Justice League : critique Frankenstein

Simon Riaux | 29 avril 2021 - MAJ : 29/04/2021 16:30
Simon Riaux | 29 avril 2021 - MAJ : 29/04/2021 16:30

Justice League, ce soir à 21h15 sur TMC.

Quand le DCEU avait pointé le bout de son nez, brandissant haut et fort sa volonté de proposer une alternative aux super-héros balisés à l’extrême, et son désir de produire des divertissements épiques loin des bidons de lessive de la concurrence, on avait cru à une alternative. Alternative portée crédiblement par Man of Steel puis Batman v Superman : L'Aube de la justice : deux œuvres aux choix plastiques et thématiques forts, plus ou moins descendues en flammes par la critique et le public. En résulte aujourd’hui le naufrage de Justice League, dont Warner aura tenté de renflouer l’épave, non sans l’avoir sabordée, balançant aux oubliettes du cinéma une promesse d’odyssée épique désormais nulle et non avenue.

WONDER POURRAVE

Tournages additionnels massifs, remontage, réécriture, départ de Zack Snyder, arrivée de Joss Whedon, dont le travail a encore été repris par le studio...   Sur le papier, le blockbuster super-héroïque a des airs de monstre de Frankenstein, et c’est précisément ce qu’il est. Non seulement les parties qui le constituent sont manifestement étrangères les unes aux autres, mais une bonne partie de l’anatomie difforme qui en résulte se compose de shrapnels putréfiés depuis un bail.

Passons sur le scénario, immense gruyère mongoloïde presque totalement dénué de sens, où s’agite mollement le vilain Steppenwolf, sorte de Chevalier du Zodiac oublié dans un four à chaleur ronflante. Il se contente de repiquer les schémas mis en place par Marvel dans ses Avengers, sans même s’inquiéter de l’adapter à son propre ADN. Le résultat est mécanique, désincarné, totalement incohérent, tant le film semble avoir tronçonné son récit au hasard pour le faire tenir sous la barre des deux heures.

 

photoAh oui, y'a Superman dans le film, quelle surprise

 

On reste sidéré devant le je-m’en-foutisme avec lequel le scénario joue une des cartouches scénaristiques les plus importantes de sa mythologie, traitant Superman à la manière d’une sous-intrigue indigne d’un épisode de Melrose Place. Le blockbuster affirme haut et fort combien il est désemparé devant sa propre mythologie, ce qui aura pour effet d’agacer les lecteurs de comics, et d’ennuyer poliment le reste du public.

 

Photo Gal Gadot, Ezra Miller, Ben Affleck"C'est vraiment ça le scénar ?"

 

SUICIDE ESCOUADE

Cette construction erratique était prévisible à force de reconfiguration schizophrène du projet. Mais au moins pouvait-on espérer que la Justice League, en tant que rassemblement de personnages, soit fonctionnel. Las, le métrage fait preuve ici d’une similaire incompétence. En témoigne ce pauvre Cyborg déguisé en brosse-à-dents pour Transformers ; ou l’inconsistant Flash, écrit comme une version cocaïnomane de Sheldon Cooper, jamais drôle dans sa putassière et maladroite volonté de faire du pied aux geeks du dimanche.

 

Photo Ezra MillerLa Folle journée d'Ezra Miller

 

Les amateurs de Wonder Woman pardonneront le montage ridicule du film, incapable de dissimuler combien il met en avant artificiellement l’héroïne pour masquer ses faiblesses et chatouiller les gonades des fans du blockbuster à succès de Patty Jenkins. Les autres regretteront une nouvelle fois que Gal Gadot soit incapable de simuler la moindre émotion, et traverse le récit avec l’aura d’un bidon d’huile de palme en bustier.

Quant à Ben Affleck, on ne sait pas trop s’il a confondu une plaquette de valium avec une jarre de Beef Jerky, mais il est encore plus désincarné ici que son frangin Casey Affleck dans l’excellent A Ghost Story, ce qui est un petit exploit. Plus sérieusement : voir le supposé leader d’une brochette de héros charismatiques manquer à ce point d’engagement, de dynamisme et de volonté relève quasiment du sabotage. L’acteur déclarait il y a quelques heures vouloir quitter le DCEU en beauté. Manifestement, il s’apprête à s’en éloigner avec la grâce d’un pet sur une toile cirée.

