Watchmen : sans spoilers, on vous dit ce que vaut la série HBO

Geoffrey Crété | 15 octobre 2019 - MAJ : 19/10/2019 18:06
Geoffrey Crété | 15 octobre 2019 - MAJ : 19/10/2019 18:06

Premiers avis sur les six premiers épisodes de la série Watchmen, sans spoilers.

C'est l'un des projets les plus alléchants et redoutés de ces dernières années, et un très gros coup pour HBO, qui a tourné une page importante avec la fin de Game of Thrones. Librement adapté du roman graphique culte d'Alan Moore et Dave Gibbons, la série Watchmen chapeautée par Damon Lindelof (The Leftovers) arrive le 20 octobre aux États-Unis, et le 21 en France sur OCS.

On a vu les six premiers épisodes (sur les neuf de cette première saison). On a le droit de vous en parler, mais sans rien dévoiler de l'intrigue. On a donc un joli challenge.

Sans spoilers, et sans risque d'être traqué et assassiné par HBO, on vous donne notre premier avis sur cette série incontournable de la rentrée, menée par Regina KingJean SmartTim Blake Nelson, Jeremy Irons, Yahya Abdul-Mateen II, Hong Chau et Don Johnson.

 

 

OÙ SONT LES WATCHMEN ?

C'est la première grande question : à quel point l'essence du comics d'Alan Moore et Dave Gibbons est-elle présente, utilisée, modifiée, ou trahie ? Damon Lindelof a répété que la série n'était pas une adaptation directe, ou une suite, mais une continuation de l'univers, qui se déroule après les événements connus - et donc, le film Watchmen de Zack Snyder sorti en 2009.

Le synopsis officiel annonce que l'histoire prend place dans les États-Unis contemporains, mais alternatifs, où les vigilantes masqués sont considérés comme hors-la-loi. Mais cette soif de justice n'est pas éteinte pour autant, et un groupe prépare une révolution, tandis que d'autres tentent de les arrêter.

 

photo, Regina King, Watchmen Saison 1"Tu vas parler de la série sans rien en dire, sinon ça va mal se passer, ok ?"

 

C'est une description honnête de la série HBO, qui n'est pas une suite à proprement parler puisqu'elle met principalement en scène de nouveaux personnages, dans un monde bien différent 34 ans après le drame qui a frappé Manhattan. Seuls quelques héros déchus sont là, avec une Laurie Blake alias Silk Spectre (interprétée par l'excellente Jean Smart vue dans 24 heures chrono et Legion) désormais aussi âgée et aigrie que sa mère, et Adrian Veidt alias Ozymandias (incarné par Jeremy Irons). Teasé dans la promo, Docteur Manhattan est là, mais à sa manière. En six épisodes, il y a de quoi se dire qu'il jouera un rôle majeur. 

À noter que la série se rapproche tout de même plus du roman graphique que du film. Malgré des clins d'oeil au blockbuster de Zack Snyder, au moins un énorme élément revient sur une liberté prise par le film, pour retourner au matériau d'origine. Et sans surprise, de nombreuses références et hommages au comics sont présents pour les plus attentifs.

 

photoQue reste-t-il des Watchmen ?

 

LES NOUVEAUX JOUEURS

Centrale dans la promo et sur l'affiche, la femme incarnée par Regina King (oscarisée pour Si Beale Street pouvait parler) est le point d'ancrage de l'histoire. Angela Bar est un personnage tout neuf, qui se cache sous l'identité de Sister Night pour faire régner l'ordre. Difficile d'en parler sans trop en dire, mais toute la saison est construite autour d'elle. Et elle symbolise toutes les thématiques mises en jeu.

L'actrice vue dans The Leftovers et American Crime est excellente, que ce soit dans l'action ou le silence. Sa voix si reconnaissable et sa capacité à éviter les émotions trop faciles sont un énorme atout pour installer cette héroïne opaque.

Autour d'elle, il y a Looking Glass, incarné par l'excellent Tim Blake Nelson. C'est un proche de Sister Night qui a lui aussi une double identité, un passé torturé relié aux événements de Watchmen, et il prend une place de plus en plus importante au fil des épisodes. Sister Night et Looking Glass travaillent sous les ordres de Judd Crawford, interprété par Don Johnson.

