La série Destin : la saga Winx de Netflix est l’occasion rêvée (ou non) de se pencher à nouveau sur la série animée qui a mis des paillettes dans nos vies.
Qu’on les ait regardées enfant avec des étoiles dans les yeux ou qu’on ait eu envie de leur arracher les ailes dès les premières secondes du générique, les fées du Winx Club ont marqué toute une génération, traumatisé beaucoup de grands frères et grandes soeurs et soulagé le porte-monnaie de nombreux parents en produits dérivés. On mentirait en disant que la série d’Iginio Straffi était ce qui se faisait de mieux au début du siècle, mais force est de constater qu’au bout de 8 saisons, bientôt 3 spin-offs, 3 films, plusieurs jeux vidéo sur Nintendo DS et Playstation 2, un magazine mensuel, des spectacles à thème et plus d’une soixantaine de livres de la bibliothèque rose, la franchise a incontestablement gagné un statut culte.
Accrochez vos rétines, Écran Large retourne à Magix
JAPANIMATION À L’ITALIENNE
Si la série est à l’origine une création italienne du studio d’animation Rainbow (fondé par Iginio Straffi), cette dernière flirte largement sur le Magical Sentai, un courant japonais qui mêle le Magical Girl (une fillette dotée de pouvoirs magiques style Sakura, chasseuse de cartes) au Super Sentai (des héros qui sauvent le monde en costume à la Power Rangers).
Ce sous-genre de la fantasy nippone a pris racine dans les années 90 grâce à la très culte Sailor Moon, mais était encore en plein essor dans les années 2000 avec des animés populaires comme Magical DoReMi, Mew Mew Power, Pichi Pichi Pitch : La Mélodie des Sirènes ou encore Yes! PreCure 5, qui se sont d’ailleurs assez bien exportés sur le petit écran européen. Le Winx Club, que les enfants français et italiens ont découvert en 2004, respecte donc très scrupuleusement le cahier des charges de ce courant très codifié.
C'est l'aventure qui commence tout près des étoiles, apparemment
On retrouve ainsi une nouvelle bande de jolies adolescentes, une palette de couleurs très vive, un goût prononcé pour tout ce qui scintille, les sacro-saintes scènes de transformation à refaire à la récré et les petites mascottes (d’abord Kiko, puis les mini-fées et les espèces de Pet Shop). Sans oublier les divers accessoires magiques, une violence plus que mesurée, des histoires d’amour et un affrontement purement manichéen entre les forces du bien et du mal.
Cette ambiance très girly-lolita destinée à un jeune public est donc probablement ce qui a le plus été reproché, bien que ce reproche se greffe davantage au genre qui a été décalqué qu’à la série en elle-même. Et malgré son graphisme et son character design proches des personnages d’animés (silhouettes fines, grands yeux, cheveux multicolores), le programme ne s’est pas contenté de piocher toute son inspiration dans les oeuvres japonaises et a dès le départ opté pour une vision beaucoup plus occidentale.
Bloom, Musa, Stella, Tecna et Flora (mention spéciale pour Layla)
I'm so fancy
Comme l’a plusieurs fois répété Iginio Straffi, le but des Winx était de dépoussiérer l’image des fées avec une apparence plus branchée façon Bratz (pour les néophytes : une marque de poupées hideuses qui cartonnait dans les années 2000). Ce qui a nécessité de reprendre toute l’animation du pilote qui ne l’avait pas convaincu lors de la projection test, même si celui-ci avait coûté des dizaines de milliers d’euros d’investissement.
Les héroïnes ressemblaient alors davantage aux créatures légendaires du folklore européen, avec une vague apparence de lutin et des costumes plus ternes et désuets. Le réalisateur lui-même avait expliqué en 2016 que ce premier jet « ressemblait à un autre dessin animé de style japonais, un peu plus raffiné, mais rien à voir avec ce que les Winx sont devenues par la suite ».
