Blade Runner 2049 : critique de Replicant

Geoffrey Crété | 24 mai 2021 - MAJ : 24/05/2021 15:10
Geoffrey Crété | 24 mai 2021 - MAJ : 24/05/2021 15:10

Blade Runner 2049, ce soir à 21h15 sur TMC.

Comment mener une suite au film culte Blade Runner de Ridley Scott ? Comment être à la hauteur alors même que le réalisateur du classique de 1982 s'est pour beaucoup de fans raté lorsqu'il s'est replongé dans un autre univers mythique de sa carrière, avec Prometheus et Alien : Covenant ? Comment Denis Villeneuve a t-il pu trouver la place d'exister, entre une nostalgie de plus en plus envahissante, et une tendance au remix qui a notamment touché Star Wars ? Beaucoup de questions, de craintes, d'espoirs et d'attente autour de Blade Runner 2049. Beaucoup de doutes aussi face au résultat.

RETOUR VERS LE FUTUR

En 2049, trente ans après la quête de Deckard, Los Angeles est plus organisée, mais pas plus heureuse. Il y a encore des pyramides, de la pluie et des voitures volantes, noyés dans une météo moins nocturne mais peu engageante. Il y a aussi les fameux Blade Runner, chargés de la même mission : traquer les vieux modèles des Replicants. Ryan Gosling alias K. reprend à première vue le flambeau de Harrison Ford, avec une délicate mission confiée qui l'amène à chercher du côté de l'entreprise Wallace, laquelle a récupéré le business et les ambitions de Tyrell Corporation suite à sa faillite.

Impossible d'en dire beaucoup plus : Blade Runner 2049 est entouré d'un voile de mystère consciemment entretenu, à l'image des nuages inquiétants où baignent les paysages de cette Amérique futuriste. Il y a la crainte de voir la suite suivre la tendance du grand recyclage tant décriée d'un Star Wars : Le Réveil de la Force, d'autant que Villeneuve s'offre - ou plutôt offre aux fans - une poignée de clins d'œil très lourds dès les premiers plansBlade Runner 2049 y échappe parfois, mais pas toujours.

 

Photo Ryan GoslingUn arbre, un nuage, un Gosling : un plan envoûtant

 

BLADE RUINÉ

Un peu étouffé par ses obligations de suiteBlade Runner 2049 patine. Ramener Deckard, reconnecter à l'héritage du premier film, resituer le même univers mais en ouvrir de nouvelles portes : Hampton Fancher (co-scénariste de l'original qui s'est ici chargé des premières versions) et Michael Green (crédité dans Alien : Covenant pour l'histoire, scénariste de Logan et Green Lantern, qui a signé la version finale) s'emploient à relier tous les points et parler aux fans, tout en embarquant dans une histoire nouvelle, portée par un nouveau héros. C'est ambitieux, et vraisemblablement trop. 

Côté références, le film est capable du meilleur (une incroyable scène de fantôme mécanique qui sort de l'ombre) comme du pire (l'utilisation gênante du thème Tears in the Rain). Côté nouveautés, Blade Runner 2049 est d'une maladresse étonnante : plus de 2h30 de narration bancale, qui alignent les longues scènes autour d'un canevas qui manque cruellement de nerf, avec une tendance à abuser des silences et une impression de voir de beaux morceaux compilés (avalanche de seconds rôles et escales) sans vraie dynamique dramatique.

Denis Villeneuve est un bon chef d'orchestre dès qu'il s'agit de composer une symphonie visuelle et sonore, mais son film manque d'une vraie harmonie, qui laisse la sensation que le film se joue à différents niveaux isolés - dans l'interprétation des acteurs, la tonalité très solennelle ou plus légère, les enjeux intimes du héros et ceux qui le dépassent.

 

Photo Harrison FordFord Ranger

 

LA BELLE EST BÊTE

A la torpeur narrative s'ajoute une donnée non négligeable : la beauté. Blade Runner 2049 brille d'un éclat de cinéma fantastique, qui enivre et procure parfois une sensation de grandeur terrassante. La photo de Roger Deakins, qui retrouve Denis Villeneuve après Prisoners et Sicario, est sans surprise fabuleuse, offrant une foule de visions hallucinées, que ce soit une ferme perdue dans une brume blanche, des statues noyées dans un halo orangé, ou même des poursuites dans les nuages nocturnes. Là, le cinéaste rappelle de manière flamboyante son talent.

