L'heure du bilan : Ash vs Evil Dead, cette série géniale et dingue, partie trop tôt

Christophe Foltzer | 2 mai 2018
Christophe Foltzer | 2 mai 2018

Ash vs Evil Dead vient de se terminer. Définitivement. Et nous sommes super tristes. Raison de plus pour revenir sur cette série en or massif. Attention, SPOILERS.

Quand l'annonce a été faite en 2014 qu'Evil Dead reviendrait pour une série télé, nous étions partagés entre la plus intense excitation et la plus grande des angoisses. Le remake de Fede Alvarez en 2013 avait déjà changé pas mal de choses, surtout à l'occasion d'une scène post-générique où l'on nous promettait le retour d'Ash Williams après 25 ans d'absence. Qu'elle ne fut pas notre surprise de découvrir Ash vs Evil Dead, série ignorant le remake et faisant suite à L'Armée des Ténèbres pour le meilleur, et rien que le meilleur.

 

 

Photo saison 2

 

UNE FIDELITE A TOUTE EPREUVE

Artisan fatigué ces dernières années, Sam Raimi ne semble pas s'être remis de ses problèmes sur Spider-Man 3. S'il nous a gratifié d'un Jusqu'en Enfer un peu plus corsé que d'habitude et qui rappelait ses oeuvres de jeunesse, cela ressemblait plus à une petite activité périscolaire qu'à un vrai retour en grâce.

Il faudra donc attendre Ash vs Evil Dead pour qu'il remette ses tripes sur la table. Alors qu'Hollywood trahit à tour de bras son patrimoine, Raimi a fait le choix de la continuité respectueuse et fidèle. Jouant avec les codes qu'il a lui-même inventé et un univers aux frontières mal définies à l'époque, il s'est efforcé de tout reprendre pour y trouver une certaine cohérence. En résulte une transposition moderne assez impressionnante dans sa solidité, qui prend compte du temps passé depuis la sortie du troisième opus, maniant habilement les références pointues pour les fans de la première heure tout autant que des éléments plus génériques pour que les néophytes ne soient pas perdus. Pourtant, qu'on ne s'y trompe pas, Ash vs Evil Dead est une oeuvre pour les fans.

 

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Evil Dead, le premier

 

Si le scénario risque de ne pas supporter une lecture plus distanciée, ce qui révèlera ses nombreuses incohérences, Sam Raimi ne trahit jamais ce pour quoi il est devenu célèbre. Convoquant constamment l'historique de la saga pour l'enrichir et le développer, il permet surtout à la série de trouver son propre rythme sans être prisonnière de son lourd héritage. Synthèse parfaite d'une des trilogies les plus folles du cinéma moderne, la série prouve à qui en doutait que l'univers créé par Sam Raimi et Robert Tapert allait bien au-delà d'une cabane perdue dans les bois.

 

 

Photo Sam Raimi, Bruce Campbell

Sur le plateau d'Evil Dead 2

 

DU GORE, EN VEUX-TU, EN VOILA

Très franchement, on craignait que la série ne soit édulcorée. Ah ah ah, monumentale erreur, elle est probablement ce qui se fait de plus gore actuellement à la télévision. Sa grande chance c'est évidemment de ne pas être diffusée sur un canal public mais bel et bien sur une chaine privée, Starz. Du coup, moins de censure, moins de contraintes, on peut faire un peu ce que l'on veut (comme pour HBO et AMC). Et l'univers d'Evil Dead ne supporterait pas d'enlever les hectolitres de sang qui ponctuent joyeusement ses histoires. Le gore, c'est dans sa nature. Tout comme le cartoon. Il faut bien se rappeler que le premier Evil Dead n'était pas une comédie mais un pur film d'horreur, ingénieux et terrifiant (en tout cas à l'époque) et qu'il se permettait quelques scènes jamais vues (le viol par les branches d'arbre, au hasard). Un parti-pris frondeur et démonstratif là uniquement pour que Sam Raimi et ses potes se fassent remarquer par l'industrie, la presse et les spectateurs. C'étaient les années 80, période de libération de la censure, où toute la jeune garde de l'époque pouvait enfin se lâcher dans leur micro-budgets.