 

Photo Gal GadotBouquet final du désespoir

 

SOUS LES PAVES LA LEAGUE

Le plus rageant, c’est que malgré ses innombrables défauts, ratages et approximations, Justice League contient aussi les ruines d’un grand film. Le sens de l’ampleur propre à Snyder, et son goût immodéré pour les poses iconiques viennent souvent éveiller notre intérêt. On sent encore ici et là le talent inné du metteur en scène pour le pur geste épique.

Et malgré des effets spéciaux globalement hideux, son amour des héros et des questionnements inhérents à leur nature sauve par endroit des pans entiers du métrage. Aquaman (Jason Momoa) est ainsi une sacrée réussite, demi-dieu imposant et charismatique en diable, qui injecte à chacune de ses apparitions des doses de mythologie bienvenue. Il est d’ailleurs à l’issue du film une des seules raisons de croire encore dans cette kermesse pathétique intitulée Justice League.

 

Photo Jason MomoaBon, on va où ?

 

Zack Snyder, malgré les barbouillages fluo ajoutés par le studio et dignes d’un enfant de huit ans obsédé par le disco, livre encore quelques belles scènes d’action, où surnagent des chorégraphies parfaitement maîtrisées et claires, dont on devine quels formidables ballets elles auraient pu être. De même, malgré des incrustations qui fouteraient la honte à un technicien aveugle de The Asylum, les Parademons et Steppenwolf jouissent d'un design qui laisse entrevoir un goût pour la dark fantasy et la science-fiction qui auraient pu rafraîchir un genre sclérosé depuis de trop nombreuses années.

Justice League s’impose comme un absurde hara-kiri industriel et artistique, un reniement quasiment total de la promesse initiale faite par le DCEU. Et surtout, le sabotage en règle d’un grand divertissement super-héroïque.

 

Affiche française

Résumé

On aura cru jusqu'au bout à la vision de Zack Snyder, nietzschéenne et audacieuse. Mais la proposition du réalisateur a été écartée, et ce qui nous est offert aujourd'hui est un monstre de Frankenstein pourrissant sur pied.

Autre avis Geoffrey Crété
Donner une note à Justice League est aussi difficile et ridicule que le voir. Un fascinant exemple de catastrophe industrielle, plus intéressant en coulisses qu'à l'écran.
Autre avis Alexandre Janowiak
"Vous ne sauverez pas le monde seul" crie l'affiche, mais par contre il est possible de détruire le cinéma en un seul film comme le prouve Justice League. Jalonnée de quelques grandes idées éphémères, la réunion super-héroïque de DC est surtout une immense catastrophe industrielle incohérente et inconsistante.
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Lecteurs

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commentaires
major fatal
30/04/2021 à 18:23

Pour ma part je l'ai trouvé moins nul que Aquaman (1 horreur) et Wonderwoman. Bon c'est pas super mais au moins il y a une continuité esthétique.

eomer
15/12/2020 à 17:07

je comprends mieux pourquoi j'avais visionné ce film sans grand intérêt..
la colére, la rage, sont un grand moteur pour survivre, gagner. est-ce que la warner bros aurait confié ce film à des puceaux pour à ce point l'oublier ? la, aucune rage, aucune révolte, aucune colère, on croirait voir des fonctionnaires allants au boulot dans le métro.. et du coup, aucune passion ou identification au visionnage de ce film. rien n'en reste.
quand au slogan, de l'affiche, "on ne sauve pas le monde seul", ils sont bien seuls nos super totos. ou sont les atlantes, les dieux et les amazones?? trop occupés? ou trop cher à mettre à l'écran.? bref, un sentiment de vide à l'issue..
par contre, la critique, j'en ai pas lu une aussi réjouissante depuis longtemps.
faut sérieusement se mettre à écrire Mr Riaux.

Simon Riaux - Rédaction
14/12/2020 à 17:12

@corte

Non, on a toujours dit que c'était un enfer ce film.

