Ridley Scott pense que les séries télé commencent à poser problème au cinéma

Christophe Foltzer | 28 mai 2018
Christophe Foltzer | 28 mai 2018

Déjà du glorieux temps de HBO au début des années 2000, on avait vite compris que la télévision, quand elle s'en donnait les moyens, pouvait faire aussi bien que le cinéma, sinon mieux. Un constat qui s'est encore renforcé ces dernières années.

Il faut bien comprendre que si quelques blockbusters claquent le milliard de dollars de bénéfices en salles, le cinéma a quand même les genoux qui tremblent depuis quelques années. En effet, il ne se passe pas deux mois sans que l'on nous prédise sa mort, que les boucliers se lèvent contre les services de streaming à la Netflix alors que les projets sur le petit écran se multiplient à vitesse grand V.

Une redistribution des cartes déjà en germes depuis un certain nombre d'années mais qui semble s'accélérer en ce moment alors que Netflix achète de plus en plus de films pour une diffusion exclusive sur sa plateforme, que chaque gros studio lance son propre service de streaming, que le marché de la vidéo se pète la tronche et qu'il y a de moins en moins de place en salles pour les projets plus originaux ou plus compliqués.

 

Photo Space Jockey Ridley Scott

Ridley Scott

 

Une évolution du marché qui n'aura pas échappé à Ridley Scott, dont la société de production, Scott Free, multiplie les projets, notamment télévisuels. Alors qu'il nous a mis une sacrée claque il y a quelque semaines avec The Terror, le réalisateur-producteur est revenu, au micro d'Indiewire, sur son expérience pour le petit écran :

"Ça m'a vraiment plu. J'adore la rapidité que cela implique. J'aime travailler vite. Je vais clairement poursuivre et faire une série. Probablement juste un pilote mais, vous savez, une fois que vous avez commencé, vous voulez tout faire. Et je pense que faire l'ensemble est une sacré défi si vous montez une série limitée. Six épisodes, c'est encore faisable. Mais 10, ça commence à devenir beaucoup."

Et c'est vrai que la qualité des séries, courtes ou plus longues, ne cessent d'augmenter, au point que pas mal d'entre elles rivalisent sans problèmes avec des films de cinéma, quand elles ne sont pas au final tout simplement de meilleure qualité. Et lorsque l'on a la qualité directement chez soi, on n'a plus vraiment besoin de sortir pour aller la chercher ailleurs, dans une salle de cinéma par exemple :

 

Photo, The Terror

The Terror, l'un des chocs de 2018, produit par Ridley Scott

 

"Il y a tellement d'originalité, d'innovations et de surprises provenant de la télévision. Cela constitue un gros problème pour l'industrie du film."

Une phrase lapidaire mais pas vraiment fausse qui rappelle qu'en effet, la prise de risques étant bien moindre au cinéma actuellement, le désintérêt du public peut se faire sentir. Et à l'heure du tout connecté, c'est une erreur qui pourrait faire beaucoup de dégâts. Pourtant, Ridley Scott lui-même ne choisit pas un camp en particulier, il passe de l'un à l'autre au gré des projets et des opportunités.

"Pour moi, la chose la plus importante est le changement. Il faut être dans un changement constant. Dans mon travail, j'essaye de ne pas me répéter. Donc je cherche constamment à faire des choses différentes."

Et ce serait peut-être une solution que de voir cette période comme un changement constant plutôt que comme la fin d'une époque. Peut-être la solution serait-elle de rendre ces deux médias complémentaires plutôt que de persévérer à les mettre en opposition constante. Peut-être aussi que le cinéma comme on le connaissait est bel et bien en train de crever. Il est trop tôt pour le dire.

 

Photo The Terror, Trystan Gravelle

commentaires

Pulsion73
28/05/2018 à 16:57

Le cinéma en salles, c'est une immersion, une ambiance que l'on ne retrouve nulle part ailleurs. La 3D, que je n'approuve pas sur le principe ( un gadget !), existe encore en salles alors que pour la TV, le concept a fait flop, pschiiiiit et tout ce que vous voulez.

Maided
28/05/2018 à 16:51

Je pense que une des erreurs qui est souvent faite c'est de croire que les séries de qualité n'existent que depuis récemment et qu'on le doit à un ou deux chaines en particulier (par exemple le toujours cité HBO).

Les séries de qualité existent depuis toujours, en vrac : The Prisonner, The Avengers (Chapeau Melon et botte de Cuir), NYPD Blues et tant d'autres.

On à cette impression d'explosion de qualité "à cause" ou grâce à une plus large diffusion.
Netfilx et autres plateformes de VOD/Streaming ainsi que le téléchargement illégal on et continuent à rendre disponibles les séries dans le monde entier quasi instantanément.

Il y a aussi le nombre de séries augmente toujours plus chaque année (près de 455 en 2016, je ne me souviens plus pour 2017 mais on doit pas être loin des 500) séries en cours et nouvelles séries confondues (une trenaine).
Donc forcément sur le nombre il y a des séries de qualité mais combien de séries inintéressantes qui sont annulées chaque année ?

Le cinéma et les séries sont des œuvre à part entières correspondant à des contraintes à part entière, ça ne sert à rien de comparer les deux et de dire que l'un va tuer l'autre.

Par contre, économiquement, dire que quelqu'un va préférer s'abonner au câble ou à une plateforme streaming plutôt que de payer 10/15€ (suivants 3D, Imax etc) oui, là ça joue forcément dans un sens ou dans un autre.

MinuteMan
28/05/2018 à 13:44

Mais le cinéma est il réellement en train de mourir ? J'en doute fortement, bien au contraire même. J'ai l'impression (je n'ai pas de chiffres, c'est juste une observation) que les gens s'y intéressent bien plus qu'avant et que le taux de fréquentation des salles ne cesse d'augmenter.

Olivier637
28/05/2018 à 13:12

Il a une sacrée énergie quand même papy Ridley. A 80 balais bien tassés il est toujours en action, ça force le respect.

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