Enfin, il y a l'étrange et mystérieuse Lady Trieu, incarnée par Hong Chau, révélée dans Downsizing. Impossible d'en dire plus sur cette femme, qui se révèle centrale dans l'intrigue.

 

photo Sister Night est au coeur de la série

 

L'AUBE DE LA JUSTICE

De quoi parle donc la série, au fond ? Qu'elle sorte en 2019 dans l'Amérique de Trump n'est pas anodin. Que l'héroïne soit noire non plus. Les questions du racisme, de l'héritage culturel et social, de la division silencieuse, mais profonde du pays sont omniprésentes. 

En ça, la "suite" dirigée par Damon Lindelof (qui a écrit ou co-écrit ces six premiers épisodes) est audacieuse et intelligente. Audacieuse, car elle s'éloigne du comics culte, créé sa propre histoire en marge de la mythologie connue des fans. Intelligente parce que tout cela reste profondément ancré dans la vision contestataire, sulfureuse et hautement politique d'Alan Moore et Dave Gibbons. Le co-créateur de Lost, les disparus rend le plus beau des hommages en s'appropriant le monde des Watchmen sans le piétiner, le singer, ou en offrir un vague remake modernisé.

La série semble au contraire se demander quel serait le sens des Watchmen dans le monde et l'Amérique de 2019, ce qui semble être la plus sage et honnête des questions. C'est donc une vraie extension de ce monde qui prend vie, avec une foule d'éléments malins, inattendus et fascinants.

 

photo La révolution en marche

 

Après l'introduction, la première scène du pilote est d'ailleurs très significative, dans ce qu'elle raconte des États-Unis contemporains. Le point de vue légèrement décalé, mais profondément brutal sur le rapport de force entre les citoyens et les forces de l'ordre, les blancs et les noirs, les puissants et les faibles, est particulièrement saisissant. L'héritage de Rorschach infuse cette Amérique malade, où la révolte gronde derrière les portes et les masques - de Rorschach donc, mais surtout de citoyens lambda.

Et Watchmen échappe aux plus gros pièges en évitant soigneusement de tracer une bête et simpliste ligne entre les bons et les méchants. Tout en manipulant une partie de l'Histoire américaine (et notamment le Ku Klux Klan), la série dessine le portrait vertigineux, car uniquement composé de nuances, d'un pays déchiré. L'idée que l'Amérique a façonné ses propres monstres, destinés à la hanter pour toujours, est toujours là.

Tandis que la mythologie américaine a été propulsée dans le futur avec de graves crises et la naissance publique d'un dieu nommé Manhattan, qui a changé l'ordre mondial, les plaies d'hier sont restées ouvertes. La blessure n'a toujours pas cicatrisé, et avec le temps et la modernité, elle a même commencé à pourrir. Est-il encore possible de la soigner, ou le corps citoyen est-il condamné, dans un compte à rebours inéluctable ?

 

photoRorschach dans le roman graphique

 

AMERICAN BEAUTY

Inutile d'attendre une série dans la lignée visuelle du film de Zack Snyder : Damon Lindelof n'a absolument pas suivi cette direction artistique qui seyait parfaitement à l'ambiance eighties de l'adaptation au cinéma. Watchmen version série est plus terre à terre, ancré dans une époque proche de la nôtre. Les couleurs, les décors, les accessoires penchent vers le réalisme, comme si l'époque des fantasmes super-héroïques avait été ensevelie sous des décennies de brutalité, déception et traumatismes. Ne restent alors plus que des étoffes simples, et des couleurs basiques.

Les costumes portés par Sister Night et Looking Glass vont dans ce sens, et ressemblent plus aux manifestants masqués des JT de ces derniers mois qu'à des figures super-héroïques de comics.

Mais la série n'en demeure pas moins très soignée. Le budget de la série n'a pas encore été communiqué, mais nul doute que c'est une vraie superproduction pour HBO, tant l'univers installé et filmé est riche, grand et éparpillé sur quantité de décors. La mise en scène n'est pas ostentatoire, et n'est pas là pour en mettre plein les yeux. Elle est discrètement spectaculaire, précise, et l'utilisation des effets spéciaux, mesurée. Et les épisodes réservent quelques surprises stylistiques.

