Foundation : après Dune, l'autre merveille SF de l'année sur Apple TV+ ?

Mathieu Jaborska | 24 septembre 2021 - MAJ : 24/09/2021 14:34
Mathieu Jaborska | 24 septembre 2021 - MAJ : 24/09/2021 14:34

Apple TV+ sort discrètement l'une des séries les plus ambitieuses de ces dernières années, Foundation. Avis sur les premiers épisodes.

Les séries Apple TV+ ont leurs raisons que le service marketing ignore. Alors que l'engouement autour de Dune et donc plus largement de grands cycles de science-fiction est à son paroxysme, alors que le long-métrage de Denis Villeneuve fait (re)découvrir à toute une génération les auteurs indissociables du genre, la plateforme rechigne à faire de la sortie de sa série Foundation un évènement du même acabit.

Et pourtant, elle mérite au moins autant d'attention que les aventures de Paul Atréides. Produite pour une somme qu'on devine affriolante, conçue avec le concours de David S. Goyer (scénariste de Dark CityThe Dark Knight et moult autres pierres angulaires de la pop culture contemporaine), Josh Friedman (scénariste de La guerre des mondes) et Rupert Sanders (réalisateur du remake pas-si-mauvais-on-vous-assure de Ghost in the Shell), elle adapte l'une des oeuvres les plus monumentales de l'histoire de la science-fiction : Foundation, d'Isaac Asimov. Les deux premiers épisodes sont diffusés ce 24 septembre sur la plateforme.

 

photoViser la lune, ça ne leur fait pas peur

 

visiteurs du futur

D'aucuns considèrent le cycle de Fondation comme inadaptable, la faute à son ambition difficilement contenable sur le petit écran. Les écrits d'Asimov décrivent un univers situé 22 000 ans dans le futur et démultiplient par ce biais les enjeux. Il n'est pas question de sauver une vie, un peuple ou même le monde. Il est question de l'effondrement d'un empire vieux de 12 000 ans et réputé imperturbable, gouvernant une humanité gigantesque répartie sur plusieurs millions de planètes. Autant dire que peu de séries de science-fiction ont revendiqué une telle échelle.

Mais la production Apple, désireuse de faire concurrence aux mastodontes sériels du moment, met directement les pieds dans le plat et ne lésine pas sur les moyens. Le premier épisode ressemble très vite à une démonstration technique impressionnante, au cours de laquelle le studio, épaulé par la réalisation précise de Sanders, se répand en tableaux galactiques spectaculaires, qu'il serait criminel de savourer sur un écran de téléphone entre deux annonces SNCF. Les généreuses bandes-annonces ne mentaient pas : Foundation est superbe.

 

photoEt ce n'est que le début

 

En fait, elle risque même de consoler les détracteurs de Dune et du style dépouillé de Villeneuve. Rarement désertique (à quelques exceptions près), la poignée de mondes qu'elle nous donne à voir grouille de détails et donne l'impression de faire partie d'une gigantesque fourmilière spatiale, qu'on brûle d'explorer... Du moins, c'est ce que ces premiers épisodes promettent. Car une fois certains évènements passés, l'intrigue pourrait montrer un peu plus d'étendues vides, se resserrer un peu, limiter la boulimie visuelle des 1h10 ouvrant la série. Quoique sa suite, qui prend soin de magnifier ses intérieurs (la piscine !) pour pallier la pénurie de vastes paysages, rassure forcément.

Foundation débute donc comme un véritable space-opera mature, ce qui ne manquera pas de séduire une grande partie des cinéphiles. Toutefois, sa force est aussi une faiblesse : ces quelques heures passées en compagnie des personnages ne réinventent pas la poussière d'étoiles. Afin de parvenir à engoncer dans leur format les ambitions narratives de l'écrivain, ces deux épisodes se forcent à rester sages, histoire de ne pas perdre le spectateur, qui parviendra ainsi miraculeusement à saisir les subtilités d'une histoire immédiatement prophétique. Un choix obligatoire, mais qui rappelle que jamais une série télévisée ne parviendra à complètement restituer l'audace d'Asimov.

