Doctor Strange : critique hallucinée

Simon Riaux | 9 septembre 2018 - MAJ : 03/10/2019 15:34

Doctor Strange de Scott Derrickson est une transposition des aventures d’un des héros les plus inclassables de Marvel et dont la gestation ne fut pas sans heurts. Mais, une fois n’est pas coutume, l’ADN du fameux docteur est parvenue à court-circuiter partiellement le blockbuster.

Affiche Benedict Cumberbatch
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DOCTOR LSD

Scénarisées par Stan Lee et dessinées par Steve Ditko, les odyssées occultes du Doctor Strange sont rapidement devenues un emblème de la culture psychédélique des années 60, nourrissant l’imaginaire d’auteurs majeurs de la pop culture, de Neil Gaiman en passant par Alan Moore. On pouvait craindre que les doubles pages des publications originales, leurs perspectives délirantes et leurs jeux de couleurs hallucinants soient délavées par la lessiveuse Disney et son esthétique de supermarché.

 

Photo Benedict CumberbatchPas facile à lire l'horloge de magicien

 

Mais pour le coup, et c’est là la belle surprise du Doctor Strange de Scott Derrickson, l’univers du Sorcier Suprême assume ses outrances visuelles et nous propose à plusieurs reprises de véritables festins visuels. Grâce à une 3D remarquablement utilisée, les nombreuses séquences jouant sur la magie se plaisent à tordre l’espace, le bouleverser et le ré-agencer. Le résultat est souvent enchanteur, tour à tour inventif et référentiel, usant de faux jeux de miroir, de fractales vertigineuses, jusqu’à découper dans la Dimension Miroir, l’écran en une myriade d’espaces qui évoquent malicieusement les cases d’un comics sous LSD.

 

Photo Docteur StrangeInce- quoi ?

 

Cette richesse jubilatoire ne va pas sans de gros emprunts, puisque Doctor Strange pille abondamment Inception. Parfois pour le meilleur, lorsqu’il pousse ses concepts de puzzle urbains bien plus loin que n’osa le faire Christopher Nolan, parfois avec un opportunisme agaçant, quand il plagie sans vergogne certaines séquences (comme l’affrontement dans un couloir à la gravité malmenée). Sans doute un peu facile, mais diablement efficace.

 

PhotoCap' ou pas cape ?

 

 

ERREUR MÉDICALE

Si cette réussite visuelle est incontestable, le métrage n’en demeure pas moins d’un classicisme, voire d’une bêtise en termes d’écriture, qui lui interdisent de vraiment trancher avec le tout-venant Marvel. Ainsi, Scott Derrickson ne s’extrait jamais du carcan d’Iron Man, dont cette nouvelle production est, ainsi qu’on le voyait venir, un quasi-remake. Enjeux similaire, écriture du personnage jumelle, tout concorde ici pour permettre à Benedict Cumberbatch de devenir le remplaçant idéal de Robert Downey Jr.

 

Photo Tilda Swinton, Chiwetel Ejiofor- Et là, on se foule ? - Non

 

Si le scénario s’avère tristement prévisible, il en va de même pour l’écriture des personnages, qui brille tout simplement par son absence. Leur caractérisation est ainsi balancée à la va vite à l’occasion de dialogues d’une platitude extrême. Un manque d’investissement dans la narration qui se retrouve jusque dans la direction d’acteurs, comme en témoigne la composition transparente de Chiwetel Ejiofor, ou celle de Tilda Swinton, réduite à une imitation comateuse de Bruce Willis.

Marvel pousse le bouchon jusqu’à tronçonner l’excellent score de Michael Giacchino, un doigt d’honneur artistique qui rappelle que le studio n’a nullement l’intention de proposer une œuvre trop singulière, quitte à gâcher ouvertement le fabuleux morceau dévoilé par Disney, amputé et relégué aux tréfonds du générique de fin.

 

Photo Affiche

 

Résumé

Si Marvel traite une nouvelle fois ses personnages et son scénario avec une désinvolture rageante, au moins ce Doctor Strange bénéficie-t-il d'une maestria visuelle fidèle au matériau d'origine.

Autre avis Geoffrey Crété
Heureusement que Doctor Strange a quelques tours de magie et effets visuels dans sa poche, sinon son aventure serait d'une banalité affligeante. Mais même avec ça, le film reste désespérément classique, scolaire et en pilotage automatique.
Autre avis Alexandre Janowiak
Doctor Strange est une origin story dotée d'effets visuels assez impressionnants mais reste d'un trop grand classicisme pour véritablement enchanter.
Autre avis Christophe Foltzer
Pas super passionnant cet "Iron Man passion docteur". Mais bon, au moins, c'est joli.

commentaires lecteurs votre commentaire !