Comme en témoigne le dossier ci-dessus, plus rédigé quelques jours après la sortie de la chose, en 2017. Et assez clair sur son positionnement.

https://www.ecranlarge.com/films/dossier/1005208-justice-league-12-raisons-pour-lesquelles-c-est

corle
14/12/2020 à 16:58

vous etes de mauvaise fois ecran large et jamais constant dans vos propos! en theorie lorsqu un journal donne une note elle est cencé resté au fil dans année non? Je me souviens tres bien que la critique d'origine de ce film par ecran large était de 3 ou 3,5, pouvez vous la retrouver? pareil dans son recit c'était plus élogieux que ca en saluant la qualité des effets specieux, la ou vous chier carrement dessus! idem pour godzilla 2014 qui avait 5 etoiles et denriermeent elle est deqscendu a 4, pouvez vous vous expliquer?

Opael
14/12/2020 à 12:38

Revu hier soir. Ce n'est pas un très bon film, tout juste moyen mais maintenant on sait pourquoi. Pas pire qu'un Avengers Endgame en tous les cas, ni mieux d'ailleurs.

Kyle Reese
13/12/2020 à 20:55

Ne plus jamais revoir cette version et retenir la phrase la plus juste et importante de la critique:

"Justice League contient aussi les ruines d’un grand film."

Rendez-vous dans quelques mois ici même pour le voir ce grand film ! :)

NiKo
13/12/2020 à 19:43

"l’aura d’un bidon d’huile de palme en bustier". C'est pas bien les gars, elle fait de l'effet à plus d'un gal gadot

Nico
13/12/2020 à 19:23

Excellente critique avec laquelle je suis entièrement d'accord !Au moins l'affiche est pas si mal, elle me fait penser à l'artiste Alex Ross

Batsy
13/12/2020 à 19:10

Apparemment si on regarde ce film ce soir, à la fin du film, notre téléphone devrait sonner, et une voix flippante nous dira "tu vas mourir dans 7 jours".

Flo
31/01/2020 à 13:24

Justice, juste ici…

Attention, comme pour tous comic book movies, tout ce qui manquera dans la majorité des critiques sur ce film, surtout Presse, ça sera le contexte complet. Ici, en deux temps. Et ça sera très long, donc autant sauter ça si on ne veut du concret que sur le film lui-même, on est prévenu…

Contexte 1:
La Ligue, comme tous comics (et même à la base, quasi tout médium artistique) est d’abord un titre Commercial. DC vend du contenu, ce contenu génère du sens etc… Dans ce cas là, on peut remonter au moins jusqu’à la Justice Society dans les années 40 (question de dénomination), sur un postulat simple: plusieurs héros se réunissant = plus de lecteurs fans les suivants individuellement = plus de ventes…
Le sens découlant de ces histoires y devient très simple, à savoir que « L’union fait la Force », « Le mélange de caractères divers est compliqué mais bénéfique »… puis, plus tard, « Attention à ne pas trop se substituer à la Justice des Hommes ». Voilà, c’est tout et c’est déjà bien quand c’est bourré d’action. Pour le caractère de ces personnages individuellement et en équipe, voir plus bas dans l’analyse.
Et donc pour un film, ces histoires sont mis en scène avec un point de vue bien précis, laissant un peu de coté d’autres détails… Si on prend ces détails là comme principal point de vue, on passe à coté des intentions de la prod comme des auteurs originaux… – Mais là on enfonce des portes ouvertes, c’est quasiment pareil pour chaque œuvres artistico-commerciales… –
Il faut bien connaître ça avant d’espérer caricaturalement voir du sens dramatique juste pour le geste. En somme, des gens comme ceux de Cinemateaser (tant pis si je cite, car ils visent trop souvent à coté sur ce genre de films) n’y ont rien capté à ce que peuvent faire ces personnages très précis, sans trahir toutes leurs facettes complémentaires.
Car à moins d’être un grand artiste à la longévité exemplaire, le réalisateur ne peut être plus fort que des héros perdurant depuis des décennies, présentés de manière officielle car c’est le prestige d’un divertissement grand écran et Tout Public. Et donc avec des valeurs (à véhiculer) ultra précises.

