Les Bonnes Sœurs : Critique bénie du cul

Simon Riaux | 8 novembre 2017

Quand est sorti de nulle part le trailer de Les Bonnes Sœurs (le titre français tout pété de The Little Hours), on a cru un instant qu’approchait à grand pas une comédie grasse américaine totalement furibarde, à base de nonnes hystériques à la cuisse hospitalière. Pas franchement la recette du classique intemporel, mais une promesse de n’importe quoi un tantinet séduisante. Sauf que Les Bonnes Sœurs (disponible en VOD dès le 8 novembre) ont totalement déjoué nos attentes et proposé une étonnante surprise.

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LÉ DÉCONNÉRON

On avait bien aperçu au détour d’une bande-annonce et lors du générique un discret « basé sur Le Décaméron de Boccace », sans vraiment y croire. Quelle ne fut pas notre erreur. Le réalisateur et scénariste Jeff Baena s’est contre toute attente attelé à un vrai travail de transposition du légendaire recueil de nouvelles, avec une audace et une intelligence que la promotion du métrage ne nous avait pas laissé entrevoir.

Il reprend ainsi deux traits majeurs des 101 récits composant le Décaméron : la cartographie du désir et du sentiment amoureux, toujours corrompus ou contrariés par les circonstances, ainsi que la dénonciation de l’hypocrisie ontologique du clergé et des institutions en général. Si le film contient son lot de gags et d’outrances comiques, il fait le choix de ne pas du tout s’orienter vers la comédie, pas même la folie douce.

 

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Par ici les conversions !

 

Il décrit un espace exclusivement composé de manipulation et de mensonge, où les personnages dissimulent leur nature pour survivre dans un environnement quasi-carcéral, où chacun est le geôlier de tous. Pour parvenir à recréer le sentiment de rêve éveillé dégagé par le texte original, Baena s’appuie sur une mise en scène en apparence simplissime, qui parvient toujours à capter ce moment où l’action dérape. Usant malicieusement d’une photo à mi-chemin entre hommage seventies et tentation documentaire, le cinéaste tient toujours la ligne de crête entre l’aliénation ascétique et la déflagration sensuelle qui guettent tous ses personnages.

 

Photo Nick Offerman

 

TOUCHE A TA (BONNE) SŒUR 

Seule trace de modernité, la langue, véritable festival ordurier à faire pâlir toute organiste qui se respecte. Là où la comédie américaine sous-traite parfois l’humour à ses seuls dialogues (coucou Ted),le film joue une autre partition. Plutôt que de provoquer une immédiate hilarité, ils permettent de créer l’absurdité qu’appelle le projet tout en soulignant la modernité de Boccace.

 

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Aubrey Plaza, dan  un rôle une nouvelle fois très équilibré

 

Pour transformer cette intrigue joyeusement partouzarde en quelque chose de plus qu’un énième récit faussement provocateur, il faut tout l’investissement d’un casting qui accepte de s’amuser de ses propres stéréotypes. Alison Brie sur-joue les ingénues en plein boum hormonal, Aubrey Plaza est une giga-caricature de marginale en colère, et Kate Micucci sidère souvent en nonne au bord de l’implosion polytoxicomane.

Le résultat n’est donc pas l’éclat de rire espéré, mais une relecture intelligente, souvent touchante, d’un des plus grands classiques de la littérature poétique et subversive du Moyen-Âge italien. À l’image de Nick Offerman, alternativement bouffon et glaçant, Les Bonnes Sœurs est une proposition inclassable, libertaire, toujours à contretemps, qui évoque le genre de petits miracles qu’aurient pu offrir Les Nuls si l’idée leur était venue d’adapter littéralement les Fables de Lafontaine pendant une descente de LSD.

 

Affiche française

 

Résumé

Fausse comédie allumée mais véritable adaptation punk et élégiaque du Décaméron, ces Bonnes sœurs méritent votre bénédiction.

commentaires lecteurs votre commentaire !

Simon Riaux - Rédaction
13/11/2017 à 15:21

Tout est une question de perspective.
Adapter les écrits de Boccace dans le cadre d'une comédie américaine, en revanche, c'est plutôt très original.

Sydz
10/11/2017 à 18:07

Quelle originalité de s'attaquer au culte chrétien de nos jours...

MystereK
08/11/2017 à 20:55

Humour très british à certain moment. Très décalé, mais pas aussi subversif qu'on aurait pu s'y attendre. A découvrir.

Ded
26/09/2017 à 13:20

Bouffer du Culte ?!... Appétissant !...

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