Kingsman : Le Cercle d'or - critique Super Gold

Simon Riaux | 2 novembre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 2 novembre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Matthew Vaughn retrouve ses Kingsman et réalise pour la première fois la suite d’un de ses propres films, Kingsman : Le Cercle d'or. Le metteur en scène cède-t-il aux sirènes de l’époque, ou accomplit-il la promesse du précédent film, qui s’était donné pour mission de décomplexer et renouveler un genre englué dans des codes usés jusqu’à la corde ?

EVERYTHING IS BIGGER IN KINGSMAN

Quand Matthew Vaughn a décliné la proposition de la Fox de prendre la tête de la saga X-Men après son très réussi X-Men : Le commencement pour s’atteler à Kingsman, on se doutait que le monsieur nous gardait quelques as dans sa manche. Mais on ne s’attendait pas pour autant à le voir franchir le pas de la sérialisation, lui qui s’est toujours tenu à l’écart de la dimension industrieuse du 7è art pour privilégier des projets originaux, atypiques, comme autant d’OVNIS faussement pop lancés à la figure de la production contemporaine.

Et à la vue de Kingsman : Le Cercle d'or, on comprend instantanément que le cinéaste a amené le dernier né de sa collaboration avec Mark Millar à un degré de folie et de maturité inédit. Il faut à peu près une quarantaine de secondes à son récit survitaminé pour poser ses enjeux, asseoir son style et embrayer sur une scène d’action qui ferait passer le carnage épiscopal du précédent volet pour une bagarre de cours de récré.

 

Photo , Taron EgertonUne certaine idée de l'action

 

Poussant chaque aspect de l’univers établi dans des retranchements aussi extrêmes qu’inattendus (voire la caractérisation de tous les nouveaux personnages, cartoonesques et d’une inventivité en matière d’écriture souvent stupéfiante), Vaughn passe en surmultipliée et ne lâche jamais la pression, bien décidé à offrir au spectateur le trip d’action et d’espionnage ultime. Transformant l’image en terrain de jeu hallucinant, il imbrique à toute vitesse quantité d’intrigues, de situations, qui transforment rapidement Kingsman : Le Cercle d'or en un dispositif cinéphile intégralement voué au dépassement des fantasmes du public.

Grâce à un budget plus confortable, il se départit des quelques effets cache-misères qui handicapaient encore un peu Kingsman et dope ses scènes d’action avec l’hypercam, qui l’autorise à prolonger invraisemblablement ses plans, à coups de zooms, décadrages, ou travellings impossibles. Dans ses innombrables moments de pure folie cinétique, Matthew Vaughn se présente comme un des rares héritiers de Sam Raimi, tant il fait de sa caméra le personnage principal d’un film mû par une hardiesse sans cesse renouvelée.

 

Photo Pedro PascalL'agent Whiskey à bord du "Silver Poney"

 

TUER N’EST PAS JOUER

Mais Kingsman : Le Cercle d'or ne se contente pas de proposer un concentré d’action férocement ludique. On sait au moins depuis Layer Cake et Kick-Ass que Matthew Vaughn distille sciemment une vision du monde moderne, libérale, aussi critique que passionnée, un pas de deux entre attraction et répulsion. Ainsi, sous couvert de gros délire « pop », il adresse quantité d’uppercuts chirurgicaux à tout ce qui ressemble à une forme de bien-pensance ou de moraline préfabriquée.

 

Photo Channing TatumChanning "Tequila" Tatum

 

À ce titre, peut-être faut-il voir dans l’accueil un peu tiède réservé au métrage de l’autre côté de l’Atlantique une réponse à l’acidité avec laquelle les Etats-Unis y sont portraiturés. Impitoyable dès qu’il est question de montrer en quoi les valeurs fondamentales du mythique rêve américain ont été progressivement subverties, le réalisateur piétine gaiement les tares de son époque, de la conception d’un corps social hygiéniste en passant par l’obsession de la nostalgie, ou le populisme goguenard des élites.