 

épisode 2

La folie, rien que la folie

 

Une situation analogue à celle que nous connaissons aujourd'hui, où les bondieuseries reviennent en force, où il s'agit de ne plus choquer sauf lorsque cela a un intérêt commercial certain. L'arrivée d'une série comme Ash vs Evil Dead se pointe donc comme un petit vent de fraicheur pour tous les fans de ce cinéma fauché, subversif et outrancier. Une vague nostalgique qui n'est pas gratuite puisqu'elle est totalement intégrée à l'histoire et participe de l'évolution de ses personnages. On ne compte plus en effet les scènes anthologiques que la série nous a fournie durant ces trois saisons (au hasard, la morgue dans la saison 2), à la limite de l'écoeurement (la banque du sperme dans la saison 3) qui nous rappelle ce temps béni où l'on ne s'imposait aucune limite et qui, à chaque fois, servent parfaitement leur propos.

Dans la même logique, le gore d'Ash vs Evil Dead lui permet de se démarquer clairement d'une concurrence un peu trop timide et sérieuse. Elle correspond à l'attente d'un certain public, négligé à l'heure actuelle par les studios, et nous fait nous souvenir que le gore dans l'horreur, en dehors du torture-porn à la Saw qui fonctionne sur des mécaniques inconscientes et pulsionnelles douteuses très en phase avec l'époque malheureusement, possède une raison d'être, une fonction : tester nos limites, procurer des frissons, sans aucune idée cynique derrière la tête. L'horreur à la Evil Dead est l'oeuvre de sales gosses, d'électrons libres qui nous rappellent les glorieux double-programmes et autres midnight movies, terreau de nombreux chefs-d'oeuvre marginaux et radicaux. On y retrouve clairement un plaisir enfantin, lointain souvenir d'une époque où regarder un tel spectacle consistait à braver un interdit parental et moral. Bref, un bel acte de rébellion.

 

Photo Dana Delorenzo, Ray Santiago

Alors oui, ça saigne

 

ASH

La plus grosse crainte, c'était évidemment le traitement du héros, Ash. Victime héroïque dans le premier film, crétin masochiste dans le second et légende loser et prétentieuse dans le troisième opus, on se demandait ce qu'il était devenu. La surenchère allait-elle encore faire son oeuvre ou Ash allait-il se trahir ?

Sam Raimi a choisi une autre option. Très conscient de l'aura du personnage dans la communauté depuis 30 ans, du fait que Bruce Campbell est inéluctablement lié au héros, il décide de prendre la problématique à bras le corps en le remettant en question. Quand on regarde la série de plus près, il n'est d'ailleurs que question de cela. Qui est Ash, au fond ? S'est-on vraiment jamais demandé comment il vivait toutes ses mésaventures ?

 

trailer

Ash le magnifique

 

Dès le départ, le postulat est clair : Ash est un homme brisé en plein déni. Passé à côté de sa vie à cause d'un traumatisme insurmontable, il a évolué par rapport à lui sans jamais trouver le courage de le dépasser. Un constat amer qu'aucune autre oeuvre n'a eu le courage de faire jusqu'ici. Explosant les frontières de l'héroïsme pop culturel à tendance comic-book, la série entière consistera donc à le ramener à la réalité. Et le doute s'installe dès le départ. En effet, Tout au long de l'histoire nous sommes mis face à notre propre admiration du personnage : S'agit-il de la réalité ? Ash n'est-il réductible qu'à ce que l'on veut bien en voir ? L'épisode dans l'asile (saison 2) est, pour nous, le coeur de la série puisqu'il révèle un fond tragique et dépressif insoupçonné jusqu'à présent. Ce que la suite confirmera. Ash n'a pas demandé à être un héros, il est maudit et aimerait, au fond, mener une vie normale.

 

Photo Episode 10

Un héros bien plus profond qu'il n'y parait

 

Il est le miroir déformant de notre passion vis-à-vis de cette saga. Il se sacrifie pour nous divertir mais perd, de ce fait, tout contact avec lui-même. On le voit dans le décalage qui s'opère au début de la saison 3, avec l'arrivée de sa fille, forcée de plonger dans son monde un peu fou. Là, son détachement éclate au grand jour, dans ses bons comme dans ses mauvais côtés. Devenu héros malgré lui, défenseur des Humains, il s'est coupé de ses contemporains, s'est désensibilisé progressivement pour ne pas perdre les pédales. Et toute la dernière partie de la série ne parle que de cela : en se découvrant père, Ash assume enfin son rôle et sa place, sa propre humanité et ses failles et tente, avant tout, de réparer le mal qu'il a commis pour donner une chance à sa fille et à ses amis. Le changement de ton des derniers épisodes est à ce titre plus qu'éloquent : Ash a grandi, il n'est plus cet ado de 50 ans qui passe sa vie à boire, fumer et baiser les ivrognes du coin, il mûrit en prenant conscience de ses responsabilités. Et lorsque Kandar arrive, il sait ce qu'il doit faire. C'est de sa faute tout ça, au fond, il doit réparer. Mais c'est aussi de notre faute, quelque part...

