Marseille : la série événement de Netflix mérite-t-elle son bad buzz ?

Geoffrey Crété | 28 avril 2016 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Geoffrey Crété | 28 avril 2016 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Impossible de passer outre le buzz catastrophique autour de la super-série, lancé par un article assassin de Télérama : "un raté industriel tellement énorme qu'il en deviendrait presque fascinant""le premier navet maison de Netflix".

Marseille, première série française produite par Netflix, était pourtant l'un des grands rendez-vous de l'année, et un grand espoir pour la production TV française : un budget d'environ un million par épisode, Florent Emilio-Siri (Nid de guêpes, Cloclo) en showrunner et réalisateur de la première partie de la saison, Gérard Depardieu et Benoît Magimel en tête d'affiche, Géraldine Pailhas et Nadia Farès en seconds rôles.

Après avoir vu 5 des 8 épisodes (la ration offerte à la presse), la vérité est toutefois moins spectaculaire : Marseille n'est ni une catastrophe, ni un scandale, et encore moins une merveille. C'est une série d'une banalité totale.

 

 

SOUS LE SOLEIL

Au coeur de la série, un duel entre deux hommes de pouvoir : Robert Taro (Depardieu), maire de la cité phocéenne sur le départ, et Lucas Barres (Magimel), son premier adjoint et héritier désigné. Le maître pense maîtriser celui qu'il a forgé et tirer les ficelles, mais l'élève décide de détruire la figure du père. Autour d'un projet de casino dans le port de la ville, qui s'attaque indirectement à la mafia, les deux hommes vont s'affronter pour gagner les élections et surtout ne pas perdre Marseille.

La formule n'est pas très originale. Elle rappelle même Baron noir, la création de Canal + avec Kad Merad et Niels Arestrup diffusée en février dernier. Mais le problème n'est pas là : avec son intrigue cousue de fil blanc, très (trop) lisible et archétypale, Marseille se regarde sans déplaisir. Le programme se déroule selon un cahier des charges dans l'air du temps, avec ses politiciens véreux, ses personnages cyniques, ses quelques scènes de sexe et sa noirceur ostentatoire. 

Sauf que la chose ne s'incarne pas. Du moins, jamais ne manière très convaincante. La série oscille entre le sérieux à tendance sociale et le spectacle côté kitsch, avec d'une part une volonté claire de filmer la face violente des banlieues, et de l'autre, un désir évident de rouler des mécaniques.

 

Marseille Netflix

 

DOUBLE FACE

A tous les niveaux, il y a cette double tendance : les plans aériens majestueux puis les discussions platement filmées ; la musique pompeuse d'Alexandre Desplat et Jean-Pascal Beintus, mais des situations d'une trivialité parfois confondante (hasard ou explication : la carrière du producteur de la série Pascal Breton a commencé avec Sous le soleil, qu'il a co-créé).

Côté interprétation, c'est d'une clarté étonnante : Gérard Depardieu (qui retrouve cette belle fausse simplicité déjà à l'oeuvre dans Valley of Love) et la très sérieuse Géraldine Pailhas, face aux performances outrancières de Benoît Magimel (armé d'un accent magique, absent les 3/4 du temps) et Nadia Farès (dont la coiffure annonce d'emblée le caractère grotesque du personnage). 

Même quand la série emmène le personnage de Barres sur le terrain de la sexualité trouble, comme les Underwood dans House of Cards, c'est un échec : la scène sous les douches avec Magimel et un journaliste est risible.

 

Marseille Netflix

 

PEOPOLITIQUE

Si les premiers épisodes se suivent sans passion ni déplaisir, un twist en fin d'épisode 4 vient anéantir bon nombre d'espoir. En quelques secondes maléfiques, la série vire au mauvais feuilleton, avant que l'épisode 5 ne réduise les enjeux à des conflits de bas étage. En équilibre entre les genres, entre le sérieux et le grotesque, Marseille choisit alors son camp.

Et ce n'est pas l'aspect politique de la série, largement mis en avant dans la promo, qui pourrait aérer l'intrigue : il est vite relégué au second plan. Réduit à quelques scènes et mouvements très simples, sans aucun vrai questionnement sur les mécanismes du pouvoir. Peut-être par peur (d'ennuyer, de repousser, de vexer), Marseille ne s'attarde pas longtemps sur les détails de la politique, les rouages de la machine, et les manigances dans l'ombre. Même la campagne des deux hommes, grande ficelle d'une efficacité indéniable dans toute série plus ou moins politique (A la Maison Blanche, Parks & Recreation, Veep, Borgen), manque de nerf. Au lieu d'y aller franchement pour emporter le spectateur, avec la même vigueur que House of Cards ou Borgen (qui a passionné tout le Danemark), la série française hésite. 

Le seul moment où elle s'y frotte, c'est pour parler d'un parti politique nommé UPM, qui a falsifié ses comptes via une société extérieure. Toute ressemblance avec la réalité n'est évidemment pas fortuite, et il y avait certainement le désir de s'ancrer dans la réalité. Mais ce miroir à peine déformé, fièrement arboré mais pas réellement traité, ne donne ni de la bonne fiction ni de la fiction audacieuse. Et surtout, une fiction qui est bien plus intéressée par ses intrigues familiales que par sa texture de tragédie politique. Le décor de cette belle tragédie est bel et bien planté, mais la scène de théâtre est terriblement vide.

