Films

Justice League : critique Frankenstein

Par Simon Riaux
29 avril 2021
MAJ : 6 septembre 2023
87 commentaires

Quand le DCEU avait pointé le bout de son nez, brandissant haut et fort sa volonté de proposer une alternative aux super-héros balisés à l’extrême, et son désir de produire des divertissements épiques loin des bidons de lessive de la concurrence, on avait cru à une alternative. Alternative portée crédiblement par Man of Steel puis Batman v Superman : L’Aube de la justice : deux œuvres aux choix plastiques et thématiques forts, plus ou moins descendues en flammes par la critique et le public. En résulte aujourd’hui le naufrage de Justice League, dont Warner aura tenté de renflouer l’épave, non sans l’avoir sabordée, balançant aux oubliettes du cinéma une promesse d’odyssée épique désormais nulle et non avenue.

Equipe

WONDER POURRAVE

Tournages additionnels massifs, remontage, réécriture, départ de Zack Snyder, arrivée de Joss Whedon, dont le travail a encore été repris par le studio…   Sur le papier, le blockbuster super-héroïque a des airs de monstre de Frankenstein, et c’est précisément ce qu’il est. Non seulement les parties qui le constituent sont manifestement étrangères les unes aux autres, mais une bonne partie de l’anatomie difforme qui en résulte se compose de shrapnels putréfiés depuis un bail.

Passons sur le scénario, immense gruyère mongoloïde presque totalement dénué de sens, où s’agite mollement le vilain Steppenwolf, sorte de Chevalier du Zodiac oublié dans un four à chaleur ronflante. Il se contente de repiquer les schémas mis en place par Marvel dans ses Avengers, sans même s’inquiéter de l’adapter à son propre ADN. Le résultat est mécanique, désincarné, totalement incohérent, tant le film semble avoir tronçonné son récit au hasard pour le faire tenir sous la barre des deux heures.

 

photoAh oui, y’a Superman dans le film, quelle surprise

 

On reste sidéré devant le je-m’en-foutisme avec lequel le scénario joue une des cartouches scénaristiques les plus importantes de sa mythologie, traitant Superman à la manière d’une sous-intrigue indigne d’un épisode de Melrose Place. Le blockbuster affirme haut et fort combien il est désemparé devant sa propre mythologie, ce qui aura pour effet d’agacer les lecteurs de comics, et d’ennuyer poliment le reste du public.

 

Photo Gal Gadot, Ezra Miller, Ben Affleck« C’est vraiment ça le scénar ? »

 

SUICIDE ESCOUADE

Cette construction erratique était prévisible à force de reconfiguration schizophrène du projet. Mais au moins pouvait-on espérer que la Justice League, en tant que rassemblement de personnages, soit fonctionnel. Las, le métrage fait preuve ici d’une similaire incompétence. En témoigne ce pauvre Cyborg déguisé en brosse-à-dents pour Transformers ; ou l’inconsistant Flash, écrit comme une version cocaïnomane de Sheldon Cooper, jamais drôle dans sa putassière et maladroite volonté de faire du pied aux geeks du dimanche.

 

Photo Ezra MillerLa Folle journée d’Ezra Miller

 

Les amateurs de Wonder Woman pardonneront le montage ridicule du film, incapable de dissimuler combien il met en avant artificiellement l’héroïne pour masquer ses faiblesses et chatouiller les gonades des fans du blockbuster à succès de Patty Jenkins. Les autres regretteront une nouvelle fois que Gal Gadot soit incapable de simuler la moindre émotion, et traverse le récit avec l’aura d’un bidon d’huile de palme en bustier.

Quant à Ben Affleck, on ne sait pas trop s’il a confondu une plaquette de valium avec une jarre de Beef Jerky, mais il est encore plus désincarné ici que son frangin Casey Affleck dans l’excellent A Ghost Story, ce qui est un petit exploit. Plus sérieusement : voir le supposé leader d’une brochette de héros charismatiques manquer à ce point d’engagement, de dynamisme et de volonté relève quasiment du sabotage. L’acteur déclarait il y a quelques heures vouloir quitter le DCEU en beauté. Manifestement, il s’apprête à s’en éloigner avec la grâce d’un pet sur une toile cirée.