Contexte 2:
Entre un Snyder, employé fidèle de la Warner depuis toujours, et malgré un gros manque de succès considérables au Box Office… Snyder encouragé à faire « son » Superman comme Nolan faisait « son » Batman de son coté (même si au final, il restait fondamentalement plus fidèle aux préceptes)…

Et un DC, représenté par l’historique Geoff Johns, assumant enfin de participer à la conception des films adaptés de leurs œuvres, et essayant (comme dans ses propres scénario de comics) de revenir à l’esprit d’un Age d’Or des comics plus inventif et vertueux… – on le verra plus bas dans l’analyse, l’intention peut être un peu lourde –
Tout en voulant vraiment jouer le jeu du « mass-média » avec des héros plus similaires, pour un meilleur passage commercial du grand écran au papier – et inversement – en passant par les séries animées (JL Action ! est également plus léger)…

Bon, c’est là que ça commence à coincer un peu. Il faut bien regarder la filmo de Snyder: chez lui, les surhommes sont trop détachés de l’Humanité, et ces guerriers sont fous et sanglants. Rapport avec les Superman et Batman officiels = flou ou néant. Or c’est un univers étendu qui est mis en scène ici, où un seul auteur n’aura pas la main-mise total du ton. Au risque, déjà, de l’uniformiser. Et également d’entrer en opposition avec les visées des autres réalisateurs.
Et le changement de visée en cours de route sur ce JL d’être bien plus brusque que la seule idée de Snyder d’en faire d’abord baver à ces héros, de ne même pas les montrer comme des « vrais héros » (alors que pourtant, il porte les noms et habits iconiques) avant une prévisible rédemption. Tout ce que d’autres films cette année ont réussi avec plus de cohérence.

– Cela appuyant un non-sens aussi fort que entre MoS et DoJ.
Où pour l’un, un Superman « réaliste » n’avait de faiblesse que à cause de l’atmosphère de sa planète. Et qui, malgré une soumission à Zod, était défendu par le réalisateur, finissait heureux, souriant et plutôt aimé de tous.
Et pour l’autre film non, ces destructions dont il n’est pourtant pas l’instigateur le rendent complètement fautif et dangereux pour vraiment tout le Monde. Et la Kryptonite comme « solution pour tout » d’y apparaître poussivement. –

Et si on ne connaît pas toutes les circonstances exactes de son éviction du montage final, l’intervention d’un Joss Whedon (originellement annoncé sur un Batgirl dont on n’entend plus trop parler) n’en est peut-être pas plus opportune.
Il faut bien regarder sa filmo là aussi car Whedon, au style plutôt opposé à celui d’un Snyder, n’a toujours tendu qu’à mettre en scène des marginaux, pas si forts et imposants. Et en tout cas très faillibles mais plein de second degré… Le style Marvel certes, mais un peu moins celui des Vengeurs, parmi les plus puissants et respectés héros.
Et encore au dessus d’eux, niveau puissance et respect imposé, on a la Ligue de Justice… c’est peu dire s’il n’a été recruté que pour son expertise de groupe super héroïque (quasi absente jusque là des films DC), et donc pour l’aura qui l’entoure en tant que réalisateur de 2 films Avengers…
Pouvait-il être complémentaire de ce que Snyder avait déjà mis en place ?

Très compliqué, surtout que beaucoup de ces films DCU ont de gros problèmes de montage, défaut de plus en plus récurrent d’une bonne partie des blockbusters actuels…
Alors avant de voir JL, je conseille plutôt de visionner Man of Tomorrow, cette version de MoS + DoJ, plus équilibrée et originale, même étant très auto-contenue:
https://jobwillins.tumblr.com/
https://vimeo.com/183150028

