American Vandal : la saison 2 du documenteur de Netflix est une petite mer(de)veille

Mise à jour : 21/09/2018 11:53 - Créé : 21 septembre 2018 - Alexandre Janowiak
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L'année dernière, Netflix sortait un peu en catimini son faux docu-série American Vandal. Au visionnage, la série parodique se révélait un petit bijou d'écriture entre son pitch totalement ubuesque et sa richesse de thématiques. Ecran Large attendait donc avec impatience la deuxième saison et n'a pas été déçu.

Attention mini-spoilers !

 

 

L'EFFICA(CA)CITÉ

Dès les premiers instants de cette saison 2, tout ce qui faisait le charme et la force de la saison 1 d'American Vandal est de retour. En moins de cinq minutes, avec une aisance folle, les faits sur l'incident dit de "la diarrhée géante" sont mis en place. Témoignages, reconstitutions de l'incident, vidéos amateurs de l'événement... la situation est instaurée avec une fluidité déconcertante, à l'image finalement du liquide nauséabond sortant des pauvres victimes du lycée catholique de Saint Bernardine.

Et tout comme la première saison, ce point de départ au pitch totalement délirant est décrit avec un sérieux hilarant. S'il s'agit bel et bien d'un vandalisme totalement clownesque et fictionnel, le mockumenteur de Netflix reprend les codes scrupuleux, consciencieux et minutieux de la série qu'il parodie, Making a Murderer, tout en les caricaturant profondément, pour livrer une enquête appliquée, réfléchie et captivante.

Cependant, la saison 2 autour du Turd Burglar (ou Chieur masqué en version française) se démarque profondément de la saison 1 et de son affaire de dessinateur de pénis.

 

PhotoUne des ouvertures les plus drôles et efficaces de l'année

 

MONCULMENTEUR

La saison 1 de American Vandal était une perle jouissive hilarante et décomplexée. Certes l'affaire des pénis développaient des thématiques et enjeux intéressants (le rôle des réseaux sociaux, les préjugés...) qui se faisaient le miroir de la société américaine actuelle. Mais plus qu'une véritable réflexion sur l'Amérique, la première saison était avant tout un délire.

Un délire grotesque qui ne se prenait pas la tête et où l'enquête farfelue menée par le duo Peter Maldonado (Tyler Alvarez) - Sam Ecklund (Griffin Gluck) était finalement l'enjeu majeur d'une série plus parodique et caricaturale que véritablement dénonciatrice d'une époque ou d'une société.

 

Photo Tyler Alvarez, Griffin GluckLe superbe duo est de retour

 

Dans l'absolu, la deuxième saison d'American Vandal ne se détache pas de la marque de fabrique de la série. A la base, la série créée par Dan Perrault et Tony Yacenda est une parodie, ou plutôt une satire, des documentaires criminels. L'affaire du Chieur masqué n'échappe donc pas à ce postulat de départ. Entre ses rebondissements vertigineux, ses cliffhangers, ses multiples témoignages... l'énigme est peu prévisible tellement elle est folle et perchée mais la construction narrative de cette deuxième saison ne présente que peu d'originalité par rapport à la saison 1. Elle reprend avec virtuosité les codes installés l'année dernière sans les surpasser pour autant.

Heureusement, avec son premier épisode, cette nouvelle saison s'est donnée une tout autre envergure. Elle a remis en scène son duo d'enquêteurs de chocs Maldonado-Ecklund en créant un véritable univers autour de leur premier fait d'armes. Ainsi, American Vandal, plus qu'une série, est devenu une sorte de concept méta où les véritables créateurs du show de Netflix s'amusent à ancrer dans le réel cette pure fiction. Le moyen parfait de discuter plus en profondeur de la société américaine, la vraie.

 

PhotoLa mise en scène et le sens de l'écriture forment un ensemble très rythmé

 

NOT A SHIT TALK

Sous ses airs de simple caricature et parodie aux blagues graveleuses majoritairement sous la ceinture, cette saison 2 propose donc un ton bien différent et passionnant. Loin des rigolades de la première saison, American Vandal saison 2 se transforme en pamphlet sombre et très critique de l'Amérique. L'enquête initiale devient finalement un prétexte pour discuter (et dénoncer) avec brio des dangers et problèmes de la société américaine (voire du monde).

A l'image de la saison 1, il est toujours question en grande partie des réseaux sociaux. L'influence de ces sites et leurs impacts néfastes sur les adolescents sont pointés du doigt évidemment. Mieux, c'est surtout l'utilisation inconsciente de ces réseaux sociaux par les ados qui est mise en perspective, qu'il s'agisse de l'anonymat inexistant ou des rencontres virtuelles mensongères pouvant mener à de bien sombres événements.

 

Photo Melvin Gregg, DeRon HortonEt si l'école protégeait sa star de basketball ?

 

Ainsi, l'ensemble de cette critique profonde et ingénieuse des réseaux sociaux (Instagram, Facebook et Twitter en tête de cortège) permet d'évoquer des sujets importants. Le personnage de Kevin McClaine (parfaitement interprété par Travis Tope) est un exemple concret de harcèlement scolaire et de ses conséquences sur la psychologie ou le comportement de la personne qui en est victime. La société des apparences est également vivement critiquée à travers la fausse perfection affichée par les réseaux sociaux. Des façades protectrices qui peuvent dissimuler une profonde solitude sous-jacente à ne surtout pas ignorer.

Enfin au-delà de la question adolescente, dont American Vandal dit bien plus de choses percutantes en parlant de caca que 13 Reasons Why en se la jouant mélodrame, la série s'applique à critiquer le système américain. Entre autres : la corruption des élites, les interrogatoires sous pression et la justice à deux vitesses sont trois points particulièrement bien développés.

 

Photo Travis TopeKevin McClaine, un personnage fascinant interprété avec maestria

 

Après une première saison délirante, American Vandal prend une véritable envergure avec sa saison 2. Plus qu'une simple parodie jouissive des affaires criminelles, la série de Tony Yacenda et Dan Perrault devient une satire profonde de l'Amérique et une réflexion puissante sur les maux de la société actuelle et des technologies modernes.

Portée par un casting excellent, une écriture saillante et un sens du rythme irréprochable (8 épisodes d'une trentaine de minutes qui se dévorent), la saison 2 d'American Vandal est sans aucun doute une des meilleures séries de l'année 2018. Assurément un immanquable de la plateforme de streaming Netflix.

La saison 2 d'American Vandal est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 14 septembre 2018. La saison 1 est toujours disponible sur la plateforme.

 

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commentaires

Thirsk 23/09/2018 à 00:35

Génial! A première vue très régressif, tout est finement amené, que ce soit le scénar, l'humour ou la réflexion sur l'adolescence, le harcèlement, etc, et l'enquête est palpitante.

Jojo 21/09/2018 à 15:22

Génial ! L'histoire était bien très ficelée !

@sérieman MDR : A [?]

lambdazero 21/09/2018 à 15:06

Il y a vraiment du génie dans ce show. J'ai l'impression de retrouver le plaisir que j'avais devant The Office (UK et US), mais avec une série complétement neuve.

sérieman 21/09/2018 à 12:34

A[?] am the Turdburglar!

Le chieur masqué 21/09/2018 à 12:14

Cette série est juste génial, on se prend au jeu à essayer de deviner qui est le chieur masqué et au final, ils arrivent tjs à nous surprendre.
Un bijou.

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