Flo
31/01/2020 à 14:09

– Docteur Qui ?
– C’est Strange il vous dit, bon sang !
– Seriez-vous un Seigneur du Temps dans un autre univers..?

Voilà, comme d’hab, la bonne routine de Marvel: vous voulez un bon divertissement avec de l’action, des effets spéciaux et de l’humour ? Vous l’avez, sans chichi, ni prise de tête et effets superficiels pour faire semblant d’être sérieux. Et c’est génial, y a pas tromperie sur la marchandise, c’est toujours du vrai cinéma avec des moments de mises en scène qui n’existent quasiment que dans les comics. Comme si le simple fait que des trucs biscornus, comme la Dimension Noire et autres maléfices tordant le monde, suffisent à s’éclater à vouloir en voir la retranscription live.
Mais pour raconter quoi ? Rien que de bien classique à priori, ce qui n’est pas un gros mot (arrêtez avec ça!) car restant de bonne qualité global. En gros, c’est même le quasi remake du téléfilm d’animation d’il y a quelques années (et vous avez même le droit de préférer celui là, voir même de le trouver plus profond).
Comme toujours aussi, vous n’êtes pas n’importe où: Marvel, ce sont toujours les personnages d’abord, puis leur univers, et le reste du film suit. Le plus important y étant les moments dramatiques fugaces qu’il convient bien de souligner.

-Donc Benedict Cumberbatch en Dr Stephen Strange rentre à l’aise dans les frusques (au sens propre, hyper fidèles) du héros. Très avantagé par son physique à la Ditko: élancé jusqu’au visage, l’air très strict. Mais c’est plus vers le style Stan Lee que le personnage évolue en étant un homme plus détendu, moins rigide et conservateur. Un peu dans la même logique que le Tony Stark ciné en 2008, revenant à l’homme plus cool des grandes heures des comics là où sa version papier de l’époque, pas trop. Mais quel est l’histoire de ce « Stark de la magie » alors ? Là aussi de mettre son égoïsme de coté pour le bien du monde ? Plus complexe et ambigu que ça en fait. L’idée est plutôt d’accepter le fait qu’il n’est pas vraiment un grand bienfaiteur (et que personne ne peut vraiment totalement l’être) et le fait que son nouveau statut héroïque sera le prix du danger. Son premier échange avec Kaecilius révèle une certaine envie. Le dernier plan sur ses mains ne cessant de trembler est équivoque.
Autre chose inédite qui vient appuyer ce coté incertain de ce Strange: le fait que ce soit ici un héros par accident, tout lui tombant dessus sans qu’il ne le veuille. Et sans que la Destinée ne soit trop surlignée. Ce type est-il vraiment à sa place ? Pas sûr… comme tous les héros Marvel en fin de compte;
-Chiwetel Ejiofor en Karl Mordo n’est pas trop le « James Rhodes » (du 2 surtout) de Strange. Il y a bien un moment de désaccord entre eux, mais plus capitale. En étant libéré du coté belliqueux du Mordo caricatural des comics (l’acteur ne partage avec lui qu’un visage assez large), il permet de mieux admettre une identité crédible mais tout aussi néfaste: celle des conservateurs et paranoïaques, trop enfermés dans leur logique restrictive pour accepter le prix d’un acte fou mais bénéfique. Le voir évoluer comme l’un des pire reflet de notre époque sera intéressant;
-Rachel McAdams en Christine Palmer est vraiment une « Pepper Pots like » (sauf que eux ont déjà concluent par le passé). Pas trop de sentiments, ni même de baiser sur la bouche, bref tellement indépendante tout en restant un bon soutien qu’elle réfute toute idée de demoiselle en détresse. Mais pour l’intérêt de la voir dans l’histoire, à part comme la personnification de la part de normalité de Strange, perdu à tout jamais;
-Benedict Wong… Wong, strict mais pas trop, un peu plus actif (mais on ne le voit pas trop se battre en fin de compte). Ni trop Alfred, ni trop Jarvis, ça va;
-Mads Mikkelsen en Kaecilius ne renouvelle pas « l’exploit » de Marvel Studios de faire monter en puissance un vilain de 3ème zone en super fort. Plus du niveau d’un Malékith live, hélas. Trop basique, quelques petits échanges sur ses motivations et son fanatisme aveugle et c’est tout (voir les comics prequel pour plus). Le style du Mordo originel, c’est lui qui doit se le cogner. Heureusement le charisme inné de l’acteur reste intact… Mais si vous voulez le voir jouer plus de choses, il doit y avoir Bleeder de Nicolas Winding Refn à coté dans certaines salles..;
Tilda Swinton joue l’Ancien grâce à son air facilement androgyne: plus que n’ayant pas d’âge précis, c’est surtout une tête évoquant plus une sorte d’extraterrestre qu’on a là, hors de toute perception connue. Dommage, le genre du personnage est finalement trop évoqué, alors qu’il aurait été plus osé de ne pas. Comme prévu très sage, mais pas tant que ça;
Michael Stuhlbarg, Benjamin Bratt ou Scott Adkins ne servent pas à grand chose, ce qui est très dommage pour le premier et à peine moins pour le deuxième (il faut attendre la toute fin).

