Dennis Haysbert (24 & The Unit)

Stéphane Argentin | 19 septembre 2007
Stéphane Argentin | 19 septembre 2007

Guerre, religion et politique. Trois sujets indissociables. Une synergie fort à propos dès qu’il s’agit de s’entretenir avec Dennis Haysbert qui, par-delà les rôles qu’il a déjà campé à l’écran, notamment ceux du Président David Palmer dans 24 et aujourd’hui du militaire Jonas Blane dans The Unit, n’hésite pas à évoquer ouvertement ses propres opinions en la matière. L’occasion d’une discussion à bâton-rompu où la frontière entre réalité et fiction se fait de plus en plus ténue…

 

Attention aux spoilers : Cet entretien aborde différents éléments d’intrigue de la saison 2 de The Unit et de la saison 6 de 24.

 

Propos et autoportrait (en fin d’article) recueillis au cours du 47ème Festival de Télévision de Monte-Carlo (juin 2007).

 

 

Comment se fait-il que vous soyez chauve (cf. photo en fin d’article) ?

C’est ma coupe d’été (rires). Plus sérieusement, mon apparence est directement liée au début de la saison 3 de The Unit où mon personnage a trouvé refuge au Panama. Donc, je me suis rasé la tête pour passer incognito. Mais à présent, tout le monde me prend pour Pedro Cerrano, mon joueur de baseball préféré, et non plus pour Jonas Blane (Dennis Haysbert a incarné Cerrano dans le film Les Indians en 1989, NDR).

 

N’est-ce pas ironique de vous retrouver dans la même situation que Jack Bauer à la fin de la saison 4 de 24 ?

C’est celle où il s’enfuit ?

 

Oui. Vous l’aidez à se faire passer pour mort et il part, tel un pauvre cowboy solitaire, vers le soleil couchant.

La situation est différente. Dans le cas de Jonas, il doit faire croire à son enlèvement s’il veut que sa femme continue de percevoir de l’argent de la part de l’armée. De plus, sa disparition n’est pas définitive mais a pour but de découvrir qui en a après lui et l’unité.

 


 

Cette escapade durera-t-elle toute la saison ?

Non. Cela ne devrait pas prendre plus de quatre ou cinq épisodes afin de démêler tout ce sac de nœuds. En revanche, j’ignore tout de la résolution de cette intrigue car pour le moment je n’ai pas lu le moindre script de la nouvelle saison.

 

Quand débute le tournage de la saison 3 ?

Le 10 juillet.

 

La saison 2 comporte plusieurs épisodes directement inspirés de la réalité comme l’ouragan Katrina ou encore la prise d’otages dans une école de Beslan. La saison 3 poursuivra-t-elle dans cette veine ?

Pour ce que j’en sais, la saison à venir se tiendra à l’écart de la guerre, comme l’Afghanistan ou l’Iraq notamment, pour se concentrer sur des intrigues d’espionnage plus « urbaines » et se focaliser encore davantage sur les hommes de l’unité.

 

Comment expliquez-vous le succès de The Unit là où une série comme E-Ring qui traitait également de l’armée américaine n’a pas survécu au-delà de quelques épisodes ?

C’est très simple : la série est écrite par Eric Haney qui a opéré pendant des années au sein de la Delta Force. La plupart des évènements qui surviennent dans The Unit sont donc au départ inspirés de faits réels. D’ailleurs, les officiers qui sont allé s’entretenir avec les producteurs de 24 à propos du recours à la torture (cf. news) ont déclaré que The Unit était le seul show militaire crédible du moment. Quant à E-Ring, je trouve que la série était vraiment trop exagérée.

 

Quelle est votre vision de l’armée américaine ?

Je soutiens nos troupes mais pas leur déploiement sur certains sites. Je ne cautionne pas l’intervention de l’armée américaine en Iraq. Mais les soldats se contentent de suivre les ordres qu’on leur donne. Les gouvernements et leurs politiques changent mais l’armée reste toujours à leur service. Des coups d’états militaires sont bien entendus toujours possibles, mais uniquement dans les petits pays. Ils sont inconcevables au sein de nations telles que les États-Unis.

 

Y a-t-il un message politique dans The Unit ?

Il y en a toujours un ! Quant à savoir lequel, tout dépend ensuite de l’épisode. Dans son ensemble, la série est pro-militaire mais pas pro-guerre pour autant. Je l’ai déjà dis et je le répète à nouveau : The Unit est à l’image des Native Americans. Il y a ceux qui prennent soin des enfants, ceux qui se chargent de la nourriture… et ceux responsables de la protection de la tribu. Chaque nation a besoin d’hommes prêts à la défendre sans quoi le pays serait renversé. Je crois que tout le monde est d’accord avec un tel constat.

 

Comment décririez-vous l’évolution de votre personnage entre la première et la deuxième saison ?

Je dirais que Jonas est plus déterminé que jamais à poursuivre son boulot en dépit des reproches faits à son encontre au cours de la saison 2 relatifs à son âge avancé et son efficacité diminué. Sur le plan émotionnel et mental, il est plus fort que jamais tout en ayant gagné en sensibilité.

 


 

David Palmer et Jonas Blane sont deux personnages forts. Ne souhaiteriez-vous pas jouer des rôles plus légers ? Des comédies par exemple ?

