Too Old to Die Young : que valent les trois premiers épisodes de la série Amazon de Nicolas Winding Refn ?

Lino Cassinat | 18 juin 2019 - MAJ : 18/06/2019 16:09
Lino Cassinat | 18 juin 2019 - MAJ : 18/06/2019 16:09

Décrite par son auteur comme une expérience radicale et innovante, mais descendue un peu partout par la critique, on fait le point sur Too Old to Die Young après trois épisodes.

 

 

VIDE ÉTERNEL, LE PARFUM NWR

Depuis Drive, nombreux sont ceux qui crient à l'arnaque devant les films de Nicolas Winding Refn. S'il convient de rappeler que le cinéaste a toujours autant été un styliste hors pair qu'un conteur austère, et que ses délires arty ne datent pas d'hier (Le Guerrier silencieux par exemple), il faut aussi constater que depuis la percée Drive, les films du Danois sont plus inhospitaliers que jamais, et pas toujours pour le meilleur. Aussi captivant et virtuose que soit The Neon Demon, il va de pair avec un Only God Forgives artificiellement abscons.

Le voir s'essayer à la série avec Too Old to Die Young était donc une perspective excitante : on se prenait à rêver de voir ce maître absolu de l'image enfin revenir vers une forme plus narrative, contraint et forcé par un médium plus essentiellement dépendant de l'intrigue et des personnages. Sauf que personne n'avait compris que depuis le début, Nicolas Winding Refn avait prévu de prendre les codes de la série TV, de les retourner et... bref.

 

Photo Miles TellerDOP Porn

 

TROP JEUNE POUR MOURIR D'ENNUI ?

Too Old to Die Young n'est, du moins pour ce qui est des trois premiers épisodes, rien d'autre qu'un piratage total du médium susnommé, qui peut être ressenti comme un magistral doigt d'honneur. Plutôt que de se plier à ses exigences, Nicolas Winding Refn prend le parti totalement inverse et extrémise encore sa posture.

Jamais ses acteurs n'ont été aussi atones, son rythme aussi inutilement étiré, ses dialogues aussi rachitiques et son intrigue aussi immobile. Pour tout dire, on a tout juste le sentiment d'être sorti de la phase d'exposition à la fin de l'épisode 3 et l'épisode 2 ressemble presque même à une caricature du style Nicolas Winding Refn par un talentueux détracteur.

Une radicalité qui intrigue autant qu'elle effraie : le tout est cette fois étiré sur 13 gargantuesques heures divisées en épisodes-parpaings à la durée aléatoire, mais d'environ 1h15 chacun. Cette immensité rend Too Old to Die Young impossible à binge-watcher, mais crée un vertige aussi rebutant que fascinant. Extrêmement lourds et étouffants, les trois premiers épisodes ressemblent à un cauchemar hallucinatoire au néon, dont il est difficile de décrocher, malgré l'inertie totale du scénario.

 

Photo Jena MaloneJena Malone, nouvelle actrice fétiche de NWR

 

Tout concourt à faire de la ville de Too Old to Die Young une antichambre de l'enfer, sublimée à nouveau par la photographie toujours aussi dantesque du réalisateur et de Darius Khondji. La douleur de l'expérience physique infligée au spectateur fait écho au caractère infernal de la ville dépeinte par Nicolas Winding Refn.

Ainsi, la séquence d'interpellation inaugurant Too Old to Die Young est, par exemple, un sommet de violence psychologique. C'est ce genre de moments monstrueux, pour l'instant trop peu nombreux, mais qui parsèment la série, qui retiennent particulièrement l'attention et poussent à explorer plus avant ce labyrinthe tortueux et éreintant, en espérant découvrir son coeur noir.

 

Photo Miles TellerMiles Teller en mode Ryan Gosling

 

Touffue et rebutante à l'extrême, Too Old to Die Young laisse à peu près tout le monde sur le carreau. Pourtant, même si on n’en aperçoit pas bien les contours et qu'elle tarde à venir, on sent qu'une récompense pourrait bien attendre le spectateur tenace (et sa nouvelle addiction au café).

Too Old to Die Young est disponible en intégralité sur Amazon Prime Video en France.

 

Affiche

commentaires

Phil
20/06/2019 à 02:12

C’est beau, de belles musiques, une belle photo accompagnée d’un bel éclairage. Les plans sont vraiment pas mal, mais qu’est ce que c’est long!

Je rejoins @EL pour la longueur de certaines scènes, ça tire ça tire et parfois ça en devient lourd.

Il manque un petit quelque chose pour faire ressentir la pression grandissante, la longueur inutile de certains plan n’est pas forcement gage de sensation mis à part le commencement de l’ennuie. Mais c’est à ce moment précis qu’il se passe une action alors tient le coup.

Comme d’hab chez NWR, le protagoniste parle peu, bien qu’ici nous n’avons pas à faire à un espèce d’autiste ultra froid et violent (R Gosling), mais beneficie d’un peu plus de dialogue qu’a l’accoutumé.

Les acteurs sont au top.
Le fil conducteur tien la route, on en apprend un peu plus tout au long de l’episode.
À savoir que c’est monté comme un film. J’ai du mal a voir cela comme une série, mais plutot comme un film coupé en plusieurs parties.

