Blade Runner 2049 : critique sans spoilers

Geoffrey Crété | 27 août 2018 - MAJ : 03/09/2019 18:03
Geoffrey Crété | 27 août 2018 - MAJ : 03/09/2019 18:03

Comment mener une suite au film culte Blade Runner de Ridley Scott ? Comment être à la hauteur alors même que le réalisateur du classique de 1982 s'est pour beaucoup de fans raté lorsqu'il s'est replongé dans un autre univers mythique de sa carrière, avec Prometheus et Alien : Covenant ? Comment Denis Villeneuve a t-il pu trouver la place d'exister, entre une nostalgie de plus en plus envahissante, et une tendance au remix qui a notamment touché Star Wars ? Beaucoup de questions, de craintes, d'espoirs et d'attente autour de Blade Runner 2049. Beaucoup de doutes aussi face au résultat.

RETOUR VERS LE FUTUR

En 2049, trente ans après la quête de Deckard, Los Angeles est plus organisée mais pas plus heureuse. Il y a encore des pyramides, de la pluie et des voitures volantes, noyés dans une météo moins nocturne mais peu engageante. Il y a aussi les fameux Blade Runner, chargés de la même mission : traquer les vieux modèles des Replicants. Ryan Gosling alias K. reprend à première vue le flambeau de Harrison Ford, avec une délicate mission confiée qui l'amène à chercher du côté de l'entreprise Wallace, laquelle a récupéré le business et les ambitions de Tyrell Corporation suite à sa faillite.

Impossible d'en dire beaucoup plus : Blade Runner 2049 est entouré d'un voile de mystère consciemment entretenu, à l'image des nuages inquiétants où baignent les paysages de cette Amérique futuriste. Il y a la crainte de voir la suite suivre la tendance du grand recyclage tant décriée d'un Star Wars : Le Réveil de la Force, d'autant que Villeneuve s'offre - ou plutôt offre aux fans - une poignée de clins d'œil très lourds dès les premiers plansBlade Runner 2049 y échappe parfois, mais pas toujours.

 

Photo Ryan GoslingUn arbre, un nuage, un Gosling : un plan envoûtant

 

BLADE RUINÉ

Un peu étouffé par ses obligations de suiteBlade Runner 2049 patine. Ramener Deckard, reconnecter à l'héritage du premier film, resituer le même univers mais en ouvrir de nouvelles portes : Hampton Fancher (co-scénariste de l'original qui s'est ici chargé des premières versions) et Michael Green (crédité dans Alien : Covenant pour l'histoire, scénariste de Logan et Green Lantern, qui a signé la version finale) s'emploient à relier tous les points et parler aux fans, tout en embarquant dans une histoire nouvelle, portée par un nouveau héros. C'est ambitieux, et vraisemblablement trop. 

Côté références, le film est capable du meilleur (une incroyable scène de fantôme mécanique qui sort de l'ombre) comme du pire (l'utilisation gênante du thème Tears in the Rain). Côté nouveautés, Blade Runner 2049 est d'une maladresse étonnante : plus de 2h30 de narration bancale, qui alignent les longues scènes autour d'un canevas qui manque cruellement de nerf, avec une tendance à abuser des silences et une impression de voir de beaux morceaux compilés (avalanche de seconds rôles et escales) sans vraie dynamique dramatique.

Denis Villeneuve est un bon chef d'orchestre dès qu'il s'agit de composer une symphonie visuelle et sonore, mais son film manque d'une vraie harmonie, qui laisse la sensation que le film se joue à différents niveaux isolés - dans l'interprétation des acteurs, la tonalité très solennelle ou plus légère, les enjeux intimes du héros et ceux qui le dépassent.

 

Photo Harrison Ford

 

LA BELLE EST BÊTE

A la torpeur narrative s'ajoute une donnée non négligeable : la beauté. Blade Runner 2049 brille d'un éclat de cinéma fantastique, qui enivre et procure parfois une sensation de grandeur terrassante. La photo de Roger Deakins, qui retrouve Denis Villeneuve après Prisoners et Sicario, est sans surprise fabuleuse, offrant une foule de visions hallucinées, que ce soit une ferme perdue dans une brume blanche, des statues noyées dans un halo orangé, ou même des poursuites dans les nuages nocturnes. Là, le cinéaste rappelle de manière flamboyante son talent.

 

Photo Ryan Gosling

 

La direction artistique est tout bonnement superbe. Elle regorge de détails (notamment pour ce qui relève de la technologie), conférant aux décors une dimension fascinante quand les costumes et coiffures donnent aux acteurs une belle prestance - notamment une Sylvia Hoeks excellente. Loin d'être dépassé par la technique, Villeneuve témoigne d'un vrai sens de la mise en scène en terme de gestion des effets spéciaux, avec une utilisation à peu près irréprochable des outils modernes (notamment dans une folle scène de séduction, ou lors d'un somptueux fondu entre braises et paysage urbain).