 

Photo Gal GadotBouquet final du désespoir

 

SOUS LES PAVES LA LEAGUE

Le plus rageant, c’est que malgré ses innombrables défauts, ratages et approximations, Justice League contient aussi les ruines d’un grand film. Le sens de l’ampleur propre à Snyder, et son goût immodéré pour les poses iconiques viennent souvent éveiller notre intérêt. On sent encore ici et là le talent inné du metteur en scène pour le pur geste épique.

Et malgré des effets spéciaux globalement hideux, son amour des héros et des questionnements inhérents à leur nature sauve par endroit des pans entiers du métrage. Aquaman (Jason Momoa) est ainsi une sacrée réussite, demi-dieu imposant et charismatique en diable, qui injecte à chacune de ses apparitions des doses de mythologie bienvenue. Il est d’ailleurs à l’issue du film une des seules raisons de croire encore dans cette kermesse pathétique intitulée Justice League.

 

Photo Jason MomoaBon, on va où ?

 

Zack Snyder, malgré les barbouillages fluo ajoutés par le studio et dignes d’un enfant de huit ans obsédé par le disco, livre encore quelques belles scènes d’action, où surnagent des chorégraphies parfaitement maîtrisées et claires, dont on devine quels formidables ballets elles auraient pu être. De même, malgré des incrustations qui fouteraient la honte à un technicien aveugle de The Asylum, les Parademons et Steppenwolf jouissent d’un design qui laisse entrevoir un goût pour la dark fantasy et la science-fiction qui auraient pu rafraîchir un genre sclérosé depuis de trop nombreuses années.

Justice League s’impose comme un absurde hara-kiri industriel et artistique, un reniement quasiment total de la promesse initiale faite par le DCEU. Et surtout, le sabotage en règle d’un grand divertissement super-héroïque.

 

Affiche française

Rédacteurs :
Résumé

On aura cru jusqu'au bout à la vision de Zack Snyder, nietzschéenne et audacieuse. Mais la proposition du réalisateur a été écartée, et ce qui nous est offert aujourd'hui est un monstre de Frankenstein pourrissant sur pied.

Autres avis
  • Geoffrey Crété

    Donner une note à Justice League est aussi difficile et ridicule que le voir. Un fascinant exemple de catastrophe industrielle, plus intéressant en coulisses qu'à l'écran.

  • Alexandre Janowiak

    "Vous ne sauverez pas le monde seul" crie l'affiche, mais par contre il est possible de détruire le cinéma en un seul film comme le prouve Justice League. Jalonnée de quelques grandes idées éphémères, la réunion super-héroïque de DC est surtout une immense catastrophe industrielle incohérente et inconsistante.

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joman

le film n’est pas si mal a ce point, pourquoi vous la critiqué ainsi, moi perso je suis fan de ça et surtout celle de snyder cut

Moradin

On parle de quel jsutice league ? selui de Weddon ou celui de Snyder cut ? car il me semble , tout de même , que le Snyder cut qui dure 4 heures est d’une qualité autrement supérieur !

Il suffit de voir la scène de flash par exemple ou l’importance donné à Cyrborg et bien d’autres exemples pour constater que le film de base était , pour une film de super héros , mieux réussis que celui de Weddon ou même certains avengers !

major fatal

Pour ma part je l’ai trouvé moins nul que Aquaman (1 horreur) et Wonderwoman. Bon c’est pas super mais au moins il y a une continuité esthétique.

eomer

je comprends mieux pourquoi j’avais visionné ce film sans grand intérêt..
la colére, la rage, sont un grand moteur pour survivre, gagner. est-ce que la warner bros aurait confié ce film à des puceaux pour à ce point l’oublier ? la, aucune rage, aucune révolte, aucune colère, on croirait voir des fonctionnaires allants au boulot dans le métro.. et du coup, aucune passion ou identification au visionnage de ce film. rien n’en reste.
quand au slogan, de l’affiche, « on ne sauve pas le monde seul », ils sont bien seuls nos super totos. ou sont les atlantes, les dieux et les amazones?? trop occupés? ou trop cher à mettre à l’écran.? bref, un sentiment de vide à l’issue..
par contre, la critique, j’en ai pas lu une aussi réjouissante depuis longtemps.
faut sérieusement se mettre à écrire Mr Riaux.

Simon Riaux

@corte

Non, on a toujours dit que c’était un enfer ce film.

Comme en témoigne le dossier ci-dessus, plus rédigé quelques jours après la sortie de la chose, en 2017. Et assez clair sur son positionnement.

https://www.ecranlarge.com/films/dossier/1005208-justice-league-12-raisons-pour-lesquelles-c-est