Enfin, impossible de ne pas mentionner la musique de Trent Reznor et Atticus Ross. Oscarisé pour The Social Network, entendu dans Millenium - Les hommes qui n’aimaient pas les femmesGone GirlTraque à Boston ou le récent 90's, le duo sorti de Nine Inch Nails imprime une énergie folle dans certaines scènes. Il y a notamment un thème effrayant qui semble tout droit sorti d'un John Carpenter, et qui résonne à l'image comme une marche funeste en vue de l'apocalypse.

 

photoLa série est très, très loin du style du film

 

VEUILLEZ PATIENTER 

Si l'ambition du projet est évidente depuis son annonce, la série surprend surtout par son ampleur narrative, qui va sûrement provoquer bien des déceptions. Ne vous attendez pas à un pilote spectaculaire qui encapsule tout l'univers, présente tous les personnages et les enjeux, à la manière du premier épisode de WestworldWatchmen semble avoir été conçu pour être regardé dans son intégralité, découvert couche après couche par les spectateurs exigeants et investis.

Ce n'est pas une série qui parade et se vend en un épisode, pour accrocher le spectateur et le prendre par la main, en lui promettant monts et merveilles, et en lui donnant le mode d'emploi. Watchmen est presque un train à prendre en marche, dont il faudra ouvrir les portes, épisode après épisode, afin d'en découvrir la destination. En ça, c'est bien plus proche de The Leftovers qu'autre chose, et c'est de plus en plus probant à mesure que l'histoire multiplie les ruptures de rythme, ouvre des parenthèses et présente ses enjeux et protagonistes.

 

PhotoAvancer masqué pour mieux faire régner l'ordre

 

C'est un pari ambitieux, mais risqué pour HBO, qui pourrait rebuter bien des spectateurs attirés par le titre Watchmen et l'étiquette super-héros. Difficile d'y voir un nouveau Game of Thrones, tant la série résiste à révéler son vrai visage après six épisodes. Il y a encore plus de questions que de réponses au 2/3 de la première saison, et si ça n'a rien de problématique en termes de narration, c'est potentiellement un gros frein pour le public venu chercher du spectacle, un récit à formule, ou encore pire - de l'action et des super-héros.

Watchmen la série ne ressemble à rien d'autre. Ni The Boys, ni Daredevil, ni The Punisher, ni Legion. C'est sa plus grande force, puisqu'elle propose un voyage inattendu, très intrigant et riche, qui lance de nombreuses pistes fascinantes. C'est aussi sa faiblesse, puisqu'elle compte sur l'investissement réel du spectateur, sa foi, et sa patience. À voir si cette ambition est trop grande dès le démarrage, ou si l'heure des Watchmen est enfin arrivée.

On reviendra en détail sur le premier épisode dès sa diffusion.

Watchmen sera diffusée dès le 21 octobre sur OCS en France

 

Affiche

commentaires

PLA
06/11/2019 à 23:00

Long. Chiant. Terne. Nombriliste. Foutraque.
J'ai commencé parce que Watchmen est l'un des rares Comics que j'aime bien, et que le film, que j'avais vu en premier, m'avait vraiment positivement marqué.
Là, on retrouve toutes les tares des séries et du cinéma à la JJ Abrahams et à la Lindelof (que je considère comme étant les deux plus grands escrocs du cinéma de ce début de siècle), la qualité technique habituelle en moins.
Bref, il n'y a pas vraiment de scénario, les personnages ne sont pas attachants, ou même seulement intéressants, les liens avec Watchmen sont là pour appâter le chaland, aucune idée claire du sens du scénario par le réalisateur, un bon gavage à base du "le rassisme, cé mhale"- merci génie
Regina King n'est pas mauvaise, cela dit, Don Johnson non plus. Mais en fait, ça aurait pu n'avoir rien à voir avec Watchmen, ça aurait été pareil.

syroz
19/10/2019 à 22:52

Merci pour votre critique ça annonce du lourd.
J'adore l'univers de watchmen je fondais pas mal d'espoir dans cette série au vu des trailers appétissants j'ai hate de voir ça.
J'espère juste que le coté politique est bien traité et pas trop manichéen et 'woke'.