 

Marseille

 

MARSEILLE, MON AMOUR

Avec Florent Emilio Siri et Thomas Gilou (La Vérité si je mens !) derrière la caméra, il y a le désir évident de faire de Marseille une production TV haut de gamme. Du cinéma à la télévision, avec des réalisateurs de cinéma, des acteurs de cinéma, des moyens de cinéma. La série bénéficie donc d'une mise en scène soignée, emballée avec une vraie envie de filmer la ville et d'y installer une mythologie.

Hélas, cette mise en scène se montre bien vite décevante, notamment parce qu'elle se repose trop sur ces fameux plans aériens (gonflés par les violons stridents et notes de piano dramatiques) pour exister. Marseille n'a ni le lyrisme d'un Mafiosa saison 1, ni le raffinement d'un House of Cards, à laquelle elle a été trop vite comparée. Quelques ralentis et voix off superflues ne font que prouver que la série manque d'une vraie identité. 

 

Marseille Netflix


ECHEC ET MARSEILLE

Nouvel espoir, nouvelle déception. Un mois après avoir digéré le lancement de Section Zéro d'Olivier Marchal sur Canal +, qui n'a pas vraiment été à la hauteur de son ambitieux pari, le Marseille de Netflix emprunte la même route.
 
Un autre rendez-vous manqué qui saura raviver la flammes des débats, entre les fervents défenseurs de la TV française qui tente de se construire pour enfin déployer ses ailes, et les spectateurs trop comblés par la production américaine pour accepter les faiblesses made in France. Sans compter que Netflix déchaîne à elle seule les passions depuis son arrivée en France, et que le lancement de Marseille a été orchestré comme un énorme coup de com' (on pourra à ce titre s'amuser de voir l'application Netflix bien visible sur le téléphone du maire).
 

Les deux premiers épisodes de Marseille seront diffusés sur TF1 le jeudi 12 mai. La série sera disponible sur Netflix dès le 5 mai.

 

Marseille Netflix

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commentaires
titouan
20/05/2016 à 00:17

Quelle bouse !!! Même les bons acteurs sont nuls dans ce naufrage pétri de clichés éculés sur la politique locale. Même si la réalité est truculente à Marseille, elle est beaucoup plus complexe et subtile que cette fiction à 2 balles.

Marseille DTC
20/05/2016 à 00:01

Thibault, c'est pas un prénom arabe ça ?

Toni
02/05/2016 à 11:24

...vous devez être boucher ou cordonnier pour connaître aussi bien le secteur!
Netflix n'est pas une societe de production...mais un diffuseur. C'est quelque peu différent. Ne diffuse pas qui veut sur un territoire. L'Europe n'a rien à voir là dedans....
Netflix est une entreprise qui a pour but comme toute entreprise de maximaliser ses bénéfices pour se développer. Ce n'est pas les "petits frères des pauvres". J'espère que vous blaguiez en prétendant à une "générosité" de Netflix. Ils font très bien leur boulot ...et c'est déjà pas mal!

Manuuu
01/05/2016 à 17:39

Netflix n'a aucune obligation de production vu que son siège européen se situe aux Pays-Bas il me semble. Ils ont considéré que la commande de Marseille était un geste "généreux" de leur part. Si c'est une telle catastrophe, c'est surtout un très bon coup politique contre les obligations de production...

Toni
01/05/2016 à 15:20

Breton est un très grand copain de Flore Pellerin. En lui offrant cette première production, Netflix a payé un droit de passage. Netflix a été autorisé d'accéder au territoire français après un petit week-end de Flore chez Pascal. Le lundi deux deals étaient signés: Breton/Netflix ...et France/Netflix. Netflix s'em balance que la serie soit mauvaise...ils le savaient déjà. C'est l'accès dont ils avaient besoin. Et ça, c'est fait !

dans ton oreille je jouis
30/04/2016 à 15:07

Tant qu'on prendra Emilio Siri pour un grand réal, faudra pas s'étonner de se retrouver avec des bouses

snake88
29/04/2016 à 11:03

Pas sûr de regarder la série vu les critiques désastreuses et une bande d'annonce qui ne m'a pas convaincu. Je pose néanmoins une question : il me semble que Netflix était obligé de contribuer à la création artistique française par la loi et que Marseille a été lancée pour s'acquitter de cette obligation. Du coup, les ricains se sont-ils vraiment souciés de la qualité du show ? Pas sûr... d'autant que la comm tapageuse autour d'un house card français et d'acteurs aux noms ronflants (mais capables du pire comme du meilleur) n'était pas très rassurante.

Shingo
28/04/2016 à 21:32

Bravo à Thibault qui sur un site de ciné/tv arrive à placer une remarque puante et totalement hors sujet. Manquerait plus qu'un autre teubé fasse un rapprochement avec la politique de François Hollande et on aura rempli le cahier des charges des commentaires francophones sur internet.

bof
28/04/2016 à 17:53

@The Aurelio: c'est sûr qu'aux Etats-Unis, il n'y a que les bons films qui cartonnent...

2cloo
28/04/2016 à 16:57

J'en attendais beaucoup de cette création Netflix, mais je ne savais pas que TF1 était derrière, comme le producteur de "Sous le Soleil". Putain ca fait chier.....

Et je suis le seul titiller par Thibault??? J'ai pas envie de lancer une guerre des mots, mais la moitié de ses mots pour dire que Marseillle n'est plus francaise ???? j'en grince légèrement les dents.

@ Thibault, regrettes tu la disparition de l'Algérie francaise ???

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