 

photo, Lou LlobellTout ça pour un concours de maths

 

Less is more

Foundation privilégie l'efficacité pour se dépêtrer des nombreuses problématiques soulevées par le travail d'adaptation. Ses ressorts sont donc peut-être plus classiques que prévu, mais la précision apportée à leur développement lui fait honneur. Les membres du casting par exemple, ont été minutieusement sélectionnés, à commencer par le duo qui se livre à l'affrontement idéologique autour duquel tout s'articule. Chacun de ces deux personnages représentant l'une des caractéristiques et l'une des sources de l'ambition de l'oeuvre, leur incarnation se devait d'être à la hauteur. C'est chose faite, quitte à refuser la tentation de la brochette de vedettes.

Jared Harris, clairement choisi sur la foi de sa performance dans la tétanisante Chernobyl, excelle en mathématicien quasi mystique, en gourou d'une rationalité abstraite. Son air apaisant, quoique fier, crédibilise instantanément ses théories. Lee Pace, de son côté, s'évertue à prouver qu'il est fait pour les rôles de dictateurs tout-puissants. On n'aurait pas rêvé meilleur choix de casting : il incarne à lui seul la puissance cruelle et tranquille qui peut régner sur l'humanité du futur. Il est la preuve vivante qu'un comédien peut, s'il est bon et bien choisi, donner vie à un univers entier.

 

photo, Lee PaceLes sourcils de l'emploi

 

Promue personnage principal pour respecter le bon vieux précepte du rookie, cher à toutes les écoles de scénario américaine et particulièrement pertinent ici (on découvre l'immensité de la galaxie à travers ses yeux), la jeune Lou Llobell s'en sort plutôt bien, et la distribution secondaire n'est pas en reste. Paradoxalement, la série a choisi de rendre hommage à son matériau original en résistant à la tentation du prestige pour privilégier la précision de ses partis pris. Nulle mégastar à l'affiche, donc, mais une épure honnête et bien articulée du récit, qui parvient de fait à préserver son aura.

La simplification de l'intrigue globale recoupe finalement des thématiques qui risquaient d'être ensevelies sous le poids des mots. Il est très agréable de se perdre dans ces deux premières heures de science-fiction, n'hésitant pas à passer régulièrement à la vitesse supérieure et à se lâcher sur des cliffhangers qui feront probablement leur succès. Cependant, on y retrouve aussi une analyse hyperbolique des rouages du pouvoir, que le duel entre Brother Day et Hari Seldon cristallise d'abord comme une évidence puis avec plus de subtilité, grâce à quelques ultimes rebondissements haletants.

Foundation a beau tout miser sur son splendide premier épisode, le second n'abandonne pas pour autant le spectacle, et y insuffle des couches de nuances qu'on a hâte de voir se prolonger dans les huit épisodes restants. Alors que les évènements perturbateurs sont derrière nous, l'envie de se perdre dans cet immense univers se fait toujours pressante. Car la série ne révolutionnera rien, mais elle promet un voyage passionnant. Et c'est déjà pas mal. Et puisque Terrence Mann y gagne l'autorité galactique qu'il n'a cessé de poursuivre tout au long de la saga Critters, on a décidé de lui faire confiance.

Les deux premiers épisodes de Foundation sont disponibles en France sur Apple TV+ depuis le 24 septembre, et un nouvel épisode sera diffusé chaque vendredi

 

Affiche US

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commentaires
Kyle Reese
06/10/2021 à 01:12

Vu le premier épisode et je ne sais pas trop quoi penser. Je ne suis pas vraiment rentré dedans peut être à cause de la narration j'en sais rien. Visuellement il y a des images splendides.
L'idée des vaisseaux avec un moteur à trou de verre, génial. L'ascenseur spatial aussi sauf que pour moi c'est tiré du roman d'Arthur C.Clarck Les fontaines du paradis. Je ne sais pas s'il est évoqué dans Fondation d'Asimov. Par contre certains décors j'ai vraiment du mal, la salle d'audience par exemple avec ses piliers qui cachent tous et ne servent à rien. Les costumes aussi un peu bizarre façon 5 ème éléments, j'ai cru voir aussi des clones des Daft Punk chez les gardes de l'empereur. La photo est parfois très belle, réaliste et puis parfois trop chargée. La musique aussi je n'ai pas du tout aimé, alors que j'étais absolument fan de ce qu'a composé Bear McCreary pour Galactica. Je l'écoutait non-stop. Là pour moi il fait du hors sujet, bien too much au regard de ce qui est montré ça ne va pas. Les acteurs jouent bien. Mais je ne suis pas dedans quoi. J'attendais surement autre chose, une proposition peut être différente sauf que niveau mise en scène par exemple c'est pas top, on est loin très loin d'un Rised by Wolves qui me parait bien mieux réussi à bien des niveaux. Pas eu de frissons, c'est un peu mou bien qu'il se passe déjà beaucoup de chose pas vraiment de suspens ni de mystère, encéphalogramme assez plat pour le moment. Bref ça commence mal, mais je vais regarder tout de même le deuxième épisode et voir si je continue ensuite.

