The End Of The Fucking World : une première saison en forme de headshot sur Netflix

Créé : 8 janvier 2018 - Lino Cassinat
Photo Jessica Barden, Alex Lawther
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Avec ses contenus décalés et grinçants ou mettant en scène des adolescents et des marginaux, Channel 4 se spécialise dans les oeuvres crépusculaires aux accents désenchantés. Skins, MisfitsBlack Mirror (1 et 2)This Is England, et maintenant The End Of The Fucking World, nouvelle série adaptée d'un roman graphique. Diffusée à la télé en octobre 2017, elle est désormais disponible sur Netflix depuis le début du mois de janvier. Le géant du streaming ne lui a accordée qu'une promo éclair : un bande-annonce très enthousiasmante deux jours avant la diffusion et puis basta. Alors qu'est-ce que ça vaut ?

 

 

COMPLÈTEMENT NIQUÉS DE LA TÊTE

Réponse : c'est très bien et on vous la conseille vivement, d’autant plus qu’avec ses 8 épisodes de 20-30 min, ce n'est vraiment pas un gros investissement. La série est tout ce que la bande annonce promet et même plus encore : une romance drôle mais très borderline entre deux ados niqués de la tête, mutant ensuite en road-trip assoiffé de liberté, une fuite en avant (auto-)destructrice à la recherche de soi. Ces deux ados qui fuient le monde, ce sont James (Alex Lawther) et Alyssa (Jessica Barden).

Le premier ne ressent aucune émotion, à tel point qu’il est persuadé d’être un psychopathe, et cherche à tuer quelqu'un au hasard. La seconde à l’inverse est une ado à problème (et très légèrement nymphomane, au sens médical du terme) doublée d'un inarrêtable ouragan de vulgarité qui veut retrouver son père. Elle déteste (tout) le monde, mais surtout sa mère parfaite et hypocrite et son beau-père sadique et méprisant, un peu trop porté sur le physique de sa belle-fille. Alyssa remarque James et réussit à le convaincre de fuir pavec elle. Il accepte de la suivre convaincu que cette fugue lui fournira une occasion de la tuer.

 

Photo Alex Lawther

Le physique étrange et la voix douce d'Alex Lawther font de lui un excellent choix de casting

 

GÉNÉRATION MAUDITE

Si vous avez peur de tomber sur un récit sucré, immature et inoffensif à la réalisation sundance-esque mignonne, vous allez avoir une grosse surprise. Si le premier épisode pose doucement les bases, le second passe la vitesse supérieure en termes d’ambiance poisseuse. Et on ne vous parle pas du troisième, où on atteint carrément un sommet de violence de la part des adultes. On ne spoile rien, mais sachez que rien des turpitudes des grandes personnes ne nous sera épargné. C’est la très grande qualité de la série : elle n’a jamais froid aux yeux mais n’est jamais complaisante. On assiste ainsi à nombre d’évènements traumatiques et d’agressions mais sans jamais aucun voyeurisme.

 

photo

 

Le choix d’une image riche en contraste, aux couleurs patinées et la réalisation sobre, en plans fixes bien composés, mais sans fioritures, rendent fidèlement compte de la violence subie par les deux protagonistes tout en leur témoignant une profonde sympathie. Contrairement à ce qu’on pouvait redouter au vu du trailer, le récit ne fait aucune concession, ni à la romance mielleuse, ni à la tuerie sanglante. Le monde d’Alyssa et James est âpre et dur, et The End Of The Fucking World cache, derrière son récit à l’apparence mignonnette et gentiment trash, la magistrale démonstration que nos deux marginaux sont avant tout des victimes d’un monde pourri dans lequel les adultes sont au mieux tristement médiocres et au pire atrocement pervers.

