THE STRAIN : Guillermo del Toro a-t-il raté son coup ?

Christophe Foltzer | 30 juillet 2014
Christophe Foltzer | 30 juillet 2014

Série évènement de l'été de la chaîne FX, The Strain est aussi un pari dans la carrière de Guillermo del Toro. Adaptée de la série de romans qu'il a co-écrit avec Chuck Hogan, The Strain est effectivement sa première vraie incursion dans le monde de la série et une tentative audacieuse de proposer un concurrent de poids à Walking Dead. Passés les trois premiers épisodes, on peut déjà tirer un premier bilan et constater que l'essai n'est peut-être pas si transformé que ça.

 

« Si la mode est aux zombis, faisons des vampires ! » C'est probablement ce que s'est dit Guillermo del Toro au moment d'écrire les premières lignes de The Strain. Un choix plutôt logique quand on connait la carrière du réalisateur dont le premier film, Cronos, était déjà une variation sur ce thème. Et que dire de Blade 2, avec lequel The Strain entretient une évidente filiation ? Bref, del Toro connait son sujet et y pose même un point de vue biologique et génétique passionnant tout en convoquant une imagerie bien spécifique à la croisée de l'horreur et du romantisme. Banco ? Pas vraiment.

 

 

Le problème est qu'une fois enlevés tous les gimmicks chers au réalisateur (les trucs dégueus dans des bocaux, la dominance jaune/ambrée de la photographie, la déco minutieuse et riche, l'horreur graphique décomplexée et perturbante) il ne reste pas grand-chose. Alors que l'épisode pilote passionne et intrigue par le mystère qui entoure cet avion posé sur le tarmac, moteurs éteints et contenant plus de 200 passagers morts dans des conditions inconnues, la série s'embourbe dès l'épisode d'après dans tous les poncifs que l'on ne voulait pas voir dans une série estampillée del Toro. Le couple à problèmes, l'homme dévoré par son métier mais qui veut la garde de son fils, le Judas qui trahit pour une bonne raison et qui se retrouve piégé avec sa conscience, les méchants bureaucrates, les gentils du ghetto, les vampires nazis, le vieux juif qui sait tout mais qui ne dit rien... Bref on empile les clichés à vitesse grand V et rien ne surprend le spectateur, trop habitué à ces trucs de scénariste d'une facilité révoltante. Il s'agit ici de ne pas choquer moralement et psychologiquement son spectateur. En fait, c'est exactement comme Walking Dead. On nous impressionne par une imagerie perturbante histoire de prodiguer la dose nécessaire de frissons dans l'audience mais, dans le fond, on ne remet rien en cause, on ne va pas lui faire se poser de questions un peu compliquées ou ambigües. Et c'est fort dommage parce qu'avec un sujet pareil (la contamination progressive d'une humanité piégée par ce qu'elle considère de plus précieux, l'amour) on était en droit d'attendre un spectacle qui aille au bout de ses ambitions, bien noir et perturbant. Las, nous nous retrouvons en présence d'un long épisode de Derrick parsemé ça et là de quelques gerbes de sang.

 


 

En fait, le gros problème de The Strain, c'est la fainéantise de son écriture. Les épisodes n'ont aucun rythme (peu aidés il est vrai par une mise en scène ronflante et peu inspirée), ne créent aucune ambiance et les personnages dépeints ne sortent jamais de leur statut d'archétypes bienpensants avec phrases choc toutes faites. C'est d'autant plus dommage qu'encore une fois, il y a matière à aller très, très loin et de proposer un spectacle inédit qui pourrait marquer les consciences.

Mais ne jugeons pas la série entière à l'aune de ces premiers épisodes. Del Toro a plus d'un tour dans son sac et il n'est pas dit que tout ceci participe du spectacle et soit fait dans l'unique but d'installer un climat de confort légèrement angoissant pour ensuite l'éclater complètement et nous laisser la mâchoire pendante des jours durant.

Et, quelque part, c'est tout ce qu'on espère. C'est même ce qu'on demande. 

 

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