Twin Peaks : que vaut le début de cette saison 3 tant attendue ?

Benjamin Malka | 23 mai 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Benjamin Malka | 23 mai 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Dire que nous attendions impatiemment la troisième saison de Twin Peaks est un doux euphémisme.

Comme vous avez pu le voir dans notre récent dossier que nous lui avons consacré, il s’agit à n’en pas douter de l’évènement majeur de l’année. Non seulement car il marque le retour de David Lynch aux commandes d’un projet visuel majeur, ce qui n’est plus arrivé depuis Inland Empire en 2007. Mais aussi parce qu’il s’agit de la suite tant attendue de la série qui a révolutionné le genre en 1990, et qui demeure depuis un objet culte de la pop culture.

 

Photo Kyle MacLachlan,  Sheryl Lee

 

Mark Frost et David Lynch, toujours aux manettes, ont su brillamment entretenir le mystère jusqu’à la diffusion événement des deux premiers épisodes ce dimanche 21 mai en exclusivité sur la chaine Showtime. En effet, hormis le casting exponentiel (comptant plus de 200 personnages), ni le synopsis, ni aucunes autres informations n’ont été diffusées. Lynch, à la réalisation des 18 épisodes, a voulu assurer au public une expérience inédite.

Alors, plus de 27 ans après, est-ce un pari réussi ou une déception ? Premiers éléments de réponse avec les deux premiers épisodes.

ATTENTION SPOILERS

 

Photo David Lynch

David Lynch lui-même 

 

CHANGEMENT DE TON

Pour appréhender ces deux premiers épisodes dans le bon sens et éviter tout mauvais jugement, il est impératif de bien situer le contexte dans lequel nous nous trouvons. Car oui, il s’agit bel et bien de la suite des aventures de l’agent du FBI Dale Cooper, mais elle se déroule pour de bon dans le monde d’aujourd’hui. A savoir un monde en crise, tourmenté, où l’euphorie des 90’s pré Guerre du Golfe a laissé place à la torpeur et à la violence permanente. Ce qui se ressent dés les premières images, au ton très sec, grisâtre et parfois même un peu impersonnel. Il est également crucial de rappeler que les derniers films de Lynch s’appellent Mulholland Drive et surtout Inland Empire, soit deux œuvres vertigineuses et torturées à la narration outrageusement alambiquée. En particulier la deuxième, visuellement rêche, très expérimentale et d’une noirceur affolante.

Ce season premiere est donc dans la droite lignée des derniers travaux de son auteur, et par conséquent très éloigné de deux premières saisons ainsi que du film Fire Walk With Me, qui n'était pourtant pas très lumineux. Avis aux amateurs de la première heure, le monde de Twin Peaks semble avoir radicalement changé. Et quelque part, c’est tant mieux.

 

Photo Kyle MacLachlan

 

Nous nous retrouvons d’emblée face au dernier dialogue entre Cooper et Laura Palmer : « Nous nous reverrons dans 25 ans ». Un rappel pas forcément utile pour les fans, qui laisse place à un nouveau générique, épuré mais réjouissant, où la présence de l’eau est toujours prépondérante. Ainsi que celle des rideaux rouges et du sol en zig zag de la fameuse Red Room. En somme, les seuls codes visuels clés de la série présents durant ces deux premières heures. Car une première surprise advient, les images suivantes sont en noir et blanc, et on y voit le fameux personnage du géant face à un Dale Cooper (remarquable Kyle MacLachlan) vieilli mais au charisme intact.

Les deux entreprennent un dialogue mystérieux qui semble être la première pièce d’un long puzzle. Avec un esthétisme qui rappelle un peu Eraserhead, soit dit en passant. Quelques visages connus apparaissent ensuite, dont celui du Docteur Jacoby, sherif Hawk (qui semble avoir une place importante dans l’histoire), Ben Horne et son frère toujours aussi allumé bien que considérablement vieilli, James ou encore l’illustre Log Lady (interprétée par une émouvante Catherine Coulson alors en fin de vie) dans une ville de Twin Peaks qui semble éteinte. Notons aussi qu’il est fait mention du fascinant personnage de Phillip Jeffries, interprété par David Bowie dans le film de 1992 (!).