 

Photo Taron Egerton

 

Enfin, Kingsman : Le Cercle d'or se paie même le luxe de dialoguer ouvertement avec la saga James Bond, dont il adresse les tropismes doloristes qui se sont emparés de 007 dernièrement. L’attention apportée aux parcours des personnages et à leurs enjeux est à ce titre une des plus jolies réussite du film, qui dépeint avec énormément d’humour et de tendresse un espion enamouré, dont la sincérité et la gaucherie rafraîchissent l’image de l’agent secret phallocrate et achèvent de la ringardiser tout à fait. La force de Vaughn explose ainsi au grand jour, alors qu’il parvient à assumer, embrasser et par endroits pasticher l’héritage du genre, tout en lui offrant une de ses plus intenses et spectaculaires déclaration d’amour.

 

affiche

 

 

Résumé

Une montée en puissance continue et exponentielle, d'une créativité et d'une impertinence salvatrices.

Autre avis Alexandre Janowiak
Trop de style tue le style, trop de coolitude tue la coolitude. En étant dans la surenchère absolue, Matthew Vaughn transforme la bonne surprise du premier film en gros amas de superflu dans ce Kingsman : Le Cercle d'or. Dommage.
Autre avis Geoffrey Crété
Il est possible de trouver Kingsman : Le Cercle d'or cool, malin, cool, bien mené, spectaculaire et cool. On peut aussi être consterné par cette farce chiante comme la pluie et interminable, assemblage artificiel de scènes-répliques-situations-personnages-acteurs sans grand impact, et qui ne bénéficie même plus de l'effet de surprise.
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commentaires
Anto.
03/11/2020 à 14:32

@ Sanchez

Kick ass 2 n'est ni écrit, ni réalisé par Matthew Vaughn.

Flash
03/11/2020 à 12:58

C'est rare qu'une suite sois meilleure que le premier, et pour le coup c'est le cas. Et puis Elton John est énorme bien que peu présent à l écran.

Batsy
03/11/2020 à 11:37

Première fois que je ne suis pas d'accord avec Simon... Première fois (et j'espère la dernière) que je suis d'accord avec Alexandre ://... Je vais allé lire un livre avec des images.

Miami891
03/11/2020 à 11:29

Que d'évolution pour Pedro Pascale depuis ce film, il n'apparaissait même pas sur l'affiche. J'ai trouvé le film génialissime à sa sortie. Bizarrement, au 2ème visionnage, je l'ai trouvé assez fatigant.

Sanchez
03/11/2020 à 10:50

Comme pour Kick Ass 2, Vaughn est nul en suite et encore un fois il fait la négation du premier volet en mode je m'en bats les steaks. On fait revenir un personnage mort histoire de tuer la dramaturgie du premier et faire un gros doigt au spectateur. Du coup c'est vulgaire , idiot , pathétique dans son scénario et ses efforts pour paraitre "cool" , une méchante digne du club dorothée, bref un fiasco sur tous les points

Garm
03/11/2020 à 07:16

J’ai beaucoup aimé le premier, par contre j’ai arreté celui-ci dès la fin de la première scene. Fatiguant pour pas grand chose

Bran
02/11/2020 à 23:27

Super critique dont je partage l'opinion

Tonto
02/11/2020 à 22:13

C'est quand même vrai que parfois, vous avez bon goût, M. Riaux ! ^^ C'est une de vos meilleures critiques !
En tous cas, ça fait un bien fou de lire cette critique quand tout le monde essaye de me convaincre que Kingsman 2 est moins bien que le 1 (alors que c'est un des plus grandes comédies d'action que le cinéma nous ait offertes, d'une maturité et d'une maîtrise qu'on ne voit nulle part ailleurs).

Kyle Reese
02/11/2020 à 20:23

Moins aboutis et frais que le premier certes, je n'ai pas cherché à analyser le film comme Flo a pu le faire et j'ai juste profité du délire décalé trash et le spectacle parfois totalement dément dans le coté over the top. Le combat contre Pedro Pascale est fabuleux.
Mais surtout, surtout pour la scène trash la plus WTF que je l'ai jamais vu dans ce genre de film grand public (?). Cette scène mérite à elle toute seule le visionnage du film.
Mais comment les producteurs ont-ils pu valider ça ? je me le demande ! lol

Flo
27/10/2020 à 14:16

« I’m a Catholic w**re, currently enjoying congress out of wedlock with my black, Jewish boyfriend who works at a military abortion clinic. So hail S@t@n, and have a lovely afternoon, madam. »