Cette « crise existentielle » comme il l’a qualifiée, lui a cependant permis de mettre l’accent sur ce qui a grandement participé à populariser la série : ses looks fashion et son attrait pour la mode. Le Winx Club a en effet mis un soin tout particulier à la création de nombreuses tenues et coiffures tendances à cette époque (avec donc crop tops obligatoires), faisant même appel à des stylistes italiens de maisons de haute couture comme Dolce & Gabbana et Prada.
Et cette impression de voir des personnages tout droit sortis d’un magazine pour adolescentes avec Lorie en une et M Pokora en poster cadeau a été encore plus accentuée par les célébrités américaines qui ont servi de modèles aux six fées. En 2011, Straffi avait ainsi déclaré que Britney Spears (icône suprême du début du siècle) avait servi de base à la création de Bloom, le personnage principal. Mais les autres n’ont pas vraiment de quoi être jalouses : Stella est inspirée de Cameron Diaz, Flora de Jennifer Lopez, Tecna de Pink, Musa de Lucy Liu et enfin Layla de Beyoncé. Une véritable capsule temporelle.
De la même façon, le groupe a été pensé comme un girls band à la Spice Girls, avec des protagonistes d’origines variées pour parler au plus grand nombre. L’autre objectif était de faire en sorte que les fées représentent « les femmes d’aujourd’hui » (c’est-à-dire fortes, mais surtout hétérosexuelles, amoureuses, minces et bien sapées). Cette obsession de rester à la mode s’est même ressentie sur la bande-son inspirée « des chansons pop de Britney Spears ou Beyoncé », qui fait d’ailleurs partie intégrante de l’identité de la série grâce à ses paroles aussi mièvres qu’entêtantes.
Tout là-haut dans le ciel, WINX
Cette attention toute particulière, qu’on retrouve également dans d’autres séries à succès comme les Totally Spies !, s’est avérée gagnante, notamment en ce qui concerne les milliers de produits destinés au merchandising (vêtements, poupées qui ont fait de l’ombre aux Barbies, gadgets high-tech, affaires d’école, cartes à collectionner…) et dont les bénéfices se sont comptés en milliards de dollars durant plusieurs années. Une véritable poule aux oeufs d’or qui, selon le magazine License, a permis à Rainbow de se classer en mai 2014 au 12e rang des 150 premiers concédants de licences au monde, les géants DreamWorks et Hasbro étant alors respectivement 16e et 11e du classement.
Et même si les paillettes et les mini-jupes étaient des composantes clés de la série, contrairement à ce qu’on pourrait penser, Iginio Straffi n’a pas uniquement pensé à attirer les jeunes filles, mais plutôt les deux sexes. Il s'est concentré sur les scènes d’action, notamment celles impliquant les Spécialistes de la Fontaine Rouge, pour ameuter les petits garçons devant leur écran.
Un pour chaque fée, si c'est pas bien pensé tout ça
Il faut croire que l’astuce a fonctionné pour les trois premières saisons, en tout cas à domicile, puisque selon la Rai, le Winx Club était regardé par pratiquement autant de téléspectateurs féminins que masculins avec seulement 3% d’audience de plus pour les filles dans la catégorie cible des 4-14 ans. Certains petits garçons suivaient donc assidûment les aventures des jolies fées, ce qu'il ne fallait surtout pas dire devant les copains pour garder sa school cred. D’une façon plus globale, les premières saisons ont été un carton d’audience, avec une exportation dans 150 pays en 2014.
En Italie, la première saison diffusée à partir de janvier 2004 sur Rai 2 a atteint une part d’audience moyenne de 17%, tandis que chez nous sur France 3, les 26 premiers épisodes de la série ont fait grimper le score à 56% pour la tranche d’âge des préadolescents comprise entre 10 et 14 ans. On a donc beau se moquer, on était quand même pas mal à manger nos céréales le matin en regardant les Winx se la mettre contre les Trix.
Les sorcières Stormy, Icy et Darcy
fées désenchantées
À la base, Iginio Straffi avait découpé son histoire en 78 épisodes, soit trois saisons de 26 épisodes avec un arc narratif pour chaque saison et une histoire de fond sur l'identité de Bloom. Sans parler de chef-d’oeuvre, les trois premières saisons sont en effet les plus solides de la série dont l'intrigue de base emprunte quelques éléments à l'origin story de Superman (un bébé envoyé sur Terre avant la destruction de son monde qui est recueilli par des parents adoptifs). Le principe y était assez simple et commun, avec le passage à l'âge adulte des adolescentes à travers leur combat contre les Trix, puis Lord Darkar (suffisamment lugubre pour impressionner les petits) et enfin Valtor, leur ennemi le plus puissant.