Ici NWR pousse a fond sont concept, tout en prenant compte du fait du format, qui s’adapte plutot bien et en fait un objet vraiment etrange et appart.

Je n’en suis pas sortie indemne. On souffre comme l’atmosphère et je n’en suis qu’au premier episode, donc reaction a chaud.

Recommande pour ceux qui ont de la patience.

art
19/06/2019 à 19:10

Pour moi ce n'est pas une série mais de l'ART.
Magnifique fan à 300%

Sergio
19/06/2019 à 13:50

J'ai été absorbé, hier soir, par le visonnage des 2 premiers épisodes.
Vivement ce soir la suite .

sylvinception
19/06/2019 à 11:23

"Depuis Drive, nombreux sont ceux qui crient à l'arnaque"
Drive inclus ou pas ?? C'est pas 100% clair... et pour moi Drive restera un classique.

Et son succès lui a semble-t-il fait plus de mal que de bien, car depuis il est tombé dans un puits sans fond de provocations gratuites, assénées à grand coup d'images ultra-léchées et bien choc, trop souvent pour le pire et au détriment des scénarios, comme s'il se sentait obligé à chacune de ses créations de nous prouver que Drive était une anomalie dans sa filmo... bref, un poil faux-cul, surtout quand on sait qu'il était au fond du trou financièrement avant sa rencontre avec Gosling.

(@tlantis, prends des cours de Français sérieux...)

JayT
19/06/2019 à 09:48

Only God Forgives abscons, c’est cela ouuuiii.

On propose à Lino, l’auteur de ces lignes, de faire un enieme article sur Justice League ça le calmera.

rorov94
18/06/2019 à 20:32

Nico arrête les c....
Achète les droits du roman faisant suite à DRIVE(DRIVER)
Et fait cette p.... de séquel.
Surtout que ça ferait un superbe film!digne du 1er.

bubblegumcrisis
18/06/2019 à 19:26

///Only God Forgives artificiellement abscons

Ah bon ? Pourtant j'ai trouvé l'intrigue assez facile à comprendre.

///on se prenait à rêver de voir ce maître absolu de l'image enfin revenir vers une forme plus narrative, contraint et forcé par un médium plus essentiellement dépendant de l'intrigue et des personnages

Une forme narrative plus linéraire, vous vouliez dire ? Ça vous fait rêver ça ? C'est la forme narrative dominante aujourd'hui. Apparemment les décisionnaires des Studios pensent que le spectateur lambda n'a pas de cerveau capable de relier des éléments entre eux lorsqu'ils ne sont pas présentés de manière chronologiques.

La forme narrative linéaire n'est qu'une forme narrative parmi d'autres et n'est absolument pas obligatoire pour les séries.

Pour ce qui est du medium en lui-même, il me semble que de Michael Mahnn, en passant par David Lynch ses codes ont ete souvent détournés, ou carrément ignorés. Et souvent pour le meilleur.

///Cette immensité rend Too Old to Die Young impossible à binge-watcher

Tant mieux. Je ne vois pas en quoi le binge-watching serait une référence. C'est bon pour des produits à la Netflix qui ne sont que des films de 13 heures découpés en épisodes de 1 heure et qu'on peut consommer comme de la junk food.
À défaut de la qualité on a la quantité, c'est bourratif, on a perdu 13 heures de sa vie, une demie-journée, en pleine compulsion boulimique sérielle.

Par moment, TOTDY m'a fait pensé à Miami Vice avec ses longues scènes contemplative tournées comme des vidéo clips.
Les scènes d'action, peu nombreuses, y sont souvent surprenantes et très efficaces.

Ce qui est intéressant dans le fait que Amazon donne carte blanche à un réalisateur comme Nicolas Winding Refn, c'est qu'ils l'ont fait en toute connaissance de cause. Ou alors ils étaient bourrés.

C'est une bonne chose d'être confronté de temps en temps à des formes d'art difficiles d'accès. Ça oblige le cerveau à fonctionner, ça aide à être autre chose qu'un consommateur.

Ça casse aussi ce bruit ambiant dans lequel on entend des gens dire qu'ils n'aiment pas se prendre la tête, qu'ils vont au cinéma ou regardent des séries pour se vider l'esprit.

Depuis quand avoir l'esprit vide est-il devenu une qualité dont on peut se vanter ?

Raiden
18/06/2019 à 18:12

Le format du cadre de cette série est horrible !!
Pourquoi ne pas faire du 16/9 comme Netflix ??

C. Ingalls
18/06/2019 à 17:24

Je trouve cette lenteur très reposante, ça me détend beaucoup le soir...
Belles images, Bons Sons.
Big Up à tous les Massives !!

Jojo
18/06/2019 à 15:27

C est une suite logique de Neon Demon...
Faut depasser l episode 3 pour se rendre compte que c est une des seriee de l année...
Ya qu a aller voir sur youtube la scene de la poursuite en voiture sur une chason de Barry Manilow "Mandy" ...
Parfait
On se croirait dans le Mulholland Drive
J en redemande
Et non de dieu le son de Cliff Martinez ya de quoi devenir fou
Cette serie c'est un petit bonbon noir acidulé au gout de framboise ..yen a 10 dans le paquet et j en ai deja bouffé 7 .
J adore
C est comme regarder un tableau de maitre en aillant bouffé de la MDMA et du LSD en meme temps..

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