Marc
27/09/2021 à 17:23

D'après les commentaires et ceux qui ont lu tout les livres de Fondation deux personnages Gall et Daneel sont des femmes ! Comme j'ai oas lu les livres sa le pause oas de problème par contre James Bond une femme ! Je dis NON Sacrilège de la majesté Royale James Bond est un homme est Britich . Tout fout le camp ;)

Stivostine
27/09/2021 à 11:55

C'est du lourd, les 2 premiers épisodes donnent envie de voir la suite.

jacamel
26/09/2021 à 15:19

Certains commentateurs ont dégotté une soi-disante misogynie de la part d'Isaac Azimov ! Pour mémoire, une certaine Susan Calvin est l’héroïne (humaine) récurrente dans de nombreux ouvrages de nouvelles des "robots", pour laquelle Azimov semble avoir une certaine affection.
Sur la série proprement dite de "Fondation", mes souvenirs lointains de lecture (et j'ai lu tout le cycle + les robots) ne me permettent pas de critiquer le traitement des personnages qui en est fait dans la série d'Apple+.
En tout cas, à ce stade (2 épisodes) et contrairement à certains qui ont - déjà - des avis très tranchés, je me réjouis de voir ce que je vois, d'entendre ce que j'entends, et de plonger dans les arcanes des Fondations ...

Jeanne Oskour
26/09/2021 à 11:59

Je crois pas qu’il soit bon d’essayer de faire une adaptation féministe et militante à partir d’une œuvre qui ne l’est pas. C’est de la récupération, et c’est opportuniste. Mieux vaudrait alors créer une série originale bien qu’inspirée de fondation. Asimov était peut-être misogyne mais dans ce cas il fallait lui adresser ces critiques de son vivant, parce que là y’a plus personne pour les recevoir. Quand à l’œuvre même si les femmes n’y sont pas représentées il n’y a rien de misogyne là-dedans.

Jeanne Oskour
26/09/2021 à 11:00

De la SF pop corn comme on en fait à foison de nos jours propulsé sur tout support de publicité grâce à la puissance financière d’Apple et acceptée de fait par la masse comme une œuvre alors qu’elle est un pur produit. Y’a même de la pub pour cette série qui s’affiche précisément alors que j’écris ce commentaire. Alors bon c’est très joli et l’univers est chouette (mais ça ça vient des livres). Y’a quelques trucs intéressants mais les scènes sont globalement plates et attendues un peu comme un GOT de l’espace. Ça se veut inclusif en claquant deux femmes noires à l’affiche alors que ce sont des enfants chinois qui fabriquent leurs appareils ça me fait doucement rire même si je le déplore. Aussi cette histoire d’amour mais d’un nul. Les bouquins sont assurément beaucoup mieux que cette parodie capitaliste.

Marc
26/09/2021 à 10:34

@Denyv
J'écoute déjà sur Spotify ma bande originale de Fondation by Bear McCreary ;)

Denyv
26/09/2021 à 03:00

Personne ne parle de la superbe musique!! Je la mettrais bien sur celle, décevante, de Dune!

Nicolas31
25/09/2021 à 22:37

Je vois que beaucoup de commentateurs n'ont pas lu fondation en entiers : il y a la pentalogie originale puis les 2 prequel d'Asimov mais il y a aussi le second cycle de fondation (3 romans écris par les plus grand auteurs de SF de notre temps et excellents au demeurrant). Si j'appelle cela l'univers étendu hé bien cette série semble être adaptée à cet univers... d'où les surprises pour ceux qui ne les ont pas lus!

Kyle Reese
25/09/2021 à 18:52

@dams50

Non pas dans le texte, mais effectivement une référence au fameux guerrier qui l'a combattu.

@GTB

"Une fois lue, elle ne vous quitte jamais."
C'est clair, un véritable choc avec des images fabuleuses plein la tête, et pourtant au début il faut pas mal s'accrocher car ça démarre lentement. Mais quelle récompense à la fin.

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