La troisième saison marque ainsi leur dernière année à Alféa et l'obtention de l'Enchantix, la transformation finale des fées avec des looks encore plus riches et travaillés. Pour conclure la série et répondre aux quelques questions restées en suspend, notamment en ce qui concerne les parents de Bloom, le créateur avait prévu de réaliser Winx Club : le secret du royaume perdu, un film sorti en 2008 chez nous et qui a comptabilisé près de 365 000 entrées.
Mais bien évidemment, la popularité de la série a poussé Straffi à se lancer dans une quatrième saison en 2009, qui se déroule cette fois-ci sur Terre à la recherche d'une septième Winx. Si le premier épisode de cette nouvelle saison a établi un record d'audience pour un programme animé sur Rai 2 (500 000 téléspectateurs), c'est aussi à cette époque que les fans de la première heure ont commencé à déserter leur écran, la série n'ayant pas du tout grandi et mûri en même temps que son public.
C'est également à ce moment que la société américaine Viacom (qui possède Nickelodeon) a convoité une part du gâteau et racheté 30% du studio Rainbow. Nickelodeon s'est donc invité dans la production à partir des saisons 5, 6 et 7, marquant une véritable descente aux enfers, en particulier pour les intrigues toujours plus inintéressantes, l'animation beaucoup plus stylisée et la liste interminable de nouvelles transformations (Believix, Harmonix, Sirenix, Bloomix, Mythix, Butterflix, Tynix...). Tout ça avec toujours plus de froufrous que de raison.
Ça balance carrément les licornes
La saison 7 a d'ailleurs payé les frais des coupes budgétaires de 2014 après que Rainbow ait subi une perte financière de plusieurs millions d'euros en raison de l'échec au box-office de son film Gladiateurs de Rome. Le coût des Winx a donc été revu à la baisse étant donné qu'il s'agissait d'une véritable pompe à fric. Les séquences 3D ajoutées la saison précédente ont ainsi été retirées de la série et l'animation des personnages s'est avérée beaucoup moins fluide et soignée.
Le massacre aurait pu s'arrêter là, mais la série a continué de creuser sa propre tombe avec une huitième saison diffusée après une pause de 4 ans. Straffi avait alors jugé bon d'adapter son oeuvre à un public encore plus jeune, avant de s'éloigner de la production et de se concentrer sur la série Club 57, une autre coproduction avec Nickelodeon. Les graphismes ont ainsi été totalement revus, de même que le character design des personnages pour leur donner une apparence beaucoup plus juvénile. En 2019, le créateur a ainsi expliqué que la baisse d'audience chez les téléspectateurs les plus âgés et l'augmentation chez les plus jeunes avaient rendu ce changement de cap nécessaire, bien que la démarche paraisse davantage suicidaire.
Au final, les Winx n'ont pas réussi à grandir en même temps que leurs fans, choisissant plutôt de régresser saison après saison. Le principe de base se tenait et avait bien de quoi hystériser les enfants, jusqu'à ce que les fées perdent toute leur saveur en s'enfonçant dans la surenchère de paillettes et les intrigues redondantes. Et ce n'est certainement pas avec l'adaptation en live action beaucoup plus sombre de Netflix que les téléspectateurs d'antan vont faire un retour en enfance plein de nostalgie.
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Très bon article
@Gonzo
Si vous saviez comme « les abonné.e.s » sont tous des gens très différents, et comme Winx Club est populaire (c’est pas pour le plaisir que Netflix en tire une série)… 🙂
MDR les abonnées payant qui attendent leur article inedit de pied ferme et se retrouve avec un truc sur Winx xD
C’est marrant, je me suis fait un marathon avant la sortie du Reboot Netflix et même prévue quelques vidéos.