J’ai déjà, au cours de ma carrière, joué dans des registres plus sensibles avec Loin du paradis (Todd Haynes, 2002) ou encore Love field (Jonathan Kaplan, 1992) par exemple. En ce moment-même je développe une comédie romantique.

 

Y a-t-il d’autres registres, d’autres rôles que vous souhaiteriez  interpréter ?

Il y en a tellement (rires). J’aimerais incarner un super-héros, refaire un film de sport, quelque soit le sport, de la science-fiction, incarner des personnages historiques. N’importe quel rôle susceptible de s’adresser au monde entier, de faire comprendre que nous vivons tous dans cette folie contemporaine et que si nous voulons nous en sortir, il faut avant tout nous serrer les coudes.

 

Le spectre du Président David Palmer plane-t-il toujours au-dessus de vous ?

La situation évolue peu à peu mais aux yeux d’une majorité de gens, je serais toujours le Président David Palmer. Le personnage était déjà très puissant à interpréter et très apprécié du public et la décision de le tuer au début de la saison 5 l’a en quelque sorte immortalisé au même titre qu’un JFK.

 

Le personnage vous manque-t-il ?

Oui.

 

Pour quelles raisons ?

J’aurais aimé qu’il continu à vivre afin de pouvoir venir prêter main forte à l’occasion, lorsque la situation devenait trop compliquée. Ce principe aurait également été très captivant pour le public. Mais ce n’est plus possible désormais et je crois que le show a souffert de la décision qui a été prise de tuer David Palmer.

 

Avez-vous vu les saisons 5 et 6 ?

La cinq en partie. La six, juste le début et… (Il fait la grimace).

 

Vous n’avez pas aimé ?

Je n’ai pas vraiment apprécié la tournure que prenait la série. Ce n’est pas tant que je n’ai pas aimé car je ne voudrais pas dire de mal de mes anciens collègues qui font de leur mieux, mais l’intrigue se ramollit et je crois qu’il serait bon qu’ils remettent le concept du show en question.

 

Croyez-vous malin de leur part d’avoir introduit le frère de David Palmer, Wayne Palmer (interprété par D.B. Woodside), pour le plonger ensuite dans le coma en fin de saison ?

Je vais vous dire une chose : ils vont sans doute être obligés de le tuer car D.B. va tourner dans une autre série la saison prochaine intitulée Viva Laughlin (rires).

 


 

À ce jour, quel a été votre rôle le plus difficile à interpréter ?

En ce qui me concerne, la difficulté s’estompe au fil des jours mais le film le plus difficile à démarrer en date d’aujourd’hui serait Goodbye Bafana dans lequel j’interprète Nelson Mandela. À cela plusieurs raisons : c’est un leader puissant, charismatique et de surcroît toujours en vie. Et parvenir à capturer l’essence-même de cet homme représenta un énorme challenge pour moi. Puis, une fois entré dans la peau du personnage, je me suis fié à mon instinct et aux recherches préalables que j’avais effectuées afin de l’incarner le plus fidèlement possible.

 

L’avez-vous rencontré ?

Non, pas encore.

 

Savez-vous s’il a vu le film ?

Je l’ignore mais en revanche je sais qu’il l’a en sa possession en DVD. Dès que mon emploi du temps le permettra, je serais ravi de pouvoir me rendre en Afrique du Sud afin de le rencontrer.

 

Est-il vrai que les trois personnalités que vous admirez le plus sont Jimmy Carter, Bill Clinton et Colin Powell ?

Non, non, non. Ce sont les trois hommes qui m’ont servi de sources d’inspiration pour incarner David Palmer. Si vous me demandez quels sont les personnalités historiques que j’admire le plus, je vous citerais Nelson Mandela, Martin Luther King, Malcolm X, Gandhi, Mère Thérésa… autant de figures historiques qui placent la vie d’autrui bien avant la leur.

 

Ses personnalités sont-elles des modèles à vos yeux ?

Ce sont des personnes que j’admire. Mes plus grands modèles restent mes parents qui ont fait de moi qui je suis, m’ont donné la force et la stabilité nécessaires pour camper les rôles que j’incarne aujourd’hui.

 

Toutes les personnes que vous avez citées sont également très religieuses. Êtes-vous vous-même quelqu’un de croyant ?

Je suis plus porté par la spiritualité que par la religion. Je n’ai rien contre la religion mais je la crois responsable de bien plus de morts à travers le monde au fil des âges que tout autre chose.

 

24 fut la toute première fiction à introduire un Président des États-Unis afro-américain. Quel est votre opinion sur le fait que la réalité rejoint aujourd’hui la fiction avec l’annonce de la candidature de Barack Obama à l’élection présidentielle de 2008 ?

Ce n’était qu’une question de temps avant que cela arrive. J’aime à penser que David Palmer a ouvert la voie mais je considère que ce rôle s’inscrit dans la grande tradition américaine qui veut que « rien ne soit impossible » et, dans le cas présent, le fait qu’un Président noir soit tout aussi valable qu’un autre. Mais peu importe l’origine ethnique au final. Du moment qu’un candidat possède les mêmes qualités de leader, de bon sens et de clairvoyance que David Palmer, je voterais pour lui.

 

 

 

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