 

Photo Episode 9

Face à son destin

 

LE BILAN

Maintenant que la série est terminée et que la franchise est conclue, que faut-il retenir d'Ash vs Evil Dead ? Un divertissement frondeur, libérateur, hors du commun et inespéré, sans aucun doute. Les retrouvailles avec des sensations qui nous avaient quittées depuis bien 25 ans, à mesure que nos idoles rentraient dans le rang pour faire comme tout le monde (n'est-ce pas, Peter Jackson ?).

Pourtant, son annulation nous met face à un constat terrible, peut-être d'ordre générationnel : le public d'aujourd'hui, pourtant avide de sensations fortes et d'un certain esprit rebelle, ne semble pas prêt pour ce voyage brut de décoffrage. Ce qui nous met face à une grande contradiction que nous avons du mal à saisir : Ash vs Evil Dead représente tout ce que le public dit rechercher et pourtant ses audiences basses ont dictées sa mort prématurée. Que devons-nous en conclure ? Que le public ne sait pas ce qu'il veut ? Qu'il n'est pas, au fond, prêt à se confronter à son désir ? Que la série a manqué sa cible en beauté ?

 

Photo Bruce Campbell, Ash vs Evil Dead

Groovy !

 

Pas pour nous. La série est parfaite telle qu'elle est et elle n'aurait jamais pu être aussi bien si l'équipe avait écouté les sirènes du moment. On pourrait se permettre une autre lecture, un peu plus engagée et douloureuse : Après une décennie de Marvel, des productions ultra-calibrées et une récupération mercantile de toutes les franchises populaires du passé, ainsi qu'un changement de génération dans le public, nous voilà face à un constat évident que nous ne voulons pas forcément faire. Les attentes de la nouvelle génération ne sont pas les mêmes que celles de l'ancienne. Ce qui nous paraissait rebelle et choquant à l'époque ne l'est pas pour une jeunesse en flux tendu et saturée d'images et d'infos à longueur de journée. Quelque part, le travail de sape des studios a porté ses fruits dans les esprits : nous sommes dans une trame savamment orchestrée, à base de révisionnisme (reboots, remakes), d'univers étendus qui ne nous permettent plus de prendre de la distance par rapport à nous-mêmes et à notre passion parce que nous sommes continuellement sollicités. Dans ces conditions, difficile pour une oeuvre aussi radicale qu'Ash vs Evil Dead de se faire une place. On pourrait penser qu'elle est arrivée trop tôt ou trop tard mais, pour nous, elle est arrivée au bon moment : Pour nous rappeler qu'autre chose existe et qu'il faut parfois prendre le taureau par les cornes pour bouger quelques marqueurs.

En vain évidemment, puisque la série est annulée. Mais, à l'image de nos héros, ce n'est pas parce qu'on sait qu'on n'a aucune chance qu'il ne faut rien tenter.

 

Photo Bruce Campbell

Et merci pour tout !

commentaires

Daidm
19/07/2019 à 23:08

J'ai 46 piges et Evil Dead a été et sera toujours un des films gores que j'ai le plus adoré avec les Brain Dead. J'ai littéralement dévoré les 3 saisons tellement la série était top et fidèle à ce qui m'avait plu dans l'univers Evil Dead. Dommage que ça s'arrête, Ash s'est fait défoncer par le démon du cash.

jul
14/09/2018 à 22:31

moi perso j'avais pas cette chaine mais je me suis debrouiller pour la voir et ohhhhh putain quel kif une de mes serie preéférée gore hillarante et plus subtile qu'elle n'y paraisse et carrement jouissive.

zef
17/08/2018 à 13:07

AAAAAAAAAAAAAAAAAAASH !!!!!! toute l'horreur est d'avoir mis fin à cette série, encore pire : bruce campbell qui ferme les portes à son avatar, c'est une catastrophe ! ash indissociable de campbell, il n'y aura jamais d'autre ash, et evil dead sans ash........c'est pas evil dead

Zim Zum
08/05/2018 à 17:19

La série n'était hélas pas parfaite... La 1ère saison était époustouflante, la seconde formidable, et la troisième... TRES décevante.
C'est sans doute cette baisse de qualité qui a fait chuter les audiences aux USA et entraîné la fin prématurée de la série.
A propos de cette 3ème saison : aucune évolution des personnages (alors qu'il y avait une mine d'or avec celui de Pablo) un humour cradingue lourdingue qui n'aurait pas déplu à JM Bigard (ah cette bataille dans une banque de sperme... "putain c'est génial" aurait dit Patrick Sébastien).