Une anecdote au sujet du premier Kingsman: Matthew Vaugn y était un peu embêté car il voulait vraiment utiliser « Money for Norhing » de Dire Straits en intro (les 30 ans du tube à l’époque de la sortie du film), mais ça ne cadrait pas avec l’année où ça se passe… Et puis il s’est finalement dit « et puis m**de, je le fait quand même, après tout les terroristes ne sont pas obligés d’être à la mode ». Et ça nous a donné ce générique dingue où oui, de « l’argent pour rien » avec ces gravas se transformant en lettres de générique. Mais FUN.
Voilà, c’était ça Kingsman à ce moment, juste l’envie (et les moyens pour Vaughn et Mark Millar) de faire ce qu’ils ont envie, à savoir casser la routine du super espion devenu trop « dépressif », pas assez glorieux, pas assez Nick Fury de Steranko…
Oui, mais en trash. Et énergique à un point pas possible en témoigne la culte scène de l’église, à la fois horrible (des quasi innocents qui s’entre-massacrent) et jouissive (ce sont quand même des gros bigots intolérants). KM, où l’art d’être à la foi grossier et classe. Jusqu’à ce final faisant exploser des têtes de politiques et célébrités, comme des sales gosses qu’il sont.
Tombant ouvertement dans les pires clichés du genre d’une part, et les détournant complètement à d’autres moments (pas une parodie du tout).
Et le tout avait même l’audace de raconter quelque chose sur l’hypocrite lutte des classes, mais typiquement british… Une réussite géniale qui ne vieillie pas (encore) du tout.

Et là, dans le 2ème… Qu’est ce qui s’est passé ?
Le côté malpoli stylisé du film semble s’être encroûté avec le succès du premier. On assiste presque à une auto-parodie cartoonesque (des robots!?) sans surprises réelles aucune, ne racontant plus grand chose. Qui fait que, malgré une intro démarrant à fond les ballons dès la 2ème minute… ça s’assoupli trop, ça devient convenu. Et on a presque l’impression d’y voir les acteurs jouer… des sosies.