Un bémol et pas des moindres : la musique composée par Hans Zimmer et Benjamin Wallfisch. Malgré quelques envolées grandioses et des basses monstrueuses, le fantôme de Vangelis plane sur le film. Ce n'est pas une obsession de fan : c'est un spectre entretenu par Blade Runner 2049, qui compose sa mélodie en écho aux synthétiseurs du musicien grec - c'est d'ailleurs pour ça que Jóhann Jóhannsson a été remplacé. La version 2017 occupe moins d'espace à l'écran, mais également dans l'esprit du spectateur.

 

Photo Sylvia HoeksSylvia Hoeks, remarquable

 

2049, L'ODYSSÉE DE L'ESPÈCE

Ne pas se méprendre : Ridley Scott n'a pas réalisé cette suite, mais est à l'origine de l'impulsion de départ dès l'écriture des grandes lignes, et en lien direct avec ses envies après le film original - Villeneuve l'a confirmé. Celui qui a suivi avec passion ou exaspération son retour dans l'univers d'Alien avec Prometheus et Covenant verra sans doute dans le personnage d'un homme de science fantasmagorique, mû par ses envies de création démiurge, un parallèle clair. Il s'agit là encore de rouvrir le cadavre d'une œuvre culte pour une autopsie, afin d'y puiser un matériau semi-nouveau semi-remix. Pourquoi pas, si la chose apportait quelque chose de fort et noble à l'original ou au genre. 

Blade Runner 2049 est bien un film de Denis Villeneuve, mais y flotte la sensation d'une œuvre tiraillée entre plusieurs choses. Comme l'affiche divisée entre orange et bleu, comme le casting polarisé autour de Ryan Gosling et Harrison Ford, le scénario se dilue entre deux lignes, avec d'un côté la grande et absolue désillusion d'un homme et de l'autre, une exploration un peu classique de l'acte de création et le pouvoir de vie.

Et si le film séduit dans ses ambitions globales plutôt rares à ce niveau de production (rythme lancinant, durée rallongée, silence omniprésent, action sporadique, stoïcisme du héros), il laisse au final une profonde sensation d'œuvre malade, inachevée, inaccomplie, et empêchée.

 

Affiche française

 

 

Résumé

Blade Runner 2049 est d'une beauté sidérante, et d'une force parfois saisissante. Il est également trop long et bancal dans sa narration, tiède dans ses intentions, et tiraillé entre deux personnages et directions qui ne parviennent pas à coexister en harmonie.

Autre avis Alexandre Janowiak
Blade Runner 2049 confirme que Denis Villeneuve est un des plus grands réalisateurs actuels, sa mise en scène étant époustouflante à tous les niveaux. Reste cependant la frustration de voir se transformer un scénario enivrant et hypnotisant en un récit familial aux limites du pompeux.
Autre avis Simon Riaux
Maniériste et interminable, le blockbuster dépressif de Villeneuve allie la légèreté du ciment et l'intelligence d'un canard sans tête. On ne sauvera même pas Harrison Ford, si manifestement affligé par ce qui l'entoure qu'il ne prend pas la peine de jouer la comédie.

commentaires

Simon Riaux - Rédaction
29/08/2019 à 14:03

@Stroodge

On peut aussi aimer un film, sans se montrer fragile et susceptible.

Il n'y a aucun mépris de ma part. Je trouve ça très mauvais. Je l'écris. C'est tout.
Et l'aigreur, je comprends assez mal l'idée. On n'aime pas un truc donc on est aigre ? ça n'a pas beaucoup de sens.

Pour ce qui est de l'humour, je trouve beaucoup moins violent, et nettement moins prétentieux, d'enrober un point de vue d'un trait d'humour, plutôt que de l'asséner comme une vérité, comme un truc satisfait et inoxydable. Après, ça peut vous déplaire souverainement, mais vous vous trompez sur mes intentions.

Stroodge
28/08/2019 à 23:44

Chaque critique de simon riaux est bourrée de mépris.
Et pour l'humour on repassera.

Non mais sérieux on peut ne pas aimer un film sans se montrer aussi haineux et aigri!

Nom de dious

pamoi
28/08/2019 à 14:35

Aucune comparaison possible avec Blade Runner. Ça veut se la jouer film méta-contemplato-intello et ça finit en baston comme dans un vulgaire DTV de JCVD.