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On en arrive enfin au film JL… (Ouf !!!)
Et bien on peut dire que Justice League est le film de super-héros le plus simple, direct et frontal qu’on ait eu depuis des années. Pas complètement au niveau du premier Avengers, qui avait l’avantage d’être un précurseur, et d’avoir ainsi quelques scènes chocs bien fichues…
À peine depuis le premier X-Men, qui était encore plus ramassé niveau rythme et temps, mais encore bien plus innovateur.
Un peu de La Ligue (déjà) des Gentlemen Extraordinaires alors, mais de meilleur gout… Avec la même intention de traiter les personnages de manière plus « old fashion », limite comme si ça se passait à l’époque où les comics ont été écrits pour la première fois… Mais avec bien moins de répliques un peu bateau, complètement dépassées pour qui a plus de 10 ans. Ce qu’on a de toute façon dans tous les films DCU depuis MoS, ce qui est très gênant à la longue, trop caricatural… Ici, plus naturel et moins calculé grâce à une arme fatale qui est le Second Degré.
Où comment faire en sorte que la Ligue ne soit pas un reliquat poussiéreux, trop basique car tout est contenu dans le seul titre de l’équipe: « se Liguer pour rendre la Justice ». Pas de concept à base de numéro « inchangeable » (4 Fantastiques), d’action « Vengeresse » et ses conséquences, d’étrangeté (X-Men), d’idée de « Garder » (la Galaxie) ou de « Défendre », ni même de « Suicide » dérangeant… On ne peut pas faire plus simple, oui. Mais de temps en temps, ce n’est pas plus mal de simplement agir, surtout quand y a pas à discuter sur le fondé de la menace.
Mais dans ce cas, il est bien de le faire avec le point de vue plus humain de l’homme de la rue, que ce soient des gosses choppant Superman avec un IPhone. Ou bien en montrant ostensiblement les réactions sur la fin trop précipitées d’Icones Mondiales (et c’est pas fini, sigh!), ou d’autres actes de haine et de désespoir. Pas toujours très subtil, mais ce n’est pas un blockbuster entièrement fait pour les adultes…

Alors via les acteurs qui, ils faut le rappeler, ne sont pas des pantins n’obéissant qu’aux ordres d’un tout puissant auteur… mais aussi des gens là pour apporter certaines idées personnelles… Les personnages, choisis dans diverses « lignes temporelles des comics » pour amener plus de diversité, se mettent aussi à un peu plus de second degré, essayant d’amener une cohérence dans leurs contradictions passées, avec diverses fortunes:
– Ben Affleck a toujours l’air un peu perdu en Bruce Wayne/Batman, jouant un peu trop la carte « Tony Stark » du mec moderne qui n’a pas à être tout le temps masqué inconfortablement… Et qui fait un peu trop de vannes à base « d’argent qui résout tout ». Mais au moins le personnage s’est un peu plus assoupli, au sens propre et figuré, pour le bien de l’équipe. Le dingue violent a en fait émigré cette semaine sur Netflix, là où est sa vraie place: c’est le Punisher of course. ????
– Henry Cavill en Superman nous donne à la fois le « SuperMean » et son opposé Enfin plus détendu, ça fera plaisir aux fans. Mais même si sa résurrection n’est pas si facile, on peut regretter d’avoir peu de Clark Kent là dedans;
– Gal Gadot en Diana Prince/Wonder Woman continue sur sa vraie lancée, celle de son film solo, on est bien content, tout a été dit;
– Jason Momoa en Arthur Curry/Aquaman a presque l’air de la dernière roue du carrosse… de temps en temps, on se demande ce qu’il fait là à part penser qu’il est Lobo, ou pour critiquer les autres (mais ça, ça a l’air d’un truc méta que je développe plus bas). Personnage pêchu tout de même, c’est cool;
– Ezra Miller en Barry Allen(?)/Flash a plus l’air d’avoir été choisi (mais à l’époque de DoJ) que parce que c’est « un petit brun rigolo et un peu queer comme le mec de la série tv Flash »… Il s’impose quasiment comme le jeunot sympa qui cherche un sens à sa vie à force de fuir… Et qui devra utiliser cet art de la fuite pour sauver des gens, plus que pour combattre d’ailleurs. Toutefois, un peu trop de fragilité et d’humour lourdingue chez lui;
– Ray Fisher en Victor Stone/Cyborg est l’un des rares à être complètement proche du personnage originel et de ses traumas, mais là aussi c’est à raison (voir plus bas);

– Amy Adams en Lois Lane ne fait qu’attendre Sups et être son « paratonnerre » comme disent les speedsters ???? . Lors de sa scène avec Martha, on ne sait pas si voit peu ou trop sa frustration d’être trop souvent dans ce rôle secondaire;
– Diane Lane en Martha Kent a toujours l’air trop vieillie, pfff;
– Jeremy Irons en Alfred Pennyworth est toujours aussi bien au taquet que dans DoJ. RAS pour lui comme pour J. K. Simmons en James Gordon, Connie Nielsen en Reine Hippolyte, Joe Morton en Dr Silas Stone, Amber Heard en Mera et Billy Crudup en Henry Allen: ils font très bien le job pour le court temps qu’ils passent à l’écran;