Pour le reste, on a le savoir faire en ambiance de Scott Derickson, celui de Giacchino en musique trépidante, de l’équipe de Marvel pour fournir tout ce qui faut de bien fichu… Alors si le montage prend peut-être un chouïa trop de temps au début pour présenter ce que l’on sait déjà (on se pense trop dans Urgences, alors qu’on veut vite avoir de la grosse magie), signe qu’ils ont finalement renoncé à un récit non linéaire pour une bonne origin story avec un peu de second degré salutaire dedans… Et bien quand ça passe au mystique, ça envoie la sauce. C’est pour ça qu’on est venu avant tout, et ça ne déçoit pas le moins du monde (sauf certains estomacs). Trip cosmique à la vitesse de la lumière, réalité kaléidoscopée, combats astraux, replay temporel… Il y a juste un petit peu de relâche sur la Dimension Noire et Dormammu. Le fait de passer de la 2D à la 3D n’est pas aisé dans ce cas où il fallait plus réinventer que retranscrire. Et avec le démon surtout, c’est dur de ne pas tomber dans le Human Torch/Ghost Rider like.

Bref, encore un « petit » Marvel un peu intimiste en part 2, après le gros important en part 1 de l’année. Un peu plus abouti que "Thor 2" ou "Ant-Man", mais moins surprenant que "Les Gardiens"… Et en même temps depuis les premiers "Harry Potter" (avant la déprime), il n’y en a pas eu beaucoup de bons film de sorcier d’habitude (enfin en ce moment si, mais ce n’était pas calculé ???? ).

"Doctor Strange", c’est Cool. Ça le sera aussi avec d’autres héros en face (« de la magie? ben voyons… ah oui quand même! » ???? )…
Mais que le temps sera long avant de voir la vraie suite de ses aventures, et tout son potentiel complètement révélé…

Raoul
10/09/2019 à 09:43

Qui regarde des films à 23h45?

Alexis
10/09/2019 à 00:30

Forcément ça sort des sentiers battus et ça aborde des thèmes assez inédits dans le domaine des blockbusters donc ça en perd certains

Casimir
04/03/2019 à 12:10

@j en prendrais pour 1 d
Ce qui est pathétique, c'est que ta maman ne t'a pas appris la politesse.

Y Boy
04/03/2019 à 11:57

Et avant de me cracher dessus vous penserez que le film à été coupé deux fois par des pubs... si j'avais posté un message pour dire qu'il était génial vous n'auriez rien trouvé à redire.

Y Boy
04/03/2019 à 11:50

Tu as raison en plus... si j'avais voulu le regarder sérieusement ça aurait été en 4K VOST, et pas sur TF1. Mais les effets spéciaux m'auraient encore plus arraché les yeux. Ça m'apprendra à essayer de m'intéresser à ces marveleries.

j en prendrais pour 1 d
04/03/2019 à 00:51

@Y Boy

c'est sûr que les meilleures conditions pour regarder un film c'est de surfer en même temps sur le net avec son smartphone et de poster des pseudos avis de mer.. sur des sites...
pathétique le mec

Lola
03/03/2019 à 23:18

Peut être que captain Marvel va battre Thanos. Mais.ca sera Strange qui sauvera tout le monde

Mouah
03/03/2019 à 23:16

@y boy ta critique est sans intérêt

Y Boy
03/03/2019 à 22:42

Effets spéciaux indignes, scénario pauvre, scènes d'actions mal fichue, humour marvelesque méta qui se moque de sa propre mythologie façon Thor... Je suis en train de passer une mauvaise soirée.

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