– Taron Egerton continue son arc narratif du Eggsy à la fois petit « lad » et grand homme classieux… Mais répète trop sa partie qui le voit devenir moins tendre, plus dur et impitoyable pour le bien du monde. Qui plus est, il est quasiment le reflet de son réalisateur puisque pas du tout espion queutard comme on l’aurait attendu… mais bien rangé avec… une princesse suédoise, qui plus est celle que personne n’a oublié à la fin du 1 ;-) . Une fille qu’on peut vite identifier comme étant la propre femme de Vaughn, Claudia Schiffer (créditée Claudia Vaughn, et « prod exécutive »). C’est un peu ça qui cloche et irrigue un peu le tout: le héros s’est embourgeoisé encore plus que son réal, et le film de suivre un peu trop cette voie. S’il faut attendre encore la fin pour qu’il se prenne moins la tête dans son couple et redevienne un pur badass (génial combat de manchot), c’est presque comme si le 1 n’avait pas servi…
– Edward Holcroft en Charlie y joue les sosies de Gazelle (prothèse) et de… Matthias Schoenaerts. Là aussi, c’était vraiment utile de le faire revenir ce relou ?
– Mark Strong/Merlin y joue encore à Mark Strong. Càd un second rôle toujours excellent, mais qui ne sera que rarement premier, alors qu’il le mérite bien (appelé aussi syndrome Idris Elba ;-) ). Néanmoins, il a de très bonnes scènes, et surtout il est celui qui injecte le plus d’émotions dans ce film, émotions que l’on croyait perdues.
– Julianne Moore en Poppy Adams joue à Samuel L. Jackson/Richmond Valentine, càd encore du geek libéral foufou, mais surtout un cauchemar pour républicains réac, une pub vivante contre les démocrates. Malaise, surtout que, confinée dans son petit « bourg douillet », elle n’a pas ce qu’avait Valentine: beaucoup d’interactions en face à face avec les autres héros (juste la fin). Même pas sûr d’avoir compris pourquoi elle appelle son organisation le Cercle d’Or. Et quelle naïveté de lui faire croire qu’elle tient vraiment les USA. C’est un film Fox.
– Le Kingsman lui-même n’y sert pas à grand chose, puisque détruit très vite… Et faire venir Michael Gambon pour ça, et le personnage de Roxy aussi… Ce qui pour elle, est caractéristique des personnages féminins de ce film, hélas.
– Channing Tatum se joue lui-même en sudiste benêt, dansant en maillot de lutteur juste pour faire référence à la fois à Magic Mike et Foxcatcher (deux de ses meilleurs rôles). On voit les ficelles, il n’avait pas le temps d’y être, mais il s’es incrusté quand même.
– Colin Firth est là pour faire les Nick Fury, même si son œil crevé n’est pas du tout immonde… Et passe un peu à coté de l’occasion de parodier complètement son Colin Firth coincé et maladroit qu’il nous a joué dans un tas de film. Et puis, il ne revient même pas avec des infos importantes, mais juste parce que c’est un super bon, et un copain. C’est déjà ça.
– Halle Berry (« Fox », dans le véritable Wanted) se joue elle-même, n’ayant plus de rôle à sa hauteur passée, et peinant à repasser dans une catégorie supérieure. Idris Eba encore.
– Jeff Bridges rejoue sa partition du cowboy qui mâchouille (beaucoup). Deux acteurs du Big Lebowski cloîtrés de tout le film, comment dire…
– Pedro Pascal est par contre génial en Burt Reynolds bis, comme on l’a pu dire à droite à gauche… Mais son arc narratif et émotionnel est gâché par cette trahison incohérente (personne pour au moins vérifier s’il avait au moins un Cercle d’Or sur la peau), et cette foutue morale politiquement correct du film… Pourquoi ?!! Pourquoi pas Tatum à la place, surtout ?!
– Poppy Delevingne joue a essayer d’avoir quelques rôle ciné comme sa petite soeur Cara (le Roi Arthur aussi cette année, même « famille » que Vaughn). Mais c’est un rôle humiliant là aussi pour une femme, pfff.
– Bruce Greenwood, jadis JFK (« 13 jours ») joue ici les sous-sous Donald Trump, histoire encore de ménager… Fox News, de vrais agneaux ici. C’est un film Fox, jusqu’au nom de la gentille chef de cabinet…
Et puis bon, tout ça n’est plus très provoc’, faussement même, que l’on transforme un type en viande haché, qu’on fasse un plan de doigtage, qu’on mette des gens malades en cages en disant « mais enfin les drogués sont des humains », qu’on rigole avec Elton John en super combattant super gay… Et bien sûr, rien de politique dans cette fin absurde avec applaudissements gentillets, qui ne veut surtout pas dire que l’Angleterre post Brexit irait s’allier aux USA ou à la Suède.

Bref, ça n’est jamais abouti, mais néanmoins, la chose tout de même bien préoccupante…
C’est que c’est tout de même globalement très bon à regarder, au dessus de la moyenne d’une bonne partie des blockbusters d’action habituels, avec plein d’idées (revoir la longueur des spoilers) bien que pas toutes absolument géniales, assez bien rythmé. Les plans séquences d’action, l’identité de ces films, faisant toujours bien le job même sans susciter la même ferveur. Même si les deux Galahad côte à côte, c’est superbe. On sourit, on rigole avec eux comme si on retrouvait de vieux copains après 10 ans… sauf que ça ne fait que 2 ans et demi au moins. Et qu’on peut risquer de se trouver exclu de la fête si ça vous laisse froid. D’où un certain arrière goût de se dire que « c’est tout de même du Vaughn, donc c’est pas top grave ». Sauf que lui, ce n’est pas trop une grosse entreprise, ce sont plus des indépendants. Enfin ça l’était.

En fait, comme il est dit à un moment donné, « c’est moins le commencement de la fin que la fin du commencement ». Donc, disons que ce n’est en fait que la première partie d’un diptyque introductif. Et que la « vraie » suite de Kingsman, ça sera pour une autre fois, en meilleur.
Et pourquoi pas assumer enfin leurs noms de codes, et nous refaire la Geste Arthurienne (Harry peut être un bon Arthur) en version moderne ? N’importe quoi, mais pas de charentaises s’il vous plait. Peut-être ailleurs qu’à la Fox, on verra. Tant que le plaisir reste encore présent…

– « Looking good, Eggsy.
– Feeling good, Merlin. »

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