Mister Kaka
17/10/2019 à 19:45

@MystereK : tu te tapes des queues sur tes posts je suis certain.

MystereK
17/10/2019 à 15:24

DONNEUR DE LECON tant mieux, j'espère que vous en aurez retenu quelque chose et que vous cesserez de jouer à ces petits jeu infantiles qui consiste à dire que vos goûts sont meilleurs que ceux des autres et argument à propos de ce que nuos n'aimez pas dans un film ou une série en respectant ceux qui n'ont pas le même avis que vous et que vous preniez conscience que ce n'est pas parce que vous n'avez pas aimé une opeuvre que celle ci est nulle ou mauvaise.

T-Rex
16/10/2019 à 16:58

Rien à voir avec le film ? Tant mieux, il était indigeste et soporifique.

captp
16/10/2019 à 10:53

the leftovers est une des plus belle série qu'il m'ait été donné de voir mais je peux comprendre qu'on la trouve ennuyeuse.
Si The watchmen a un adn commun avec celle ci ,c'est sur que ça me hype mais on est loin du "remplaçant" de GOT sensé fédérer .et vu qu'il devrait y avoir qu'une seule saison je pense que ça n'a jamais été l'intention.... a la limite tant mieux :)

HS: Concernant HBO je viens de me faire tabasser par la saison 2 de succession,c'est vraiment très très bon.si vous aimez le genre foncez.

Donneur de leçon
16/10/2019 à 01:25

MystereK est passé donné sa leçon quotidienne. On applaudis MystereK.

MystereK
15/10/2019 à 20:11

ASH BIHOT vous réclamez une vraie fin et vous citez les Soprano, la série avec la fin qui coupe net sans conclusion, la fin la plus marquante et la plus abrupte de toutes les séries TV.... faudait savoir.

Sinon, The Leftovers est un peit bijour de sensibilités, une magnifiques séries et ce n'est pas parvce que certains la trouvent barbantes qu'elle est mauvaise, chacun ses goûts et on est pas tous obligé d'aimer un montage à la Michael Bay. On est en plein enfitailleg ici : les séries que je regarde sont meilleures que les séries que tu regardes.... c'est qu'une question de gout les gars. Et si vous n'aimez pas Lindelof,t que vous trouvez que c'est un escroc (jusque parce que vous n'aimez pas ses histoire,s, de quelle arrongance vous faites preuve) pouqiuoi vous venez lire la news si c'est juste pour la démolir après ? Il y a des personnes que cela inéresse et qui veulent du constructif, pas des démolitions dans le vides juste parce que le rythme ne vous correspond pas.

Rorov94M
15/10/2019 à 20:00

Je rappel juste aux exégètes et profanes que,paradoxalement,les séries dites«classiques»ont droit à de meilleures fins que certains hits t-v:MÉDIUM,DESPERATES HOUSEWIFES,MIAMI VICE,CODE QUANTUM,MONK,UN FLIC DANS LA MAFIA,HILL STREET BLUES,NEW YORK 911...

KibuK
15/10/2019 à 19:42

@Ash Bihot
Soprano, The Wire, Oz... n'ont pas de "vraie fin".
Les arcs narratifs des personnages restent en suspens.
Une "vraie fin" à la Six feet under" n'est pas un gage de qualité.
Une fin de série TV peut-être ouverte.
Une fin de série TV peut poser une ou plusieurs questions.
Une fin de série TV n'est pas une boite qu'on ferme et qu'on range.

@Nash
Avant d'être "surestimées", The Leftovers et Lost sont avant tout estimées.
Ces séries ont fait vibrer et voyager quantité de téléspectateurs à travers le monde.
Perso, ces fins m'ont beaucoup touché car elles répondaient à ma sensibilité mais je comprends qu'elles puissent déplaire.
Je suis blasé de constater que des personnes ne voient pas plus loin que leurs propres goûts.
Il serait plus humble de ta part de dire que tu es passé à côté, que la série ou le film ne t'a pas parlé plutôt que de juger de leur qualité en fonction de tes gouts qui, si on n'y regardait de plus près, ne feraient pas l'unanimité non plus.

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