstre aquatique ? La zoophilie devient elle admissible?
Nom de dieu de M*** quand je pense que ce film fut oscarisé ! Connerie, pathétique, larmoyant de pitié, une iniquité artistique. On sent que Del Toro voulait son oscar à lui au aussi comme ses compères Inharitu et Cuaron.
Quand je pense que Cuaron a fait un film grandiose avec ce Gravity, j'ai regretté ne pas être astronaute ou milliardaire qui veut dépenser son fric. Bullock est géniale, une vraie messe, un moment pur et limpide de perfection.
Seul bémol, Bullock méritait sa statuette, tout comme le film, contrairement à cette daube de 12 years a slave. Au rayon des films sur l'esclavage, y a eu la couleur pourpre et Amistad deux films méritant le dénominatif de chef d'oeuvre.
The revenant, putain et dire que Dicaprio aurait pu fêter son 4e oscar avec film, car avec Titanic, Wolf of wall street, Inception, il fut au-dessus des lauréats de l'époque.
La forme de l'eau est une forme zéro, voilà tout. Une mort inévitable, une cascade d'ennui égrenée sur 2h pour se taper une muette et un bâtard de poisson avec des pattes. Je dis Beurk!!!!!!

MAXIMEBOF
13/03/2019 à 11:38

C'est fou le nombre de gens qui emplois des mots sans connaitre la définition, tout en essayant de se faire passer pour des pseudo-intello, bien pensant... vous êtes pitoyables !
la pédophilie est un viol, un acte sexuel forcé... donc avant de vous la jouez, essayer de comprendre ce que vous regardez... le dictionnaire est votre ami comme Google.

Birdy
13/03/2019 à 09:44

Vu ce film avec ma copine, espérant une belle soirée romantique. On s'est fait chier et à la fin, on s'est demandé où étaient passés les oscars. C'est pompé ( donc pas surprenant ) du début à la fin, caricatural, et le rythme est mou du genou. Désolé mais franchement ce film manque d'âme.

Alyon
12/03/2019 à 09:20

@corleone et inversement ? Ne pas aimer un film c'est être inculte et haineux ? Bel esprit merci de nous éclairer de votre grande sagesse !!

corleone
12/03/2019 à 08:24

L'un des meilleurs films de ces 10 dernières années n'en déplaise aux petits incultes à la haine gratuite.

Alyon
12/03/2019 à 08:13

Alors là vraiment bof … film assez ennuyeux et je suis d'accord avec beaucoup avec cette impression de déjà vu déjà entendu. Au final assez ridicule car ce film ne passe jamais à côté de toutes les facilités possible. Fan du cinéaste c'est son premier film que je trouve aussi plat voire formaté pour un public à même de lui ouvrir la route des oscars ce qui fut fait …
LA grosse déception dans la filmographie de Guillermo Del Toro pour ma part.

Flash
11/03/2019 à 22:26

je l'ai vu il y a quelque jours, je dois avouer que le côté zoophile de ce film m'a un peu dérangé.

nico
29/08/2018 à 17:19

Extrêmement déçu par ce film. Où est la poésie? Tout est surjoué, stéréotypé, ampoulé, voire ridicule pour certaines scènes (en fait la quasi totalité des scènes de la créature et de Elisa) leur relation est très mal exploitée on n'y croit pas une seule seconde. Une histoire avec un potentiel incroyable traité avec la délicatesse d'un dinosaure. Mais où est passé Del Toro?

Andarioch
12/07/2018 à 14:30

@ Benito, la palme du commentaire le plus débile (et il y a de la concurrence).
Mais attends, Benito, Benito, ça me parle vaguem...
Ah oui, forcement.
*Tout s'explique.

Benito
14/03/2018 à 13:27

La pédophilie ne suffit plus à hollywood, on récompense maintenant des muettes qui baisent avec des poissons, non merci, à vomir

Plus

votre commentaire