Ben
28/08/2019 à 12:45

Chef d’œuvre absolu à mon goût! Je suis resté scotché sur mon fauteuil au cinéma!
Tout est maitrisé, scénario, direction d'acteur, photos, cadrage, musique... Je connais le 1er par coeur, il ne souffre pas de la comparaison. Après j'ai cru voir le cross over Réplicants / Droïdes de Convenant/Prometheus et en ça cette critiques est pas mal. Scott se pose des questions et ça se ressent dans ces derniers films.

Opale
28/08/2019 à 12:41

Quand on voit le niveau actuel des blockbusters... Quand on voit le succès d'Endgame (oui, c'est le plus gros succès de tous les temps alors c'est un peu un maitre étalon) et l'échec financier de ce BR2049 et bien on se dit que c'est une bien sale époque pour le cinéma.

bubblegumcrisis
28/08/2019 à 11:44

Bladerunner 2049 souffre de la comparaison pratiquement inconsciente que nous faisons tous avec Bladerunner premier du nom. Or, si BR2049 est une suite du premier, il est aussi un film qui peut se voir de manière autonome. Plus le temps passera plus le film sera à apprécier pour ce qu'il est, un film-univers à part entière. Ce film est en soi un petit miracle à tous les niveaux, notamment narratif, dans un moment où tout ce qui sort sur nos écrans et est produit avec un certain budget ressemble à un produit fabriqué en usine selon toujours le même cahier des charges.

jay
28/08/2019 à 07:58

on aurait pu demander a un vrai fan de faire la critique et pas a celui qui fout des notes incroyables a des films comme fast and curious et qui s'excuse en nous sortant des trucs dans le genre "plaisir coupables"
WTF ce film s'est de la poesie
si tu fais le point ya combien de films de SF ces dernieres année qui valent la peine qu'on s'en souvienne...
Interstellar, Ready player one, Blade Runner 2049...

Thomas Véron
11/03/2019 à 00:54

Cette critique est dure, trop dure. Si je retiens un manque relatif d'harmonie avec vous, à la fin du film les différents niveaux d'expression et de jeu d'acteurs se fondent en une impression globale positive et puissante qui efface ces disparités - alors même que sur le coup, on a effectivement pu être gêné par certaines interprétations de certains acteurs à certains moments.
Là où je ne suis pas d'accord, c'est sur l'échec que vous attribuez au film dans le renchérissement et approfondissement du Blade Runner orignal, de la thématique de création et de pouvoir de vie. Il semblait presque impossible d'aller plus loin dans la réflexion autour de cela, d'autant plus dans nos années où les fictions basées sur ce thème -Westworld, Real Humans etc - sont pléthores.
Le personnage de Joi est à cet égard magnifique. Qu'est-ce qui fait de nous des humains ? L'amour et l'expérience de vie partagée entre des entités qui s'aiment, qui construisent une relation qui leur est propre ensemble. Joi a une âme, une conscience, parce qu'elle aime Joe et que Joe l'aime. Et cela est beau, vrai et extraordinaire puisque elle n'est physiquement qu'un hologramme et de la data algorithmique. Et que le pendant amoureux qui la fait exister est lui-même un Réplicant, un non-humain : ainsi, on assiste à la naissance de l'humanité. Comme en écho de la naissance d'un bébé humain de parents réplicants dans le film.
Le choix personnel de Joe, la consécration de son libre-arbitre dans l'exercice de ce dernier, lorsque au lieu de tuer Deckard il décide que la chose la plus humaine à faire, c'est de lui permettre de rencontrer sa fille, est une invention originale aussi.
La question de l’humanité est bien posée et les nouvelles idées offertes par ce film y répond avec une acuité renouvelée.

xpaintor
06/09/2018 à 20:36

Perso j'ai bien aimé, je ne lui ait pas trouvé de défauts, pour moi c'est un film atmosphérique.
Je le passe les jours de pluie ou les nuits froides quand je peint, ça m'inspire.

Ronnie
06/09/2018 à 15:13

C'était... lonnnnngggggg trèèèèèès long... et lennnnnntttttt trèèèès lennnnnt ! Pour faire court ce n'est absolument le cinéma que j'aime, divertissant et/ou qui fait réfléchir. Je me suis ennuyé tout le long, il ne se passe rien ,autant sur la face de gosling que dans le film ( et dans les films de Gosling en général).
"Bla Bla Bla" Alors oui c'est beau mais je ne vais pas au ciné pour pour ça (musée, expo, galeries photos font bien l'affaire) si le film est vide c'est pas ça qui va le sauver.
Bref je n'ai pas du tout accroché ni aimé pourtant j'adore le SF, d'ailleurs dans la salle de ciné plusieurs personnes sont partis pendant le film; mais il en faut pour tout le monde et tant mieux pour ceux qui ont aimé :)

Plus

votre commentaire