 

Photo Ben Rosenfield, Madeline Zima

 

DOPPELGANGER DE MALHEUR 

Sans vous spoiler outre mesure, l’agent Cooper a donc disparu depuis le cliffhanger qui le laissait coincé dans la Black Lodge, remplacé dans le monde réel par son double maléfique (doppelganger), qui apparait à l’écran de manière aussi surprenante que fracassante, avec un look des plus inattendus. L’histoire semble ainsi se focaliser sur le retour du bon Dale dans le monde réel. Avec une ambiance mystique, effrayante et fantastique. Un nouvel élément marquant entre aussi rapidement en jeu : un cube de verre transparent construit par un mystérieux millionnaire à New York, semblant faire apparaitre des forces étranges.

Côté intrigue, on assiste à quatre meurtres violents, situés notamment à New York, Las Vegas et Buckhorn. Car oui, l’intrigue se déplace pour le moment hors des frontières de notre ville bien aimée. Tous semblent cependant être liés au doppleganger de Cooper. Les liens entre les personnages paraissent encore flous mais gageons que Frost et Lynch sauront développer tout ça habilement. Pour le reste, il est tout de même très difficile de résumer le tout de manière intelligible et concise, tant les événements, indices et personnages sont nombreux.

 

Photo Kyle MacLachlan, Nicole LaLiberte

 

Niveau réalisation, le rythme est très lent, certains effets visuels paraissent un peu trop bricolés (surtout comparés à la maestria récente de American Gods notamment), mais l’auteur de Elephant Man parvient à nous asséner plusieurs gifles avec notamment trois scènes très fortes. Le premier meurtre glaçant autour du cube, l’arrivé surprise du Cooper maléfique ainsi que l’échappée du bon Cooper de la Black Lodge (avec une nouvelle version du Man From Another Place démente). Autant d’expérimentations visuelles qui effacent pour de bon la crainte de voir le réalisateur sans inspiration.

 

Photo Kimmy Robertson, Harry Goaz

 

Au niveau de la bande son, autre élément majeur de cet univers mystérieux, Badalamenti et Lynch himself nous offrent une partition fascinante, entre ambiant opaque et morceaux Pop à la somptueuse étrangeté. Les thèmes principaux sont pour le moment absents, ce qui laisse parfois une drôle d’impression ("Something is missing", comme déclare le One Harmed Man). Notons au passage l’apparition du formidable groupe Chromatics à la fin du deuxième épisode. Une ambiance sonore extrêmement soignée et résolument sombre qui habille parfaitement cette nouvelle aventure, en somme. 

 

Photo Al Strobel

 

Franchement déroutant, brutal et radical, ce retour tant attendu séduit mais laisse une très étrange impression. Celle d’assister à un cauchemar éveillé où nos merveilleux souvenirs se sont effacés, laissant place aux fantômes et autres âmes désenchantées. Comme espéré, Lynch ne fait aucune concession, ce qui s’avère parfois très perturbant. Bien qu’il laisse suffisamment d’indices et de scènes marquantes pour nous mettre la bave aux lèvres. Il était temps !

Rendez-vous prochainement pour aborder les deux épisodes suivants.

 

Retrouvez notre dossier sur les deux premières saisons de Twin Peaks.

 

Affiche

 

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commentaires
Fernande Kange-Pança
17/06/2017 à 00:05

Belle tentative de troll de la part de Copeau, c'est toujours trop drôle de se pointer au milieux de fanatiques d'un truc, de brâmer « c'est trop naze vous êtes tous des snobs pour aimer ça moi je détiens la vérité », et d'attendre les réactions... Dommage pour vous, les fans de TP sont moins abrutis que vous le pensez...
Pref, ceci étant posé, la troisième saison... Magistrale, géniale, intriguante... Le « vieux » twin peaks » est là quelque part, le fan service est assuré par quelques caméos des acteurs des deux premières saisons, mais il n'est plus le centre le l'action. L'action s'est élargie, et pour l'instant ça part dans beaucoup de directions. Ce n'est plus vraiment Twin Peaks tel qu'on l'a connu, mais c'est excellent. Après une première saison magistrale, et une deuxième saison ratée à partir de la résolution de l'intrigue posé depuis le début de la série, mais avec un final génial, la troisième saison a gagné son pari, en ne se montrant ni une suite, ni une copie, ni un reboot, mais une œuvre autre. J'en suis au cinquième, et j'ai hâte de connaître la suite. Et puis de revoir le tout en une seule fois, avec beaucoup de café et de tartes au cerises pour tenir le marathon.