– Ciarán Hinds en Steppenwolf est méconnaissable. Juste un gros méchant tout puissant et vilain, certes… Mais il faut commencer à faire sauter cette habitude, cet état d’esprit qualitatif qui serait trop forcé à chaque fois… On est pas Obligé à tout Prix d’avoir toujours un Super Vilain ultra charismatique et intelligent dans un film de super héros. Sinon, il se ressembleraient un peu tous. Acceptons que souvent, le bad guy est juste une force destructrice basique, avec peu de fond, déshumanisée. Et qu’ainsi, le film ne repose que sur les personnages (qui peuvent être également leurs propres ennemis). Par contre, on se demande s’il n’y a pas un lien entre ses pouvoirs et ceux du Spectre Jaune de l’Univers des Lanterns…

Tout ce beau monde se retrouve ainsi inclus avec une distance plus salutaire que ce que le DCU nous avait donné jusque là:
D’abord, en mettant en relief, ou en critiquant carrément les actes commis avant, à coup de phrases comme « si ça va pas, on rebootera », ou bien en se disant qu’on l’a bien cherché (Batman), que l’on ne sait pas trop comment réagir à ce qui nous échappe (Superman), en étant hanté par ses contradictions (Diana), en trouvant les autres ridicules alors que soi-même ce n’est pas mieux (Aquaman), en ayant de peur de sa vulnérabilité (Flash) ou son allure monstrueuse (Cyborg)… Tout ça étant présent à certains moments dans l’historique des personnages originaux. Et plus prégnant chez Cyborg, création bien plus tardive que les autres remontant à l’Age d’Or et d’Argent des comics. D’une certaine manière, ça continue l’idée de Snyder des héros imparfaits, ce qui est une idée à la Marvel (dans son versant sombre ici), et donc assez répandu au cinéma pour crédibiliser un peu ces surhumains). Mais heureusement, en baissant un peu le ton, en les rendant plus coordonnés, moins égotiques et chamailleurs, ceux-ci échappent au plagiat de Marvel car si plusieurs y restent encore « en formation », il ne mettent pas trop longtemps à renforcer leurs talents. Disons qu’on est à certains moments dans Les Super Friends, sans tomber trop ouvertement dans le neuneu racoleur, mais de justesse.

Ensuite, cette distance se retrouve dans quelques autres réflexions, rendant le tout encore plus « méta ». Que ce soit dans celles sur les catégorie de héros de comics (Barry et Victor sont donc « les accidentés »). Ou le fait que pour Batman, « ça fonctionne bien depuis 20 ans »… On aurait pu rajouter depuis 28, c’est à dire depuis le premier film de Burton, dont on retrouve le thème musical. Laissant presque entendre que c’est une continuation officieuse de ce film – à noter que cette année, d’autres films de super héros ont eux aussi joué le jeu de la citation d’anciens thèmes –
Une musique de Danny Elfman allant dans le rétro (le thème de Williams aussi) et dans l’actuel (MoS et WW y sont), trop fonctionnelle à certains moments, bien discrète à d’autre, et retrouvant le coté aérien d’antan à d’autre… Ainsi, comme dit plus haut, l’idée de Geoff Johns développée dans ces propres scénarios de comics est de garder dans un coin de sa tête toutes les aventures passées, les meilleurs moments, mais sans verser dans l’Hyper Nostalgie, en restant dans le monde moderne pour mieux faire naitre une opposition. C’est une temporalité élastique, même entrecoupée de « Crisis ».
JL le film continue cette voie avec un peu de chaos, à voir cette tendance actuelle d’avoir des films, à la production toujours en mouvement certes, ayant des incrustations CGI étonnements perfectibles (la moustache effacée nous donnant ainsi le SupeRabbit ???? )… On était en ainsi déjà sorti avec Thor Ragnarok, mais avec assez de « délire destructeur » pour attirer un tantinet l’attention. Pas trop le cas ici, même si c’est aussi un film rompant avec quelques habitudes.