 

Photo Ryan GoslingEt vive le minimalisme

 

La direction artistique est tout bonnement superbe. Elle regorge de détails (notamment pour ce qui relève de la technologie), conférant aux décors une dimension fascinante quand les costumes et coiffures donnent aux acteurs une belle prestance - notamment une Sylvia Hoeks excellente. Loin d'être dépassé par la technique, Villeneuve témoigne d'un vrai sens de la mise en scène en termes de gestion des effets spéciaux, avec une utilisation à peu près irréprochable des outils modernes (notamment dans une folle scène de séduction, ou lors d'un somptueux fondu entre braises et paysage urbain).

Un bémol et pas des moindres : la musique composée par Hans Zimmer et Benjamin Wallfisch. Malgré quelques envolées grandioses et des basses monstrueuses, le fantôme de Vangelis plane sur le film. Ce n'est pas une obsession de fan : c'est un spectre entretenu par Blade Runner 2049, qui compose sa mélodie en écho aux synthétiseurs du musicien grec - c'est d'ailleurs pour ça que Jóhann Jóhannsson a été remplacé. La version 2017 occupe moins d'espace à l'écran, mais également dans l'esprit du spectateur.

 

Photo Sylvia HoeksSylvia Hoeks, remarquable

 

2049, L'ODYSSÉE DE L'ESPÈCE

Ne pas se méprendre : Ridley Scott n'a pas réalisé cette suite, mais est à l'origine de l'impulsion de départ dès l'écriture des grandes lignes, et en lien direct avec ses envies après le film original - Villeneuve l'a confirmé. Celui qui a suivi avec passion ou exaspération son retour dans l'univers d'Alien avec Prometheus et Covenant verra sans doute dans le personnage d'un homme de science fantasmagorique, mû par ses envies de création démiurge, un parallèle clair. Il s'agit là encore de rouvrir le cadavre d'une œuvre culte pour une autopsie, afin d'y puiser un matériau semi-nouveau semi-remix. Pourquoi pas, si la chose apportait quelque chose de fort et noble à l'original ou au genre. 

Blade Runner 2049 est bien un film de Denis Villeneuve, mais y flotte la sensation d'une œuvre tiraillée entre plusieurs choses. Comme l'affiche divisée entre orange et bleu, comme le casting polarisé autour de Ryan Gosling et Harrison Ford, le scénario se dilue entre deux lignes, avec d'un côté la grande et absolue désillusion d'un homme et de l'autre, une exploration un peu classique de l'acte de création et le pouvoir de vie.

Et si le film séduit dans ses ambitions globales plutôt rares à ce niveau de production (rythme lancinant, durée rallongée, silence omniprésent, action sporadique, stoïcisme du héros), il laisse au final une profonde sensation d'œuvre malade, inachevée, inaccomplie, et empêchée.

 

Affiche française

Résumé

Blade Runner 2049 est d'une beauté sidérante, et d'une force parfois saisissante. Il est également trop long et bancal dans sa narration, tiède dans ses intentions, et tiraillé entre deux personnages et directions qui ne parviennent pas à coexister en harmonie.

Autre avis Alexandre Janowiak
Blade Runner 2049 confirme que Denis Villeneuve est un des plus grands réalisateurs actuels, sa mise en scène étant époustouflante à tous les niveaux. Reste cependant la frustration de voir se transformer un scénario enivrant et hypnotisant en un récit familial aux limites du pompeux.
Autre avis Simon Riaux
Maniériste et interminable, le blockbuster dépressif de Villeneuve allie la légèreté du ciment et l'intelligence d'un canard sans tête. On ne sauvera même pas Harrison Ford, si manifestement affligé par ce qui l'entoure qu'il ne prend pas la peine de jouer la comédie.
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Lecteurs

(3.9)

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commentaires
Monsieur Vide
24/05/2021 à 17:42

Il est beau. Pas parfait. Mais comparer ce film à cet étron de Alien Covenant, c'est innommable !

Thierry
24/05/2021 à 15:36

Je n'avais pas voulu aller le voir au cinéma en raison de sa longueur et du fait que les critiques étaient plutôt mitigées. Du coup, je l'ai vu pas plus tard qu'il y a quatre ou cinq jours sur Netflix, un peu par hasard. Je m'apprêtais à souffler beaucoup et à m'ennuyer passablement durant ces 2 heures 49. Eh bien...pas du tout. A ma grande surprise, j'ai adoré. J'ai trouvé ça plutôt intelligent comme suite. Bien fait mais le fait que ce soit Villeneuve aux manettes était une garantie préalable...Qui plus est, je n'ai pas eu à revoir le premier car il n'y a pas de difficulté de compréhension à mon sens...Une bonne surprise, donc, même sur Netflix !