Alex
08/06/2017 à 22:22

Ben justement Copeau, il faut être un peu "difficile" pour aimer ce genre de série..

l'homme à la bûche
03/06/2017 à 11:35

Cette suite est un chef d’œuvre. À ceux qui caractériseraient sa lenteur comme l'un de ses défauts il me semble, au contraire, que c'est une qualité, voire même, sa qualité principale (en plus de sa bande son, son design général - mise en scène et lumières - et ses acteurs absolument mabouls). Je trouve qu'il est temps de prendre un peu le temps d'entrevoir a travers l'écran ce qui se trame derrière. "Les hiboux ne sont pas ce que l'on pense".

Copeau
27/05/2017 à 09:20

@Mysterek
Tout à fait, PARTIAL...d'ailleurs j'ai corrigé le tir dans le post qui suit.

MystereK
26/05/2017 à 22:15

"La saison trois de twin peaks, est un étron saupoudré de paillette, porté aux nues par des gens qui n'ont toujours pas compris que le roi est nu."

C'est c'est de l'argumentation. Et la saison n'est même pas finie. Il y en qui ne peuvent vraiment pas comprendre qu'on aime pas tous les mêmes choses et qu'aucun d'entre nous n'est la référence ultime en terme de gout et de qualité.

Pour ma part, les deux premiers épisodes de Twin Peaks sont des bijoux de bizarrerie. Vivement la suite.

bilou
26/05/2017 à 19:49

La saison trois de twin peaks, est un étron saupoudré de paillette, porté aux nues par des gens qui n'ont toujours pas compris que le roi est nu.

MystereK
26/05/2017 à 09:46

"certes je n'ai vu que le premier épisode et donc il est légitime de penser que ma critique est impartiale...mais LA critique est par définition impartiale."

Je supose que vous voulez dire PARTIALE, parce que impartiale voue ne l'auriez pas jugé selon vos gouts mais avec du recul.

En fait, il faut vous replacer 25 ans arrière. A cette époque, les séries ne faisait pas le buzz qu'elles font aujourd'hui. Twin Pwak, c'était Peyton Place, version trash. Un communauté US tout ce qu'il y a de propret en surface, mais dans les culisses, des personnages abjects, ridicules, pervers, etc. Le grand amour romantique de jeunesse est perverti, les jeunes se prostituent, prennent de la drogue, les plus âgés montent des arnaques, tuent, A chacun sa face sombre sur une tonalité qui tient à distance. Oui, c'est particulier. Ce n'est pas mal joul, c'est fait exprès cette sorte de sur-expresionisme qui force la carricature. Ce n'est pas génial parce que c'est Lynch, c'est génial parce que cela donnait un grand coup de balais dans les série de l'époque, l'après Dallas et Dinasty. A la fois absurde assumé, mystique, un trip du côté obscurs des américains.

La Classe Américaine
25/05/2017 à 14:18

Il y a 25 ans, Twin Peaks c'était un énorme pavé dans la marre des séries TV US ultra, ultra conventionnelles. C'était expérimental, noir, violent, déroutant mais la trame (qui a a tué Laura Palmer?) se tenait et elle était passionnante.

25 ans plus tard, on se ballade entre Twin Peaks et New York - ce qui est déjà un peu une escroquerie - pour découvrir une épisode d'une lenteur à pâlir et des histoires où l'on se demande bien à quoi s'accrocher.

Lynch et Frost sont prisonniers de leur gimmicks, il y a des effets spéciaux d'une laideur incroyable (surtout à la fin) et ce Twin Peaks là semble aujourd'hui avoir 25 ans de retard. C'est sûrement son seul tour de force.

Décidément, cela ne valait vraiment pas le coup de réveiller les morts...

Copeau
24/05/2017 à 14:30

@Kennedy
Yep vous avez raison, j'en espérais peut-être trop...cela faisait des années que je voulais les voir. Finalement, je ne m'attendais pas du tout à ce que j'ai vu, même si je savais bien que la série était à prendre au second degré...et en VF, c'était pas non plus l'idée siècle je pense. Bref, je vais tenter un autre visionnage...je me donne deux ou trois épisodes :) Mais encore une fois, difficile d'être impartial ...tout est finalement subjectif; classique ou non.

Kennedy
24/05/2017 à 14:14

Tiens et aussi, dans mon exemple et dans votre cas, il faut impérativement mettre de côté le facteur "gros buzz, c'est culte, tout le monde adore" qui peut pourrir un peu le premier regard. Mais c'est difficile.

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