EN résumé AvsED n'est pas "Breaking Bad" : la série n'a pas gagné en puissance et en inventivité au fil des saisons : elle est devenue vulgaire et prévisible. Dommage...

Floflo
07/05/2018 à 01:49

Il faudrait lancer une pétition afin de lancer un paimenent participatif !

mrstitchy
06/05/2018 à 19:49

Même si je ne crois plus trop au retour de Ash en étant réaliste. J'ai tout de même signé la pétition qui circule. Je ne suis pas très fan de série. Je n'ai jamais réussi à accroché walking dead ... (trop long, trop plat qu'est ce que ces séries m'ennuies) Je remarque que les zombie et les vampires est un bon concept pour accrocher les téléspectateurs.
Pour une fois que j'avais une série aussi marrante que sanglante. Snif elle est partie.
Par contre Kouak nous à fait partagé la série que je ne connaissait pas Happy! Du coup je m'y suis pris et j'ai adoré. Merci si il y a d'autre série dans le style. Vous pouvez nous les partagé. Rien à voir avec notre Ashy mais tout aussi drôle.

AshySlashy
05/05/2018 à 22:38

Bonjour à tous,
Je laisse un commentaire car j'ai rarement été tant en phase avec un article sur le net donc je tenais à remercier l'auteur de faire circuler une si belle parole!
Au début de la série j'espérais seulement trois saisons car trop tirer sur la corde est ce qui tue 99% des séries mais là je suis frustré par cette fin qui en plus de ne pas conclure la saga est plutôt alléchante!
Espérons que cet épisode 10 ne soit pas la dernière sortie d'Ash Williams, peut-être Raimi produira-t-il un dernier film?
Bref retournons à nos séries formatées!

TOM
04/05/2018 à 19:31

Magnifique article !!! En phase avec vous ;-)
Vive Ash :-D

Jefe
04/05/2018 à 08:24

Il y a sûrement des coupables à désigner, mais je ne suis pas assez renseigné pour me prononcer…
La chose la plus frappante, selon moi, c’est la différence d’audience entre Ash vs Evil Dead et la série Spartacus, toutes deux des séries Starz et avec des producteurs communs (dont Sam Raimi) ; je pense en tout cas que la comparaison de programmation entre ces deux séries peut donner quelques pistes.
Et à bien y réfléchir, je ne suis pas convaincu que Spartacus soit réellement plus grand public…
Mais pour moi, le véritable problème, c’est cette logique archaïque d’accorder autant d’importance à l’audience sur le network d’origine. Certaines séries ne sont pas faites pour supporter le « jugement » d’une poignée d’abonnés vivants aux États-Unis – à l’étranger, c’est les droits de diffusion qui font foi et non l’audience… et de toute façon, ces ventes ne déterminent presque jamais l’avenir d’une série US.

J’ai vraiment aimé les trois saisons, et pourtant je ne leur ai pas donné un sou… tout le problème est là.
Acheter les Blu-ray des deux premières saisons n’aurait pas pesé dans la balance – et pourquoi acheter les saisons à l’unité lorsque tout le monde attend le coffret final ?, signe de la mort d’une série.
Je ne donne de l’argent que lorsque le projet est mort, c’est absurde.
Si certaines séries sortaient seulement en achat direct (VOD, DVD, BD), donc en réalité si les séries n’étaient plus des séries TV, si ce modèle économique était tenté, je suis sûr que certaines séries auraient un tout autre destin. Bien entendu, il faudrait abolir la pratique qui consiste à sortir un coffret intégral avec du contenu inédit… ce n’est pourtant pas compliqué d’intégrer les coffrets individuels à un ensemble qui ne sortirait qu’à la fin d’une série.

Au lieu de compter sur les pigeons pour racheter plusieurs fois la même chose, il faudrait peut-être qu’ils essayent d’élargir la base de clients, c’est-à-dire ceux qui n’ont pas envie de jouer à ce jeu des rééditions à gogo – parce qu’au final, tout le monde est perdant.

Enfin voilà, j’attends le coffret intégral…

LeDégoutEnPersonne
03/05/2018 à 22:29

Limite il faudrait lancer une pétition sur le net pour financer cette série! Dommage que les gens vivent dans un moule, on a perdu une perle. RIP Ashy :(....

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