Gaspard
18/04/2021 à 15:19

En terme d'images, l'univers est très beau. La ville où la pluie et la nuit sont omniprésente est semblable à celle de The Final Cut. Les bas fonds brumeux et cosmopolites où survivent les habitants dans les myriades de néons contrastent avec les publicités géantes, la technologie de Tyrell et l'immensité des grattes ciels.
L'image nous donne quelques détails en plus sur cet élément qui a fait tout le charme de TFC, sans s'y attarder: c'est très bien maîtrisé.
D'autres scènes terrifiantes de beauté, dans les pyramides des successeurs de Tyrell. Les jeux de lumière sont superbes, et les couleurs incroyables.
Toutefois quelques regrets en ce qui concerne l'image: le manque crucial de décor physiques et non ajoutés en traitement d'image, qui a disparu au cinéma depuis les années 2000, et que j'avais espéré voir renaître. Du coup, on ne retrouve pas ce côté un peu fouilli bric à brac qui faisait vivre les décors du Blade Runner de Ridley Scott.

Bande son: pas de remarques. Absente, en fait. C'est agréable, ça laisse parler les images, mais trop de frilosité de la part de la réa. On dirait qu'ils avaient peur de briser l'ambiance, alors qu'une bonne compo aurait été un plus.

Casting, pas de remarques. Harrisson est inutile. Honnêtement, il ne joue pas très bien. Le côté nostalgique qu'on lisait sur son visage en 1982 a disparu. Il n'est pas fait pour un rôle aussi sentimental. Scott avait réussi à contourner cette difficulté par la fuite en avant de son scénario.
Là, c'est le temps des retrouvailles, on fait disparaître la beauté du doute. Un petit plus pour la répliquante (Sylvia Hoeks) au service du successeur de Tyrell (Wallace). Rôle bien tenu, personnel.

Côté narration, c'est bien. Très bien, même. En fait, on retrouve les éléments qui avaient rendus TFC aussi particulier. En effet, le film ne se presse pas, on prend bien le temps de savourer chaque scène, baignées dans cette atmosphère qui nous tient à l'orée d'un monde caché. Le film évite les évidences trop lourdes en surfant à la surface de ce qui compose réellement la vie dans ce Los Angeles metropolis. Cette technique permet de nous tenir scotchés en entrouvrant les portes, pour nous faire voir pendant de brefs instants entre parenthèse l'univers de 2049. Très agréable.
Toutefois, il y a un paquet de scènes un peu hors sujet: notamment la pseudo bagarre contre les habitants du désert à la mad max: ce n'est pas pertinent. Pareil pour une ou deux autres scènes de violence qui ne respectent pas du tout l'état d'esprit du premier film (sacrifice sans pitié de répliquants chez Tyrell).

Côté scénario, je suis un peu mitigé. La fin est bâclée, et le plan final hors de propos. Il y a beaucoup de rôles secondaires, tous féminins: la répliquante, la chef de police, l'IA qui sert de copine au personnage principal, la prostituée, qui semblent toutes plus ou moins éprouver de l'empathie ou du désir pour lui, de manière confuse. C'est déroutant.
Les rôles masculins ne sont pas du tout exploités. Okay, ils étaient nécessaires pour filer la trame. Mais dans ce cas, ne donnez pas autant de personnalité à un ''méchant'' si c'est pour le voir seulement pendant 3 scènes, et toujours au même endroit. Lui donner de l'importance sans le construire, ça aurait laissé plus de place aux autres. Je reproche la même chose à la chef de police. Une voix à l'autre bout d'une téléphone aurait fait l'affaire.
Tous ces rôles tissent des morceaux d'histoires pas vraiment exploités, et là c'est une question de goût. Moi, j'aime ce côté impressionniste dans le cinéma, qui nous dépeint plus un univers parallèle qu'une histoire. La trame, pour une fois, n'est pas au premier plan. C'est ce qui faisait l'originalité de The Final Cut, et que j'ai adoré retrouvé ici. Le film s'attarde plus sur la construction et nous plonge dans l'histoire par l'image.
Au premier film, le personnage est un bladerunner. Au deuxième, c'est un répliquant. C'est un tour de force, car on se sent quand même à l'aisé.
Pour conclure, 2049 est un chef d'oeuvre de SF d'un style rare. Il va très bien vieillir, et sera sans doute une source d'inspiration pour les prochaines générations de cinéastes.

