L'épisode culte : Masters of Horror par John Carpenter, avec Norman Reedus

Geoffrey Crété | 5 septembre 2016
Geoffrey Crété | 5 septembre 2016

Parce qu'il n'y a pas que le cinéma dans la vie d'un cinéphile, nouveau rendez-vous nostalgique sur Ecran Large : l'épisode culte, qui reviendra sur un morceau de choix d'une série remarquable. 

Masters of Horror était un fantasme pour les amateurs de films de genre entre 2005 et 2007 : une série d'anthologie composée d'histoires horrifiques, filmées par des cinéastes de renom. John Carpenter, Takashi Miike, Tobe Hooper, John Landis, Lucky McKee, Joe Dante ou Dario Argento ont ainsi eu carte blanche lors de deux saisons diffusées sur Showtime, et chapeautées par Mick Garris.

Née suite à différents dîners organisés par le réalisateur avec les maîtres de l'horreur, la série a connu deux saisons de 13 épisodes avant d'être annulée. Mick Garris a bien tenté de renouveler l'expérience sur NBC avec Fear Itself, sur la même idée et avec le retour de quelques réalisateurs, mais l'anthologie n'a pas dépassé une saison. Masters of Horror reste donc un objet précieux pour les amateurs, qui peuvent depuis contempler ces petits trésors plus ou moins saisissants et mémorables.

Parmi les épisodes marquants, qui a divisé à l'époque : La Fin absolue du monde (Cigarette Burns), épisode 8 de la première saison, et premier des deux épisodes réalisés par John Carpenter.

 



CINEMA GORE ET D'ESSAI

La Fin absolue du monde a beau offrir quelques scènes gore délicieuses, il marque avant tout par son histoire profondément dérangeante et fascinante, centrée sur un film français mythique au pouvoir diabolique.

L'épisode commence avec Kirby Sweetman, incarné par un Norman Reedus pré-The Walking Dead. Propriétaire d'un cinéma, endetté et hanté par le souvenir funeste d'une femme, c'est un chasseur de trésors capable de dénicher des objets de collection rares. Il rencontre l'étrange monsieur Bellinger, interprété par un Udo Kier génialissime : riche cinéphile obsessionnel, il le charge de retrouver une copie de La Fin absolue du monde, un film d'horreur mythique.

Kirby connaît la légende : il n'aurait été projeté qu'une fois, en ouverture du festival de Sitges, où le public est devenu fou. Le gouvernement a ensuite saisi le film pour le détruire. Sauf qu'il en existe encore une copie.

 

Photo Cigarette Burns (La Fin absolue du monde) de John Carpenter

 

Parce que l'affaire n'est pas encore suffisamment étrange, Bellinger montre à Kirby l'un des accessoires du film, qu'il garde précieusement dans une pièce de sa luxueuse maison : un homme aux allures d'ange. Il a coupé les ailes de la créature pour les accrocher dans son bureau, et la maintient à peine en envie, enchaînée. La chose explique à Kirby qu'il est lié au négatif, et que son existence prouve que La Fin absolue du monde est encore là. Kirby négocie une récompense de 200 000 dollars et se lance à la recherche de la précieuse pellicule. 

Du bureau d'un critique de film devenu fou aux hangars obscurs de Rosny-sur-Seine en région parisienne, John Carpenter créé une vraie dynamique de film autour d'une enquête à la Neuvième Porte. Le cinéaste n'avait pas réalisé depuis Ghosts of Mars en 2001, et n'a depuis réessayé qu'avec The Ward, mais La Fin absolue du monde témoigne d'un vif désir de plonger dans une histoire tortueuse aux dimensions cinématographiques.

 

Photo

 

ENTRE LA FOLIE

Comme une version hardcore de Ring croisée avec L'Antre de la folie, de Carpenter, l'épisode tourne ainsi autour du pouvoir fulgurant de l'image. A la question de la violence au cinéma qui serait potentiellement responsable de celle de son public, le réalisateur répond en montrant que l'image n'est qu'un miroir, qui ne révèle rien d'autre que la véritable nature du spectateur monstrueux.

"Une chose se passe quand on pointe la caméra vers quelque chose de terrible : le film gagne du pouvoir", explique le bourreau de banlieue. 

Ce n'est pas un hasard si l'épisode de Carpenter, écrit par Drew McWeeny et Scott Swan, tourne autour d'un film français : le cinéaste spécialisé dans l'horreur et le fantastique a vite été considéré comme un auteur et pas un simple faiseur de notre côté de l'Atlantique. Quand le bourreau déclare avoir transformé l'horreur (une femme décapitée) en art (la scène, l'une des plus marquantes de l'épisode), difficile de ne pas y voir une métaphore sanglante de sa carrière.

 

Photo Cigarette Burns (La Fin absolue du monde) de John Carpenter

 

C'est pour cette raison que La Fin absolue du monde est un épisode fascinant : il va au-delà de l'exercice de style, de la parenthèse horrifique, pour offrir une fenêtre étonnante sur le cinéaste et le film de genre.

L'histoire s'ouvre avec des mots lourds de sens : "Un film est magique. Et entre les bonnes mains, une arme". Sous ses airs de série B, le cinéma de John Carpenter est politique, des fantômes de Fog sacrifiés pour bâtir une église et une ville parfaite, aux lunettes aliens et anti-capitalistes d'Invasion : Los Angeles. Ses créatures, ses monstres, ses tueurs, sont des vecteurs de frissons mais également de sens. C'est pour les fans une évidence, que le réalisateur met ici en scène avec une maturité et une noirceur saisissantes.

 

Photo Cigarette Burns (La Fin absolue du monde) de John Carpenter

 

ROI DES TENEBRES

La Fin absolue du monde est certainement imparfait. Loin de la sobriété élégante de ses meilleurs films, Carpenter pèche par excès d'ambition, se reposant trop sur les dialogues explicatifs sans laisser suffisamment de place au mystère pur. Lorsque l'épisode déballe l'horreur, il y a de quoi ravir les yeux gourmands avec quelques scènes puissantes, comme la fin du grandiose Udo Kier avec ses intestins. Le résultat est moins heureux lorsque avec les apparitions de l'amour de Kirby, qui flirtent trop avec la série B (dans les effets et les intentions) pour fonctionner avec la tonalité globale.

Il y a aussi l'absence regrettable de John Carpenter à la musique, celui-ci ayant laissé son fils Cody (qu'il a eu avec l'actrice Adrienne Barbeau) s'en charger.

Peut-être moins efficace que certains épisodes instantanément célébrés à l'époque de Masters of Horror, La Fin absolue du monde n'en demeure pas moins l'un des moments les plus effrayants, profonds et envoûtants. Et une oeuvre majeure pour les fans du cinéaste.

 

John Carpenter en action

Photo Kurt Russell

 

Photo Invasion Los Angeles

 

Photo Ghosts of Mars

 

Photo John Carpenter

 

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commentaires

Dirty Harry
06/09/2016 à 11:48

Beaucoup aimé cet épisode à l'époque, il y avait un petit coté "conspiration des ténèbres" de Roznak dans ce récit (pour ceux qui ont lu le livre) et des vrais moments gores à en retourner chez le boucher.

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