Ainsi, pour revenir au contextes exposés en préambule, l’équation « préoccupations dramatiques + gros CGI, personnages et environnements plus grands que nature », faisons le constat… ça ne fonctionne toujours pas sur grand écran, c’est bien trop complexe à créer dans un blockbuster d’action en live. Incassable ne l’a pas fait, certains X-Men (Logan principalement) et Marvel Studios (un peu des deux derniers Cap), non plus.
Encore moins la TDK Trilogie, presque toute tournée « en dur ».
Et justement, si cet exemple précis de Nolan nous a fait croire à une ville imaginaire comme Gotham, et ses quelques personnages archétypaux haut en couleur, tout en étant un peu (trop) profil bas au niveau des effets spéciaux, hyper réaliste en tout… c’est bien que la forme et le fond ne peuvent coexister tous deux au maximum de leur possibilité, pas quand il y a aussi des moments d’action excitants, obligatoirement présents, et qu’on ne pourrait réaliser sans tuer les acteurs ???? . On sait que Warner aime bien gagner des Oscars, mais il y a des moments où il faut choisir entre ça et être un grand argentier. Pour un spectacle qui soit purement cinématographique, il aurait donc mieux valu mettre la dose sur cette fameuse action visuelle, endiablée, pour qu’un certain fond en émerge… Et on repense à George Miller, qui avait tout compris, forcément.
En l’état, ce JL qui vient de sortir est le film Culte qu’on aurait pu avoir à l’identique il y a des années, aux alentour d’un X-men 1 ou, s’il l’avait fait, au sortir d’un Death of Superman de Burton. Voir même à l’époque où George Miller préparait sa version « Mortal ». Avec exactement le même scénario moins quelques références modernes et autres CGI (Steppenwolf aurait pu être juste joué par un grand catcheur à la Tyler Mane).

– Mais nous sommes Maintenant. Une époque où ces films ne sont pas tant devenus une norme qu’un rendez-vous régulier. Comme d’hab: « n’allez pas voir et n’en parlez pas si vous en avez marre des super héros! » (il n’y en a pas tant par an, le public sait qu’il y a d’autres films dans la vie hein !?!)… Tant de films se suivent comme des épisodes d’une grande série tv… Comme le lecteur et fan lambda de comics, on est forcément blasé. On connaît tout, on ne peut qu’attendre que ça soit fidèle à l’esprit général de DC et on enchaine en enviant les nouveaux spectateurs qui eux, découvrent ça pour la première fois… –

Il faut donc bel et bien jouer le jeu de l’esprit d’équipe: il doit bien y avoir un producteur un peu moins proche du réalisateur et qui soit là pour le cadrer (il y a toujours un Cadre précis pour une histoire exceptionnelle), pour que le film qui en émerge ne soit pas réservé qu’à lui, au risque de pénaliser les réalisateurs passant à coté ou derrière lui. Hélas, l’absence de Snyder et Whedon pour la promo suggère d’un coup un film… sans réalisateur. Et dans la sphère médiatique, un Non Événement. Alors que la sauce a finalement bien prise entre la patte personnelle de l’un (les multiples références aux pères et mères par Snyder), et l’autre (Whedon montrant les personnages casser la neurasthénie par l’humour).

Tout ça avec beaucoup de bonheur in fine: ce qu’on a là, c’est bel et bien du Pur Super Héros, assez dense, Avec tout ce qu’on est en droit d’en attendre, dont des scènes d’action bien explosives, multiples et assez coolissimes. Ce qui est en fait le 3ème cette année après WW et SMH (les autres sorties sont un peu plus post-modernes). Il n’y a bien sûr pas beaucoup de subtilités ou de nuances avec ces gros calibres, surtout avec ce coté « sous-Sokovie » dans la dernière partie (elles sont où les autres familles innocentes à sauver? et bonjour la naïveté pour la nature qui repousse).
Mais c’est quelque chose qu’il faut Accepter complètement, pour prendre du plaisir à voir ces héros faire ce qu’ils savent de mieux: « sans ambiguïté, tout va mal ? on a les moyens de l’empêcher tous ensemble et pas égoïstement ? Hé bien on y va, ou est le problème ? »
L’Excitation peut ainsi être bien présente, l’originalité et le coté galvanisant pas trop, dépend peut-être du spectateur…

Mais il serait dommage de le bouder: ils sont arrivés enfin au bout du chemin, aussi qu’il fut. Et oui, ça en valait bien la peine. ????

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