Lord Sinclair
10/02/2021 à 16:56

Il était totalement suicidaire et inutile de faire une suite à Blade Runner.
Blade Runner c'est un alignement de planètes artistiques, qui n'arrive que rarement, et lors d'une époque où le champs du possible était bien plus large.
Alors c'est beau, les acteurs font ce qu'ils peuvent, et c'est déjà pas mal. J'étais content que ce ne soit pas nul.Ca a suffit à mon plaisir. C'est triste, mais voilà où j'en suis avec les blockbuster depuis 20 ans...
Mais nous sommes en 2021 et un film grand public (vu le budget et la campagne marketing, c'est un film qui vise le grand public) ne peut plus se permettre de déranger, de laisser le spectateur déboussolé. Les scènes où K se remémore les dialogues précédents, pour bien que l'on comprenne qui est qui et qui fait quoi en sont désolantes.
Il y a aussi une volonté évidente d'en faire une trilogie (le plan de Lato, la révolte qui gronde, qui restent en suspend) : la franchise, toujours la franchise.
La fin est toute pétée, on la voit venir à 10 km. Mais personne n'aura plus jamais la beauté sauvage et désespérée de Rutger Hauer...

Free Spirit
21/09/2020 à 16:03

le neuneu ; c est celui qui accepte n,importe quoi !!! ' silvinception ) je ne critique pas ceux qui ont aimés le film...seulement il faut expliquer pourquoi on aime ou on aime pas ???

Kyle Reese
21/09/2020 à 13:04

zut "Deckard"

Kyle Reese
21/09/2020 à 13:03

Pour ceux qui trouve la tenue de Rick Dekcard, pensez juste au contexte.
Le mec se terre depuis des lustres dans les vestiges de Las Vegas et se nourrit aux souvenirs du passé et aux Whisky. C'est un fugitif, il n'a plus de fonction professionnelle ni sociale, donc plus de "costume", et doit se la jouer total discret dans une vie solitaire.
Quel intérêt de se saper, classe, mode, ou d'une manière originale.
Pourquoi? pour qui ?

Donc Dekcard en t-shirt ... logique.
Mais c'est pas grave, car K le remplace et il a la Klasse !

Mushy
21/09/2020 à 12:09

@sylvinception

Neuneus ? Si vous avez adoré ce Bladerunner , vous avez avez raté complétement le sens du film alors.
Le film est clairement sur ce qui définit la nature humaine. On a donc le droit de ne pas aimé ou aimé ce film. C'est justement ce qui fait qu'on est pas des clones/robots :)
Traité de neuneus ceux qui n'ont pas aimé le film ( mon cas ) revient à être ce neuneus !

Opale
21/09/2020 à 11:47

Superbe film qui demande sans doute trop d'attention et de patience au spectateur lambda qui préfèrera plus d'action et d'humour. Passons, l'époque est comme ça, ce film tire le spectateur vers le haut mais évidement ce dernier préfèrera mater du Disney/fastfood pré-digéré. C'était d'ailleurs amusant car hier à la TV passait donc ce film et sur une autre chaine, Black Panther: un très mauvais film, boursouflé, mal foutu, gorgé de CGI immondes et donc BR 2049, film lent, à l'atmosphère pesante, magnifiquement photographié, introspectif et beau. Le BO a tranché et, bien sûr, c'est le vomi de Disney qui a (largement) gagné. Aucune morale là-dedans mais un beau signe des temps.

Blade Big Somnifere
21/09/2020 à 11:28

je 'l'ai vu uniquement pour la photo et les effets speciaux, en bluray ils ont utilise beaucoup de superbes maquettes, enrichies en cgi pour faire les plans, un Oscar des effets visuels bien merite,
mais le clone de Sean Young cgi ne passe pas l'épreuve de l'image, dés la sortie fu film c'était pourri comme plans, ils ont pourtant utilisé les techno dernier cris, mais pas au point,
mais avec le Deep fake, et l'AI çà sera beaucoup mieux à l'avenir plutôt que resculpter, scanner et texurer les acteurs en 3D
le droid Harrison a pris un gros coup de vieux,Habillé chez Emmaus! mince alors, un droid ne veillit pas, tout comme les Terminator,

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