 

Photo Jessica Barden

Alyssa, dans ses rares moments de calme

NULLE PART

La corollaire de ce premier exploit, c’est que la série est également une double réussite dans les deux genres où elle s’inscrit, à savoir le road-movie et le récit de passage à l’âge adulte. Si elle ne réinvente pas leurs thématiques typiques, elle les exploite de manière classique (au sens noble du terme) et s'inscrit dans le ton doux amer inhérents aux deux genres. Le mélange fonctionne donc très bien : à la traditionnelle mélancolie du désenchantement du monde propre au teenage movie se conjugue la noirceur et le pessimisme du road-movie. Le constat final est atterrant : il n’y avait déjà pas grand-chose à désenchanter dans l’enfance, et pourtant, plus les personnages grandissent, plus le peu d’innocence qu’il reste leur est brutalement arraché, ce qui les enfonce d’autant plus dans leur fuite en avant d’un monde de merde. Pris dans cet engrenage, leur situation ne fait qu’empirer, jusqu’au tragique finale et sa fin cruellement ouverte.

 

Photo Alex Lawther, Jessica Barden

Le bout de ce putain de monde

 

Après, on ne va pas se mentir, The End Of The Fucking World a quelques défauts. On regrettera ainsi le jeu un peu inégal et un peu répétitif de Jessica Barden. Rien de choquant toutefois, d’autant plus qu’à sa décharge, elle a le rôle le plus difficile de toute la série, cependant, cela reste perfectible. On regrette également le recours aux voix-off, un peu lassantes à la longue, probablement dues au format expéditif d’une série qui a beaucoup à dire en peu de temps. Enfin, il n’empêche que si l’arc de James reste captivant, celui d’Alyssa accuse une légère baisse de tension au détour de l’épisode 5.

 

Photo Alex Lawther, Jessica Barden

 

Cependant, il serait bête de gâcher son plaisir pour ces petites scories, tant l’émotion tristement blasée qui se dégage du récit et ses touchants personnages reste intacte. On espère juste que Netflix saura corriger un peu le tir pour un potentielle saison 2, mais on ne peut s'empêcher d'être un peu inquiets tout de même. Cette unique saison se suffit à elle-même et achève un très beau récit blasé et émouvant sur la fin de l’innocence dans un monde tellement horrible qu’y avoir 18 ans et passer officiellement à l’âge adulte revient à être fauché en pleine course vers l’infini par le choc une balle de sniper.

 

Photo Alex Lawther, Jessica Barden

commentaires

a 16/01/2018 à 22:03

C'est quoi ce spoil à la con à la fin de l'article ?..

Niam 15/01/2018 à 01:03

Très bon article pour une série que j'ai trouvée excellente. Par contre pas cool pour le spoil en fin d'article, c'est dommage parce que vous aviez pourtant pris soin de ne pas révéler les autres éléments de l'intrigue...

Série que je recommande toutefois vivement !

Kid 11/01/2018 à 03:28

Jai adorer la serie j'espère vraiment qu'il va y avoir d'autres épisodes!!!

ratarara78965 09/01/2018 à 20:03

je m'attendais à une série complétement barrée à la Wilfred mais la déception est énorme au bout de trois épisodes on commence à s'ennuyer ferme ... et à la fin du dernier épisode le sentiment d'avoir perdu mon temps c'est dommage car l'ambiance la bandes originale et les acteurs sont au top dommage qu'on devine la fin assez rapidement

Simon Riaux - Rédaction 09/01/2018 à 17:00

@Pote
Parce que.

Non, en fait, tout simplement parce que le terme nous autorise une formulation plus ramassée (les titres ne sont pas extensibles à l'infini), et que l'oeuvre traitée dans le titre en question possède justement un titre en anglais.
Du coup, l'utilisation d'un anglicisme dans ce titre nous semble peu ou pas choquant dans ce contexte.

Arsh 09/01/2018 à 10:41

J'ai découvert Alex Lawther dans Black Mirror (Shut up and dance) ou je l'avais trouvé excellent. Hâte de voir ce qu'il vaut dans cette série.

altonj 09/01/2018 à 01:08

excellente série, et le jeu de Jessica Barden n'a rien d'inégal et répétitif pour moi!

Pote 08/01/2018 à 19:26

Pourquoi cet anglicisme dans votre titre ?!!

Lino Cassinat - Rédaction 08/01/2018 à 18:18

En espérant très sincèrement que ça vous plaira !

Roukesh 08/01/2018 à 17:24

J'étais très craintif vis à vis de cette série. J'avais peur qu'elle ne soit qu'une série faussement borderline pour ados blazés. Vous m'avez convaincu de lui laisser sa chance.

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